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mercredi 20 mai 2026

Animal Totem de Benoît Delépine (2025) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Provenant à l'origine du mot Ototeman issu des peuples autochtones anishinaabe d’Amérique du Nord, le terme Animal-Totem se rattache désormais plus simplement à l'idée de désigner un animal auquel l'on s'identifie. C'est aussi le titre du dernier long-métrage de Benoît Delépine que ce partenaire habituel de Gustave Kervern réalise et écrit cette fois-ci en solitaire. Bien que les deux hommes aient collaboré sur près d'une quinzaine de projets en commun, il arrive parfois que l'un et l'autre prennent leurs distances pour mettre en scène des œuvres indépendantes. Benoît Delépine réalisa ainsi en 2010 le court-métrage Comme un chien, en 2014 Enfin la fin et l'année suivante le téléfilm Groland, le gros métrage aux côtés de Christian Borde tandis que Gustave Kervern tourna le court Ya basta ! en 2010, le long Je ne me laisserai plus faire en 2024 alors que son dernier projet à l'heure actuelle intitulé Voilà, c'est fini en est à sa phase de post-production... Animal Totem a beau avoir été écrit à une main, celle de Benoît Delépine, le réalisateur, scénariste, acteur et figure emblématique de l'émission de télévision diffusée sur Canal+, Groland, n'en a pas pour autant perdu de son mordant. L'auteur confie à l'acteur Samir Guesmi le rôle de Darius six mois avant son apparition dans l'excellent Grand Ciel d'Akihiro Hata dans lequel il incarnera le rôle d'un syndicaliste prénommé Saïd. Dans Animal Totem, celui-ci incarne un homme qui prétend à qui lui prête une oreille distraite qu'on lui a volé ses papiers et toutes ses affaires lors de son arrivée à l'aéroport de Beauvais. Tout sauf... une valise à roulettes fort heureusement reliée à son bras gauche par une paire de menottes. À pied, et sur des dizaines de kilomètres, le voilà, chemin faisant et lors de rencontres inopinées, lancé dans une aventure qui doit le porter jusqu'à un rendez-vous d'une importance capitale... Considérant son dernier long-métrage davantage comme un conte moderne que comme une simple comédie noire dont il se fait généralement le chantre aux côtés de son ami Gustave Kervern, Benoît Delèpine explique la genèse d'Animal Totem à travers le souvenir d'un père agriculteur originaire de Picardie qui usait de produits insecticides mais aussi et surtout d'un combat écologique réel mené contre la présence d'une usine chimique qui eut pour conséquence l'abandon de sa construction. Le film est donc lui-même un message écologique parsemé de rencontres inattendues...


C'est ainsi que Darius croise la route d'une jeune anarchiste (Solène Rigot dans le rôle de Coli) qui vole les riches, celle d'un ASVP (pour Agent de surveillance de la voie publique), d'un amateur de MMA et de réseaux sociaux (Jonas Dinal dans le rôle de ''Tiger King''), d'un moniteur de tir à l'arc et même d'un étrange personnage, poète à ses heures, interprété par Patrick Bouchitey, qui voit en outre en noir et blanc et semble percevoir Saïd tel que le scénario de Benoît Delépine ne semble pas encore disposé à le dévoiler aux spectateurs. Car derrière sa bonhomie, sa passion pour la nature et les animaux parmi lesquels l'homme cherche justement à dénicher son ''Animal-Totem'', Saïd cache derrière un costume qui à bien y réfléchir peut nous aiguiller sur sa fonction première, un individu beaucoup moins calme et tranquille qu'il n'y paraît. Filmé dans un cinémascope qui réduit la lisibilité à travers deux bandes noires qui dévorent plus de la moitié de l'image, Animal Totem est parsemé de plans en grand angle. Mais surtout, le dernier film de Benoît Delépine semble n'avoir pas grand chose à nous raconter, l'écriture demeurant parfois d'une déprimante simplicité. Pourtant, le potentiel est là et l'on retrouve parfois la noirceur de l'ex duo, notamment lorsque le personnage central du récit évoque la composition d'un bidon de produits chimiques insecticide découvert dans un champ et dont la composition rappelle à Darius celle du traitement administré à sa mère lors de sa chimio ! Et jusqu'à cette séquence jouissive, rencontre entre notre héros et un infâme chasseur incarné par Gérard Boucaron, qui en outre est au centre d'un projet de construction d'usine chimique qui risque d'avoir des conséquences lourdes sur la faune et la flore de la région ! Tout ce qui précède la rencontre entre les deux hommes prend alors tout son sens à ce moment très précis et ce film que l'on pouvait jusqu'à maintenant considérer de si petit qu'on aurait oublié son existence à peine quelques jours après sa projection prend désormais une ampleur beaucoup plus importante. Au final, Animal totem est une sympathique comédie noire et écologique, sans doute mineure dans la carrière de son auteur. Un Benoît Delépine que l'on espère voir très vite collaborer de nouveau avec Gustave Kervern sur un prochain projet de long-métrage...

 

vendredi 3 janvier 2020

Docteur ? de Tristan Séguéla (2019) - ★★★★★★★★☆☆



Alors que l'acteur Michel Blanc se fait de plus en plus rare sur grand écran (pas un seul film en 2017 et un seul en 2016, 2017 et 2019), il nous gratifiait de sa présence en cette fin d'année avec l'une des comédies les plus drôles vues depuis longtemps. Réalisée par Tristan Séguéla, elle y intègre aux côtés de l'ancien membre du Splendid l'acteur Hakim Jemili dont il s'agit du premier passage sur grand écran. L'expérience de l'un et l'apprentissage du second vont transparaître jusque dans l'interprétation respective des deux hommes qui dans la peau d'un médecin de nuit et d'un livreur uber eats vont mettre leurs talents en commun afin d'assurer le service de nuit du premier, alors victime d'un sérieux problème de nerf sciatique. En effet, contraint de rester dans son véhicule de service puisque incapable de se déplacer, le docteur Mamou Mani va dicter au jeune Malek les différentes marches à suivre lors des consultations à domicile qu'il effectuera à la place du spécialiste.

Si le concept est basique, voire sommaire, Tristan Séguéla et le scénariste Jim Birmant mettent leur talent au service d'une écriture qui fait la part belle à l'humour le plus débridé, lequel n'évite pas quelques rares incartades dans le pipi-caca mais ce, pour le plus grand bonheur d'un public qui rira de bon cœur au différentes situations auxquelles sera confronté Hakim ''Malek'' Jemili. Une vraie découverte que celui-ci et un acteur que l'on rêve déjà de croiser à nouveau sur grand écran. Loin de l'image de ''l'arabe des cités'' qui tente de percer dans le milieu de l'auto-entreprenariat, Docteur ? évite tous les poncifs inhérents à ce genre de rencontre inattendue entre un médecin à la carrière bien remplie (mais émaillée de diverses bévues comme le signifiera la voix off assurée par Chantal Lauby) et un jeune qui tente de mettre en place un projet d'avenir pour ne se concentrer que sur ce qu'est venu chercher le spectateur : de la pure comédie, sans message social poussif ni fonction moralisatrice.

En cela, Tristan Séguéla rempli parfaitement son objectif. Les spectateurs rient beaucoup. Dans l'une des plus grandes salles du MEGA CGR de Narbonne, la salle fut en délire à de nombreuses reprises, preuve évidente que l'humour de Docteur ? fonctionnait à plein régime. Plusieurs scènes sont amenées à devenir cultes mais celle que les spectateurs venus nombreux garderont sans doute en mémoire concerne l'intervention du jeune Malek dans l'appartement d'un certain Wilfrid qu'incarne à l'écran l'humoriste et comédien français Artus. L'occasion pour les spectateurs de rire à gorge déployée et dès lors, de manière presque incessante. Le contraste entre un Michel Blanc Bougon et un Hakim Jemili optimiste fonctionne à merveille. La présence de Solène Rigot amène un petit vent de rigueur qui calme parfois les ardeurs délirantes de nos deux héros et d'un Tristan Séguéla qui remet au goût du jour le principe du running gag avec la présence à l'écran de l'acteur Franck Gastambille dans le rôle de Grisoni, l'un des clients de Malek en mode Uber Eats. Docteur ? est LA comédie qu'il ne fallait surtout pas avoir loupée en fin d'année 2019...
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