Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


Affichage des articles dont le libellé est François Ozon. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est François Ozon. Afficher tous les articles

samedi 9 août 2025

Potiche de François Ozon (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

1997.... Cette année là, un réalisateur allait bouleverser mon opinion sur l'état du cinéma français et conforter l'idée que même dans notre beau pays, il était possible de produire l'équivalent de l’œuvre toute entière du cinéaste américain John Waters. Mon maître à penser, comme le fut en littérature un certain Charles Bukowski. Des Pink Flamingos, des Female Trouble et plus encore des Desperate Living, chez nous, semble-t-il, la chose était inconcevable. Il y eu semble-t-il quelques tentatives underground mais pourtant remarquables (le Mongolitos de Stéphane Ambiel disponible en double programme chez Haxan Films aux côtés du cultissime Hated: GG Allin and the Murder Junkies de Todd Philips) mais rien de véritablement officiel. Jusqu'en 1997, donc, et le moyen-métrage Regarde la mer de François Ozon. Signe avant coureur de ce qui allait jaillir sur les grands écrans l'année suivante sous le titre Sitcom. Une flèche pointant directement vers ces programmes médiocres mais ô combien populaires. Et pourtant, si ce dernier s'était montré d'un cynisme réjouissant, il dénotait déjà une légère baisse de régime en la matière de la part du réalisateur François Ozon. En effet, on y riait sans doute davantage que devant Regarde la mer, mais il n'avait probablement pas la capacité de déranger autant que dans cette aventure d'un peu moins d'une heure détaillant la rencontre entre une touriste anglaise prénommée Sasha et Tatiana (Marina de Van, impressionnante), une jeune marginale apparaissant comme immédiatement menaçante...


Nous sommes fin 2010 lorsque sort sur les écrans français Potiche, le treizième long-métrage du réalisateur français. Et les choses, depuis, ont bien changées. Les vedettes, depuis quelques années déjà, se sont bousculées au portillon du cinéma estampillé '' François Ozon'' ! Ne faisant pas fi de cette règle, Potiche réunit en son sein des noms aussi prestigieux que ceux de Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, Fabrice Luchini ou Jérémie Rénier. Aux côtés desquels l'on découvre la présence étonnante de la chanteuse Elodie Frégé. François Ozon aura eu la bonne idée d'attendre sept ans avant de débaucher la gagnante de la troisième saison de l'émission de télé-réalité musicale, Star Academy. Histoire de faire taire avant qu'ils n'ouvrent la bouche ceux qui auraient sans doute prétendu que le cinéaste aurait par ce choix, tenté d'attirer les amateurs de ce genre de shows télévisuels ! S'il n'entretient aucun rapport avec le contexte propre aux Sitcoms des années quatre-vingt dix puisqu'il situe son intrigue deux décennies auparavant, c'est parce que Potiche multiplie les références à cette époque. Pulls à col roulé bordeaux et en acrylique. Foulards soyeux, coupe au bol (Jérémie Rénier, qui deux ans plus tard incarnera Claude François dans Cloclo de Florent-Emilio Siri ressemble déjà à s'y méprendre à l'un des plus populaires chanteurs français des années 60/70), mode vestimentaire, véhicules et fond sonore, tout ou presque renvoie à cette période de vague insouciance que beaucoup n'ont malheureusement pas eu la chance de connaître...


Vu le pedigree de François Ozon, on rêve d'un retour aux sources et pourquoi pas, de dialogues aussi incisifs que ceux des débuts de Bertrand Blier (dont les premiers films cultes, je le précise, datent tous de cette période là). Mais à moins que François Ozon n'ait décidé de montrer que rien n'a vraiment changé depuis ces cinquante dernières années, plonger ses protagonistes dans le courant des années soixante-dix n'a d'intérêt pour lui que de ne citer personne en particulier tout en évoquant la société et le monde politiques tels qu'ils demeurent de nos jours. Quant aux spectateurs, ceux-ci se réjouiront certainement davantage de l'esthétique du long-métrage que des dialogues poussifs dont on ne sait jamais vraiment si François Ozon les a choisi pour leur éventuelle corrélation avec l'époque évoquée. Essentiellement constituée de standards de la variété française (Michèle Torr, Il était une fois, Bee Gees, Jean Ferrat ou Julio Iglesias), la bande musicale à laquelle participe le compositeur Philippe Rombi est typique de cette nouvelle génération de comédies françaises assez creuses qui pullulent depuis la sortie de Potiche. Comme si François Ozon avait posé les bases d'un cinéma fade, dénué d'imagination et de sentiments vrais. Le pire étant d'y voir Fabrice Luchini souvent sous-exploité. Même Bruno Dumont saura prendre le contre-pied de son talent d'orateur en 2016 en sous-exploitant son phrasé dans l'excellent Ma loute. Le treizième long-métrage du réalisateur français donne surtout à se remémorer l'excellente émission Message à caractère informatif de Nicolas et Bruno qui détournait avec talent d'anciens films d'entreprises et qui pour le coup, s'avérait autrement plus drôle. Ennuyeux, dénué (ou presque) du cynisme qui chez François Ozon transpirait par tous les pores par le passé, Potiche est anecdotique. Pour ne pas dire, totalement dispensable...

mardi 16 août 2022

Sous le sable de François Ozon (2000) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Sentir, voir, toucher ou entendre sont des facultés inestimables. Mais ce qui l'est peut-être encore davantage est cette aptitude à ressentir en soi des émotions. Celles-ci irriguent notre cerveau mais aussi notre corps tout entier. IMAX, 4DX, ces nouveaux systèmes qui permettent sur grand écran de vivre le cinéma beaucoup plus intensément que par le passé. Une alternative coûteuse (entre 15 et 20 euros dans le meilleur des cas) et qui, me semble-t-il, n'a pas encore été mis à disposition des foyers (rectifiez si je me trompe). Et pourtant, avec un peu d'ingéniosité et de patience, il est possible de vivre chez soi, de telles expériences. Mais alors, comment s'y prendre ? Faire comme aujourd'hui, par exemple. Et attendre que la pluie se décide enfin à tomber, comme elle s'est déclarée voilà une quinzaine de minutes. C'est dans ces conditions un peu particulières où le Soleil a disparu derrière les nuages et où le bruit de millions de gouttes tombant successivement sur le pavé dénigre tout besoin de silence que j'ai démarré la projection de Sous le sable de François Ozon. Son quatrième long-métrage seulement et pourtant, sans doute, l'un des plus riches émotionnellement et néanmoins des plus sobres. Dix ans avant qu'il ne surenchérisse dans la caricature et le théâtral avec son Potiche qui selon moi fut beaucoup trop surestimé, Sous le sable revient à ce climat particulièrement trouble qui gravitait autour de cette histoire simple que partageaient les deux interprètes féminines du moyen-métrage Regarde la mer. Énigmatique et empli de sous-entendus, le titre lui-même soulève des questions alors même que le générique d'ouverture n'a pas encore débuté. S'il pleut ici à grosses gouttes pour un temps indéterminé, le contraste avec ce qu'il adviendra de Bruno Cremer/Jean Drillon, disparu après s'être jeté dans la mer, renforce ce sentiment de malaise qui persiste autant que la moiteur du climat qui nous est imposé depuis deux mois. Point culminant (parmi tant d'autres) d'une œuvre profondément intrigante, la caméra de François Ozon pose un regard insistant sur celui de l'actrice britannique Charlotte Rampling...


Une Charlotte Rampling dont on ne célèbre d'ailleurs que très rarement la chaleur... Visage froid, presque de marbre, regard triste... François Ozon a pourtant su saisir ici toute sa beauté, la rendant ainsi plus rayonnante que jamais. Filmant l'actrice de manière obsessionnelle, la caméra, toujours elle, la cadre au plus près, sous tous les angles et dans des ébats amoureux puis sexuels terriblement voluptueux. Curieusement, Sous le sable projette l'image d'un long-métrage qui sera réalisé longtemps plus tard, en 2017 et aux États-Unis, par le cinéaste américain David Lowery. Car en effet, rien ne rapproche davantage A Ghost Story que le film de François Ozon avec sa thématique renversée dans laquelle ça n'est plus tant l'héroïne qui cherche à conserver l'image de son défunt mari mais le fantôme de ce dernier qui se détermine à demeurer dans l'entourage de sa bien aimée. Si David Lowery allait dix-sept ans plus tard tourner un drame ouvertement fantastique, François Ozon fait œuvre en 2010 d'une ambiguïté renforcée par la disparition avérée de l'époux dont la mort, elle, reste encore à déterminer. Car Sous le sable est d'abord et avant tout un vibrant et très puissant hommage à l'amour. Épaulé par Marina de Van mais également par Emmanuèle Bernheim et Marcia Romano à l'écriture, le réalisateur français signe un long-métrage profond, discret, sensible, touchant et se distinguant par une force d'évocation remarquable. Discrète, la partition musicale de Philippe Rombi, fidèle collaborateur de François Ozon depuis Les amants criminels réalisé un an auparavant, nuance au même titre que la mise en scène et l'interprétation un sujet éminemment grave porté par la sensibilité de chacun. Le cynisme coutumier du français s'efface derrière les sourires parfois inattendus de son héroïne qui ne semble pas se chercher de raison d'oublier celui que l'on suppose avoir disparu à jamais. Triple hommage à la passion, l'amour et son interprète principale, vingt-deux ans après sa sortie, Sous le sable demeure parmi les plus brillantes réussites de François Ozon...

 

lundi 15 août 2022

L'amant double de François Ozon (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


L'Amant Double est le dix-septième long-métrage du réalisateur et scénariste français François Ozon. Extension ombilicale du court-métrage Regarde la Mer tourné très exactement vingt ans auparavant, il y évoque une fois de plus la matrice nourricière, objet de fantasmes et siège de certaines angoisses toutes féminines. L'Amant Double porte plusieurs responsabilités dont la moindre d'importance demeure encore d'être une adaptation de l'ouvrage Lives of the Twins de Rosamond Smith (pseudonyme sous lequel se cache la new-yorkaise Joyce Carol Oates) édité en 1987. Si les jumeaux semblent avoir souvent servi de matière première à nombre de réalisations, certaines d'entre elles se détachèrent très clairement du lot et donnèrent lieu à d'authentiques chefs-d’œuvre. Même si les sujets évoqués semblent apparemment très éloignés du thème qu'aborde ici François Ozon, on citera tout de même le stupéfiant The Other de Robert Mulligan datant de 1972 et à l'origine duquel les réalisateurs autrichiens Severin Fiala et Veronika Franz donnèrent naissance au cauchemardesque Goodnight Mommy quarante-deux ans plus tard. Surtout, L'Amant Double a la lourde tâche de marcher sensiblement sur les traces de l'extraordinaire Faux-Semblants de David Cronenberg. LA référence en matière d'horreur/thriller psychologique...

 
Au cœur de cette affaire qui mêle allégrement suspens, gémellité, érotisme et fantastique (dont la référence absolue demeure toujours l’œuvre du cinéaste canadien), François Ozon explore la psyché d'une jeune et très belle femme amante de son ancien psychiatre et bientôt, de son frère jumeau. Deux caractères diamétralement opposés qui expliquent en partie l'absence de rapports que les deux hommes ont choisi de ne pas entretenir. Glacé comme du Haneke, aussi sulfureux que du Verhoeven, un suspens et une sensualité proches de De Palma, les références ''désirées'' s'accumulent tandis que le récit dénoue le fil de l'intrigue à pas de chat. Cette référence qui sert de toile de fond explicative afin de mieux intégrer cet étouffant concept entre fascination et répulsion. Ceux qui découvrirent Regarde la Mer vingt ans plus tôt et le discours d'une Marina de Van particulièrement sinistre ne s'offusqueront sans doute que de l'apparente transgression qu'aborde le dix-septième long-métrage de François Ozon. Une œuvre, sinon anecdotique, du moins presque anachronique dans sa manière d'aborder ses thèmes sous l'angle d'un érotisme déjà parvenu à son paroxysme des années auparavant...
 
L'Amant Double a beau être incarné par un Jérémie Renier charismatique et dédoublé, par une Marine Vacth sublime ou par une Myriam Boyer inquiétante, avatar bien vivant de la Madame Choule du traumatisant Le Locataire de Roman Polanski (sauf qu'ici, elle n'est plus tant celle que les voisin cherchent à remplacer mais plutôt l'initiatrice de cette machination), il manque à ce film de François Ozon, ce petit quelque chose difficile à définir et qui fait les grandes œuvres cinématographiques. Car ce n'est certes pas en exposant les corps nus de ses vedettes dans une majorité de séquences de sexe qu'il parviendra à retenir l'attention du spectateur. Du moins, pas celui qui aura su déceler le subterfuge consistant à noyer un manque d'imagination par l'emploi de séquences pillées ailleurs, là encore au Faux-Semblants de David Cronenberg (à titre d'exemple, la scène cauchemardesque lors de laquelle le personnage de Chloé se dédouble alors que les deux frères Paul et Louis lui font l'amour fait immédiatement référence à celle où les deux frangins Mantle (Jeremy Irons, lui aussi dans un double rôle) se joignent à la patiente/amante Claire Niveau interprétée par l'actrice Geneviève Bujold). Plus vraiment dérangeant ni vraiment sulfureux, L'Amant Double n'est presque plus qu'une succession de scènes érotiques faussement impudiques et sexuellement déviantes (pour certaines). Une expérience peut intrigante dont on ne ressort malheureusement jamais psychologiquement ''essoré''... Dommage...

 

lundi 2 août 2021

Grâce à Dieu de François Ozon (2019) - ★★★★★★★★★☆

 


 

L'antépénultième long-métrage du réalisateur, scénariste et producteur français François Ozon Grâce à Dieu s'inspire d'un fait-divers authentique. Celui qui entoure l'Affaire Bernard Preynat, ce prêtre accusé de pédophilie entre 1972 et 1991. Reconnu coupable d'avoir abusé sexuellement dix enfants lors d'un rassemblement de scouts, il est renvoyé de l'état clérical et prend cinq de prison ferme. Dans le scénario de François Ozon, tout commence avec Alexandre Guérin (interprété par l'acteur Melvil Poupaud) qui lors d'une conversation se remémore les abus sexuels dont il fut victime de la part du père Bernard Preynat alors qu'il n était qu'un tout jeune adolescent. Le souvenir douloureux de cette période pousse le jeune homme, père de cinq enfants et marié à Marie (Aurélia Petit), à rencontrer Régine Maire, la psychologue de l'archevêché. C'est grâce à elle qu'Alexandre parvient à obtenir un rendez-vous avec le cardinal Philippe Barbarin auprès duquel il témoignes des attouchements dont il fut victime il y a longtemps. Bien que le cardinal lui ait promis de faire la lumière sur toute cette affaire, Alexandre comprend très vite qu'il n'obtiendra rien des autorités ecclésiastiques. Pire : le père Bernard Preynat, malgré les plaintes de plusieurs parents, officie toujours au contact d'enfants...


Avec Grâce à Dieu, François Ozon signe un très grand film, qui s'abstient de montrer l'affaire sous son aspect le plus dérangeant pour n'en retenir que l'essentiel. Le combat mené par les victimes d'un homme d'église en qui leurs parents et eux-mêmes avaient mis leur confiance entre ses mains. Entre dépositions des victimes, création de La Parole Libérée, cette association qui réunit à l'époque une soixantaine de personnes victimes du père Bernard Preynat et qui très récemment a été dissoute par ses propres membres, confrontations entre le bourreau et certains de ceux dont il abusa à l'époque et qui depuis sont tous devenus des adultes, l’œuvre de François Ozon fait également l'état des lieux des traumatismes qui découlèrent du viol de plusieurs d'entre eux. De la simple caresse jusqu'à la fellation contrainte, le réalisateur aborde le sujet de la pédophilie avec une infinie sobriété tout en n'oubliant jamais d'y évoquer également le silence dont s'est rendue coupable l’église et les retombées médiatique, judiciaires et religieuse d'une telle affaire. François Ozon s'intéresse moins au bourreau qu'à ses victime. Ce qui lui évite (et épargne aux spectateurs) d'exposer plus qu'il n'en faut le bourreau sous la lumière des projecteurs. Car les véritables héros de ce récit sont justement ceux dont le père Bernard Preynat abusa. Un homme de Dieu courageusement interprété par l'acteur Bernard Verley qui quoi qu'on en dise, a su parfaitement dessiner les contours de ce prêtre doux dans les paroles mais capable de pire dans les actes...


Melvil Poupaud, donc, mais également Denis Ménochet (notamment inoubliable dans l'excellent Seules les bêtes de Dominik Moll en 2019), mais aussi et surtout Swann Arlaud, qui dans le rôle d'Emmanuel Thomassin interprète l'une des victimes du pédophile de manière absolument bouleversante. Le festival de Cannes saura d'ailleurs s'en émouvoir puisqu'il y recevra le très mérité prix du meilleur acteur dans un second rôle (un second rôle qui d'ailleurs aurait mérité d'être hissé au niveau de ceux de Melvil Poupaud et de Denis Ménochet tant Swann Arlaud marque Grâce à Dieu de sa seule présence et de sa qualité d'interprétation). On appréciera également les participations de Josiane Balasko, d'Odile Debord, d'Aurélia Petit, de Julie Duclos ou d'Amélie Daure qui incarnent avec justesse qui une mère, qui une épouse ou qui une compagne... N'oublions pas également l'acteur François Marthoulet qui incarne quant à lui le rôle du Cardinal Philippe Barbarin qui lui aussi sera au centre de l'affaire pour avoir gardé le silence quant aux faits reprochés au père Bernard Preynat. Sans jamais se placer à la hauteur d'un juge, François Ozon signe une partition parfaite. Un sujet grave traité dans la plus grande dignité par le réalisateur et ses interprètes. Je le répète, Grâce à Dieu est un très grand film...

 

samedi 15 décembre 2018

Ricky de François Ozon (2008) - ★★★★★★☆☆☆☆



Lorsqu'un film sort de l'ordinaire, fait une proposition qui sort des sentiers battus, on se tait et on regarde, et APRES seulement, on critique, on crie au génie ou l'on hurle à l'infamie. On peut tout simplement faire la moue, sourire, ou pleurer. On peut même parfois sortir de l'expérience quelque peu bouleversé. Dans ce registre, François Ozon a déjà donné. Oui, oui, à une certaine époque, il savait bousculer, déranger, malmener son public. Du moins, jusqu'à ce qu'il rentre un peu dans le rang. Mais qui n'a jamais vu Regarde la Mer ne peut soupçonner ce que pouvait receler de malsain son cinéma d'avant. Ricky peut être considéré comme la version « avec filtre » de son quinzième court-métrage réalisé presque dix ans auparavant. Sauf que la fascinante et dérangeante actrice belge Marina de Van (Dans ma Peau) laisse désormais la place à Alexandra Lamy qui fut d'abord remarquée grâce au personnage d'Alex dans la série Un Gars, une Fille. Tiens, justement. Une sitcom. Comme le titre du premier long-métrage que réalisera François Ozon l'année précédent les début d'Alexandra Lamy dans le rôle qui la rendit célèbre.

La rencontre entre l'actrice et le cinéaste semblait tellement évidente qu'il aura tout de même fallut patienter une décennie durant laquelle Alexandra aura eu le temps de se faire la main sur une dizaine de longs-métrages. Ricky, lui, démarre presque comme n'importe quelle romance. Ajoutant à cette rencontre un aspect social qui perdurera jusqu'à la fin de ce conte pas vraiment classique, François Ozon ne fait pas de son héroïne la fille d'une riche famille bourgeoise mais la locataire d'un HLM qui élève seule sa fille de sept ans. Lisa. Déjà, la particularité de Katie, c'est son moyen de locomotion. Pas de voiture, mais un scooter. Un détail. Son métier, également, puisqu'elle travaille sur une chaîne de montage dans une usine de produits chimiques. Sa rencontre elle aussi n'est pas banale puisque son futur compagnon Paco, la jeune femme va le rencontrer non pas à la terrasse d'un café, ni dans un théâtre, encore moins dans une salle de concert mais au boulot. Très vite, entre eux, ça colle. Après s'être baisés mutuellement dans les chiottes de l'usine où ils bossent désormais tous les deux, Paco vient s'installer avec Kathie et sa fille Lisa. Avec cette dernière, si le torchon ne brûle pas vraiment, l'intégration de cet immigré d'origine espagnole ne se fait pas sans heurts. Pourtant, peu à peu, Paco finit par faire partie du décor et donne même un enfant à Kathie. Et c'est là que les choses vont prendre une tournure particulière...

Parce que François Ozon ne faisant pas les choses comme tout le monde, il fallait bien qu'il nous balance un concept inédit. Un peu fou, mais plaisant. En tout cas, ne se revendiquant pas du même tonneau que le parfois très dérangeant Regarde la Mer. Sous ses faux airs de drame social (une mère vivant seule avec sa fille dans un HLM, on connaît déjà le sujet par cœur), le cinéaste français y injecte un élément fantastique particulièrement périlleux. Casse-gueule diront certains. Car Ricky, ce joli bébé de quelques kilos qui vient de naître va bientôt montrer les stigmates d'une étrange mutation qui ameutera les foules. En bon artisan, François Ozon n'oublie cependant pas d'où provient son cinéma. Le cinéaste sait capter le regard de ses interprètes. C'est ainsi donc qu'avant que nous soit révélée l'incroyable réalité de ce qui fait de Ricky un être si exceptionnel, il aura réussit à faire douter les spectateurs. Un public qui aura tenté de trouver à deux reprises une explication cruelle aux stigmates que porte l'enfant. Malheureusement, sorti de ce contexte pour arriver là où le cinéaste voulait dès le départ nous emmener, Ricky finit par se prendre les pieds dans le tapis à mesure qu'il abandonne l'élément dramatique pour se fendre d'une comédie fantastique, au final, un peu légère... Surprenant, mais intrinsèquement creux. Dommage car Alexandra Lamy, Sergi Lopez, et la toute jeune Mélusine Mayance sont impeccables...

samedi 10 février 2018

Regarde la Mer de François Ozon (1997) - ★★★★★★★☆☆☆



Une plage, sur l’île D'Yeu, à six heures de Paris. À l'écart du continent, entourée par les eaux, cette commune française du département de la Vendée est le refuge de Sasha et de sa fille Sioffra. Tandis que son époux travaille dans la Capitale, la jeune anglaise occupe son temps comme elle le peut. Entre maison et plage. Ménage et bronzage. Une prison dorée de vingt-cinq kilomètres carré sur la surface de laquelle on ne croise ici, pas un touriste, pas un baigneur, pas un vendeur de glace, juste quelques types franchement louches baisant dans le confort discret d'une épaisse forêt tapissée de brins d'herbe desséchés. Pour tuer le temps, Sasha emporte Sioffra jusqu'à la plage pour y profiter du soleil. Derrière elle et sa fille, se profile une falaise et à son sommet, la silhouette d'une femme, le dos lesté d'un sac regroupant tout ce qu'elle possède. Jetant un regard vers le bas, elle semble épier les faits et gestes de Sacha.
En réalité, celle qui se fera appeler Tatiana lors de sa prise de contact avec Sasha quelques heures plus tard évalue ses chances de se rapprocher de la mère de famille. Changement d'environnement, la caméra filme désormais Sasha baignant Sioffra dans la baignoire de la demeure familiale. Une maison mise à l'écart de toute forme de civilisation. C'est là que vient frapper à la porte Tatiana. Filmée cette fois-ci de près, l'actrice française Marina de Van se présente sans artifices. Le cinéaste François Ozon impose un personnage inquiétant. Mystérieux. Dans l'incapacité (ou presque) de sourire devant une Sasha bienveillante. Une marginale. Comme ceux croisés dans les grandes cités et qui ne présagent rien de bon. Le regard mort, l'actrice jette un froid sur une île que François Ozon n'avait apparemment pas l'intention d’embellir. Loin des images de cartes postales, l’île D'Yeu perd en température. Et Sasha d'offrir un repas à celle qui lui a quelque peu forcé la main pour planter sa tente dans le jardin. Première marche vers une amitié éphémère ?

François Ozon réalise en 1997 l'un de ses derniers courts-métrages. En réalité, un moyen-métrage puisque d'un durée dépassant les cinquante minutes. Précédant un premier long digne du cinéma outrancier de John Waters intitulé Sitcom, Regarde la Mer est de ces projets cinématographiques qui dérangent tout en apportant une réflexion sur les rapports entre individus n'ayant rien de commun. Entre une Sasha (l'actrice anglaise Sasha Hails qui auparavant avait déjà tourné dans le courts-métrage Une Rose entre Nous du même François Ozon) condamnée à rester enfermée sur son île et une Tatiana (Marina de Van donc, qui outre sa carrière d'actrice a elle-même écrit et réalisé quelques longs-métrages dont le troublant Dans ma Peau) poussée par le désir de changer d'endroit tous les trois ou quatre jours, une étrange relation s'installe. Perchée plus tôt au sommet de la falaise, celle-ci y arbore l'inquiétante silhouette de l'oiseau de proie fondant sur sa prochaine cible.

Regarde la Mer offre un spectacle dépressif que pas même le ressac et le cri des mouettes ne parviennent à rendre attachant. Marina de Van incarne à merveille cette marginale au teint blafard, aux jambes abîmées, et dont le comportement laisse supposer un trait de caractère inquiétant (la brosse à dents). François fait peu à peu monter la sauce d'un récit qui semble ne devoir aboutir qu'à une tragédie. Filmée tel le démon Pazuzu remarqué sous forme d'image subliminale dans le classique de William Friedkin L'Exorciste, Marina de Van personnifie le mal tandis qu'éclairée par la lumière d'une lampe, Sasha reflète le bon côté de l'humanité. La main sur le cœur, accueillant une étrangère, si bonne et généreuse qu'aucun signe avant coureur ne viendra lui mettre la puce à l'oreille, et certainement pas ce dernier dialogue qu'échangeront les deux femmes avant que ne survienne ce que le spectateur, lui, redoutait dès la première apparition de Tatiana.

Regarde la Mer est une réussite totale. Marina de Van y est exceptionnelle. Criante de naturel face à une Sasha Hails naïve mais elle aussi, talentueuse. Minimaliste dans la forme, le moyen-métrage de François Ozon laisse une très désagréable impression et ce, même au delà de la projection. Comme la semelle d'une chaussure pleine de merde laissant une odeur forte et inconfortable...

samedi 14 décembre 2013

Sitcom de François Ozon (1998)



Dans un quartier bourgeois, une famille a tout pour être heureuse. Le père est ingénieur, la mère consulte un thérapeute et pratique assidûment la gymnastique. Leur fille Sophie est une artiste et fréquente un beau jeune homme. Leur fils Nicolas est quand à lui attiré par les études. La mère vient d'embaucher Maria, une jeune et jolie espagnole comme domestique. Une vie sans problèmes et sans histoire.

Un jour pourtant, le quotidien tranquille de cette famille modèle est déréglé avec l'arrivée de la demeure d'un rat de laboratoire rapporté par le père. Le chef de famille sait pourtant que son épouse déteste ces bêtes à poils. C'est donc le fils qui est chargé de monter le rongeur dans sa chambre et de l'y garder enfermé dans sa cage. Le rat semble très vite avoir un pouvoir de séduction sur le jeune adolescent. Alors que le soir même le dîner rassemble la famille, David, le compagnon de la fille, Maria et son époux Abdu, Nicolas apprend à ses proches qu'il est homosexuel. La mère est désemparée tandis que son mari et Sophie prennent la chose du bon coté.

Nicolas quitte la table et part se réfugier dans sa chambre et Abdu propose aux parents de leur venir en aide en allant rejoindre leur fils dans sa chambre...

Après une série de courts-métrages dont certains ont marqué durablement les esprits (Regarde La Mer déjà interprété par Marina de Van), François Ozon passe au long métrage en 1998 avec ce Sitcom qui à l'époque fit beaucoup parler de lui. A la manière d'un John Waters ou d'un Todd Solondz il égratigne la société, ici, la bourgeoisie, à travers le portrait d'une famille aisée dont le vernis s'égratigne dès l'arrivée en son sein d'un rat de laboratoire. Une bestiole peu reluisante qui influence les membres de la famille, et notamment les enfants, en les poussant à accomplir des actes difficiles. Le fils apprend donc à ses parents son homosexualité, la fille est victime de somnambulisme et se jette dans le vide avant d'être paralysée, Abdu révèle son attirance pour les hommes lors de son rapprochement vers le jeune Nicolas et Maria, elle, manifeste peu d'enthousiasme pour les tâches ménagères.

Trash et irrévérencieux, Sitcom dérange la petite vie tranquille des ménagères de moins de cinquante ans par les sujets qu'il aborde : homosexualité donc, mais aussi sadomasochisme (les rapports difficiles entre Sophie et son compagnon David), zoophilie (il faut voir la jeune femme prendre son pied lorsque le rat se promène sur son intimité), handicap, inceste et mort. Et ce rat, cette petite bête adorable que la mère fuit ne serait-il pas une représentation peu fidèle du père ? D'ailleurs, la fin semble confirmer la chose lors d'un combat singulier entre la créature, disproportionnée, et les membres de la famille.

Le film souffre d'un manque évident de moyens et d'ambitions. On ne reviendra pas sur les talents du cinéaste François Ozon qui depuis a fait ses preuves mais à coté de ses grands maître que sont les papes du trash, il fait pâle figure. Quand aux interprètes, ils sont dans l'ensemble plutôt convaincants, si l'on puis dire ceci puisque le film devient très vite le chantre d'un délire artistique improbable. Mais il ne faut pas jeter la pierre à ce Sitcom qui demeure encore aujourd'hui l'unique exemple de pseudo sitcom trash à la française...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...