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mardi 19 mai 2026

Grand ciel d'Akihiro Hata (2026) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Pour son premier long-métrage en tant que réalisateur et scénariste, le japonais Akihiro Hata signe une œuvre ambitieuse pour un budget qui pourtant ne semble avoir tourné autour que de trois ou quatre millions d'euros. Coproduction franco-luxembourgeoise, Grand ciel s'inscrit dans une veine sociale mêlant thriller et fantastique pour un résultat qui dépasse de très loin le simple statut de projet incluant une critique du monde moderne sous les atours d'une dystopie plus ou moins futuriste. Le titre se réfère à un projet immobilier éponyme de grande ampleur, écologique, une vision paradisiaque d'un quartier chaleureux, lumineux, arboré, mais qui tranche radicalement avec ce chantier monstrueux où Vincent travaille depuis peu. Un personnage central excellemment incarné à l'image par l'acteur Damien Bonnard. Un ouvrier ambitieux, qui compte bien demeurer en place même si son contrat doit se terminer dans les jours à venir. Par chance, l'un des ouvriers qui travaillent de nuit et à ses côtés disparaît sans donner de nouvelles. Et parce que l'un de ses supérieurs lui a rapidement promis de prendre prochainement de l'avancement, Vincent accepte tout d'abord de prendre la place d'Ousmane (Issaka Sawadogo), le collègue disparu. Alors qu'ils travaillent ensemble dans les étages inférieurs d'une immense tour enfouis dans le sol où le béton a tendance à s'effriter, Saïd (Samir Guesmi), Mihai (Tudor Aaron Istodor), Ahmed (Ahmed Abdel Laoui) et Vincent découvrent un soir qu'une autre équipe a bouché le trou qu'ils avaient réalisé tôt le matin même afin de résoudre le problème lié à la mauvaise qualité du béton. Pour Saïd, cela devient une évidence : Afin de ne pas perturber le chantier, Ousmane a probablement été retrouvé mort et pour ne pas alerter les autorités, son corps a été coulé dans le béton... Aussi évident que puisse paraître ce projet de dissimulation de corps évoqué par ce personnage de syndicaliste très impliqué dans les conditions de travail de ses collègues, le script d'Akihiro Hata et des scénaristes Jérémie Dubois et Camille Lugan est en réalité beaucoup moins évident qu'il n'y paraît. Grand ciel oppose tout d'abord deux points de vue dont le contraste est relativement saisissant. D'un côté, ce projet immobilier, véritable havre de paix étincelant de couleurs, lumineux et paisible et de l'autre, ce chantier, marqué par la grisaille du béton, la poussière, le bruit et l'obscurité. L'on évoquera d'ailleurs à ce sujet la remarquable photographie de David Chizallet et les décors d'Aurore Casalis qui offrent à ces derniers l'apparence d'un ogre gigantesque qui dévore les ouvriers.


Un cadre étouffant, anxiogène, labyrinthique, à l'image de ces fondations, canaux ininterrompus de pièces qui rappellent les fameuses backrooms des espaces liminaux dont cultivent l'image certains usagers des réseaux sociaux. Ici, l'ouvrier est traité par la hiérarchie comme de la main-d’œuvre dont la santé et la sécurité n'est évidemment pas la priorité. D'autant plus que l'on découvre que parmi les employés, certains n'ont pas de papiers et sont présents illégalement sur le territoire français. Grand ciel s'inscrit donc dans une certaine réalité sociale fascinante, éreintante, asphyxiante, déployant également chez son personnage principal une certaine forme d'ambivalence entre le soucis de protéger ceux qui bientôt seront sous ses ordres et celui de conserver le poste qui lui permettrait un jour de vivre en compagnie de sa petite amie Nour (Mouna Soualem) et de son beau-fils au cœur même du complexe immobilier auquel il participe lui-même à la construction. Le long-métrage d'Akihiro Hata n'est pas qu'un empilement de poncifs qui dans ce genre de production fait les beaux jours des réfractaires à toute forme d'autorité puisque sous les oripeaux du drame social où la disparition de plusieurs ouvriers est maintenue secrète par les dirigeants de l'entreprise de construction, le réalisateur ajoute à Grand ciel un élément fantastique qui participe à l'étrangeté de cette œuvre qui n'est plus alors qu'une critique sociale mais devient à travers la monstrueuse structure d'acier et de béton, une allégorie où l'immeuble en chantier dévore ceux qui le bâtissent. Où tout ouvrier, qu'il meure ou disparaisse tout simplement est remplacé d'un simple claquement de doigt. Compositrice du groupe de musique nantais Mansfield. TYA, la violoniste française Carla Pallone crée à l'occasion une bande musicale envoûtante, qui imprègne le long-métrage d'une ambiance lourde, pesante, voire même surnaturelle. À laquelle s'ajoute un sound-design absolument dément qui colle à merveille à l'environnement dans lequel sont projetés les protagonistes. Une œuvre réaliste mais ponctuée d'éléments fantastiques qu'Akihiro Hata choisit finalement de ne pas expliciter dans leur totalité. Reste au spectateur de se faire sa propre idée s'agissant des événements étranges qui surgissent lorsque Vincent investit les fondations du chantier... Une très grande réussite...

 

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