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samedi 29 octobre 2022

The Gift (Intuitions) de Sam Raimi (2000) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

La future elfe Galadriel des trilogie Le seigneur des anneaux et Le Hobbit de Peter Jackson incarne en cette année 2000 l'héroïne de The Gift (Intuitions) de Sam Raimi. Cate Blanchett est Annie Wilson. Une jeune femme qui a perdu son mari lors d'une explosion et qui désormais s'occupe seule de ses trois fils. Afin de subvenir à leurs besoin, la jeune femme lit dans les cartes et se fait payer en nature. Parmi ses clients se trouve le garagiste Buddy Cole (l'acteur Giovanni Ribisi que l'on a pu notamment découvrir dans le troisième épisode de la saison trois de la série de science-fiction X-Files intitulé Coup de foudre). Hilary Swank (Million Dollar Baby de Clint Eastwood) interprète quant à elle Valerie Barksdale, l'épouse d'un homme violent lui-même incarné par Keanu Reeves. Quant à Katie Holmes et Greg Kinnear, ils forment ici le couple Jessica King/Wayne Collins. Dans ce récit réunissant une belle brochette d'interprètes à laquelle nous ajouterons J.K.Simmons dans le rôle du shérif Pearl Johnson ou Gary Cole dans celui de David Duncan, on s'aperçoit assez rapidement que l'histoire tourne surtout autour du personnage d'Annabelle Wilson. En effet, The Gift semble être entièrement dédié à Cate Blanchett qui incarne une veuve élevant seule ses trois enfants et devant faire face aux problèmes parfois très délicats de certains de ses clients. Reposant sur un scénario co-écrit par Billy Bob Thornton et Tom Epperson, The Gift est un drame ''fantastique'' passionnant se muant peu à peu en un thriller certes relativement convenu mais dont on ne décroche cependant pas avant le générique de fin. Aidée par l'excellente interprétation générale et par le jeu subtile de son héroïne, Sam Raimi quitte ici l'univers dans lequel il a baigné dès ses débuts. En cela, le réalisateur américain rejoint Peter Jackson, justement, et prouve qu'il est aussi à l'aise dans l'horreur et le gore que dans le thriller ou n'importe quel autre genre cinématographique !


Hantée par des cauchemars effrayants, harcelée par l'époux violent de l'une de ses clientes, courageuse face au comportement de certains habitants (Giovanni Ribisi se montre parfois inquiétant), la jeune femme va être au cœur d'une affaire de disparition et de meurtre dans laquelle va entrer en jeu son talent pour la voyance. En se penchant presque exclusivement sur le portrait d'Annabelle Wilson, Sam Raimi semble oublier ses fils et son entourage. Question caractérisation, The Gift se montre relativement chiche. Sans doute moins intéressé par la personnalité de la plupart des personnages qu'il ne fait que survoler, l'auteur de Evil Dead renoue quelque peu avec le surnaturel sans pour autant y apposer la marque de Satan ! Ici, tout est question de subtilité. La grandiloquence et les effets-spéciaux à outrance n'étant plus d'actualité pour celui qui débuta sa carrière en jetant au visage des spectateurs une profusion d'effets gore, The Gift pourrait ne pas convenir à une certaine catégorie plus encline à bouffer du CGI à outrance. Si la caractérisation n'est donc pas le premier des soucis chez le réalisateur, son œuvre n'en est pas moins dotée d'une profonde humanité. Avec ses portraits parfois saisissants d'une Amérique profonde charriant du redneck à la pelle, Keanu Revves, Giovanni Ribisi et quelques figurants incarnent ces habitants vivant dans des contrées presque sauvages où la culture et la civilisation n'ont pas encore eu le temps de s'installer. L'on est tout de même loin des canons du genre que sont Délivrance de John Boorman ou Sans retour de Walter Hill et de toute manière, le propos n'est pas là. Car lors de la seconde partie, le film change de sujet même si le discours reste toujours le même : le surnaturel et les talents de voyance de l'héroïne sont mis à contribution lors de l'affaire de meurtre en question. La direction d'acteurs et l'attitude des principaux intéressés font que l'on devine malheureusement trop tôt qui est l'assassin de Jessica King. The Gift n'en demeure pas moins un bon thriller, divertissant et jamais ennuyeux malgré le rythme imposé par la mise en scène. Une œuvre où s'impose une Cate Blanchett remarquable au point d'effacer pratiquement celles et ceux qui l'accompagnent durant le récit...

 

mardi 22 octobre 2019

Il faut Sauver le Soldat Ryan de Steven Spielberg (1998) - ★★★★★★★★★☆



S'ouvrant et se terminant sur deux des plus héroïques et spectaculaires scènes de guerre de toute l'histoire du septième art, Il faut Sauver le Soldat Ryan dresse le portrait plein d'humanité d'une section de soldats commandés par le Capitaine John H. Miller et dont la mission est de retrouver et de ramener chez lui le soldat de 2ème classe James Francis Ryan dont les trois frères sont tombés au combat. Deux séquences absolument brillantes et dévastatrices d'un point de vue visuel, sonore et émotionnel. Rares auront été les occasions d'être plongé à ce point au cœur d'un conflit avec un tel degré de réalisme. Qu'il s'agisse du sable soulevé dans les airs à l'impact des obus tirés par l'armée allemande lors du débarquement, des innombrables soldats perdant au mieux un membre, au pire la vie, l'eau rougeoyante de la Manche dans laquelle le sang des courageux militaires américains se déverse ou les quelques villes traversées et ravagées par d'incessants bombardements, le travail effectué par les différentes divisions techniques est simplement remarquable. Qu'il s'agisse également de la partition musicale de John Williams, des effets-spéciaux de John Evans, de la photographie de Janusz Kaminski ou du sound-design, le spectateur en prend plein la vue. Maintenant, il s'agit de savoir si l'intérêt d'Il faut Sauver le Soldat Ryan repose uniquement sur son aspect visuel, sonore et divertissant ou si son principal intérêt se situe au niveau de son scénario reposant sur un fait authentique auquel le réalisateur Steven Spielberg tente de rendre hommage.

D'un point de vue historique, le film semble fidèle aux faits ayant eu lieu. Si le nom de Ryan a été préféré à ceux des frères Niland, les quelques erreurs qui émaillent le récit semblent appartenir au registre ''technique''. Des invraisemblances mineures que le spectateur ''lambda'' ne relèvera heureusement pas pour se consacrer sur l'essentiel : le spectacle ! Car oui, Il faut Sauver le Soldat Ryan, avant d'être un témoignage troublant, voire parfois choquant (la séquence du débarquement dépassant allégrement la vingtaine de minutes est un véritable carnage peu avare en morts) est avant tout un divertissement absolument réjouissant. Bien que durant presque trois heures à une poignée de minutes près, l’œuvre de Steven Spielberg est non seulement un voyage au cœur de l'horreur de la guerre, mais également un formidable message d'humanité et de fraternité. On imagine aisément un Rolland Emmerich qui aux commandes du projet en aurait fait un film de propagande pro-américain. Steven Spielberg nous épargne fort heureusement ce type de message pour nous plonger dans une aventure pleine de scènes d'anthologie. Outre les deux séquences d'ouverture et de fermeture (en dehors de celles situées et tournées dans le cimetière américain de Colleville-sur-Mer), cette dernière situant son action aux abords des ponts de la rivière du Merderet, le spectateur a notamment droit à une séquence opposant le capitaine John H. Miller et ses hommes à un sniper (une scène qui évoque sensiblement celle de l'excellent Full Metal Jacket de Stanley Kubrick), ou la prise d'une antenne-radio.

Entre ces différentes séquences d'anthologie, Steven Spielberg ne se repose pas sur ses brillants lauriers et profite des quelques moments de calme pour nous présenter un peu plus en profondeur ses personnages. L'un des points forts de Il faut Sauver le Soldat Ryan reste l'impeccable casting constitué autour de Tom Hanks, Tom Sizemore, Edward Burns, Barry pepper, Adam Goldberg, Vin Diesel (oui, oui), Giovanni Ribisi et Jeremy davies, tous bientôt rejoints par Matt Damon (le soldat Ryan en question), mais aussi ses personnages. Du sniper priant auprès du Seigneur avant chaque tir, en passant par le médecin soignant comme il peut les soldats blessés lors des différents combats, jusqu'au capitaine ici tenu par un Tom Hanks magnifique d'émotion. Une émotion que partagent d'ailleurs ces soldats loin des productions qui n'en font généralement que des gros bras bas du front et incapables de s'émouvoir de la mort de l'un de leurs compagnons. Ici tout est fait pour que l'expérience soit immersive. Caméras à l'épaule, champ-contrechamp, première et troisième personne, image tremblant à chaque explosion, poussière, gravas, gerbes de sang, hurlements, balles sifflant près des oreilles du spectateur. Dire que la sensation d'y être soit-même est un euphémisme. De ce côté là, c'est presque un sans faute. Presque ? Oui, car à côté de l'ampleur du travail effectué par Steven Spielberg, son équipe technique et ses interprètes, il manque peut-être quelques longs plans-séquence qui auraient sans doute accentué encore davantage l'impression d'immersion. À part ce menu détail qui, si le film avait été réalisé ces dernières années et non pas il y a vingt et un ans, deviendrait alors impardonnable, Il faut Sauver le Soldat Ryan touche au but. Une œuvre remarquable, l'un des meilleurs films de guerre ''contemporains'' à ranger aux côtés de Requiem pour un Massacre d'Elem Klimov.
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