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mercredi 8 mars 2023

Un homme heureux de Tristan Séguéla (2023) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour cette nouvelle sortie cinéma au MÉGA CGR de Narbonne en cette matinée du 28 février, nous avons porté notre choix sur le dernier long-métrage de Tristan Séguéla dont nous connaissions déjà '' Docteur ? '' que nous étions allés découvrir en salle voilà trois ans. '' Un homme heureux '' met en scène Fabrice Luchini et Catherine Frot dans le rôle d'un maire déterminé à se faire réélire aux prochaines élections et de son épouse. Si la présence de l'un et de l'autre est plutôt rassurante, celle de Guy Laurent l'est déjà nettement moins. Pourquoi ? Pour une raison, au moins : sa participation aux projets '' Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu '', à sa première séquelle ainsi qu'à '' À bras ouverts''. Trois longs-métrages divertissants qui ont cependant été victimes de polémiques plus ou moins fondées sur de théoriques sous-entendus racistes. Après le noir, le maghrébin, le juif, le chinois et les ''roms'', voici que Tristan Séguéla s' attaque à un autre sujet de société à la mode : le transgenre ! L'on comprendra alors assez rapidement que l'homme du titre n'est pas celui auquel l'on croit (pas de panique ! L'info nous est dévoilée assez rapidement). Pour accompagner notre couple à l'écran (Édith/Catherine Frot et Jean Leroy/Fabrice Luchini), le réalisateur convie Philippe Katerine dans le rôle de l'ami et proche collaborateur du maire Francis, Artus dans celui de Thomas, un jeune homme chargé de communication sur les réseaux sociaux, Grégoire Bonnet dans le rôle de l'ami et confident d'Édith Gérald, ainsi que quelques seconds rôles incarnant les enfants du couple (dont l'humoriste sous lexomil Paul Mirabel) ou les membres d'un groupe réunissant divers transgenres. Mais alors que Philippe de Chauveron avait tendance à se '' moquer '' des origines ethniques de ses, personnages à travers tous les poncifs du genre, Tristan Séguéla aborde son sujet avec infiniment plus de délicatesse... 

 

Ce qui n'empêchera pas le personnage incarné par Fabrice Luchini d'évoquer sa pensée profonde vis a vis de celle qui ne se reconnaît plus dans son corps de femme et se sent homme. Parfois très amusant, '' Un homme heureux '' apporte également de très intéressantes réflexions sur le sujet sans porter aucun jugement que l'on appartienne à un camp ou à l'autre. Quand bien même l'on reste généralement stoïque (et je reste poli) devant cette nouvelle '' mode '' qui semble devoir faire de nombreux '' adeptes '', certaines séquences qui a priori peuvent paraître moralisatrices s'avèrent au contraire très enrichissantes (à l'image des deux séquences se déroulant au sein du groupe de discussion). Si le personnage qu'interprète Catherine Frot semble en total décalage avec l'univers dans lequel baignent les habitants du village où se situe l'action, Fabrice Luchini semble l'être vis à vis des nouvelles mœurs qui s'installent dans le paysage français actuel en incarnant le prototype du politique français de droite traditionaliste. Un contraste qui fait illusion un temps avant que ne se tasse l'intrigue à travers de décevants raccourcis. En effet, certains aspects du long-métrage sont assez vite balayés (les élections...) au profit d'une conclusion idéalisée, sans doute pour une question de temps puisque '' Un homme heureux '' ne dure que quatre-vingt neuf minutes au lieu des quatre-vingt dix-sept d'origine. Tourné dans la commune de Montreuil-sur-mer, le long-métrage de Tristan Séguéla est une très bonne surprise. Et même si les talents de conteur de Fabrice Luchini n'y sont pas totalement exploités (on l'a effectivement vu plus en verve dans d'autres circonstances), son interprétation est sublimée par la présence d'une Catherine Frot étonnante se délestant des apparats de la féminité pour incarner un '' homme '' plutôt crédible...

mardi 7 janvier 2020

Les Soeurs Fâchées d'Alexandra Leclère (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Isabelle Huppert a beau être capable d'endosser à peu prêt tout ce qui se présente devant elle en matière de caractérisation, le domaine dans lequel elle excelle par dessus tout et qui pousse bon nombre de cinéastes à faire appel à ses talents, c'est sans doute la froideur. Non pas la sienne, mais celle des personnages que tant de prestigieux auteurs lui ont ont confié la tâche d'incarner à l'écran. De ces tempéraments à la rudesse des hivers scandinaves, la française ajoute une pointe de cynisme et de provocation dont les origines remontent presque au moment où elle interprétait la fameuse Jacqueline des Valseuses de Bertrand Blier. Face à elle, une autre grande interprète hexagonale en la personne de Catherine Frot. Une pure joie de vivre en comparaison. Douce et légère comme la plus naïve d'entre toutes. Les réunir sur un même tournage aurait pu prendre des allures d’hérésie mais la réalisatrice Alexandra Leclère semble au contraire avoir mûrement réfléchit au choix de ses interprètes et convoque justement les deux seules actrices françaises qui pouvaient endosser à ce point si merveilleusement bien les rôles respectifs de Martine Demouthy et sa sœur Louise Mollet...

Il sonne dans chacun de ces patronymes comme l'expression de leur personnalité et de leur conception de la vie. Comme si la première syllabe de Demouthy pouvait se détacher pour devenir une particule tandis que Mollet exprimerait la France des petites gens. Martine et Louise ne se sont pas revues depuis quelques années. Si la seconde est ravie de revoir sa sœur alors qu'elle monte à Paris pour tenter de faire éditer son premier roman, la première, elle, aurait pu se passer de la visite de Louise. Il faut dire que l'esprit léger comme une plume, cette dernière est très bavarde, toujours souriante et optimiste. Mais surtout, elle est heureuse. Et Martine, qui elle, vit avec un époux (François Berléand dans le rôle de Pierre) qui la répugne et qui la trompe avec sa meilleure amie (mais cela, Martine ne le sait pas encore), déteste la joie de vivre de sa sœur. Méprisante, humiliante, blessante envers Louise, le week-end ne va pas être de tout repos pour les deux frangines...

Si Les Sœurs Câchées est très officiellement considéré comme une comédie, voire une comédie dramatique, le premier long-métrage d'Alexandra Leclère prend souvent des allures de drame tragi-comique. Non pas que la sinistrose s'impose, mais le fait est que la réalisatrice ménage davantage de séquences dérangeantes que réellement amusantes. Le malaise de Martine y transpire littéralement tandis que Louise vaque à une existence bienheureuse. Isabelle Huppert et Catherine Frot épousent à merveilles les contours de leur personnage. Crédibles et au final complémentaires, les deux actrices excellent à battre le chaud et le froid, l'humour étant quasi systématiquement battu à plat de couture par d'incessants revirements de situation. Ce que l'on a commune d'appeler des ruptures de ton. Comme en général, Alexandra Leclère intègre des personnages secondaires au moins aussi importants que les deux stars français. C'est ainsi donc qu'outre François Berléand, le spectateur retrouve avec un plaisir démesuré le toujours excellent Michel Vuillermoz que l'on aurait cependant voir intervenir un peu plus tôt. Si cela n'est pas clairement évoqué, on soupçonne son personnage, Richard, de pratiquer avec son épouse Sophie (excellente Brigitte Catillon), l'échangisme. Sans vraiment donner de coup au moral, certaines séquences des Sœurs Câchées s'avère parfois relativement embarrassantes. La réalisatrice y dépeint non seulement les rapports tendus entre deux sœurs que tout oppose mais brosse également le portrait de deux mondes totalement incompatibles. Reste que le spectateur s'avouera séduit par la justesse de la mise en scène et de l'interprétation. Peut-être le meilleur film de son auteur qui depuis a réalisé des comédies plus légères au titre desquelles ont relèvera notamment Le Prix à payer en 2007 et garde Alternée en 2017...

jeudi 2 mai 2019

Bienvenue à Bord de Jean-Louis Leconte (1990) - ★★★★★★☆☆☆☆




Situé dans un contexte beaucoup plus étroit que celui de Bienvenue à Bord d'Eric Lavaine (2011), le film éponyme réalisé onze ans auparavant par le cinéaste français Jean-Louis Leconte se déroule non pas à bord d'un bateau de croisière mais à l'intérieur d'une voiture conduite par Martin Lamotte/Martin Placard, auteur de deux romans. Coincé dans un embouteillage à soixante-kilomètres de son domicile après avoir tenté de refourguer des dictionnaires auprès d'acheteurs potentiels, le voilà condamné à supporter la longue marche des véhicules sur une autoroute encombrée. Alors que sa voiture est à l'arrêt, un inconnu s'invite et s'installe sur le siège passager. Il n'a pas de nom, mais philosophe auprès d'un Martin Placard qui aimerait bien s'en débarrasser. L'étranger va finir par mettre tout un tas d'idées dans la tête du conducteur dont celle que l'épouse de Martin pourrait bien le tromper lorsqu'il est absent. Rentrant chez lui avec trois jours d'absence, l'auto-stoppeur tente de convaincre le romancier/démarcheur que sa femme pourrait être dans les bras d'un autre lorsqu'il arrivera chez lui...

L'auto-stoppeur est ici incarné par un Pierre Richard à contre-emploi. Sa timidité, sa maladresse, sa distraction, il les a rangées dans un tiroir. Celui qui incarna Le Grand Blond... retrouve un peu de cette fausse assurance dont le personnage de François Perrin s'armait afin de faire croire qu'il travaillait pour le compte du Colonel Louis-Marie-Alphonse Toulouse des Services Secrets dans Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert sauf que dans le cas présent, le personnage de l'auto-stoppeur ne feint pas cette attitude. Avec un certain étonnement, le spectateur découvrira un Pierre Richard différent, portant lunettes, gants et gabardine noirs et se révélant même menaçant. Du moins, dans un premier temps. Face à lui, un Martin Lamotte agacé, mais prêtant l'oreille. Vu les conditions de tournage, le casting est presque réduit à sa part congrue. Une douzaine d'interprètes dont la présence s'explique généralement par les quelques séquences se déroulant hors véhicule. Pavel Slady, le conducteur d'une voiture en panne dont on connaîtra plus tard l'identité, la relativement rare Évelyne Bouix dans le rôle d’Émilie, la conductrice et amante de passage, Jean-Paul Muel, dans la peau d'un commissaire de police, ou encore l'actrice Catherine Frot dans celle d'une prostituée rencontrée dans une cellule après que le romancier ait volontairement provoqué un agent de police afin de se débarrasser de son encombrant passager...

Bienvenue à Bord a franchement des allures de téléfilm même s'il semble pourtant avoir connu une sortie sur grand écran le 15 août 1990. D'abord déroutant (le cadre nocturne et l’exiguïté du break conduit par Martin Lamotte), le film de Jean-Louis Leconte sait se rendre agréable à regarder grâce à l'étonnant duo que forment Pierre Richard et Martin Lamotte. Le réalisateur, dont on a vite fait le tour de la filmographie (quatre longs-métrages, deux courts et un documentaire) sait y faire même si les moyens employés se révèlent généralement rudimentaires. Posez deux chaises sur la scène d'un théâtre devant un rideau noir et installez-y deux comédiens et vous aurez une idée assez précise du contenu de ce Bienvenue à Bord un brin décalé. Pas forcément connu (je n'en avais personnellement jamais entendu parler), le film de Jean-Louis Leconte est une curiosité à conseiller tout d'abord aux fans de Pierre Richard (qui excelle comme à son habitude) et à tous ceux qui apprécient les comédies qui baignent dans une étrange atmosphère...


mardi 2 janvier 2018

Un réveillon au ciné: Garde Alternée d'Alexandra Leclère & Momo de Sébastien Thiéry et Vincent Lobelle (2017)



Tradition villefalsienne oblige, le réveillon du 31 décembre 2017 ne s'est pas déroulé sous un déluge de cotillons. Pas une perruque de Michel Polnareff en vue, pas de feux d'artifice les douze coups de minuit sonnant, et aucune gueule de bois à prévoir pour le lendemain. Non, chez nous, l'événement se fête chaque année dans les salles obscures. Deux films. Deux comédies. Interprétées par deux monuments du genre que sont Didier Bourdon, l'un des trois membres des Inconnus, et Chirstian Clavier, l'en des fondateurs de la mythique équipe du Splendid. Garde Alternée et Momo. Si l'un et l'autre des synopsis sentaient la viande faisandée, les réactions du public ne se sont pourtant pas faites attendre. Dans l'un comme dans l'autre, ce ne fut que profusion de rires. De la grande salle numéro une du cinéma Mega CGR de Narbonne à la numéro quatre, pas plus grande qu'un réduit, mais au combien chaleureuse, les deux publics ont semble-t-il apprécié le spectacle. Mais Garde Alternée et Momo méritent-ils l'engouement dont ils ont bénéficié ?
Entre cette histoire d'adultère, puis de vengeance orchestrée par l'épouse trompée, et celle de ce couple sans enfants recevant la visite d'un fils inattendu, la cinéaste Alexandra Leclère, puis le duo Sébastien Thiery et Vincent Lobelle nous auront-ils convaincu ? Pas sûr.

Si les rires entendus lors de la première séance furent à mon goût tout à fait justifiés, c'est avant tout parce que les interprètes de Garde Alternée et ses nombreuses et rocambolesques situations firent preuve d'une grande originalité. Et puis, il y a derrière les personnages du couple formé par Sandrine et Jean ainsi que celui de la maîtresse Virginie, deux actrices et un acteur que l'on apprécie forcément. Valérie Bonneton, Didier Bourdon et Isabelle Carré. La première, barrée, inventive, dont l'expressivité est toujours aussi présente organise un show exceptionnel. Face à une Isabelle carré nature. Toujours aussi délicieusement belle. La maîtresse que tout les hommes aimeraient entretenir et que toutes les femmes voudraient détester. Au milieu de ces deux femmes, un Didier Bourdon parfois effarant de crédulité. Abasourdi par ce qui arrive à son personnage. Plus le récit déploie son intrigue, plus le spectacle s'emballe, et plus ses interprètes se livrent. Jusqu'à se mettre littéralement à nu. La recette permettant de raviver la flamme contiendrait-elle dans cette heure et demi de pur bonheur ? Garde Alternée n'a certes pas la verve d'un Prénom ou d'un Dîner de Cons. L'écriture n'y est pas aussi fine. Pas aussi profonde. Mais nombre de situations font leur effet. On rit beaucoup. Les zygomatiques sont très souvent sollicités. A noter la présence du toujours excellent Michel Vuillermoz dans le rôle du libraire homosexuel Félix, d'Hélène Vincent dans celui de la mère de Sandrine et de Jackie Berroyer dans celui du père ou encore de Laurent Stocker dans la peau de Michel, le meilleur ami de Jean. Un excellent divertissement à l'attention de toute la famille.

Concernant Momo, la chose est un peu plus délicate. Certains vous diront que l'on ne joue pas avec le handicap. Je vous répondrais que d'une certaine manière, l'humour peut au contraire nous aider à l'accepter. Momo, qui dans la langue de Patrick, l'enfant abandonné par ses parents à sa naissance parce qu'il est sourd, veut dire maman. Le scénario écrit à quatre mains par Sébastien Thiéry (également réalisateur du film auprès de Vincent Lobelle) et Pascale Arbillot tourne donc autour de ce personnage débarqué dont ne sait où. Pas vraiment habillé à la mode et affublé d'une diction difficile à saisir, Patrick est muet et reprend contact avec ses parents André et Laurence Prioux (respectivement Christian Clavier et Catherine Frot) qu'il n'a jamais connu. Pris pour un débile à cause de sa façon de parler, il s'incruste chez ce couple aisé qui prend d'abord peur face à ce très étrange personnage, capable d'entrer dans des états de fureur inquiétante. Marié à Sarah (l'actrice Pascale Arbillot, co-scénariste du film), il sait se faire attachant. Surtout auprès de sa mère Laurence qui n'a malheureusement jamais eu d'enfants. Si la mère et le fils se rapprochent peu à peu, la chose demeure délicate entre Patrick et André qui voit l'irruption de cet individu d'un mauvais œil.
Là encore, le public a beaucoup rit. D'abord confronté à la voix particulière du personnage interprété par Sébastien Thiéry, on peut comprendre que cela fasse rire. Nous-mêmes avons à une ou deux occasions. Mais entendre derrière moi certains spectateurs rire chaque fois que Patrick ouvrait la bouche finit par devenir gênant. Comme si le film n'était prétexte pour certains qu'à s'esclaffer, se moquer du handicap de l'un de ses principaux personnages. Momo ne prêtant pas forcément à sourire, certaines scène demeurent même relativement triste. Le personnage de Catherine Frot plombe l'ambiance. Et si le couple qu'elle forme auprès de Christian Clavier est intéressant, les moments qui se voulaient d'intense émotion retombent comme un soufflet raté. Pourtant, on n'en voudra pas à l'actrice-scénariste Pascale Arbillot et l'acteur-réalisateur Sébastien Thiéry d'avoir voulu réaliser une comédie prônant quelque peu le droit à la différence. Le message est touchant quoique maladroitement mis en scène. Il manque à Momo une vraie profondeur. Christian Clavier n'étant pas Louis de Funès, les rôles que lui confient depuis un certain nombre d'années les réalisateurs n'ont font pas pour autant un acteur irrésistiblement drôle. Au final, a part quelques petits gags amusant (le berger allemand allemand, l'anecdote concernant la rencontre entre Patrick et Sarah), Momo se révèle plutôt plat et malheureusement dans la mouvance comique actuelle en France. Pas ou peu de véritable écriture pour un résultat moyennement convainquant...

samedi 8 juillet 2017

7 Ans de Mariage de Didier Bourdon (2002)



Après sept ans de mariage, le couple formé par Audrey et Alain a fini par s'user. Parents d'une petite fille, ils hébergent Arnaud, le frère d'Audrey, un beau jeune homme qui assume totalement son homosexualité. Tandis qu'elle conseille des clients dans une banque lui, est médecin urgentiste à Paris. Sur les conseils d'un ami et collègue sexologue, Alain va s'employer à raviver la flamme entre son épouse et lui. Il lui propose d'abord de suivre des pornos à la télé en sa compagnie. Puis sur les recommandations de Claude, le sexologue, il l'insulte, la traite de salope durant leurs ébats. Mais la technique ne fonctionne pas. Audrey est outrée par le comportement d'Alain. C'est alors qu'ils sont conviés tous les deux à dîner par Claude et son épouse Viviane dans un club un peu particulier. Si à l'étage, les lieux font office de restaurant, le sous-sol est consacré aux rencontres libertines. Audrey et Alain ne sont pas très chauds et acceptent seulement de dîner.
Pourtant, d'une certaine manière, ils auront ainsi mis le pied dans un univers qui leur est étranger. Dès lors, le couple va fréquenter des sex-shops et s'essayer au voyeurisme et à l’exhibitionnisme. Ils évoquent même l'idée de pratiquer l'échangisme mais lorsque l'on n'est pas vraiment prêt à changer ses habitudes sexuelles, franchir le pas se révèle difficile. Pourtant, peu à peu, à force d'imaginer des jeux inédits pour eux, le miracle va avoir lieu : Audrey et Alain vont retrouver l'amour et l'appétit sexuel des débuts...

A la réalisation, l'acteur, humoriste, scénariste et réalisateur Didier Bourdon. C'est lui-même d'ailleurs qui interprète le rôle d'Alain aux côtés de Catherine Frot dans celui d'Audrey. 7 Ans de Mariage est son cinquième long-métrage en tant que réalisateur mais le premier dans lequel n'apparaissent ni Pascal Légitimus, ni Bernard Campan, ses compagnons de toujours. Il s'agit également du second film qu'il réalise seul après le navrant (quoique) L'extraterrestre, lequel est symptomatique du procès qui à l'époque opposait le producteur Paul Lederman aux Inconnus et qui interdisait à ces derniers de tourner ensemble. Depuis, tout semble être rentré dans l'ordre puisque l'on a retrouvé le trio dans Bancs publics (Versailles Rive-Droite) (mais séparément) de Bruno Podalydès, puis cinq ans plus tard dans Les Trois Frères : Le Retour qu'il réalisèrent ensemble. 7 Ans de Mariage est une comédie légère, pas mauvaise en soit, mais au final trop simpliste au niveau de l'écriture ce qui l'empêche de devenir un classique du genre. On s'amuse des péripéties de ce couple qui vacillait jusqu'à maintenant et qui découvre les plaisirs du libertinage. Didier Bourdon est irrésistible en époux attentionné mais pas véritablement prêt à lâcher son épouse dans la fosse aux lions (lubriques). Catherine Frot en épouse et mère de famille rigide est elle aussi convaincante. 7 Ans de Mariage ménage quelques passages assez amusants (Catherine Frot vêtue d'un costume de féline en latex) et des participations secondaires épatantes. A l'image de Jacques Weber et de Claire Nadeau qui dans le rôle de Claude et Viviane forment un couple détonnant mais finalement pas si libéré que ça. Au casting on retrouve également Yan Duffas dans le rôle d'Arnaud, Véronique Barrault dans celui de l'infirmière, Françoise Lépine en confidente et amie « coincée » d'Audrey, ainsi que Michèle Moretti dans le rôle de la mère de la jeune femme.

Au final, 7 Ans de Mariage est une agréable petite comédie, un peu longuette sur la fin en raison d'une intrigue qui s'effiloche peu à peu. Mais le plaisir de retrouver ce solide casting étant intact, on prend du plaisir à revoir de temps en temps le film de Didier Bourdon. Mais pas plus d'une fois tous les... sept ans !

lundi 21 mars 2016

Chaos de Coline Serreau (2001)



Paul et Hélène font route à bord de leur véhicule lorsqu'ils sont percutés en pleine rue, un soir, par une jeune prostituée poursuivie par trois hommes qui lui veulent visiblement du mal. Prête à accueillir la jeune femme à bord de la voiture, Hélène constate que Paul est d'un tout autre avis. Il bloque l'ouverture des portières et démarre alors même que la prostituée est rattrapée par les trois hommes qui la passent à tabac sous les yeux effarés d'Hélène. Paul dirige sa voiture jusqu'à une station de lavage fin de faire disparaître les traces de sang laissées par la jeune femme et le couple rentre chez lui comme si de rien n'était.
Mais si lui parvient à reprendre le court de sa vie normale, Hélène à quant à elle des remords. Ainsi, elle téléphone et se renseigne auprès des urgences afin de savoir où a été transportée la jeune femme. Une fois le nom de l’hôpital mentionné, elle s'y précipite afin de rendre visite à la blessée tombée depuis, dans le coma. Chaque jour, Hélène va veiller sur celle qui se fait appeler Noémie. De son réveil, jusqu'à ses premières paroles, prenant ainsi le risque de tomber nez à nez avec ceux qui ont mis Néomie dans cet état.

Les deux femmes vont apprendre peu à peu à se connaître, se liant même d'amitié au point d'échauder un plan afin de faire tomber le réseau de maquereaux lancés à la poursuite de Noémie. Mais rien n'est facile lorsque l'on fait partie d'une famille dont les préoccupations sont tout autres...

Lorsque l'on découvre Chaos de Coline Serreau, il est étonnant de s'apercevoir qu'il ne s'agit ni de son premier, ni de son second film mais bien de son huitième long-métrage. Car si la femme qui se cache derrière des merveilles telles que Romuald et Juliette, La Crise ou La Belle Verte profite une fois encore de son sujet pour œuvrer dans le social, on s'étonne de n'y entendre aucun dialogue de la force d'écriture de celle des films cités juste au dessus.
La cinéaste met en parallèle l'histoire de deux femmes qui n'ont certainement pas la vie dont elles rêvaient. Entre Hélène (Catherine Frot), épouse d'un chef d'entreprise (Vincent Lindon), mère d'un fils copie conforme d'un époux qui n'a d'intérêt que pour son travail, et Noémie/Malika (Rachida Brakni), fille d'un père qui la réservée à un homme beaucoup plus âgé qu'elle mais qui prendra la fuite afin d'échapper à son triste sort avant d'en connaître un autre tout aussi peu enviable en tombant dans la drogue et la prostitution.

Chaos fourmille de bonnes idées et de bonnes intentions. Et comme a l'air de l'affirmer cette œuvre jusque dans son titre, le monde dans lequel nous vivons n'est que désordre. Comme l'est le scénario aussi touffu que (volontairement?) désordonné. Si l'on peut s'étonner de n'y trouver là, rien d'autre qu'un rapport avec une première et maladroite tentative, c'est parce que les invraisemblances sont légion. Entre une Noémie qui raconte, flash-back à l'appui, comment piéger de riches milliardaires, et ce coup de foudre de la part d'un Vincent Lindon qui jusqu'ici ne s'intéressait qu'à son boulot, Chaos est maladroit dans sa façon d'aborder certaines thématiques tandis que d'autres paraissent avoir été réfléchies avant d'être mises en images (la condition des femmes musulmanes dans les quartiers difficiles).

Le film se découpe véritablement en trois parties. On distingue la première qui met en scène le duo formé par Vincent Lindon et Catherine Frot, déjà au bord de l'implosion et qui éclate véritablement avec l'apparition de Noémie/Rachida. La seconde développe les rapports entre ces deux femmes que tout semblait pourtant séparer, avec la vision sous-jacente de leurs familles respectives. La dernière partie demeure sans doute la plus farfelue du récit. Noémie n'est plus une simple prostituée d'origine maghrébine arrachée au milieu social qui était le sien jusqu'à la terrible décision de son père de la donner à un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Elle se transforme en une escort-girl manigançant un stratagème efficace (mais peu crédible) afin de soutirer des richesses de vieux milliardaires. Tout devient encore plus grotesque lorsque le personnage de Paul tombe raide dingue de cette jeune femme s'évanouissant à ses côtés au milieu d'un couloir d'aéroport. Impossible d'y croire un seul instant. C'est même tellement risible que l'on ne peut réagir autrement qu'en se disant que tout a été mûrement réfléchi par la réalisatrice/scénariste elle-même. Coline Serreau semble donc se jouer des spectateurs et elle y réussit très bien. Au final, Chaos restera comme un bon film, pas le meilleur de son auteur, mais très frais tout de même. Il a de plus permis à l'actrice Rachida Brakni de remporter plusieurs récompenses dont le César du meilleur espoir féminin...
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