Provenant à l'origine du
mot Ototeman issu des peuples autochtones anishinaabe
d’Amérique du Nord, le terme Animal-Totem se rattache désormais
plus simplement à l'idée de désigner un animal auquel l'on
s'identifie. C'est aussi le titre du dernier long-métrage de Benoît
Delépine que ce partenaire habituel de Gustave Kervern réalise et
écrit cette fois-ci en solitaire. Bien que les deux hommes aient
collaboré sur près d'une quinzaine de projets en commun, il arrive
parfois que l'un et l'autre prennent leurs distances pour mettre en
scène des œuvres indépendantes. Benoît Delépine réalisa ainsi
en 2010 le court-métrage Comme un chien,
en 2014 Enfin la fin
et l'année suivante le téléfilm Groland, le
gros métrage
aux côtés de Christian Borde tandis que Gustave Kervern tourna le
court Ya basta !
en 2010, le long Je ne me laisserai plus faire
en 2024 alors que son dernier projet à l'heure actuelle intitulé
Voilà, c'est fini
en est à sa phase de post-production... Animal
Totem
a beau avoir été écrit à une main, celle de Benoît Delépine, le
réalisateur, scénariste, acteur et figure emblématique de
l'émission de télévision diffusée sur Canal+,
Groland,
n'en a pas pour autant perdu de son mordant. L'auteur confie à
l'acteur Samir Guesmi le rôle de Darius six mois avant son
apparition dans l'excellent Grand Ciel
d'Akihiro Hata dans lequel il incarnera le rôle d'un syndicaliste
prénommé Saïd. Dans Animal Totem,
celui-ci incarne un homme qui prétend à qui lui prête une oreille
distraite qu'on lui a volé ses papiers et toutes ses affaires lors
de son arrivée à l'aéroport de Beauvais. Tout sauf... une valise à
roulettes fort heureusement reliée à son bras gauche par une paire
de menottes. À pied, et sur des dizaines de kilomètres, le voilà,
chemin faisant et lors de rencontres inopinées, lancé dans une
aventure qui doit le porter jusqu'à un rendez-vous d'une importance
capitale... Considérant son dernier long-métrage davantage comme un
conte moderne que comme une simple comédie noire dont il se fait
généralement le chantre aux côtés de son ami Gustave Kervern,
Benoît Delèpine explique la genèse d'Animal
Totem
à travers le souvenir d'un père agriculteur originaire de Picardie
qui usait de produits insecticides mais aussi et surtout d'un combat
écologique réel mené contre la présence d'une usine chimique qui
eut pour conséquence l'abandon de sa construction. Le film est donc
lui-même un message écologique parsemé de rencontres
inattendues...
C'est
ainsi que Darius croise la route d'une jeune anarchiste (Solène
Rigot dans le rôle de Coli) qui vole les riches, celle d'un ASVP
(pour Agent de surveillance de la voie publique), d'un amateur de MMA
et de réseaux sociaux (Jonas Dinal dans le rôle de ''Tiger King''),
d'un moniteur de tir à l'arc et même d'un étrange personnage,
poète à ses heures, interprété par Patrick Bouchitey, qui voit en
outre en noir et blanc et semble percevoir Saïd tel que le scénario
de Benoît Delépine ne semble pas encore disposé à le dévoiler
aux spectateurs. Car derrière sa bonhomie, sa passion pour la nature
et les animaux parmi lesquels l'homme cherche justement à dénicher
son ''Animal-Totem'', Saïd cache derrière un costume qui à bien y
réfléchir peut nous aiguiller sur sa fonction première, un
individu beaucoup moins calme et tranquille qu'il n'y paraît. Filmé
dans un cinémascope qui réduit la lisibilité à travers deux
bandes noires qui dévorent plus de la moitié de l'image, Animal
Totem
est parsemé de plans en grand angle. Mais surtout, le dernier film
de Benoît Delépine semble n'avoir pas grand chose à nous raconter,
l'écriture demeurant parfois d'une déprimante simplicité.
Pourtant, le potentiel est là et l'on retrouve parfois la
noirceur de l'ex duo, notamment lorsque le personnage central du
récit évoque la composition d'un bidon de produits chimiques
insecticide découvert dans un champ et dont la composition rappelle
à Darius celle du traitement administré à sa mère lors de sa
chimio ! Et jusqu'à cette séquence jouissive, rencontre entre
notre héros et un infâme chasseur incarné par Gérard Boucaron,
qui en outre est au centre d'un projet de construction d'usine
chimique qui risque d'avoir des conséquences lourdes sur la faune et
la flore de la région ! Tout ce qui précède la rencontre
entre les deux hommes prend alors tout son sens à ce moment très
précis et ce film que l'on pouvait jusqu'à maintenant considérer
de si petit qu'on aurait oublié son existence à peine quelques
jours après sa projection prend désormais une ampleur beaucoup plus
importante. Au final, Animal totem
est une sympathique comédie noire et écologique, sans doute mineure
dans la carrière de son auteur. Un Benoît Delépine que l'on espère
voir très vite collaborer de nouveau avec Gustave Kervern sur un
prochain projet de long-métrage...


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