Dans sa conformité, le cinéma de Michel Deville peut sans doute
être comparé à celui d'Alain Resnais. La sophistication que prend
la forme chez l'un comme chez l'autre peut insuffler chez certains
spectateurs une profonde incommodité. Un certain rejet qui
s'explique probablement avant tout à travers la distanciation de
chacun de ces deux auteurs vis à vis de leurs personnages et de
l'intrigue. Indiquant ainsi une approche parfois détachée de tout
réalisme, créant à l'occasion, cynisme et théâtralité. Beaucoup
plus intelligible lorsqu'il traite de la passion de Béatrice
(Miou-Miou) pour la littérature dans La lectrice
et à contrario, beaucoup plus complexe lorsqu'il nous livre ce que
d'aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre (Le
Paltoquet
en 1986), ou enfin lorsqu'il aborde le polar sous un angle déjà
moins aisé mais à l'exacte croisée entre ses œuvres les plus
accessibles et celles qui demandent un surcroît d'effort et de
concentration avec Péril en la demeure,
l'on considérera alors que Toutes peines
confondues peut
être considéré comme l'un de ses longs-métrages rejoignant cette
dernière catégorie. Un pont entre l'exigence d'un cinéma qui peut
paraître autocentré sur une certaine forme d'onanisme intellectuel
et l'accès à un spectacle plus classique qui serait alors perverti
par la vision excessivement ''autiste'' de son auteur... S'il y a un
auteur et plus encore une œuvre que l'on pourrait comparer avec
Toutes peines confondues,
ce sont Bertrand Blier et son remarquable Buffet
froid.
Car si les thématiques ne partagent rien en commun, l'un comme
l'autre des deux cinéastes jouent de la déshumanisation, mais
également du détachement des personnages qui évoluent d'un côté
comme dans l'autre dans des univers froids, sombres et parfois
nocturnes. Si Buffet froid,
malgré sa très forte tendance à distiller un humour noir des plus
efficace et à demeurer un monument de mise en scène,
d'interprétation, d'écriture et d'exploitation de son principal
environnement est une œuvre qui semble faire vivre ses personnages
sur les planches d'un théâtre imaginaire et à ciel ouvert, Toutes
peines confondues
consiste en un exercice de style déjà beaucoup moins brillant en la
matière...
Écrit
par Rosalinde Deville d'après le roman de l'écrivain américain de
romans policiers Andrew Coburn, le script souffre de lourdeurs
d'écriture qui lui sont inévitablement rédhibitoires !
L'écart qui s'opère en effet entre l'originalité de la mise en
scène et de la direction d'acteurs et le peu d'inventivité des
dialogues dont certains méritent malgré tout d'être retenus
transforment une fantaisie qui aurait mérité d'être
jusqu’au-boutiste dans sa manière d'aborder son sujet plutôt que
d'hésiter en permanence entre anti-polar et film noir contemporain.
Michel Deville offre aux spectateurs, un casting bigarré entourant
les trois principaux interprètes que sont Patrick Bruel dans le rôle
du flic qui enquête sur le double-meurtre du couple Rose et
Sylvestre Gardella, Jacques Dutronc dans celui d'Antoine Gardella, le
fils des deux victimes et avocat pénaliste apparemment rattaché à
des affaires douteuses et enfin Mathilday May, laquelle incarne
Jeanne, l'épouse d'Antoine. Une femme aussi trouble que troublante,
dont la beauté participe de cet étrange jeu de séduction qui va
naître entre le flic et celui que ce dernier est chargé
d'infiltrer... Accompagné de manière permanente par la musique du
compositeur russe Dimitri Chostakovitch, Toutes
peines confondues
mérite vraisemblablement d'être connu mais l'opacité avec laquelle
Michel Deville insiste pour dénier le droit au spectateur lambda de
s'y retrouver dans ce charabia de dialogues pas toujours très bien
sentis et dans cette mise en scène froide et ostensiblement
(im)personnelle empêche une lecture claire et limpide des
événements. Il ne faudra donc pas envisager le long-métrage sous
la forme la plus claire et concise qui soit mais davantage comme un
objet qui choisit tout d'abord d'intensifier le regard désabusé et
l'action déshumanisée de ses protagoniste pour ensuite s'intéresser
réellement au propos du film... Au final, Toutes
peines confondues
est une œuvre ardue, assez peu divertissante, austère, mais aussi
aux dialogues manquant cruellement de punch et d'inspiration...
.png)

.png)
Je développe hélas une allergie au Sieur Bruel, au-delà d'apparitions de quelques minutes (comme dans "Ma femme s'appelle reviens"), que ce soit cinématographiquement ou, cela va sans dire, "musicalement" (guillemets de rigueur)...
RépondreSupprimer