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dimanche 27 février 2022

Romuald et Juliette de Coline Serreau (1988) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Rien ne va plus pour Romuald Blindet, le président directeur général de l'une des plus importantes entreprises de produits laitiers Blanlait. Alors qu'il a récemment chargé l'un de ses collaborateurs (Gilles Privat dans le rôle de Paulin) d'augmenter la production de yaourts de l'une des usines située à Saint-Symphorien, Cloquet, un autre de ses associés (interprété par Maxime Leroux) en profite pour faire empoisonner les cuves de l'usine en question afin de faire porter le chapeau au PDG de Blanlait. Pire, Blache (encore un collaborateur de Romuald Blindet incarné par Pierre Vernier) profite de cette occasion pour faire acheter à la secrétaire du PDG des actions d'une société concurrente qu'il imagine lancer prochainement une OPA sur l'entreprise Blanlait (une pratique consistant pour une entreprise à racheter les titres d'une société à ses actionnaires pour un montant supérieur à leur valeur). Bref, un joyeux panier de crabes gravitant autour d'un chef d'entreprise qui n'y voyait jusque là que du feu. Le scénario de la réalisatrice Coline Serreau (Trois hommes et un couffin, La crise, La belle verte) appelle fort heureusement à la rescousse un personnage inattendu. Celui qu'interprète l'actrice et politicienne originaire de Pointe-à-Pitre Firmine Richard qui dans Romuald et Juliette travaille depuis dix ans en tant que femme de ménage dans l'entreprise de Romuald Blindet. Mère de cinq enfants et autant de fois divorcée, Juliette Bonaventure laisse un soir très involontairement traîner ses oreilles et se retrouve bien malgré elle le témoin des exactions commises par les collaborateur de Romuald Blindet (ici incarné par Daniel Auteuil). Des forfaitures qui mèneront le PDG de Blanlait à sa perte. À moins que cette femme de ménage en question n'apporte son soutien a ce dernier en témoignant auprès de lui de ce qu'elle a entendu la nuit précédent le drame ayant fait quarante-cinq victimes parmi les consommateurs de la marque de yaourts de l'entreprise Blanlait. Par un heureux hasard, un homme et une femme qui n'ont pourtant rien en commun vont voir leur existence bouleversée jusque dans leur intimité...


Comme très souvent chez Coline Serreau, le scénario de Romuald et Juliette fait preuve d'une intelligence assez peu commune dans le paysage humoristique français. Surtout à notre époque et alors que le cinéma dit comique se décompose à vue d’œil, il serait bon de redécouvrir tout un pan de la comédie française parmi laquelle se situe justement l’œuvre de la réalisatrice française. La cinéaste intègre des thématiques sociales qui ne cessent d'être d'actualité sans pour autant faire preuve d'un trop plein de caricature ou de démagogie. Pour prendre exemple sur le sujet du racisme, Coline Serreau oppose par exemple l'attitude fougueuse de l’aîné de Juliette (Sambou Tati dans le rôle d'Aimé) à celle de la nouvelle secrétaire de Romuald. En jouant sur la proximité du titre avec la tragédie de William Shakespeare Roméo et Juliette, Coline Serreau indique par avance la tournure que prendront plus tard les événements. Réunissant ainsi deux univers diamétralement opposés, deux amants finissant par contrecarrer les préjugés des entourages respectifs. Il est étonnant de voir à quel point le long-métrage de Coline Serreau s'accorde sur un même plan que celui proposé quelques mois auparavant par Claude Sautet et son très touchant Quelques jours avec moi dans lequel, déjà, Daniel Auteuil vivait dans la peau de son personnage prénommé Martial, une histoire d'amour relativement étonnante en compagnie de Sandrine Bonnaire. Mais dans le cas présent, pas de PDG dépressif. Tout juste notre acteur tombera-t-il amoureux d'une femme de ménage après avoir été séduit par une domestique. Malgré son allure plutôt légère, Romuald et Juliette est de ces comédies dramatiques qu'il est toujours bon de redécouvrir. D'autant plus que Daniel Auteuil et Firmine Richard forment à eux deux un duo particulièrement attachant opposé à trois spécimens d'ordures particulièrement gratinés, arrivistes dans deux cas ou adultérin dans le troisième, et qu'interprètent savoureusement l'impeccable trio formé de Pierre Vernier, Maxime Leroux et Gilles Privat. À noter parmi les seconds rôles, la présence d'Isabelle Carré et de Guillaume de Tonquédec, la première incarnant alors son tout premier rôle au cinéma. Au final, Romuald et Juliette est un pur délice qui se savoure avec autant de plaisir que lors de sa première découverte...

 

lundi 21 mars 2016

Chaos de Coline Serreau (2001)



Paul et Hélène font route à bord de leur véhicule lorsqu'ils sont percutés en pleine rue, un soir, par une jeune prostituée poursuivie par trois hommes qui lui veulent visiblement du mal. Prête à accueillir la jeune femme à bord de la voiture, Hélène constate que Paul est d'un tout autre avis. Il bloque l'ouverture des portières et démarre alors même que la prostituée est rattrapée par les trois hommes qui la passent à tabac sous les yeux effarés d'Hélène. Paul dirige sa voiture jusqu'à une station de lavage fin de faire disparaître les traces de sang laissées par la jeune femme et le couple rentre chez lui comme si de rien n'était.
Mais si lui parvient à reprendre le court de sa vie normale, Hélène à quant à elle des remords. Ainsi, elle téléphone et se renseigne auprès des urgences afin de savoir où a été transportée la jeune femme. Une fois le nom de l’hôpital mentionné, elle s'y précipite afin de rendre visite à la blessée tombée depuis, dans le coma. Chaque jour, Hélène va veiller sur celle qui se fait appeler Noémie. De son réveil, jusqu'à ses premières paroles, prenant ainsi le risque de tomber nez à nez avec ceux qui ont mis Néomie dans cet état.

Les deux femmes vont apprendre peu à peu à se connaître, se liant même d'amitié au point d'échauder un plan afin de faire tomber le réseau de maquereaux lancés à la poursuite de Noémie. Mais rien n'est facile lorsque l'on fait partie d'une famille dont les préoccupations sont tout autres...

Lorsque l'on découvre Chaos de Coline Serreau, il est étonnant de s'apercevoir qu'il ne s'agit ni de son premier, ni de son second film mais bien de son huitième long-métrage. Car si la femme qui se cache derrière des merveilles telles que Romuald et Juliette, La Crise ou La Belle Verte profite une fois encore de son sujet pour œuvrer dans le social, on s'étonne de n'y entendre aucun dialogue de la force d'écriture de celle des films cités juste au dessus.
La cinéaste met en parallèle l'histoire de deux femmes qui n'ont certainement pas la vie dont elles rêvaient. Entre Hélène (Catherine Frot), épouse d'un chef d'entreprise (Vincent Lindon), mère d'un fils copie conforme d'un époux qui n'a d'intérêt que pour son travail, et Noémie/Malika (Rachida Brakni), fille d'un père qui la réservée à un homme beaucoup plus âgé qu'elle mais qui prendra la fuite afin d'échapper à son triste sort avant d'en connaître un autre tout aussi peu enviable en tombant dans la drogue et la prostitution.

Chaos fourmille de bonnes idées et de bonnes intentions. Et comme a l'air de l'affirmer cette œuvre jusque dans son titre, le monde dans lequel nous vivons n'est que désordre. Comme l'est le scénario aussi touffu que (volontairement?) désordonné. Si l'on peut s'étonner de n'y trouver là, rien d'autre qu'un rapport avec une première et maladroite tentative, c'est parce que les invraisemblances sont légion. Entre une Noémie qui raconte, flash-back à l'appui, comment piéger de riches milliardaires, et ce coup de foudre de la part d'un Vincent Lindon qui jusqu'ici ne s'intéressait qu'à son boulot, Chaos est maladroit dans sa façon d'aborder certaines thématiques tandis que d'autres paraissent avoir été réfléchies avant d'être mises en images (la condition des femmes musulmanes dans les quartiers difficiles).

Le film se découpe véritablement en trois parties. On distingue la première qui met en scène le duo formé par Vincent Lindon et Catherine Frot, déjà au bord de l'implosion et qui éclate véritablement avec l'apparition de Noémie/Rachida. La seconde développe les rapports entre ces deux femmes que tout semblait pourtant séparer, avec la vision sous-jacente de leurs familles respectives. La dernière partie demeure sans doute la plus farfelue du récit. Noémie n'est plus une simple prostituée d'origine maghrébine arrachée au milieu social qui était le sien jusqu'à la terrible décision de son père de la donner à un homme beaucoup plus âgé qu'elle. Elle se transforme en une escort-girl manigançant un stratagème efficace (mais peu crédible) afin de soutirer des richesses de vieux milliardaires. Tout devient encore plus grotesque lorsque le personnage de Paul tombe raide dingue de cette jeune femme s'évanouissant à ses côtés au milieu d'un couloir d'aéroport. Impossible d'y croire un seul instant. C'est même tellement risible que l'on ne peut réagir autrement qu'en se disant que tout a été mûrement réfléchi par la réalisatrice/scénariste elle-même. Coline Serreau semble donc se jouer des spectateurs et elle y réussit très bien. Au final, Chaos restera comme un bon film, pas le meilleur de son auteur, mais très frais tout de même. Il a de plus permis à l'actrice Rachida Brakni de remporter plusieurs récompenses dont le César du meilleur espoir féminin...
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