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dimanche 2 février 2020

Les Égouts du Paradis de José Giovanni (1979) - ★★★★★★★☆☆☆



Sans arme, ni haine, ni violence mais avec des casques de chantier, des pelles, des burins, des pieds-de-biche et des chalumeaux... Voici donc comment prévoit de s'attaquer à la Société Générale de Nice celui qui deviendra le légendaire organisateur du Casse de Nice, Albert Spaggiari, et que le romancier et cinéaste français José Giovanni (Deux Hommes dans la Ville en 1975, Le Ruffian en 1983 ou encore Mon Père, il m'a Sauvé la Vie en 2001) fut le premier à mettre en scène trois ans après les faits. Deux autres longs-métrages se pencheront sur ces événements. La même année que le film de José Giovanni, soit en 1979, le réalisateur britannique Francis Megahy réalise The Great Riviera Bank Robbery tandis qu'en 2007, l'humoriste, acteur et réalisateur Jean-Paul Rouve se penche avant tout sur le personnage central d'Albert Spaggiari. Ancien criminel condamné à mort en 1948 avant d'être gracié, José Giovanni apparaît donc comme le candidat idéal pour réaliser Les Égouts du Paradis, adaptation du roman éponyme écrit par Albert Spaggiari lui-même et édité au tout début de l'année 1977.

Le long-métrage s'intéresse très nettement moins à son personnage central qu'aux événements qui eurent lieu entre les préparatifs du casse et son évasion cinq mois après son arrestation le 10 mars 1977. Et même si le réalisateur évoque la présence de Charlotte, une vieille amie sur le point de mourir que l'on suppose être imaginaire dans le contexte du récit basé sur des faits réels, ce qui intéresse surtout José Giovanni, c'est ce week-end des samedi 17 et dimanche 18 juillet 1976 lors duquel Albert Spaggiari ainsi que ses deux équipes réunies à l'occasion (la sienne ainsi que celle du clan des Marseillais) ont dévalisé la Société Générale de Nice, l'événement devenant le ''Casse du Siècle'' avec une somme équivalente à trente millions d'euros actuels. Francis Huster incarne assez justement le personnage-titre de l’œuvre de José Giovanni, avec ce petit brin de folie et de mégalomanie qu'on lui connaît. Autour de l'acteur, une belle brochette d'interprètes : Jean-François Balmer, Clément Harari, Michel Peyrelon, Jean Franval ou encore André Pousse dans le rôle de ''Machin'', l'homme qui mettra en relation les deux équipes mais qui balancera notamment Albert Spaggiari peu de temps après le casse. La petite touche de féminité est quant à elle apportée par Lila Kedrova (Charlotte) et Bérangère Bonvoisin dans le rôle de Mireille, seule femme à participer à l'attaque de la Société Générale...

Confiée à la rude tâche de réaliser une œuvre fidèle au roman et donc à l'histoire d'Albert Spaggiari, la mise en scène de José Giovanni explore sans artifices inutiles l'organisation et l'attaque de la banque. La bande originale de Jean-Pierre Doering se fait discrète, surtout lors du terrassement du tunnel souterrain situé dans les égouts menant dans les sous-sols de la banque, et les acteurs semblent avoir donné de leur personne lorsqu'il s'agissait pour eux de longer les conduits envahis par les rats et l'eau croupie. À travers l'écriture de Michel Audiard, on retrouve la verve du dialoguiste qui sur un ton souvent humoristique évoque pourtant un fait divers authentiquement marquant dans l'histoire du ''hold-up''. Un événement exemplaire et retentissant que José Giovanni réussit à rendre palpable non seulement grâce à sa mise en scène et sa direction d'acteurs mais aussi en raison de conditions de tournage parfois très rudes...

samedi 4 avril 2015

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: Marcel André Henri Félix Petiot "Docteur Petiot" de Christian de Chalonge (1990)



De la fiction...

Alors que la France est envahie par l'occupant allemand, le Docteur Petiot participe à l'évasion des juifs, qui, moyennant finances sont extradés du pays afin d'échapper aux nazis. De jour, Petiot est un excellent médecin, très apprécié de ses patients. Il y a d'ailleurs foule dans son cabinet. Marié à Georgette et père du petit Gérard, il n'est pas rare qu'il aide son prochain sans rien demander en retour.
Mais sous cette innocente apparence se cache en réalité un être monstrueux qui guette ses proies potentielles. Car la nuit, en effet, le Docteur Petiot invite dans un appartement qu'il possède à Paris, ses futures proies. Celles-là même qui lui font confiance pour les aider à quitter le pays. Dans cet appartement, Petiot, qui se fait alors appeler Eugène, enferme hommes et femmes dans une pièce après leur avoir injecté un poison censé être un vaccin. Une fois la victime morte, il la descend jusqu'au sous-sol, la dépouille de tous ses biens et la découpe en morceaux avant de la faire disparaître dans un four.
Mais alors que son affaire est bien huilée, il rencontre Drezner, un juif qui lui aussi a besoin des services du docteur. Mais ce que ne sait pas ce dernier, c'est que Drezner conclu un marché avec la Gestapo. Pour pouvoir échapper aux camps, le jeune homme a accepté de lui livrer le Docteur Petiot...

L’œuvre de Christian de Chalonge est d'abord une expérience visuelle et sonore. Plongeant son « héros » au cœur de la triste histoire française des années quarante, il nous conte le récit véridique d'un médecin crapuleux qui n'hésita pas à faire des dizaines de victimes pour son seul intérêt. Et dans ce rôle, qui mieux que Michel Serrault pouvait incarner ce médecin diabolique ? Visage blafard, yeux cernés de noir, marche rapide et voûtée, coiffure au vent, l'acteur campe ici un monstre aux allures de vampire moderne.
Ce qui marque peut-être le plus dans le visuel du Docteur Petiot, c'est l'esthétique apportée à chaque plan. Le spectateur est plongée dans une sorte de rêve sombre dont il est impossible de s'extraire. Il n'y a en effet pas d’échappatoire, et la quasi totalité des scènes plongent les interprètes et les spectateurs dans une torpeur inouïe. Christian de Chalonge semble s'ériger en témoin d'une œuvre passée flamboyante et joue avec la proximité des envahisseurs pour faire sienne ce qui bien des années auparavant était leur marque de fabrique : l'expressionnisme allemand.

Ce qui entache finalement l’œuvre de de Chalonge, c'est peut-être la mollesse du récit. Il arrive que l'on s'y ennuie ferme. Et même l'extraordinaire performance de Serrault (au moins à la hauteur de celle dont il a fait preuve dans le chef-d’œuvre de Claude Chabrol Les Fantômes du chapelier), les décors hallucinants et l'ambiance généralement sordide ne font pas oublier les faiblesses du film. Tout comme le montage étonnant, et presque désordonné que l'on mettra sur le compte d'un sujet bien trop touffu pour une œuvre de seulement quatre-vingt seize minutes.

Mais ne boudons pas notre plaisir. Le Docteur Petiot demeure dans le cinéma français une bonne surprise en matière de biopic basé sur l'histoire vraie d'un tueur en série ayant sévit dans notre pays. Surtout que Michel Serrault (bravo aux maquilleurs) parvient à nous donner quelques frissons...



… à la réalité

Originaire d'Auxerre, Marcel André Henri Félix Petiot est médecin français lorsqu'il se retrouve accusé de meurtres à la libération pour avoir tué au moins vingt-sept personnes. C'est à cause des odeurs fortes de fumées de cheminée que ses voisins alertent la police. Celle-ci découvre un abominable charnier, œuvre de Petiot. Des milliers d'affaires appartenant aux victimes du docteur maléfique, une chambre à gaz et une pièce tapissée de chaux vive dans laquelle « baignent » des restes humains. Petiot parvient à prendre la fuite et s'engage dans les Forces Françaises de l'Intérieur et se fait appeler Capitine Valen. Mégalomane, Petiot ne peut s'empêcher de répondre à l'article écrit dans le journal de presse Résistance et titré « Petiot, soldat ru Reich ». Il envoie au journaliste une lettre manuscrite qui le fera tomber. Arrêté le 31 octobre 1944, il est condamné puis guillotiné le 25 mai 1946 avec sur les lèvres, un sourire...
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