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dimanche 25 décembre 2022

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg (2008) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal... Voilà bien le genre de titre qui sied à merveille au genre cinématographique ''Aventures''. Pour ce quatrième volet de l'un des plus célèbres personnages de l'univers ''Spielbergien'', le réalisateur, scénariste et producteur Steven Spielberg aura mis quasiment deux décennies entières pour accoucher d'un opus se déroulant non plus dans les années trente mais au cœurs des années cinquante. Plus précisément en 1957, alors que le Maccarthysme a pris fin quatre ans plus tôt. La ''Peur Rouge'' ayant débuté en 1947 et s'apprêtant à prendre fin en cette année 1957, c'est donc en pleine guerre froide entre les États-Unis et le bloc de l'est constitué par l'Union des républiques socialistes soviétiques plus connue sous l'acronyme URSS que s'inscrivent les quatrièmes aventures du fameux aventurier au chapeau modèle ''fedora'', au blouson de cuir élimé et au fouet tressé de cuir véritable... Situant le début des nouvelles aventures d'Indiana Jones dans le Nevada, lui et son compagnon George MacHale (l'acteur Ray Winstone, lequel apparaît pour la première fois à l'écran puisque leur rencontre ne remonte que depuis les années quarante) sont confrontés à des soldats de l'armée soviétique. D'emblée, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal projette notre héros au cœur d'un univers cher aux ufologues puisque l'ouverture du long-métrage se situe dans la fameuse Zone 51 et plus précisément dans un hangar où sont conservées des milliers de caisses dont l'une est convoitée par la colonel-docteur Irina Spalko (l'actrice australo-américaine Cate Blanchett). Après une course-poursuite précédée par la trahison de George MacHale, Indiana Jones est projeté dans un univers dont les qualités esthétiques renvoient directement aux pages publicitaires familiales des années cinquante. Surtout, cette séquence qui se déroule sur le ''fameux'' site de sécurité nationale du Nevada (ou NNSS) où eurent lieu de nombreux essais nucléaires crée un large décalage entre l'univers habituel du héros et ce nouvel environnement. Outrancièrement colorée et dénuée de toute présence humaine, cette ville-fantôme détonne avec l'habituelle luxuriance des forêts explorées par Indiana Jones ou même avec les sites exotiques qu'il avait jusque là l'habitude de croiser en chemin. Une séquence hors-norme dans le contexte de ce héros d'un autre temps qui pourtant fait son petit effet...


Steven Spielberg parvient ainsi d'emblée à renouveler le mythe tout en l'inscrivant dans un univers qui n'est pourtant pas vraiment en rapport avec son statut de découvreur et aventurier de sites archéologiques. Quitte à se défausser vis à vis de toute crédibilité, le réalisateur nous offre alors une séquence totalement délirante, voire durant un court instant anxiogène (les sinistres mannequins d'exposition qui, inertes, trônent en ville) qui promet dès lors un quatrième opus riche en matière d'innovations... Harrison Ford a beau avoir pris vingt ans, il n'en demeure pas moins toujours aussi véloce. Pour ces quatrièmes aventures d'Indiana Jones, Steven Spielberg nous a concocté une aventure aux petits oignons bénéficiant en outre de superbes décors et d'un très remarquable visuel signé du directeur de la photographie polonais Janusz Kamiński. Loin d'être le film d'aventures plan-plan et dépassé que Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal aurait pu devenir, l’œuvre de Steven Spielberg en remontre au contraire à la concurrence avec des séquences d'anthologie qui en comparaison de ce qui se fait ailleurs n'ont absolument pas à rougir : On trouvera dans cette nouvelle aventure ajoutant une trame propre à la science-fiction, une course-poursuite à moto dans une ville de New York des années cinquante parfaitement reconstituée et ponctuée par des standards du rock'n'roll. Là, Indiana Jones y rencontrera le jeune Mutt Williams (l'acteur Shia LaBeouf) dont nous découvrirons plus tard les véritables origines. Puis, route vers le Pérou lors de la visite d'un très vieux cimetière pour une excursion souterraine passionnante. Course-poursuite encore dans une jungle péruvienne entre les éternels poursuivants du héros, Mutt, Indiana lui-même ainsi que... Marion Ravenwood, toujours incarnée par l'actrice Karen Allen, laquelle réapparaît vingt-sept ans après avoir côtoyé Indiana Jones dans le premier volet de ses aventures Les Aventuriers de l'arche perdue en 1981. Débordant d'énergie, ponctué de réels moments de bravoure (certaines cascades demeurent impressionnantes), Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal bénéficie également du ton humoristique qui typiquement a toujours fait partie de l'univers de la saga. Bref, ce retour, deux décennies après Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989 est une bonne surprise. À noter qu'en 2023 est prévue la sortie du cinquième et dernier opus de la franchise intitulé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée...

 

samedi 25 septembre 2021

Les dents de la mer de Steven Spielberg (1975) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Que l'on aime ou pas Les dents de la mer de Steven Spielberg, il a cependant dès sa sortie en 1975, mis en évidence les dangers que peuvent receler les fonds marins. Ces eaux tumultueuses dans lesquelles nous aimons si bien patauger. Pourtant, la plupart des seuls véritables risques de s'y perdre sont causés par la noyade ou l'hydrocution. Les requins sont comme les araignées. L'homme dispense des idées fausses qui font de ces deux seuls exemples des créatures dont la morsures peut à elle seule être fatale. Mais en réalité, dans l'un comme dans l'autre cas, les risques sont minimes. Si Les dents de la mer fut responsable de nombreuses crises de panique à la suite de sa diffusion dans les salles de cinéma, il causa également la naissance presque spontanée de toute une ribambelle de plagiats, ersatz parmi lesquels sa poignée de séquelles n'eurent pas à pâtir du plus mauvais sort. Le film débute sa carrière sur grand écran le 20 juin 1975 sur le territoire américain, soit la semaine même du début des vacances d'été. Un pari risqué pour le réalisateur, son équipe de tournage, ses interprètes et les sociétés de production Universal Pictures et Zanuck-Brown Productions qui prennent alors le risque de voir les spectateurs américains fuir devant ce qui pourrait être envisagé comme le signe avant coureur d'un été meurtrier. Peut-être aurait-il fallut prendre des précautions et ainsi avertir que le requin blanc n'est pas spécialement adepte de chair humaine, laquelle semble insuffisamment grasse à son goût !


L’œuvre de Steven Spielberg révèle l'effroi que peut manifester l'homme à l'idée d'être dévoré vivant. Ou plus simplement de baigner dans une eau dont il ignore ce qui peut s'y trouver sous ses pieds. Sûrs de leur fait, producteurs et réalisateur ont sans doute bien fait de programmer le film à cette date là puisque seulement une semaine après le jour de sa sortie, le film a déjà pratiquement récupéré la mise de départ s'élevant à neuf millions de dollars. Un budget qui aujourd'hui peut paraître presque ridicule en comparaison de ceux qui dépassent dorénavant allégrement les deux-cent ou trois-cent millions de dollars rien que sur le territoire américain. En 1975, les budgets alloués au cinéma international oscillent entre les quatre et les treize millions de dollars. Quelques-uns osent dépasser ces limites en approchant dangereusement des vingt-cinq millions mais Les dents de la mer n'en fera pas partie. Il est d'ailleurs amusant de constater que le budget du film équivaudra à peu près à ceux des trois premiers Sharknado réunis et réalisés par Anthony C. Ferrante entre 2013 et 2015. Steven Spielberg n'est peut-être pas le premier réalisateur à avoir mis en scène une belliqueuse créature provenant des océans, mais avec quelques-autres (Joe Dante lui emboîtera le pas trois ans plus tard avec l'excellent Piranhas) il est celui qui su donner au genre ses lettres de noblesse. La preuve puisque presque quarante-cinq ans plus tard, Les dents de la mer demeure encore le plus célèbre d'entre tous et celui que l'on cite en général en premier...


Mais que raconte donc ce petit film au titre français si intriguant signé d'un réalisateur qui n'a pour le moment tourné qu'une toute petite poignée de longs-métrages (dont, tout de même, le génialissime Duel) ? L'histoire, toute bête, s'inspire tout d'abord du Roman Jaws de l'écrivain américain Peter Benchley sorti un an seulement auparavant. Elle met en scène le shérif Martin Brody (l'acteur Roy Scheider), fraîchement débarqué de New York sur l'île d'Amity en compagnie de son épouse Ellen et de leurs deux enfants Sean et Michael, Matt Hooper (Richard Dreyfuss), un océanographe spécialiste des requins ainsi que Bart Quint (Robert Shaw), un chasseur de requins qui figure une alternative ''spielbergienne'' du Capitaine Achab du roman Moby Dick de l'écrivain new-yorkais Herman Melville. Tous les trois vont s'unir afin de mettre un terme aux agissements d'un grand blanc qui sème la mort et la terreur sur cette localité très touristique que représente Amity. Mais ils vont devoir faire face à son maire, le retors Larry Vaughn (Murray Hamilton), lequel refuse pour des raisons pécuniaires de fermer aux touristes l'accès à la plage malgré les conseils de Martin Brody. Une attitude récurrente que l'on retrouve effectivement dans bon nombre de longs-métrages portant sur le même sujet. Après avoir fait une partie de sa carrière auprès du studio Disney, le concepteur d''EFX américain Robert A. Mattey quitte le département des effets-spéciaux avant de se retrouver sur le plateau de ce qui n'est encore qu'un projet : Les dents de la mer de Steven Spielberg. C'est à lui que sera confiée l'élaboration de trois modèles de requins en polyuréthane...


Durant près de deux heures le spectateur assistera au combat incessant du shérif et de l'océanographe pour convaincre le maire de prendre les disposition nécessaires mais également aux attaques répétées d'un requin très impressionnant dont la puissance des rencontres est augmentée par la superbe partition musicale du compositeur John Williams et surtout le Jaws Theme qui avec deux notes seulement, parvient à rendre certaines séquences véritablement anxiogènes. Dans son genre, Les dents de la mer est un blockbuster. Tout en étant un pur film d'épouvante, Steven Spielberg nous propose un long-métrage catastrophe et une aventure familiale. Si en terme d'effroi le film continue d'être efficace même plus de quarante ans après sa création, on reprochera cependant au film son manque de profondeur concernant les principaux personnages. Une pénurie de caractérisation sans doute due à leur multiplication à l'écran. Seul le couple Roy Scheider/Martin Brody - Lorraine Gary/ Ellen Brody semble avoir bénéficié d'un minimum de soin même si l'épouse du shérif tient ici un rôle bien moins important que dans l'ouvrage de Peter Benchley. Les dents de la mer n'en demeure pas moins un classique du cinéma d'épouvante...

 

lundi 31 août 2020

Indiana Jones et la Dernière Croisade de Steven Spielberg (1989) - ★★★★★★★★★☆



Après le Caire et l'Arche d'Alliance, après l'Inde et son temple maudit abritant la secte des Thugs à la gloire de la déesse Kâlî, Indiana Jones revenait sur les écrans de cinéma en 1989 avec Indiana Jones et la Dernière Croisade. Bien que le second volet sorti cinq ans auparavant sous le titre Indiana Jones et le Temple Maudit ait connu un énorme succès en salle, il faut reconnaître qu'en comparaison avec l'excellent Les Aventuriers de l'Arche Perdue, il demeurait relativement décevant. Mais qu'allait donc entreprendre Steven Spielberg pour retrouver la grâce du premier volet de cette saga d'aventure qui jusqu'à aujourd'hui compte quatre épisodes ? Et bien, tout simplement, revenir aux fondamentaux. Tout d'abord, en abandonnant l'esprit un peu trop cartoonesque du second épisode qui nuisait au personnage d'Indiana Jones. Car en forçant trop le trait de cet archéologue aventurier, le réalisateur américain avait finit par n'en faire qu'une caricature grotesque. Autre aspect fondamental : le retour de quelques-uns des personnages les plus emblématiques du premier épisode ayant sans doute concouru au succès de l’œuvre séminale. À commencer par le Docteur Marcus Brody, toujours interprété par l'acteur britannique Denholm Elliott. On assiste également au retour de Sallah Faisel el-Kahir qu'incarne lui aussi pour la seconde fois l'acteur anglais John Rhys-Davies qui depuis le succès des Aventuriers de l'Arche Perdue n'a pas attendu que Steven Spielberg fasse à nouveau appel à lui pour retourner vivre de folles aventures puisqu'on le reverra notamment dans Allan Quatermain et les Mines du Roi Salomon en 1985 et Le Temple d'Or l'année suivante, les deux longs-métrages ayant été tous deux réalisés par J. Lee Thompson...

Et parce que le contexte dans lequel baignaient les premières aventures d'Indiana Jones était beaucoup plus revigorant que celles, parfois sans doute trop sombres du second épisode, retour à l'Allemagne Nazie. Deux ans après qu'Adolf Hitler ait missionné un contingent de soldats allemands lancés à la recherche de l'Arche d'Alliance avec les conséquences que l'on connaît, le voici désireux d'acquérir (par tous les moyens), le mythique Graal, objet de quête des Chevaliers de la Table Ronde afin d'asseoir sa suprématie mondiale. Mais avant cela, Indiana Jones et la Dernière Croisade nous plonge dans le passé d'Indiana Jones à l'époque où il n'était encore qu'un scout dérobant à des pilleurs de tombes, la croix de Coronado. Le film débute donc en 1912 alors qu'il n'est qu'un jeune adolescent. Indiana Jones et la Dernière Croisade s'ouvre sur une séquence absolument formidable qui laisse présager le meilleur. Une course-poursuite dans l'Utah à bord d'un train convoyant les animaux d'un cirque lors d'une incroyable séquence. Vingt-six ans plus tard, nous retrouvons notre héros à bord d'un navire portugais afin de récupérer la Croix qui lui avait échappée presque trois décennies plus tôt. Là encore, la mise en scène se veut d'une inventivité folle. De retour aux États-Unis à l'université où il enseigne l'archéologie à ses élèves, il fait la connaissance de Walter Donovan qui l'informe au sujet de son père, le Professeur Henry Jones lequel a consacré toute sa vie entière au Graal. En voyage à Venise, il fait la connaissance de l'autrichienne Elsa Schneider, ancienne collaboratrice de son père avec laquelle il va se lancer à sa recherche et tenter ensuite de découvrir où se trouve le Graal...

Si l'on est en terrain conquis, le scénario de Jeffrey Boam ne fait heureusement pas l'économie d'idées nouvelles. En effet, Indiana Jones et la Dernière Croisade a beau voguer dans un contexte similaire aux Aventuriers de l'Arche Perdue, ces troisièmes aventures d'Indiana Jones fait la part belle à des séquences originales qui ne laissent au spectateur, aucun répit. Outre la séquence d'ouverture chorégraphiée de main de maître, Indiana Jones parcourra une somptueuse bibliothèque, des catacombes infestées de milliers de rats, longera une rivière de pétrole, sera poursuivi par bateau sur la lagune de Venise par des gardiens de la confrérie de l'épée cruciforme veillant au secret du Graal, délivrera son père d'un château autrichien dans lequel celui-ci est retenu prisonnier par les Nazis, prendra la fuite à bord d'un ballon-dirigeable, puis à bord d'un avion, parcourra Alexandrette au Hatay en compagnie de son père et enfin, pénétrera le temple qui renferme le Graal. Plutôt que de tourner une partie de son long-métrage en studios, Steven Spielberg se décide enfin à tourner en décors naturels. En effet, la séquence d'ouverture fut réalisée au parc national des Arches dans l'Utah, celle de la bibliothèque à l'Église San Barnaba de Venise. Plus loin, de nombreux passages se situèrent dans le désert de Tabernas en Andalousie, quant à la séquence finale, on peut y reconnaître le magnifique site de Pétra en Jordanie, là où se situe l'extraordinaire et célèbre monument de cette cité antique, Khazneh...

Bourré jusqu'à la lie d'aventures et d'action, Indiana Jones et la Dernière Croisade prône un retour à l'humour parfois foudroyant. Exemple : lorsque Walter Donovan (l'acteur Julian Glover) évoque le fait de mettre la main sur Marcus Brody, Indiana Jones rétorque : '' N'y comptez pas trop. Il a deux jours d'avance sur vous.C'est plus qu'il n'en faut. Brody a des amis dans chaque ville et village d'ici jusqu'au Soudan. Il parle une douzaine de langues, connaît toutes les coutumes locales. Il va se mêler à eux, disparaître, et vous ne le reverrez jamais. Avec un peu de chance, il a déjà retrouvé le Graal''. CUT. Et qu'aperçoit-on juste après ? Un Marcus Brody perdu en pleine ville, ne sachant à qui s'adresser et ne parlant que sa propre langue. Autant dire qu'après le pitch d'Indiana Jones, découvrir Brody dénué de tout repère est irrésistiblement drôle ! Après Karen Allen et Kate Capshaw, c'est désormais l'actrice Alison Doody qui malgré les apparences, n'est pas originaire d'Allemagne mais d'Irlande et qui interprète la ''figure'' féminine de ce troisième opus. Plus froide, elle incarne également un personnage beaucoup plus ambigu que les deux précédentes interprètes. Le jeune et regretté River Phoenix (Explorers de Joe Dante, Stand by Me de Rob Rainer) incarne quant à lui Indiana Jones adolescent. Mais la plus-value de cet Indiana Jones et la Dernière Croisade reste encore sans doute la présence de l'immense acteur britannique Sean Connery dans le rôle du Professeur Henry Jones, le père d'Indy.

Il apporte à ce troisième volet une profondeur supplémentaire qui permet d'en apprendre davantage sur son fils. Et même si Steven Spielberg nous épargne les écueils de souvenirs larmoyants, on ne peut qu'être touchés par la relation qu'entretiennent Indiana Jones et son père. Un Sean Connery dont le statut de star ne l'empêche pas de s'effacer lorsque cela est nécessaire au script. Après un Indiana Jones et le Temple Maudit en demi-teinte, on pouvait craindre que le mythe d'Indiana Jones ne soit définitivement écorné. Mais c'était sans compter sans le scénario de Jeffrey Boam, l'excellence de l'interprétation, des décors absolument fantastiques, une action et une aventure à tambour battant (auxquelles on ajoutera de superbes séquences reposant sur le principe des énigmes) et une remise en question du réalisateur. Maintenant, c'est à chacun de se faire sa propre opinion. Sans nul doute Indiana Jones et la Dernière Croisade est éminemment supérieur au volet précédent. Mais l'est-il aux Aventuriers de l'Arche Perdue ? Personnellement, j'oserai un grand OUI !!!

dimanche 30 août 2020

Indiana Jone et le Temple Maudit de Steven Spielberg (1984) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Les nouvelles aventures d'Indiana Jones débutent un an avant celles du premier volet intitulé Les Aventuriers de l'Arche Perdue. Une logique qui s'explique peut-être dans le fait que la dite arche est considérée comme l'objet ultime que puisse convoiter le héros. Par conséquent, faire évoluer le personnage à travers un récit dont l'aboutissement serait d'une efficience moindre étant illogique en terme d'intensité, il valait mieux pour Steven Spielberg et ses scénaristes Willard Huyck et Gloria Katz évoquer un retour vers le passé si récent soit-il par rapport au premier volet. Nous sommes donc désormais en 1935. Indiana Jone et le Temple Maudit débarque sur les écrans américains le 23 mai 1984 et dans notre pays le 12 septembre de la même année. Cette fois-ci, le réalisateur ouvre les hostilités en conviant les spectateurs à une introduction se situant non plus dans une forêt dense de l'Amérique du Sud mais en Chine, dans un cabaret situé à Shanghai où l'archéologue-aventurier fait affaire avec le parrain de la mafia locale, Lao Che (l'acteur hongkongais Roy Chiao, notamment interprète d'un moine shaolin dans Opération Dragon de Robert Clouse aux côtés de Bruce Lee et de Senzo Tanaka dans Bloodsport de Newt Arnold aux côtés de l'acteur belge Jean-Claude Van Damme) auquel il doit remettre les cendres de l'empereur chinois Nurhachi contre lesquelles Indiana Jones doit recevoir en échange un très gros diamant. Mais les choses tournent mal. Après avoir bu un verre empli de poison, Indiana Jones n'a que quelques minutes pour récupérer l'antidote qui est entre les mains de Lao Che s'il veut rester en vie. Mais alors que la situation dégénère et se transforme en fusillade, ''Indy'' parvient à prendre la fuite au bras de Wilhelmina Scott, une proche de Lao Che que le chinois abandonne apparemment sans regrets...

Voici donc telles que débutent les nouvelles aventures de l'aventurier au chapeau modèle ''traveller'' vissé sur la tête, toujours aussi mal rasé et vêtu de sa légendaire tenue couleur beige. Après un long générique dont la grandiloquence est égale à son ambition, à sa démesure en terme de chorégraphie mais sans doute encore davantage à son aspect totalement désuet, voire ringard, les choses commencent vraiment mal. Et si l'on perd un peu de l'aspect sauvage qui ouvrait les hostilités dans le précédent épisode, on sent déjà que Steven Spielberg n'a pas l'intention de se reposer sur ses lauriers. Profitons-en pour évoquer tout d'abord la partition musicale de John William avant d'oublier d'en parler comme ce fut le cas dans l'article consacré aux Aventuriers de l'Arche Perdue. C'est avec grand plaisir que les fans de la saga retrouveront donc le thème principal qui comme dans l'épisode précédent connaîtra quelques variantes. Le casting étant entièrement remanié en dehors de Harrison Ford qui assure toujours le rôle d'Indiana Jones, le public aura la tristesse de constater la disparition de la charmante Karen Allen et du personnage de Marion Ravenwood au profit de la toute aussi séduisante Kate Capshaw qui joua notamment aux côtés de Michael Douglas dans Black Rain de Ridley Scott en 1989 et dans la comédie noire de Todd Solondz, Life During Wartime en 1997...

Autre fait qui lui, pourra s'avérer quelque peu gênant durant les toutes premières minutes : en effet, dans cette séquelle en forme de préquelle, ça n'est plus Claude Giraud qui double en français Harrison Ford mais Francis Lax, celui-là même qui fut notamment (et à plusieurs reprises) les voix de Michael Caine, de Ronny Cox, de Chuck Norris et de Jerry Lewis au cinéma, ainsi bien entendu que celle de David Soul dans la célèbre série policière américaine Starsky et Hutch entre 1975 et 1979. Ce qui peut apparaître comme une anecdote demeure en fait comme un indice de l'évolution que vient de prendre en l'espace de ce seul épisode, la saga. Le ton enjoué et pas vraiment sérieux du doublage est malheureusement significatif de l'esprit de cette préquelle qui tout au long du récit reposera majoritairement sur un humour pas toujours très fin et même, très enfantin. On s'y perd donc un peu, à ne plus vraiment retrouver ce mélange entre action, aventure, fantastique et comédie qui dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue était parfaitement dosé. En conséquence de quoi, Kate Capshaw s'avère agaçante dans le rôle de Willie. Pourtant écrit à quatre mains, le scénario de cet Indiana Jone et le Temple Maudit est pittoresque, mais dans le mauvais sens du terme...

Si Harrison Ford assure sa part de marché, le spectateur sera plus circonspect en ce qui concerne l'histoire et la mise en scène. À trop vouloir œuvrer dans le divertissement, Steven Spielberg use et abuse d'un humour aussi potache qu'inefficace. Car trop d'humour tue l'humour. Le film a beau nous faire voir du pays, entre la Chine et l'Inde, l'ennui s'installe après seulement une demi-heure. Et lorsque l'on sait que Indiana Jone et le Temple Maudit approche les deux heures, le sentiment que l'on va inutilement perdre un temps infini se fait rapidement ressentir. Alors que Les Aventuriers de l'Arche Perdue proposait toute une séries d'aventures et de situations débordant d'imagination, ce second volet ressemble parfois davantage à un catalogue de voyage à destination de terres inconnues et dépaysantes. Évidemment, les décors demeurent souvent impressionnants. Bien que l'illusion soit souvent parfaite, le tournage n'a pas eu lieu en Inde mais au Sri Lanka puis dans les studios d'Elstree où furent notamment tournés tout ou partie de 2001, l'Odyssée de l'Espace de Stanley Kubrick en 1968, Danger, Planète Inconnue de Robert Parrish la même année, Qui veut la Peau de Roger Rabbit de Robert Zemeckis en 1988 ou encore les séries Le Saint, Le Prisonnier et Chapeau Melon et Bottes de Cuir.

Une grande partie du long-métrage se déroule dans le temple maudit du titre dans lequel nous assistons notamment à un sacrifice humain lors d'une cérémonie païenne, à une course-poursuite à bord d'un wagonnet de mine, Indiana Jones, Willie et le jeune asiatique Demi-Lume (l'acteur Jonathan Ke Quan que l'on retrouvera notamment dans Les Goonies de Richard Donner en 1985 ou à la télévision dans la troisième saison de l'anthologie fantastique Les Contes de la crypte en 1991) parvenant même à s'extraire d'un piège à base de pics acérés descendant d'un plafond directement inspiré par le film La Maîtresse du Désert réalisé par William Witney en 1942. L'une des excellentes idées du script fait en outre référence au premier volet en forme de clin d’œil. En effet, rappelez-vous : dans Les Aventuriers de l'Arche Perdue, Harrison Ford étant en mauvaise état lors de la séquence qui devait l'opposer à un homme armé d'un sabre, celle-ci avait été abrégée.

Dans Indiana Jone et le Temple Maudit, notre héros tente une nouvelle fois d'écourter le combat face à deux hommes armés de sabres avant de se rendre compte qu'il ne porte pas sur lui son fameux pistolet !!! Une autre séquence plutôt appréciable : Celle qui voit Indy, Willy et leur jeune compagnon tenter de traverser un pont de singe avant d'être confrontés au prêtre Mola Ram (l'acteur indien Amrish Puri) et ses hommes. Comme on peu le voir, tout n'est pas raté dans ce second épisode. Simplement, en comparaison des Aventuriers de l'Arche Perdue, cette préquelle sent souvent le rance et s'avère au final beaucoup moins divertissante. Et si on la compare au premières aventures d'Indiana Jones, les recettes furent un peu moins importantes puisqu'en coûtant vingt-huit millions de dollars (quand le premier fut financé à hauteur de vingt), Indiana Jone et le Temple Maudit a rapporté à l'échelle mondiale la modique somme de trois-cent trente-trois millions de dollars alors que Les Aventuriers de l'Arche Perdue en accumula environs cinquante-cinq de plus. Cinq ans plus tard, un troisième épisode verra le jour, toujours réalisé par Steven Spielberg, mais cette fois-ci écrit par le scénariste Jeffrey Boam. Son titre : Indiana Jones et la Dernière Croisade...

samedi 29 août 2020

Les Aventuriers de l'Arche Perdue de Steven Spielberg (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Pérou, 1936. L'archéologue américain Indiana Jones pénètre un temple à l'intérieur duquel il s'apprête à mettre la main sur une idole en or appartenant au peuple des Chachapoyas. Mais pour pouvoir y accéder, celui-ci doit faire face à divers pièges parmi lesquels des fléchettes empoisonnées sortant des murs lorsque est activé un mécanisme placé au sol. Accompagné de Satipo (l'acteur Alfred Molina), un porteur de bagages, Indiana Jones est trahi lorsque après s'être saisi de la statuette, le temple commence à s'effondrer. Une fois retourné à l'extérieur, il se retrouve nez à nez avec les indiens Hovito qui le menacent à l'aide de lances et de sarbacanes, lesquels sont accompagnés de l'archéologue René Belloq, son éternel concurrent qui lui dérobe alors l'idole. Parvenant à prendre la fuite mais poursuivi par les Hovito, Indiana Jone retourne jusqu'à l'hydravion piloté par son ami Jock Lindsey et les deux hommes repartent pour l'Amérique... Voici donc comment débutent les toutes premières aventures d'Indiana Jone. Un projet à l'initiative duquel se trouve tout d'abord le réalisateur, scénariste et producteur George Lucas qui après le succès de Star Wars s'imagine déjà prendre les commandes d'un nouveau projet inspiré des serials d'aventures dont les origines remontent au début du vingtième siècle et qui consistaient à proposer un type de films reposant sur le principe du roman-feuilleton...

Les Aventuriers de l'Arche Perdue (Raiders of the Los Ark) sera donc le premier volet d'une mythique saga cinématographique dont George Lucas abandonnera cependant la réalisation au profit de Steven Spielberg qui jusque là, aura rencontré un immense succès avec Les Dents de la Mer en 1975 et Rencontre du Troisième Type en 1977 avant de faire un bide avec 1941 deux ans plus tard. C'est pourtant très confiant que George Lucas lui confie les rennes de ce nouveau projet que Steven Spielberg accepte de réaliser si le producteur lui accorde le ''Final Cut''. L'écriture du scénario est confiée les yeux fermés à Lawrence Kasdan qui avait déjà participé à l'écriture de celui de Star Wars, épisode V : L'Empire contre-attaque d'Irvin Kershner l'année passée en 1980 ainsi que celle de La Fièvre au Corps que le scénariste réalisa lui-même. Reprenant un scénario aux commandes duquel on retrouvait George Lucas et Philip Kaufman (réalisateur du paranoïaque L'Invasion des Profanateurs en 1978), Lawrence Kasdan propose une aventure riche en rebondissements qu'adoubent et le producteur, et le futur réalisateur...

Le rôle-titre est proposé à Harrison Ford auquel pensent immédiatement le scénariste et le réalisateur. Étrangement, George Lucas est lui, d'un autre avis. La production envisage alors plutôt Tom Selleck, puis Jeff Bridges et Nick Nolte. Mais si les deux derniers refusent, c'est le contrat qui le lie à la série télévisée culte Magnum qui empêche Tom Selleck d'endosser le costume de l'archéologue. Changement radical d'univers pour Harrison Ford qui après avoir notamment incarné Han Solo dans les deux premiers volets de la saga Star Wars et le Lieutenant David Halloran dans Guerre et Passion de Peter Hyams assume cette fois-ci la responsabilité d'endosser le costume d'un personnage qui sera amené à devenir l'une des légendes du cinéma d'aventure en particulier et du septième art en général. L'un des principaux atouts du personnage façonné tout d'abord par l'écriture de Lawrence Kasdan et peaufiné par l'acteur demeure dans la double facette qui le caractérise. Nous avons effectivement d'un côté un professeur en archéologie plutôt lisse, bien habillé, bégayant et objet de convoitises parmi la grande majorité d'élèves de sexe féminin qui suivent ses cours. De l'autre, on se retrouve avec un aventurier courageux, inventif, instinctif, et beaucoup plus charismatique. Chapeau vissé sur le crâne, blouson de cuir, pantalon de treillis et chemises beiges, il a le visage quelque peu tanné, en sueur, et en partie recouvert d'une barbe de trois jours. Pas vraiment le super-héros ultra clean qu'arbore le cinéma de nos jours...

À la réalisation, Steven Spielberg propose aux spectateurs une aventure épique, moite, dangereuse, romanesque, opposant le héros et ses ennemis à certains éléments fantastiques. Imaginez-donc : rien de moins que la recherche de L'Arche d'Alliance, qui selon la Bible renferme les tables de la loi mieux connue sous le nom des Dix Commandements. Et vue la période durant laquelle se déroule le récit, pourquoi ne pas opposer Indiana Jones aux nazis ? Des nazis qui sur ordre de leur führer Adolf Hitler sont chargés de retrouver et mettre la main sur l'Arche en question. Tout ou partie du concept de Les Aventuriers de l'Arche Perdue repose donc sur cette quête à laquelle vont donc participer Indiana Jones ET Marion Ravenwood, fille de son ancien mentor malheureusement décédé. En possession d'un pendentif permettant de situer très exactement la position de l'Arche dans le Puits des Âmes, la jeune femme tout d'abord très en colère vis à vis d'Indiana Jones participera finalement aux aventures de l'archéologue. Interprétée par l'actrice Karen Allen (Starman de John Carpenter en 1984, Terminus de Pierre-William Glenn en 1987, En Pleine Tempête de Wolfgang Petersen en 2000), l'actrice apporte cette petite touche de féminité et de romantisme nécessaire à une œuvre très majoritairement masculine. L'archéologue français Émile Belloq, l'ennemi juré d'Indiana Jones, est quant à lui interprété par l'acteur Paul Freeman. Ronald Lacey interprète le nazi Arnold Ernst Toht tandis que le futur Maximilien Arturo de la série culte Sliders et le nain Gimli de la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, John Rhys-Davies, interprète le personnage de l'excellent Sallah Faisel el-Kahir...

Entre le Pérou, son ancien temple, sa jungle, ses indigènes, l'université du Connecticut et sa flamboyante ''rusticité'', le Népal et son blanc manteau où notre héros retrouve la belle Marion, le Caire et ses marchés, sa faune, ses ruelles et ses dangers, la séquence située sur un cargo, ou celle se déroulant sur une île de la Mer Égée, Les Aventuriers de l'Arche Perdue offre aux spectateurs une aventures remarquable, qui, si elle s'inspire souvent des serials d'antan, saura elle-même être la source d'inspiration de nombreux longs-métrages à venir. De A la Poursuite du Diamant Vert de Robert Zemeckis, jusqu'aux divers longs-métrages issus de la série de jeux vidéos Tomb Raider dans lesquels est mise en vedette l'aventurière Lara Croft. Comme dans tout bon film d'aventures, les anecdotes ne se comptent ici pas simplement sur les doigts d'une seule main. Sans faire le catalogue de celles qui couvrent l'entièreté du long-métrage, il est certainement intéressant de revenir sur quelques-une d'entre elles. Et parmi les plus intéressantes, celle qui concerne la séquence lors de laquelle Indiana Jones est censé combattre un homme armé d'un sabre lors de son passage au Caire. Après que ce dernier ait montré son aisance dans le maniement du sabre, Indiana Jones se saisit de son pistolet et l'abat d'un seul coup de feu.

Il faut savoir qu'à l'origine, le duel devait proposer un combat épique entre les deux hommes. Seulement, Harrison Ford se sentant mal au moment de tourner la scène, l'acteur demanda à ce qu'elle soit écourtée. En résulte une séquence vraiment amusante. Autre anecdote : lors de la séquence située dans le Puits des Âmes, les fans de la saga Star Wars pourront reconnaître parmi les hiéroglyphes, certains ''dessins'' à l'image des androïdes C3PO et R2D2. Il serait peut-être également intéressant de revenir sur l'une des plus impressionnantes séquences du film qui voit certains nazis mourir dans d'horribles circonstances lorsque le couvercle de l'Arche et retiré. Le premier Poltergeist que Tobe Hooper réalisera en 1982 mais dont certaines séquences furent considérées comme le fruit de l'imagination de Steven Spielberg demeure encore le sujet de polémiques. Si certains s'attardent à s'accorder que la scène durant laquelle un scientifique s'arrache le visage devant un miroir est indubitablement l’œuvre de Tobe Hooper, la séquence durant laquelle des esprits échappés de l'Arche tuent les nazis des Aventuriers de l'Arche Perdue tenterait à prouver que Steven Spielberg pourrait tout à fait être à l’origine de celle de Poltergeist... Mais pour en revenir au film sorti l'année précédente, Les Aventuriers de l'Arche Perdue est une œuvre mythique qui malgré les années n'a rien perdu de son charme, de son inventivité et de son attractivité. Presque quarante ans après, le film de Steven Spielberg demeure l'un des meilleurs de sa catégorie. À la suite du succès phénoménal qu'il rencontra, une séquelle fut évidemment envisagée. Intitulée Indiana Jones et le Temple Maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom), elle verra le jour trois ans plus tard, toujours sous la houlette de Steven Spielberg, le scénario étant cette fois-ci l’œuvre de Willard Huyck et Gloria Katz...

mardi 22 octobre 2019

Il faut Sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg (1998) - ★★★★★★★★★☆



S'ouvrant et se terminant sur deux des plus héroïques et spectaculaires scènes de guerre de toute l'histoire du septième art, Il faut Sauver le Soldat Ryan dresse le portrait plein d'humanité d'une section de soldats commandés par le Capitaine John H. Miller et dont la mission est de retrouver et de ramener chez lui le soldat de 2ème classe James Francis Ryan dont les trois frères sont tombés au combat. Deux séquences absolument brillantes et dévastatrices d'un point de vue visuel, sonore et émotionnel. Rares auront été les occasions d'être plongé à ce point au cœur d'un conflit avec un tel degré de réalisme. Qu'il s'agisse du sable soulevé dans les airs à l'impact des obus tirés par l'armée allemande lors du débarquement, des innombrables soldats perdant au mieux un membre, au pire la vie, l'eau rougeoyante de la Manche dans laquelle le sang des courageux militaires américains se déverse ou les quelques villes traversées et ravagées par d'incessants bombardements, le travail effectué par les différentes divisions techniques est simplement remarquable. Qu'il s'agisse également de la partition musicale de John Williams, des effets-spéciaux de John Evans, de la photographie de Janusz Kaminski ou du sound-design, le spectateur en prend plein la vue. Maintenant, il s'agit de savoir si l'intérêt d'Il faut Sauver le Soldat Ryan repose uniquement sur son aspect visuel, sonore et divertissant ou si son principal intérêt se situe au niveau de son scénario reposant sur un fait authentique auquel le réalisateur Steven Spielberg tente de rendre hommage.

D'un point de vue historique, le film semble fidèle aux faits ayant eu lieu. Si le nom de Ryan a été préféré à ceux des frères Niland, les quelques erreurs qui émaillent le récit semblent appartenir au registre ''technique''. Des invraisemblances mineures que le spectateur ''lambda'' ne relèvera heureusement pas pour se consacrer sur l'essentiel : le spectacle ! Car oui, Il faut Sauver le Soldat Ryan, avant d'être un témoignage troublant, voire parfois choquant (la séquence du débarquement dépassant allégrement la vingtaine de minutes est un véritable carnage peu avare en morts) est avant tout un divertissement absolument réjouissant. Bien que durant presque trois heures à une poignée de minutes près, l’œuvre de Steven Spielberg est non seulement un voyage au cœur de l'horreur de la guerre, mais également un formidable message d'humanité et de fraternité. On imagine aisément un Rolland Emmerich qui aux commandes du projet en aurait fait un film de propagande pro-américain. Steven Spielberg nous épargne fort heureusement ce type de message pour nous plonger dans une aventure pleine de scènes d'anthologie. Outre les deux séquences d'ouverture et de fermeture (en dehors de celles situées et tournées dans le cimetière américain de Colleville-sur-Mer), cette dernière situant son action aux abords des ponts de la rivière du Merderet, le spectateur a notamment droit à une séquence opposant le capitaine John H. Miller et ses hommes à un sniper (une scène qui évoque sensiblement celle de l'excellent Full Metal Jacket de Stanley Kubrick), ou la prise d'une antenne-radio.

Entre ces différentes séquences d'anthologie, Steven Spielberg ne se repose pas sur ses brillants lauriers et profite des quelques moments de calme pour nous présenter un peu plus en profondeur ses personnages. L'un des points forts de Il faut Sauver le Soldat Ryan reste l'impeccable casting constitué autour de Tom Hanks, Tom Sizemore, Edward Burns, Barry pepper, Adam Goldberg, Vin Diesel (oui, oui), Giovanni Ribisi et Jeremy davies, tous bientôt rejoints par Matt Damon (le soldat Ryan en question), mais aussi ses personnages. Du sniper priant auprès du Seigneur avant chaque tir, en passant par le médecin soignant comme il peut les soldats blessés lors des différents combats, jusqu'au capitaine ici tenu par un Tom Hanks magnifique d'émotion. Une émotion que partagent d'ailleurs ces soldats loin des productions qui n'en font généralement que des gros bras bas du front et incapables de s'émouvoir de la mort de l'un de leurs compagnons. Ici tout est fait pour que l'expérience soit immersive. Caméras à l'épaule, champ-contrechamp, première et troisième personne, image tremblant à chaque explosion, poussière, gravas, gerbes de sang, hurlements, balles sifflant près des oreilles du spectateur. Dire que la sensation d'y être soit-même est un euphémisme. De ce côté là, c'est presque un sans faute. Presque ? Oui, car à côté de l'ampleur du travail effectué par Steven Spielberg, son équipe technique et ses interprètes, il manque peut-être quelques longs plans-séquence qui auraient sans doute accentué encore davantage l'impression d'immersion. À part ce menu détail qui, si le film avait été réalisé ces dernières années et non pas il y a vingt et un ans, deviendrait alors impardonnable, Il faut Sauver le Soldat Ryan touche au but. Une œuvre remarquable, l'un des meilleurs films de guerre ''contemporains'' à ranger aux côtés de Requiem pour un Massacre d'Elem Klimov.

dimanche 25 août 2019

Duel de Steven Spielberg : le téléfilm (1971) - ★★★★★★★★☆☆


Comme chez bon nombre de cinéphiles et de cinéphages je l'imagine, la découverte de Duel, le second long-métrage du réalisateur américain Steven Spielberg après un Fireflight signé en 1964 et un certain nombre de participations à diverses séries télévisées, fut un véritable choc. Surtout qu'à l'époque, ça ne se bousculait pas tant que ça dans le registre de la peur ou de l'angoisse bien réelles. De celles qui vous donnent des sueurs froides dans le dos et vous fait sursauter à chaque bruit suspect arrivant par derrière. Trop jeune pour le découvrir à l'époque de sa sortie en France en mars 1973, Duel fut avant de sortir en salle et de devenir ainsi le premier long-métrage cinématographique de son auteur, un téléfilm diffusé en novembre 1971 au Canada et aux États-Unis. Ce n'est donc que beaucoup plus tard que j’eus le plaisir de pouvoir m'y frotter, mais pas au cinéma, non, à la télé. Sur un poste qui n'avait pas les dimensions de ceux que l'on trouve désormais chez n'importe qui. Un choc, donc, disais-je. Une claque. Quatre-vingt six minutes de pure terreur. Un road movie en forme de survival extrêmement efficace malgré l'épure du script. Et puis, peut-être un quart de siècle plus tard, c'est Anna, ma compagne, qui m'offrit enfin l'occasion de le redécouvrir sur grand écran, et sous une forme inédite. Un privilège en réalité si l'on tient compte du fait que dans notre seul pays, peu d'entre nous ont sans doute vécu l'expérience :

Un ciné-concert dans l'unique salle du cinéma de Sigean. Le film diffusé sur grand écran et dans la fosse, les membres du groupe autoproclamé de ''Musique Interterrestre'' Antiquarks remaniant la totalité de la bande-son du film pour un résultat au delà des espérances. Une expérience unique et très enrichissante. Si la première affiche évoque le film à l'époque de sa sortie dans l'hexagone en 1971 et celle du milieu l'événement qui eu donc lieu à Sigean le 13 février 2011, je ne suis pas certain que la dernière ait une réelle relation avec sa diffusion au Canada le 10 novembre 1971 ou aux États-Unis trois jours plus tard. C'est pourtant de cette version là que je parlerai dans cet article. Non pas que l'expérience vécue il y a huit ans en arrière au bras d'Anna fut décevante, bien au contraire, mais j'avais surtout envie de parler de l’œuvre dans sa version séminale même si par rapport à celle qui sorti plus tard sur les écrans, elle demeure moins longue de douze minutes...

Pas mal de modifications ont été apportées entre la version de 1971 et la version dite théâtrale qui fut proposée dans les salles. Tout d'abord, l'introduction du personnage de David Mann incarné par l'acteur Dennis Weaver à travers la séquence située dans son garage et sur les routes de la ville qu'il parcourt ensuite jusqu'à son arrivée sur les lieux dits du drame n'existe pas dans cette version de 1971. Le téléfilm débute donc sur la route de campagne et projette directement le spectateur au cœur du suspens puisque le camionneur fou qui va se lancer à sa poursuite durant plus d'une heure et dix minutes apparaît très rapidement. Les habitués de la version cinéma s'étonneront sans doute de la disparition d'une scène particulièrement forte : cette située devant l'entrée d'un tunnel et mettant en scène un bus scolaire. Nulle trace de l'événement dans le téléfilm. Tout comme celle située devant un passage à niveau également absente de la version de 1971. De longues minutes qui n'apparaissent donc pas mais qui ne retirent en rien l'intensité d'un téléfilm tout aussi fort en terme de découpage.  

Duel demeure dans sa version originale tout aussi précieuse, d'autant que son intérêt réside d'abord dans la vision qu'en a voulu à l'origine le réalisateur. Nous pourrions énumérer toutes les séquences additionnelles plus ou moins longues ajoutées par la suite et absentes ici, tous comme certains dialogues remaniés, mais l'essentiel est déjà là : une tension palpable et une action à couper au couteau lors de séquences cultes comme celle du relais-routier (un véritable moment de paranoïa) durant laquelle le héros examine les chaussures et le comportement des camionneurs qui s'y sont arrêtés et parmi lesquels il soupçonne son poursuivant de s'y être arrêté, ou encore celle de la cabine téléphonique. Et ne parlons même pas des nombreuses scènes de courses-poursuites sur une route déserte et écrasée par la chaleur du soleil. La preuve que Steven Spielberg avait déjà tout dit en 1971, les ajouts de la version cinéma ne faisant qu'augmenter (pas tout à fait superficiellement) l’œuvre originale par du matériel à son petit classique de la terreur. Dennis Weaver y est formidablement crédible et le camion fou, l'une des entités cinématographiques les plus terrifiantes du septième art. Une perle !

mercredi 18 janvier 2017

La Quatrième Dimension de John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller (1983) ★★★★★★☆☆☆☆



La Quatrième Dimension est sans doute la série télévisée américaine de science-fiction la plus célèbre et probablement parmi les meilleures de toute l'histoire de la télévision mondiale. Diffusée pour la première fois entre le 2 octobre 1959 et le 19 juin 1964 sur le réseau CBS, elle est constituée de 138 épisodes de 25 minutes et 18 épisodes de 50. En 1985, trois cinéastes américains et un réalisateur australien décident de s'unir afin de transposer sur les écrans de cinéma, quatre épisodes de la série, le film débutant par un prologue réalisé par John Landis, le réalisateur du Loup-Garou de Londres.

C'est lui-même qui ensuite transpose à l'écran La Grandeur du pardon qui, contrairement à sa version, se situait lors de sa réalisation par Buzz Kulik en 1961, le 6 août 1945 dans l'archipel des Philippines. Cette fois-ci, pas d'officier désireux d'envoyer sa section massacrer des japonais retranchés dans une grotte mais un homme qui ne supporte pas l'idée qu'un autre aie bénéficié d'une promotion qu'il espérait obtenir. Propos racistes envers les noirs, les asiatiques, et les juifs, le voilà projeté durant la seconde guerre mondiale, en terrain occupé par l'allemand et confondu avec l'un de ces derniers. Pourchassé, blessé, il se retrouve ensuite aux mains des membres du Ku Klux Klan qui tentent de le pendre, le prenant pour un noir. Puis c'est dans les rizières du Vietnam qu'il est projeté, l'armée américaine passant par là le prenant à son tour pour l'ennemi. Puis, retour au temps des nazis où il est transféré dans un camp en partance pour les camps. John Landis réalise une section qui aurait sans doute mérité d'être un peu plus étoffée mais qui ne laisse déjà plus aucun doute sur le message véhiculé.

Le second segment est l’œuvre du cinéaste Steven Spielberg. Sans doute le plus faible d'entre tous et d'une manière générale, le plus ennuyeux. Un sketch dégoulinant de bons sentiments à l'attention des familles. Adapté de l'épisode Jeux d'Enfants réalisé par le cinéaste Lamont Johnson en 1962, ce segment ne vaut en réalité que pour la présence de l'excellent acteur noir Scatman Crothers qui joua le rôle de Dick Halloran dans l'adaptation de Shining de Stephen King par l'immense Stanley Kubrick. Se situant dans une maison de retraite, le rythme qui nous est infligé reflète finalement assez bien toute la tristesse du temps qui passe dans cette institution où chaque patient n'a rien de mieux à faire que d'attendre la mort. Un sentiment que l'on partage tant l'ennuie que l'on ressent devant ce segment est pesant.

C'est ensuite au tour de Joe Dante de s'amuser à adapter un épisode de la série originale. Contrairement à Steven Spielberg qui ne s'est contenté que de proposer un portage couleur de l'épisode qu'il a adapté, Joe Dante, lui, a réinventé le sujet de C'est une Belle Vie pour en faire un segment cartoonesque étrange et plutôt réussi. Alors que le gamin de l'épisode réalisé en 1961 par le cinéaste James Sheldon était tout à fait détestable, celui de Dante demeure sympathique malgré l'emprise qu'il a sur ses proches. Lui-même détenteur d'un pouvoir le rendant capable de donner vie à tout ce qui lui passe par la tête, il vit auprès de ses deux sœurs (dont l'une n'a plus de bouche), de ses parents et d'un oncle, dans une demeure à l'architecture totalement délirante que n'aurait pas renié le Lewis Carroll des Aventures d'Alice au pays des merveilles. On notera pour l'époque d'excellents effets-spéciaux permettant au cinéaste de donner vie à des personnages de dessins-animés. Une très belle réussite.

Quatrième et dernier segment réalisé cette fois-ci non pas par un cinéaste américain mais par le célèbre australien George miller (au hasard, les quatre Mad Max et Les Sorcières d'Eastwick), l'adaptation de l'épisode Cauchemar à 20 000 pieds réalisé en 1963 par le cinéaste Richard Donner est une belle réussite. Et ce, grâce à l'interprétation du génial John Lithgow. A bord d'un avion, un homme angoissé découvre que sur l'aile gauche de l'engin une créature tente de détruite les moteurs. Bien évidemment, personne n'est prêt à le croire. Le segment de George Miller est similaire à l'épisode original. John Lithgow campe merveilleusement bien ce passager perdant pied, jusque dans les derniers instants, lors de l'atterrissage, et révélant la réalité des événement s'étant produits durant le vol...

Dans l'ensemble, si la version cinéma de La Quatrième Dimension est plutôt réussie, elle n'atteint tout de même pas la qualité de la série originale mais demeure tout de même généralement un bel effort...

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