Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est Ticky Holgado. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Ticky Holgado. Afficher tous les articles

jeudi 13 octobre 2022

Brigade des moeurs de Max Pécas (1985) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Dans la grande famille des comédies qui font tâche dans le paysage cinématographique hexagonal mais qui font le bonheur des amateurs de ''Soirées Nanars'', le réalisateur français Max Pécas se pose définitivement en candidat sérieux au concours du plus mauvais cinéaste français. Aux côtés de Philippe Clair, de Michel Gérard et de quelques pitres du septième art, il a partagé sa passion pour le cinéma entre thrillers, érotisme et comédie. De cette dernière dont il a abreuvé les écrans de cinéma durant une fin de carrière s'étalant de ses débuts en 1960 jusqu'en 1987, on se souvient surtout de sa trilogie tropézienne constituée des Branchés à Saint-Tropez en 1983, de Deux enfoirés à Saint-Tropez en 1986 et de On se calme et on boit frais à Saint-Tropez l'année suivante. Entre le premier et le second volets, Max Pécas semble avoir réussi à décrocher le sésame d'une carrière parfois humide (Club privé pour couples avertis, Rêves pornos), souvent en dents de scie et exclusivement nivelée vers le bas, avec Brigade des mœurs. Film nettement plus sérieux que ses navrantes comédies spécialement réservées aux beaufs de toutes natures ! À la fin des années soixante-dix, la plus célèbre des actrices pornos française Brigitte Lahaie paraît vouloir donner un second souffre à sa carrière d'actrice en apparaissant moins régulièrement dans le genre qui l'a rendue populaires auprès des amateurs d'érotisme le plus débridé. C''est ainsi qu'on la retrouve dans plusieurs longs-métrages signés du réalisateur Jean Rollin dès 1978. Un auteur fasciné (voire obsédé) par le thème des vampires dont il arrosera nombre de ses films. Rarement Brigitte Lahaie aura-t-elle eu l'occasion de briller dans une œuvre dite classique si ce n'est que beaucoup plus tard dans le génial Calvaire du belge Fabrice Du Welz dans lequel, malheureusement, elle n'apparaîtra que très peu. Mais déjà nettement plus que dans Brigade des mœurs dans lequel elle traîne sa silhouette le temps de deux ou trois scènes ne dépassant pas un total de deux ou trois minutes. Sous le pseudonyme de Brigitte Simonin, l'ancienne star du X interprète le rôle malheureux de la policière Letellier qui très rapidement, connaîtra un funeste sort. Il faut dire qu'aussi perclus de défauts qu'il puisse être, Brigade des mœurs marque un point sur le terrain des homicides. Bien qu'il s'agisse d'un long-métrage policier, le film de Max Pécas n'est en effet pas avare en matière de morts et le compteur monte assez rapidement pour ne plus s'arrêter jusqu'au final grand-guignolesque !


Battant ainsi nombre de films d'horreur dont le propre du langage est de faire parler les armes blanches plus souvent qu'à leur tour. Ici, le spectateur en aura pour son argent. Dans un univers crapoteux décrivant des règlements de comptes entre proxénètes et trafiquants de drogue, où la prostitution va bon train et où l'on organise des soirées partouzes pour couples et célibataires libidineux, la police a fort à faire. Mais dans son malheur, elle va bientôt pouvoir compter sur l'un de ses membres érigé en justicier. C'est d'ailleurs ainsi que sera surnommé par le commissaire Robert Capes (l'acteur Christian Barbier) l'un des membres de la brigade des mœurs qui pour venger la mort de sa sœur se résoudra à éliminer ses assassins. Sans une once de finesse, mis en scène et interprété sans réel talent, Brigade des mœurs est d'une crudité parfois ahurissante. Entre des scènes érotiques renvoyant au passé de Max Pécas et des meurtres à la pelle dont certains sont mémorables (une femme tombe d'un échafaudage pour s'écraser quelques mètres plus bas. Un homme meurt un couteau planté dans l'un de ses orbites. Un autre se retrouve le bras tranché), Max Pécas fait preuve d'un sadisme totalement décomplexé. Sûr que de nos jours, un tel film ferait la une des médias et soulèverait l'indignation des ligues féministes style Chiennes de garde et consorts ! Dans sa grande majorité, le long-métrage est assez pénible au vu du jeu à peine acceptable de la quasi-totalité des interprètes. On s'amusera cependant d'y découvrir l'acteur Ticky Holgado dans un court rôle de flic des mœurs et une Brigitte Lahaie qui cette fois-ci n'ôte ni le haut, ni le bas. Aucune déception à avoir de ce côté là puisque d'autres interprètes féminines s'en chargent à sa place. Des scènes dénudées en veux-tu, en voilà. Du sexe glauque, des meurtres violents, du sadisme, une touche de saphisme et l'évocation de la pédo-pornographie chez un photographe de nus en top rose !!! Bref, on n'est pas là pour rire. Mauvais mais jouissivement régressif, Brigade des mœurs demeure pourtant sans doute parmi ce qu'à réalisé de mieux Max Pécas durant sa longue carrière de cinéaste... transgenres...

 

samedi 21 mai 2022

Une époque formidable de Gérard Jugnot (1991) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Ancien membre de la Troupe du Splendid, acteur dans plus de cent-vingt épisodes de séries télévisées, courts et longs-métrages, scénariste, producteur et réalisateur, la carrière de cinéaste de Gérard Jugnot est on ne peut plus remplie. Avec douze films en tant que réalisateur dont le dernier, Le petit piaf, est prévu pour décembre prochain, l'ancien compagnon de Michel Blanc, Anémone, Thierry Lhermitte, Marie-Anne Chazel, Christian Clavier et Dominique Lavanant, a souvent su séduire le public français à travers nombre de comédies devenues cultes avec le temps. Passant de la légèreté de ses premiers longs-métrages Pinot simple flic ou Scout toujours à une certaine gravité comme dans Une époque formidable qui demeure sans doute à ce jour, le meilleur d'entre tous. Grave car l'acteur/réalisateur/scénariste y aborde le thème de la marginalisation. De la clochardisation d'un ancien cadre d'entreprise spécialisée dans la vente de matelas. Gérard Jugnot est Michel Berthier, époux d'une femme superbe (l'actrice espagnole Victoria Abril dans le rôle de Juliette), beau-père de Vincent et Émilie (Julien Harlay et Beryl Le Lasseur), qui du jour au lendemain perd son travail et se retrouve à la rue après une dispute avec celle qui partage sa vie. C'est le début de la déchéance. De la galère ! Mais heureusement pour Michel, la rencontre fortuite avec trois SDF va lui permettre de surmonter cette épreuve...


Une époque formidable, c'est avant tout, le portrait plutôt réaliste de ce qui attend quiconque risque de se retrouver à la rue. Avec clairvoyance mais sans complaisance, avec pudeur mais sans misérabilisme, Gérard Jugnot réalise l'une des œuvres les plus sincères sur le sujet. Ce qui n'empêche pas le film d'être parfois émaillé de séquences relativement amusantes. À ses côtés, tout un panel d'interprètes parmi lesquels, les formidables Richard Bohringer et Ticky Holgado auxquels on ajoutera le plus rare, Chick Ortega. Interprétant respectivement les personnages de Toubib, Crayon et Mimosa, ces trois hommes sont dépeints comme des individus plutôt débrouillards, flairant l'hypothétique avantage de se lier à Michel. En effet, celui-ci possède une voiture qui pourrait les abriter tous ensemble. Drôle, touchant, émouvant même parfois,Une époque formidable propose une histoire d'amitié insolite entre un ancien cadre et des individus auxquels sans doute, il n'aurait jamais jeté un seul œil s'il avait conservé sa place dans son entreprise. Gérard Jugnot traite également du chômage. De la honte d'avoir perdu son boulot. Des mensonges qui en découlent et de la difficulté de retrouver un emploi. Mieux, il montre avec quelle vitesse un individu peu passer du statut de Col Blanc à celui de clochard, sans toit, sans chaussures et sans argent...


Parmi les seconds rôles, nous retrouvons Zabou dans le rôle d'une journaliste rudoyée par nos héros à l'entrée d'un centre d'aide sociale. Bâtiment à l'entrée duquel nous reconnaîtrons également Patrick Timsit, un an avant sa superbe autant que drôlatique incarnation de Michou, le SDF de l'excellent film de Coline Serreau, La crise. Roland Blanche interprète le personnage de Copi, un marchand de sommeil, Charlotte de Turckheim celui de la prostituée Rita, Laurent Gamelon s'affiche en propriétaire de voiture victime d'un accrochage et Chantal Ladesou en infirmière. Quant à Michèle Laroque et Guy Laporte (une vielle connaissance de Gérard Jugnot), il incarnent respectivement une employée chargée d'examiner des candidatures aux postes de cadres et le clochard Parfum ! On pourrait comparer Une époque formidable à un véritable choc des civilisations. Car ce sont deux mondes bien distincts qui s'affrontent tout d'abord. Des milieux sociaux qui en général s'évitent, se regardent en chien de faïence ou se méprisent mais qui dans le cas présent font contre fortune bon cœur. L'acteur/scénariste/réalisateur signe une œuvre beaucoup plus profonde que ses précédents longs-métrages et touche le spectateur au cœur. Une manière de désacraliser cette marginalité qui souvent fait peur ou laisse indifférent. Depuis, bien sûr, les choses ont changé pour évoluer vers un contexte plus sombre et dangereux que jamais. Qu'importe qu'aujourd'hui l'image de nos héros ressemble presque davantage à celle d'un Épinal qu'à la réalité violente qui sévit la nuit (et même le jour) dans les rues des grandes villes. On sort de la projection sourire aux lèvres d'avoir assisté à une véritable aventure humaine servie par d'excellents interprètes... À noter que la bande musicale est l’œuvre de Francis Cabrel...

 

jeudi 21 octobre 2021

Cycle troupe du Splendid à la réalisation : Les keufs de Josiane Balasko (1987) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Après s'être accoutrée comme une clocharde dans son tout premier long-métrage en tant que réalisatrice, Josiane Balasko s'apprête désormais davantage dans son nouveau rôle. Celui qu'elle interprète dans Les Keufs, un second film où elle tient une fois de plus le rôle principal, mais désormais non plus aux côtés d'Isabelle Huppert mais d'Isaak de Bankolé, acteur d'origine ivoirienne qui tout comme Farid Chopel apparaîtra trois ans auparavant dans L'addition de Denis Amar avant de se faire véritablement connaître grâce à Black Mic-Mac de Thomas Gilou dans lequel il tiendra la vedette aux côtés de Jacques Villeret. Désormais seule aux commandes et donc sans l'assistance d'aucun autre réalisateur, Josiane Balasko fait appel à l'écrivain Jean-Bernard Pouy et au scénariste Christian Biegalski afin de mettre au point la trame de son nouveau film. Cette fois-ci l'actrice et réalisatrice saute la barrière et passe de l'autre côté de la frontière qui sépare la police des... ''filous''. Elle interprète en effet le personnage de l'inspectrice Mireille Molyneux tandis que son nouveau partenaire incarne lui l'inspecteur Blaise Lacroix de l'Inspection Générale des Services connue également sous l'acronyme IGS ! Débarrassée de son horrible gabardine et de sa chevelure désordonnée, elle débarque à l'image vêtue d'un juste au corps et d'un pantalon moulant qui dessinent parfaitement sa silhouette ainsi que d'une longue coiffure de feu. Autant dire qu'entre Sac de nœuds et Les keufs, c'est le jour et la nuit pour une Josiane Balasko dont le personnage s'est affiné et s'est refait une santé physique et mentale qui n'ont plus rien de commun avec celle d'Anita !


Aujourd'hui, l'affaire est grave. Se faisant passer pour une prostituée, Mireille Molyneux tente de serrer Charlie (l'acteur Jean-Marie Marion), un maquereau qu'elle réussi à arrêter grâce à l'aide de Yasmina (Farida Khelfa), elle-même prostituée. Mais soupçonnant la jeune femme de l'avoir trahi, Charlie la fait enlever. Suivie en retrait par deux ''bœufs-carottes'', Mireille est très inquiète et ne cesse de vouloir retrouver Yasmine. Enquêtant en solo, elle va en outre interroger une certaine Dany (excellente Catherine Hiegel), une toxicomane qu'elle soupçonne de savoir où se trouve la jeune femme. Josiane Balasko pousse le curseur de la critique sociale un peu plus loin que lors de son premier long-métrage en tant que réalisatrice. Blaise Lacroix étant un homme de couleur, on a droit à de nombreuses allusions sur ses origines. Nègre, négro, il n'est pas rare que le racisme soit évoqué dans un contexte moribond où sont également exploités les sujets de la drogue et de la prostitution. En comparaison avec Sac de nœuds, Les keufs est déjà beaucoup moins réjouissant. Pourtant, le duo Balasko/De bankolé fonctionne très bien et certains seconds rôles s'avèrent généreux en matière d'incarnation. On pense notamment à Ticky Holgado et son rôle d'inspecteur de l'IGS victime en permanence d'aventures malheureuses (chute dans une flaque d'eau, nez cassé, passage à tabac par des dealers, etc...) ou encore à Jean-Pierre Léaud ici à contre-emploi dans le rôle du commissaire Bouvreuil, une bombe à retardement hystérique tout à fait réjouissante qui lui permit d'être nommé aux César dans la catégorie Meilleur second rôle masculin en 1988...


Si certaines séquences s'avèrent plutôt intéressantes comme les diverses interventions d'une Catherine Hiegel en toxicomane plus vraie que nature ou celles qui présentent Ticky Holgado dans des situations délicates, un peu trop nombreuses sont celles qui évoquent par contre le racisme ordinaire dont sera régulièrement victime le personnage incarné par Isaac De Bankolé. Josiane Balasko ainsi que ses scénaristes Christian Biegalski et Jean-Bernard Pouy manquent là d'imagination et tournent quelque peu en rond. Si le duo est attachant, le film est déjà beaucoup moins amusant que le précédent. Une fois encore, et l'on ne pourra pas lui reprocher, l'actrice et réalisatrice profite de l'occasion pour égratigner notre société tout en oubliant parfois l'essentiel qui est celui de faire rire. Les keufs n'est pas déplaisant, l'interprétation de l'ivoirien est fraîche pour l'époque mais le film a surtout pris un sacré coup de vieux. Parmi les divers musiciens ayant collaboré à la bande musicale, nous noterons la présence du chanteur et saxophoniste camerounais Manu Dibango ainsi que celle du musicien Stéphane Sirkis, connu pour avoir été l'un des frères jumeaux du groupe de rock français Indochine avant de disparaître le 27 février 1999 à l'âge de trente-neuf ans. Une semi-déception... avant le retour fracassant de Josiane Balasko en réalisatrice quatre ans plus tard avec... Ma vie est un enfer... !

 

vendredi 11 juin 2021

Tais-toi ! de Francis Veber (2002) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors qu'une exposition est consacrée au dialoguiste et scénariste Michel Audiard au musée du cinéma et de la photographie Jean Delannoy de Bueil dans l'Eure jusqu'à la fin octobre, il sera peut-être temps un jour de revenir sur la carrière de l'un de nos plus grands dialoguistes. Sur un ton sans doute moins argotique et familier que l'auteur des dialogues d'Un taxi pour Tobrouk de Denys de La Patellière, Les Tontons flingueurs de Georges Lautner ou de Mortelle Randonnée de Claude Miller, Francis Veber a su marquer de sa patte toute personnelle mais néanmoins identifiable chez d'autres (Le prénom d'Alexandre de La Patellière et Matthieu Delaporte aurait tout aussi bien pu être né de la plume de l'auteur de la trilogie La chèvre/Les compères/Les Fugitifs), le cinéma comique français. Avec une intelligence dans les dialogues que ne partagent malheureusement que peu de réalisateurs ou scénaristes. Et pourtant, de La chèvre en passant par Le Dîner de cons et jusqu'à Tais-toi ! au moins, le principe fut toujours le même. L'opposition de deux personnages qui n'ont absolument rien en commun. Deux ans auparavant, Francis Veber avait déjà cerné tout le potentiel comique de Gérard Depardieu en lui offrant le rôle du chef du personnel Félix Santini dans Le placard aux côtés de Daniel Auteuil et de Thierry Lhermitte. En 2002, le réalisateur, scénariste et dialoguiste le réembauche pour la cinquième fois et contrairement à la trilogie qu'il partageait avec l'acteur Pierre Richard, Gérard Depardieu n'y incarne cette fois plus la force brute, le rôle de celle-ci étant désormais confié à Jean Reno...


Non, désormais, celui qui incarna le détective privé Campana, le journaliste Jean Lucas puis le braqueur de banques du même nom interprète ici, Quentin... de Montargis. Un gentil gars, léger d'esprit, très bavard, version pas très finaude du suicidaire François Pignon de L'emmerdeur d’Édouard Molinaro (film déjà écrit à l'époque par Francis Veber lui-même). Face à lui, il fallait bien un acteur de la trempe, du charisme et de la stature de Jean Reno pour faire oublier au public cette force brute qu'incarne en général Gérard Depardieu. Comparable lui aussi à l'un des personnages principaux incarnés en 1973 par Lino Ventura (le tueur à gages Ralf Milan, toujours dans L'emmerdeur), Jean Reno campe celui de Ruby, un criminel qui après avoir dérobé vingt millions d'euros lors d'un braquage se retrouve dans la même cellule que Quentin. Un sujet dont l'originalité semble très modeste puisque se revendiquant (in)volontairement du duo François Pignon/Jean Lucas des Fugitifs. Sauf que dans le cas présent, les deux hommes vont faire équipe sous la contrainte du second, très attaché à son nouvel ami Ruby. Loin d'être aussi remarquables que ceux du Dïner de cons réalisé quatre ans auparavant, les dialogues s'avèrent étonnamment faibles, le film ne reposant que sur quelques saillies ''verbiales'' et surtout, sur son sympathique duo.


Entre un Jean Reno froid et épris de vengeance envers celui qui a tué celle qu'il aime (l'excellent Jean-Pierre Malo dans le rôle de Vogel qui fut quinze ans auparavant l'ennemi public numéro un dans Le Solitaire de Jacques Deray face à Jean-Paul Belmondo) et un Gérard Depardieu irrésistible en Quentin collé aux basques de son criminel ''d'ami'' et affublé d'une improbable coiffure, Tais-toi ! n'est peut-être pas aussi fin que tout ce qu'à pu mettre en scène ou réaliser Francis Veber jusque là mais l'essentiel y est. À part quelques séquences secondaires parfaitement inutiles comme la rencontre des deux hommes avec la charmante Katia, l'actrice franco-chilienne Leonor Varela qui interprète en outre la bien aimée de Ruby qui se fait dessouder par Vogel au début du film, Tais-toi ! rempli parfaitement sa tâche de comédie parfois hilarante, agrémentée de quelques personnages secondaires plus ou moins amusants. Et parmi eux, André Dussolier en psychiatre, Richard Berry en commissaire Vernet, Vincent Moscato en homme de main de Vogel ou encore Ticky Holgado dans le rôle de Martineau, seul véritable ami de Quentin. En 2002, nous avions le choix entre Ah ! si j'étais riche de Michel Munz, Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d'Alain Chabat, Le Boulet d'Alain Berbérian et Frédéric Forestier ou encore Ma femme s'appelle Maurice de Jean-Marie Poiré. On le voit, Tais-toi ! n'était certes cette année là sans doute pas la meilleure comédie française à sortir sur les écrans, mais pas la pire non plus...

 

dimanche 26 août 2018

Les Ripoux de Claude Zidi (1984) - ★★★★★★★☆☆☆



Les Ripoux, c'est la rencontre de deux des plus attachants interprètes français durant le courant des années quatre-vingt. D'un côté, Philippe Noiret, et de l'autre Thierry Lhermitte. Alors que le premier débutait une carrière de comédien au théâtre dans les années cinquante, le second, lui, se fit remarquer en 1978 auprès des autres membres de l'équipe du Splendid à laquelle il appartenait avec le cultissime Les Bronzés alors qu'il débutait en réalité sa carrière d'acteur cinq ans auparavant dans L'An 01 de Jacques Doillon. C'est donc sur le plateau de tournage du quinzième long-métrage du cinéaste Claude Zidi (Les Fous du Stade, L'Aile ou la Cuisse, Les Sous-Doués, La Totale ! Etc...) que les deux interprètes vont former un duo composé de deux flics que tout oppose dans la manière d'aborder leur carrière d'inspecteur dans un quartier du onzième arrondissement de Paris.

D'un côté, Philippe Noiret dans le rôle de René Boisrond, vieux Briscard de la police Nationale française, et surtout, un flic corrompu, de ceux que l'on nomme vulgairement des ripoux. Habitué à arpenter les rues de son quartier afin de prélever l'argent de ses concitoyens commerçants en échange de quoi il baisse les yeux sur certains trafics, René arrondit ses fins de mois en jouant notamment au Tiercé. Le vieux flic vit non-officiellement avec Simone, une ancienne prostituée. Mais alors qu'il formait un couple de flics ripoux avec son collègue Pierrot, lors d'une course-poursuite nocturne dans les rues de la capitale pour un braquage dont ils se sont rendus responsables, les deux hommes, enfin... René, prend la décision de faire tomber son collègue plutôt que de courir le risque de se faire arrêter et jeter en prison.

« Ca serait trop con de tomber tous les deux, alors qu'y en a un qui pourrait s'en sortir... »

c'est ainsi que René va faire comprendre à son ami et collègue Pierrot qu'il va devoir l'arrêter et lui mettre les menottes. Une fois Pierrot disparu, l'existence tranquille de René le ripoux reprend son cours. Du moins, jusqu'à ce que son supérieur hiérarchique, le commissaire Bloret lui explique qu'il va très prochainement devoir coopérer avec un tout nouvel équipier.

Et cet équipier, c'est Thierry Lhermitte qui l'incarne à l'écran. Le tout frais moulu inspecteur François Lesbuche débarque de son Épinal natal et n'a apparemment pas l'intention de suivre la même voie que René. Son ambition à lui étant de devenir commissaire, il va catégoriquement refuser de participer aux manigances de celui auquel le commissaire Bloret a demandé de le former. Du moins jusqu'au jour où débarque dans la vie de François la jolie Natasha, prostituée de son état, laquelle va se révéler un gouffre financier pour un François qui n'aura plus d'autre choix que d'accepter de se faire verser des pots de vin au même titre que René s'il veut pouvoir assurer le train de vie de sa toute nouvelle petite amie...

Redécouvrir Les Ripoux, c'est constater combien le film a su préserver ses qualités de comédie même trente-quatre ans après sa sortie sur nos écrans. Le duo incarné par Philippe Noiret et Thierry Lhermitte fonctionne toujours à merveille et c'est un véritable plaisir que de les voir circuler à pied ou au volant de leur voiture de fonction, dans un Paris qui n'a depuis pas tellement changé de visage. Revoir l’œuvre de Claude Zidi est également le moyen de se remémorer les seconds rôles, et même ceux qui n'y font pratiquement que de la figuration : au menu, Régine dans le rôle de l'ex-prostituée Simone, Grace de Capitani dans celui de Natasha, Julien Guiomar dans la peau du commissaire Bloret, ou encore Claude Brosset interprétant Vidal, Michel Crémadès incarnant le pick-pocket (toute première arrestation effectuée avec fierté par François Lesbuche), et ou bien Ticky Holgado dans le rôle d'Alphonse. Le film est l'occasion d'aller visiter un commissariat de quartier, d'aller boire ou manger un morceau dans un bar-restaurant de la capitale, de jouer aux courses hippiques dans un PMU, ou d'aller faire un tour du côté de Barbès. Tout le charme d'un Paris populaire qui a sur conserver certains de ses bons ou de ses mauvais côtés. En dehors de ces quelques remarques personnelles, Les Ripoux est surtout l'occasion de revivre l'une des meilleurs comédies françaises des années quatre-vingt. Un gros succès dans les salles avec presque six millions d'entrées qui généra deux suites. L'excellent Ripoux contre Ripoux en 1989, et le navrant Ripoux 3 en 2003...

mercredi 28 février 2018

Manon des Sources de Claude Berri (1986) - ★★★★★★★☆☆☆



Le cinéaste Claude Berri n'aura pas attendu le nombre des années pour que de la charmante petite Ernestine Mazurowna éclose une belle jeune femme mais a choisi de tourner dans la foulée de Jean de Florette, une suite se situant bien des années après le drame qui a touché la petite famille du bossu, Jean Cadoret. Après avoir disparu du casting, la jeune actrice s'est donc vue remplacée par Emmanuelle Béart, fille de l'auteur-compositeur et interprète de la chanson française Guy Béart. C'est la seconde fois que la jeune femme tournait auprès de son compagnon à la ville, Daniel Auteuil. Un rôle qui se révélera difficile pour l'actrice qui éprouvera quelques difficultés à tourner des scènes durant lesquelles elle devra faire preuve d'une certaine violence verbale envers l'homme qu'elle aime hors plateaux. Comme Jean de Florette avait révélé un Daniel Auteuil s'écartant très nettement des personnages qui lui avaient été confié jusqu'à maintenant, Manon des Sources offre à Emmanuelle Béart l'un de ses rôles les plus touchants. Une histoire d'amour impossible entre une belle sauvageonne le cœur toujours empli d'amertume envers celui qui provoqua la mort de son père et un paysan un peu sot fou d'amour pour la belle jeune femme qu'est devenue la gamine d'antan...

Si dans les grandes lignes, l’œuvre de Claude Berri se rapproche sensiblement de la version offerte en 1952 par Marcel Pagnol, les deux Manon des Sources cinématographiques conservent en revanche de grosses différences au niveau du déroulement du récit. Claude Berri s'inspire avant tout du roman paru en 1963, seconde partie d'un diptyque réunissant deux ouvrages sous le titre L'Eau des Collines. La disparition de Jean Cadoret, et par conséquent, celle de Gérard Depardieu, aurait pu peser sur cette suite qui conserve encore fort heureusement deux de ses plus charismatiques personnages. Daniel Auteuil et Yves Montand sont donc encore là, bien présents, dans leur rôle respectif d'Ugolin et de César. Plusieurs années ont passé depuis la mort de Jean mais le temps n'a pas eu d'effet sur ces deux personnages, dont un César qu'un détail minime tente de vieillir : en effet, désormais le plus vieux représentant des Soubeyran ne peut plus se passer de sa canne. Vieillissant, et donc plus proche de la mort que jamais, il compte sur Ugolin pour perpétrer le nom de la famille. Et justement, voilà que ce dernier vient de croiser la route de Manon, désormais une jeune et remarquablement belle adolescente. Partie s'installer chez Baptistine, la sorcière italienne du premier épisode qui vivait en compagnie de son mari dans une grotte, sur la propriété des Cadoret, la jeune femme n'a pas oublié tout le mal que lui ont fait Ugolin et son oncle. On pourrait même dire le village tout entier puisque chacun connaissait l'existence d'une source sur le terrain de la ferme des romarins mais jamais personne n'en a parlé à Jean et les siens. Un sujet fort délicat que certains préfèrent éviter. Un détail qui aura son importance et qui générera un certain malaise qui se ressentira même au delà de l'objectif puisque le spectateur lui-même pour se trouve gêné devant les propos et les regards accusateurs visant Ugolin et sa miraculeuse réussite.

Car son projet, celui qui le poussa des années en arrière à manigancer contre celui qui fatalement, allait devenir son ami à son contact, est désormais des plus concret. Ce qui demeure également palpable, c'est l'esprit de vengeance de Manon. Qui d'une part va se venger des habitants de la région en bouchant une source, tarissant ainsi la fontaine du village et tous les points de ralliement en eau, et d'Ugolin en lui refusant son amour. Un rejet qui aura, comme on le découvrira très vite, des répercutions graves. Là où le génie de Marcel Pagnol, et par conséquent celui de Claude Berri, explose, se situe dans l'impacable destin offert à ses protagonistes. Car si l'on remonte en arrière, du temps du récit tournant autour du personnage de Jean Cadoret et que l'on suit les péripéties de ce second volet jusqu'à la révélation finale, le spectateur se rend compte que tout est inexorablement lié.

Cette suite a été tournée à Mirabeau, petite commune française du Vaucluse de la région PACA. Si une partie du casting, notamment certains villageois, est identique à celle du premier volet, Claude Berri fait appel à quelques nouvelles têtes, telles que Hippolyte Girardot, qui n'a aucun lien de parenté avec l'immense et regrettée Annie Girardot et n'avait joué jusque là que dans une toute petite dizaine de longs-métrages. Il interprète désormais le rôle de l'instituteur Bernard Olivier, passionné de géologie et problème initial d'un Ugolin qui voit bien que la jeune et belle Manon n'a d'yeux que pour le nouvel arrivant. On reconnaîtra également la trogne si particulière de l'acteur, chanteur et musicien Ticky Holgado qui, ici, incarne le personnage du génie rural venu secourir des villageois impatients de résoudre le problème de l'eau. La boucle étant désormais bouclée, ne reste plus au spectateur qu'à assister au désenchantement d'une famille loin d'imaginer les tenants et les aboutissants d'une telle aventure. Yves Montand demeure toujours aussi remarquable, et Daniel Auteuil, comme ce fut le cas pour Jean de Florette, obtiendra une fois encore le César du meilleur acteur. Quant à celui de la meilleure actrice dans un second rôle, il reviendra à Emmanuelle Béart. Une récompense qui prouvera combien la jeune femme aura eu raison de passer outre certaines réticences, et d'avoir eu confiance en Claude Berri. De manière tout à fait subjective, et en tenant malgré tout compte de l'interprétation, de la mise en scène ou de la superbe partition musicale de Jean-Claude Petit, Manon des Sources demeure peut-être très légèrement en deçà du premier volet. Quoique...

mercredi 4 novembre 2015

Delicatessen de Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro (1991) - ★★★★★★★★★☆




Dans un monde aux allures de fin du monde, un ancien clown (campé par Dominique Pinon) arrive au bas d'un immeuble autour duquel ne semble subsister qu'un vaste brouillard à travers lequel on devine les restes de fondations que l'homme a bâtit dans le passé. Un lieu de perdition situé dans un futur proche et improbable. Engagé comme homme à tout faire dans ce vieil immeuble qui rappelle vaguement ceux que l'on rencontre dans le Paris d'aujourd'hui, le vieux clown devra résister à la terrible machination fomentée contre lui. 
 
Les apparences sont trompeuses, du moins pour un temps car le rôle de notre petit homme ira bien au delà du simple réparateur ou peintre en bâtiment. Très vite il prendra des risques insensés à l'image de cette scène à travers laquelle il tente de "sauver la vie" d'un petit colis dont une famille à l'agonie s'empare avant que le livreur n'arrive à reprendre le dessus allant même jusqu'à menacer le pauvre clown de son arme à feu, ce dernier n'étant en rien responsable de la situation. Le colis sera remis entre les mains de sa destinataire, fille du boucher et future muse de notre héros. Alors tout semble reprendre son cours. La vie des occupants semble réglée comme du papier à musique, tels ces deux frangins, fabricants artisanaux de boites à "meuuuuh", ce vieil homme vivant seul avec ses grenouilles et ses escargots, baignant dans une eau déguelasse se reposant sur fond de chants militaires, ou encore cette femme aux apparats de bourgeoise qui s'invente des techniques de suicide parfaitement rocambolesques mais qui finissent toujours à l'eau (c'est le cas de le dire)....Alors que tout ce petit monde parait vivre ou mieux, survivre dans l'attente, le boucher lui, prépare quelque chose c'est certain.

Par la force des choses, et dans un futur qui ne semble plus souffrir d'aucune moralité, les habitants du vieil immeubles sont tous devenus anthropophages et le boucher est leur fournisseur en viande. Tous cannibales sauf l'une de locataires: la fille du boucher. Et c'est à elle que l'ancien clown devra sa survie. Une étrange histoire d'amour bancale qui les verra liés l'un à l'autre mais aussi et surtout à une bien curieuse organisation vivant dans les égouts et qui viendra leur porter secours à la fin lorsque l'immeuble entier sera réuni afin d'en finir une bonne fois pour toute avec leur proie récalcitrante.

La grande force de ce film est cette folie permanente qui transpire dans chaque scène, tel ce passage mémorable ou Dreyfus et Viard, allongés sur un sommier couinant, semblent mener la danse tel un métronome dans ce vieil immeuble dans lequel chaque habitant vit au grès de leurs secousses orgiaques, menant le tempo comme le ferait un couple de chefs d'orchestre. Les cadrages, les gros plans, les travellings, tout concours à faire de ce Delicatessen un film réellement à part dans le septième art. L'image, sublime comme à son habitude et la photographie de Darius Khondji sont à l'image du reste: tout simplement bluffantes. Le scénario de Gilles Adrien est un modèle d'originalité quand à la musique de Carlos D'Alessio elle ponctue de façon discrète les moments clés du film...


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...