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samedi 15 décembre 2018

Ricky de François Ozon (2008) - ★★★★★★☆☆☆☆



Lorsqu'un film sort de l'ordinaire, fait une proposition qui sort des sentiers battus, on se tait et on regarde, et APRES seulement, on critique, on crie au génie ou l'on hurle à l'infamie. On peut tout simplement faire la moue, sourire, ou pleurer. On peut même parfois sortir de l'expérience quelque peu bouleversé. Dans ce registre, François Ozon a déjà donné. Oui, oui, à une certaine époque, il savait bousculer, déranger, malmener son public. Du moins, jusqu'à ce qu'il rentre un peu dans le rang. Mais qui n'a jamais vu Regarde la Mer ne peut soupçonner ce que pouvait receler de malsain son cinéma d'avant. Ricky peut être considéré comme la version « avec filtre » de son quinzième court-métrage réalisé presque dix ans auparavant. Sauf que la fascinante et dérangeante actrice belge Marina de Van (Dans ma Peau) laisse désormais la place à Alexandra Lamy qui fut d'abord remarquée grâce au personnage d'Alex dans la série Un Gars, une Fille. Tiens, justement. Une sitcom. Comme le titre du premier long-métrage que réalisera François Ozon l'année précédent les début d'Alexandra Lamy dans le rôle qui la rendit célèbre.

La rencontre entre l'actrice et le cinéaste semblait tellement évidente qu'il aura tout de même fallut patienter une décennie durant laquelle Alexandra aura eu le temps de se faire la main sur une dizaine de longs-métrages. Ricky, lui, démarre presque comme n'importe quelle romance. Ajoutant à cette rencontre un aspect social qui perdurera jusqu'à la fin de ce conte pas vraiment classique, François Ozon ne fait pas de son héroïne la fille d'une riche famille bourgeoise mais la locataire d'un HLM qui élève seule sa fille de sept ans. Lisa. Déjà, la particularité de Katie, c'est son moyen de locomotion. Pas de voiture, mais un scooter. Un détail. Son métier, également, puisqu'elle travaille sur une chaîne de montage dans une usine de produits chimiques. Sa rencontre elle aussi n'est pas banale puisque son futur compagnon Paco, la jeune femme va le rencontrer non pas à la terrasse d'un café, ni dans un théâtre, encore moins dans une salle de concert mais au boulot. Très vite, entre eux, ça colle. Après s'être baisés mutuellement dans les chiottes de l'usine où ils bossent désormais tous les deux, Paco vient s'installer avec Kathie et sa fille Lisa. Avec cette dernière, si le torchon ne brûle pas vraiment, l'intégration de cet immigré d'origine espagnole ne se fait pas sans heurts. Pourtant, peu à peu, Paco finit par faire partie du décor et donne même un enfant à Kathie. Et c'est là que les choses vont prendre une tournure particulière...

Parce que François Ozon ne faisant pas les choses comme tout le monde, il fallait bien qu'il nous balance un concept inédit. Un peu fou, mais plaisant. En tout cas, ne se revendiquant pas du même tonneau que le parfois très dérangeant Regarde la Mer. Sous ses faux airs de drame social (une mère vivant seule avec sa fille dans un HLM, on connaît déjà le sujet par cœur), le cinéaste français y injecte un élément fantastique particulièrement périlleux. Casse-gueule diront certains. Car Ricky, ce joli bébé de quelques kilos qui vient de naître va bientôt montrer les stigmates d'une étrange mutation qui ameutera les foules. En bon artisan, François Ozon n'oublie cependant pas d'où provient son cinéma. Le cinéaste sait capter le regard de ses interprètes. C'est ainsi donc qu'avant que nous soit révélée l'incroyable réalité de ce qui fait de Ricky un être si exceptionnel, il aura réussit à faire douter les spectateurs. Un public qui aura tenté de trouver à deux reprises une explication cruelle aux stigmates que porte l'enfant. Malheureusement, sorti de ce contexte pour arriver là où le cinéaste voulait dès le départ nous emmener, Ricky finit par se prendre les pieds dans le tapis à mesure qu'il abandonne l'élément dramatique pour se fendre d'une comédie fantastique, au final, un peu légère... Surprenant, mais intrinsèquement creux. Dommage car Alexandra Lamy, Sergi Lopez, et la toute jeune Mélusine Mayance sont impeccables...

vendredi 14 septembre 2018

La Proie d'Eric Valette (2011) - ★★★★★★★☆☆☆



C'est lors du cycle que j'ai décidé de consacrer à l'acteur américano-français originaire de New York Christophe(r) Lambert que je suis tombé par erreur sur cette Proie homonyme au long-métrage de J.F. Lawton sorti en salle en 1995, mais cette fois-ci réalisée par Eric Valette en 2011. Les deux œuvres n'entretiennent aucun rapport puisque le film met en scène un Christophe Lambert témoin du meurtre d'une japonaise et enseignant l'art des arts martiaux afin de combattre les assassins de la jeune femme, tandis que La Proie d'Eric Valette situe son intrigue en France, avec pour point de départ une prison dans laquelle est incarcéré Franck Adrien, un braqueur de banque reconnu coupable d'avoir dérobé la modique somme de deux millions d'euros. Dire que le scénario de Laurent Turner et Luc Bossi fourmille d'idées est un euphémisme. Car outre le personnage de braqueur incarné par l'excellent Albert Dupontel, La Proie n'est pas avare en matière de personnages et d'intrigues secondaires. Mais l'un des aspects les plus édifiants du long-métrage d'Eric Valette, ce sont les points communs volontaires ou non que son œuvre entretient avec l'une des affaires criminelles françaises les plus sordides qu'ait connu l'hexagone. En effet, outre le personnage incarné par Albert Dupontel, le récit est en partie étoffé par la présence d'un violeur-tueur d'enfants du nom de Jean-Louis Maurel (incarné par le glaçant Stéphane Debac et par sa compagne à l'écran Natacha Régnier), lequel renvoie irrémédiablement à l'affaire de L'Ogre des Ardennes surnom sous lequel était connu dans la presse le tueur et violeur pédophile en série Michel Fourniret, aidé dans ses immondes exactions par sa compagne Monique Olivier.

La Proie prend alors diverses directions. Avant d'échapper à sa condition de taulard, Franck est sujet à diverses menaces proférées à son encontre par plusieurs co-détenus, dont l'un d'eux n'est rien moins que l'un de ses complices lors du braquage. Enfermé dans la même cellule que Jean-Louis Maurel, c'est en apprenant à faire confiance à cet individu plus intelligent et moins innocent qu'il n'y paraît que le film va prendre une toute autre direction par la suite. Car alors que Franck a réussi à s'échapper de prison, l'intrigue de La Proie ne devient pas que la simple course-poursuite menée par une équipe de policiers menée par l'inspecteur Claire Linné (excellente Alice Taglioni) face à un fugitif cherchant à retrouver sa petite fille supposément kidnappée par son ancien co-détenu, mais décrit ponctuellement l'histoire tournant autour du tueur et violeur pédophile, le film décrivant la technique imparable qu'il a mise au point en compagnie de son épouse, Christine. Détail fort amusant : la gamine incarnant la fille de Franck à l'écran ressemble furieusement à la petite Anaïs Bret qui incarnait Jeanne Pignon, dans la comédie de Francis Veber, Les Fugitifs en 1986...

Le film est l'occasion pour Eric Valette de décrire une police intègre, même si pour le coup, elle a bien du mal à mettre la main sur le fugitif (incarné par un Albert Dupontel exécutant lui-même, et sans doublure, ses propres cascades), un milieu carcéral aseptisé, mais violent, des gardiens de prison corruptibles, et malgré son apparente quiétude, un tueur en série capable d'une grande ingéniosité pour faire accuser à sa place, un simple braqueur de banques. Le cinéaste démontre également à quel point notre cinéma est capable de rivaliser avec celui d'Outre-Atlantique. Albert Dupontel, Alice Taglioni, Stéphane Debac, Natacha Régnier, mais également Sergi Lopez (dont le personnage de gendarme Manuel Carrega travaille sur l'affaire des jeunes filles assassinées depuis des années), Serge Hazanavicius, ou encore Zinedine Soualem (dans le rôle du commandant Lucciani) excellent tous d'une manière ou d'une autre en apportant tout leur savoir-faire en matière d'interprétation. Tout juste la partition musicale du compositeur Noko souffre-t-elle parfois d'être un peu trop cheap et quelques petites invraisemblances viennent-elle noircir le tableau. Mais au delà de ces infimes considérations, La Proie est un excellent thriller à la française...

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