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mercredi 22 janvier 2025

Adrénaline d'Anita Assal, John Hudson, Philippe Dorison, Yann Piquer, Alain Robak et Jean-Marie Maddeddu (1989) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Sans les quelques timides bobines horrifiques hexagonales nées à la toute fins des années quatre-vingt et au tout début de la décennie suivante, le cinéma d'horreur français ne serait peut-être pas tout à fait le même actuellement. C'est en général ce que l'on peut lire dans les colonnes de n'importe quel magazine consacré au septième art à ou à la musique dès lors que l'on cherche à remonter aux origines d'un courant musical ou d'un genre cinématographique. C'est ainsi que même très éloigné des préoccupations d'ancens auteurs, Martyrs de Pascal Laugier, Haute tension d'Alexandre Aja, Frontière(s) de Xavier Gens ou A l'intérieur d'Alexandre Bustillo et Julien Maury doivent tout ou presque à la vague de films d'horreur qui vinrent tâcher l'écran immaculé de nos salles obscures préférées. C'est ainsi qu'en l'espace de deux ou trois années seulement, René Manzor avec 3615 code Père Noël, Jérôme Boivin avec Baxter et surtout Alain Robak avec Baby Blood entamèrent fièrement le capital français d'un courant dont notre pays était de toute manière l'un des plus anciens dépositaires avec Le théâtre du Grand-Guignol, lequel n'attendit pas l'arrivée en 1963 de l'américain Herschell Gordon Lewis qui signa le tout premier film gore officiel de l'histoire du genre cette année là sous le titre Blood Feast. Une date coïncidant d'ailleurs avec la fermeture définitive du Théâtre du Grand-Guignol situé dans la capitale française au 7, cité Chaptal, dans le neuvième arrondissement, après soixante-sept ans de bons et loyaux services dans les domaines de l'horreur et de l'épouvante ! L'on remontera d'ailleurs peut-être un peu plus tôt, au cœur des ''eighties'', en évoquant quelques pépites bien de chez nous, comme le curieux Litan de l'inénarrable Jean-Pierre Mocky ou l'improbable mais finalement très réjouissant Frankenstein 90 d'Alain Jessua, lequel mérite une relecture beaucoup plus objective depuis que des hordes de navets ont été mis au monde de l'autre côté de l'Atlantique. Parodie de l’œuvre séminale de James Whale, mais aussi et surtout adapté pour le grand écran par le réalisateur et son scénariste Paul Gégauff à partir du célèbre roman de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne,Frankenstein 90 mettait en scène Jean Rochefort dans le rôle de Victor Frankenstein, la sublime Fiona Gélin dans celui de sa fiancée Elizabeth, mais aussi et surtout, Eddy Mitchell dans le costume de Frank, la créature du film. Sorti en 1984, l’œuvre d'Alain Jessua a au fil du temps gagné ses galons de nanar potache culte. Cinq ans plus tard, et alors que la décennie arrive à son terme pour laisser place à la suivante, plusieurs réalisateurs se réunissent autour d'un projet commun de film à sketchs horrifiques.


Intitulé Adrénaline, le film voit en outre Alain Robak, Yann Piquer ou Barthélémy Bompard mettre en scène divers interprètes dans une succession de courts-métrages qui à l'époque firent le bonheur des amateurs de cinéma horrifique pas encore trop regardants sur la qualité générale des produits qui leur étaient imposés. C'est ainsi donc que l'on retrouve à l'image Clémentine Célarié, Henri Guégan, Jean-François Gallotte ou encore Ged Marlon (lequel était déjà apparu cinq ans plus tôt dans le rôle d'un flic dans Frankenstein 90) pour une série de courtes vidéos qui ont toute en commun de plonger leurs protagonistes dans des aventures qui se veulent a priori comico-horrifiques... Sur un ton qui n'est donc pas toujours forcément sérieux, faisant même parfois penser à du comique troupier, les auteurs d'Adrénaline nous concoctèrent une collection d’œuvres courtes bricolées avec les moyens du bord. Allant d'ailleurs du meilleur au pire. Censé accorder quelques frissons aux spectateurs préalablement prévenus par son titre, le film a le mérite de ne pas faire perdre son temps à ces derniers. La plupart des sketchs sont courts et vont directement à l'essentiel. Maintenant, il va falloir trier entre le bon grain et l'ivraie. Testostéroné à la manière d'un Jan Kounen (Vibroboy, Gisèle Kérozène), Métrovision met en scène son propre auteur, Yann Piquer, dans une rame de métro dont la vitesse ne va cesser de s'accentuer jusqu'à le rendre fou. Sympa, sans plus. S'agissant de Revestriction de Barthélémy Bompard, dans un style visuel et dans l'effroi de son unique personnage (incarné par Bernadette Coqueret), le court rappelle sensiblement La nuit des morts-vivants, surtout lorsqu'une mère y était assassinée à coups de truelles par sa propre fille zombifiée ! Ici, rien de scénaristiquement commun mais un plafond qui au dernier étage d'un immeuble se rapproche dangereusement du plancher. Simple et efficace mais aussi doté d'un tout dernier plan cynique et plutôt malin. Passons sur Graffiti, lui-même réalisé par Barthélémy Bompard et dans lequel une vieille dame (Marie-Christine Munchery, grimée pour l'occasion) éclate un chat contre un mur avant de badigeonner celui-ci de son sang et dont la seule qualité est sa courte durée !


Original,Cimetière des éléphants l'est assurément ! Réalisé par Philippe Dorison celui-ci met en scène André Obadia dans un récit où les voitures prennent le pouvoir sur les humains et conduisent ces derniers vers une mort certaine. Dans Embouteillage, une fois encore réalisé par Barthélémy Bompard et dont le titre joue sur un jeu de mots, l'acteur Franck Baruk se livrera à un duel face à une bouteille vide qui le traquera dans son propre appartement. Vient ensuite l'excellent Corridor dans lequel Alain Robak installe un dispositif en préfigurant un courant qui sera officiellement initié en 1997 par le canadien Vincenzo Natali à travers Cube, film culte qui ouvrira en grand les portes d'un concept maintes fois remanié sur grand écran : celui de l'Escape Room ou, Escape Game ! On peut donc considérer Corridor comme l'ancêtre de ce courant, d'autant plus que parmi les treize courts-métrages que constitue Adrénaline, celui-ci, lequel met notamment en scène l'acteur Jean-François Gallotte, est sans doute l'un des meilleurs d'entre tous. Yann Piquer est ensuite accompagné de Jean-Marie Maddeddu et met ce dernier en scène dans le rôle d'un ambulancier chargé de se rendre sur le lieu d'un accident. Nous retrouverons d'ailleurs Jean-Marie Maddeddu derrière la caméra de trois autres courts-métrages parmi les suivants : Tout d'abord Interrogatoire, dans lequel un homme est attaché contre un mur par un second et s'y fait découper en morceaux. Ce court-métrage préfigurant ainsi à son tour le Torture-Porn. La dernière mouche qu'il réalise ensuite une fois de plus aux côtés de Yann Piquer met quant lui en scène un homme obsédé par les mouches qu'il fixe sur les murs de son appartement après leur avoir coupé les pattes et les ailes (mais qu'a donc fait à l'époque la SPA pour se révolter contre une telle pratique?) avant de recevoir la visite d'une femme (la très Lyncho-fellinienne Anne-Marie Pisani) qu'il tue avant de.... vous verrez par vous-mêmes !


T.V. Buster d'Anita Assal et John Hudson fait apparaître à l'image Clémentine Célarié et Ged Marlon dans un court diabolico-paranoïaque dans lequel le couple qu'ils incarnent est assailli par leur petit poste de télévision avant qu'un télé-exorciste n'intervienne. Les deux réalisateurs rempilent directement avec Cyclope dans lequel le décidément très présent Jean-Marie Maddeddu, en agent de surveillance, est agressé par un dispositif de caméra transformé en araignée ! La conclusion de ce court est d'ailleurs assez remarquable. Enfin, Sculpture physique de Yann Piquer et...... Jean-Marie Maddeddu (erf, ça commence à devenir lassant, hum?) met en scène......... sérieux ….....? Jean-Marie Maddeddu ? Dans cet ultime ouvrage, assez gore pour l'époque je dois dire, l'acteur et réalisateur s'en prend plein la gueule, au sens propre, puisque assis sur une chaise, il va se prendre une volée de coups de poings donnés à l'aide d'un gant de boxe. À l'image, son personnage est au fil des coups, littéralement défiguré. Sa tête finissant ainsi dans une galerie d'art, exposée comme une sculpture. Celle du titre, justement. Si l'on compte bien, il manque un court-métrage parmi les treize qu'est censé regrouper Adrénaline. Une nouvelle fois réalisé par Anital Assal et John Hudson, Les aveugles servira en réalité de lien entre les douze autres. L'on y découvre une tripotée de figurants affligés de cécité attendant fébrilement l'ouverture d'une salle de cinéma. Le bilan ? Adrénaline reste dans l'ensemble assez satisfaisant. Original, très réactif mais aussi manifestement fauché, cette compilation de courts-métrages demeure parfois jubilatoire et très rarement décevant. Il faut sans doute malgré tout se remettre dans le contexte de l'époque où le cinéma de (ce) genre était en France abordé de manière relativement isolée. Notons qu'en 1994, Alain Robak, Anita Assal, Yann Piquer, John Hudson et le ''petit nouveau'' Manuel Flèche reprendront le chemin du film à sketchs avec six courts-métrages réunis sous le titre Parano. Regroupant cette fois-ci un casting nettement plus ''prestigieux'' au sein duquel l'on retrouvera notamment Jacques Villeret, Jean-François Stévenin, Smaïn, Patrick Bouchitey ou encore Alain Chabat...

 

lundi 17 juin 2024

Pandémonium de Quarxx (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Six ans déjà qu'est sorti le formidable Tous les dieux du ciel de Quarxx. Une œuvre assez stupéfiante, voire inédite dans le paysage cinématographique français si généralement commun dans son approche du septième art. Pour son retour à l'image, et après avoir réalisé entre-temps le court-métrage Les princesses font ce qu'elles veulent, le réalisateur, scénariste et monteur français dont les ressources sont multiples et dépassent le simple cadre du cinéma (il pratique en outre la peinture et la photographie) revient donc avec Pandémonium. L'un des nombreux néologismes datant du dix-septième siècle qu'inventa le poète londonien John Milton pour décrire la capitale de l'Enfer où se réunit le conseil des Démons sur ordre du Diable. Un lieu où se retrouvent et son jugés toutes celles et ceux qui y sont destinées : et à première vue, les responsables d'actes homicides. Car c'est bien autour du sujet que tourne le dernier long-métrage de Quarxx. Une œuvre en forme de catalogue rudimentaire sur le sujet de la mort contrainte et forcée. Un accident, un double parricide et un suicide sont les objets de ce film sombre comme les affectionne son auteur. Découpé en différents chapitres, se fondant idéalement les uns à la suite autres à travers l'exposition d'un purgatoire moins sinistre que celui proposé par le macabre L'au-delà de Lucio Fulci dans les années quatre-vingt, le récit s'intéresse tout d'abord à Daniel et Nathan qu'interprètent respectivement l'acteur franco-kosovare Arben Bajraktaraj (Taken en 2008, Des hommes et des dieux en 2010 ou Nicky Larson et le Parfum de Cupidon en 2018) et Hugo Dillon. Lors de ce premier ''sketch'', les deux hommes se retrouvent sur une route de montagne où ils ont eu un grave accident. Le second ayant renversé à l'aide de sa voiture le premier qui lui était à moto. Les deux hommes sont morts et tentent de comprendre ce qui leur arrive lorsque deux portes surgissent de nulle part. De la première s'échappe une jolie musique tandis que de la seconde émergent d'horribles lamentations. Cette première incursion de Pandémonium dans les domaines de la mort et de l'enfer possède cette étrange saveur qui fait que l'on ne peut affirmer que le sujet est originellement, volontairement ou intégralement envisagé sous sa forme actuelle.


Car derrière le message évidemment crépusculaire se cache un humour féroce que viendra notamment confirmer la seconde histoire mettant en scène une jeune enfant, fille d'un couple aisé qu'elle découvre un jour allongé sur le sol de l'une des nombreuses pièces de leur immense demeure, la gorge tranchée. Quarxx aborde ici l'une de ses thématiques favorites en faisant intervenir l'acteur de deux mètres six Carl Laforêt afin d'y incarner une homme monstrueux caché dans les soubassements de la propriété. Un être difforme, atteint de ce qui semble être une forme sévère de neurofibromatose ou de syndrome de Cloves (qui au dix-neuvième siècle toucha Joseph Merrick, un phénomène connu sous le nom de Elephant Man). Une créature repoussante, malodorante mais douce et ignorante de tout et dont la fille du couple assassiné prénommée Nina (Manon Maindivide) va se servir. La scène s’intercalant précédemment entre la première histoire et celle-ci ne laissant aucun doute sur l'identité de celui ou celle qui égorgea le père de famille et son épouse. La troisième histoire tourne quant à elle autour de Julia (Ophélia Kolb), mère de famille très occupée qui n'aperçoit pas la détresse de sa fille Chloé (Sidwell Weber) qui choisit de se suicider dans leurs salle de bain plutôt que de subir à nouveau le harcèlement de ses camarades. Ce dernier acte de Pandémonium a non seulement pour fonction de démontrer que le suicide est un meurtre comme un autre et qu'il vous mène directement en Enfer mais tourne également autour du déni lié à la mort d'un proche. Quarxx filme de manière relativement douloureuse le harcèlement scolaire dont est victime Chloé, adolescente dont le statut social est une raison suffisante pour en faire le souffre-douleur de ses camarades d'école. Se concluant par la rencontre entre Nathan (personnage qui aura finalement fait le lien entre les diverses histoires) et le Diable, Pandémonium se termine sur une note sinon ringarde, du moins relativement zédifiante. Des rouges criards et des créatures en latex comme au bon vieux temps des effets-spéciaux pratiques. L'un des points forts du long-métrage, c'est sa photographie. Le réalisateur nous offre en effet quelques superbes plans comme ce décor qui peu à peu se couvre d'un blanc manteau de neige. Sans doute Pandémonium est-il très largement en deçà de Tous les dieux du ciel mais le concept demeure intéressant...

 

mercredi 15 novembre 2023

Hamburger Film sandwich de John Landis (1977) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il est parfois intéressant de se pencher sur les débuts de carrière de certains cinéastes pour y découvrir des ''tics'' qui deviendront une constante durant tout ou partie de leur carrière. Chez John Landis l'on a souvent pu sentir poindre une certaine dérision teintée d'ironie même lorsqu'il s'attaquait notamment en 1981 au mythe du loup-garou avec le classique Le loup-garou de Londres (An American Werewolf in London). Film d'horreur aux effets-spéciaux saisissants mais non dénué d'un humour dont son auteur ''saupoudra copieusement'' (quel merveilleux oxymore, n'est-il pas?) un certain nombre de séquences. Il faudra remonter quelques années en arrière et ce, jusqu'en 1973 pour découvrir les tout premiers travaux du réalisateur, scénariste et producteur américain. Avec un tel titre, nul doute que le contenu du premier long-mùétrage de John Landis intitulé Schlock, le tueur à la banane...! fut déjà à l'image de ce qu'il nous prépara par la suite et qui vit le jour sous le titre The Kentucky Fried Movie. Heu... Oui, faut-il le préciser mais sa traduction française, Hamburger Film Sandwich, apparaissant surtout comme une curieuse lubie de la part des distributeurs hexagonaux, John Landis n'a jamais cessé de se demander le pourquoi du comment concernant ce changement de titre ! Invité à s'exprimer devant la caméra lors de la diffusion du film sur Arte, le réalisateur profita de l'occasion qui lui fut accordée pour rappeler que le film ne fut pas seulement écrit par les ZAZ (Jerry Zucker, Jim Abrahams et David Zucker) et Pat Proft puisque lui-même s'attela à l'écriture du scénario bien que cette information n'apparaisse pas à l'écran lors du déroulé de l'un et l'autre des génériques ! Plus qu'un simple film, The Kentucky Fried Movie est d'abord une compilation plus ou moins drôle constituée de fausses réclames, de faux journaux télévisés, de fausses bandes annonces, de fausses émissions éducatives mais de vrais paires de nibards. Pas de silicone en vue mais des poitrines souvent généreuses, parfois un peu tombées en désuétude, mais d'un naturel qui de nos jours se fait bien rare sur grand et petit écran. Des actrices pulpeuses pour des extraits de films pornographiques rendant le contenu de The Kentucky Fried Movie parfois assez osé.


Du moins pour l'époque puisque, je le rappelle, nous sommes alors en 1977. Le spectateur aura le choix entre découvrir des scénettes plus ou moins longues dans leur langue originale, respectant ainsi les dialogues tels qu'ils furent pensés par leurs auteurs, ou dans la notre qui elle, ne se gêne pas pour réinterpréter certaines situations à travers des dialogues qui n'ont parfois plus rien de commun avec les originaux. Constitué de vingt-six sketchs allant de quatre secondes pour le plus court à un peu plus d'une demi-heure pour le plus étendu dans le temps, The Kentucky Fried Movie est surtout un festival d'idées plus folles et délirantes les unes que les autres. Outre ces actrices qui se massent (et se font masser) leur généreuse poitrine l'on retrouve notamment quelques parodies telles Pour une poignée de Yen, référence évidente à Pour une poignée de dollars de Sergio pour son titre mais plus généralement au cinéma de l'acteur Hong-kongais Bruce Lee, notamment connu sous le sobriquet de ''Petit Dragon'' et pour le cri de chat qu'il laissait échapper lors de ses combats. La parodie fait ici un clin d’œil appuyé à Opération dragon de Robert Clouse qui sortit sur les écrans en 1973 et dans lequel le personnage de Lee combattait déjà un ennemi armé d'une griffe en métal ! Mais The Kentucky Fried Movie, c'est également un hommage à la Blaxploitation, à l'acteur Bill Bixby dans le sketch Sanhedrin dont le contenu fait très clairement référence à la célèbre série fantastique L'incroyable Hulk dont il était le héros, aux films catastrophe tel Tremblement de terre de Mark Robson et La tour infernale de John Guillermin à travers le sketch That's Armageddon et j'en passe et (pas forcément) des meilleures. Surtout, des années avant que n'arrivent sur le marché les technologies 4DX ou ICE (pour Immersive Cinema Experience) ou qu'avant elles un certain John Waters n'invente le cinéma en Odorama pour son excellent Polyester en 1981, John Landis et ses collaborateurs tentèrent l'expérience du Touchorama avec le sketch Feel-A-Round. Un concept déjà fort intéressant mais auquel peu de spectateurs auraient tout de même osé se frotter... Bref, The Kentucky Fried Movie est un authentique Objet Filmique Non Identifié. Pas toujours de très bon goût, pas toujours très drôle mais suffisamment divertissant pour que l'on ne ressente pas l'envie de quitter la séance avant la fin...

 

dimanche 25 juin 2023

Gli Imbroglioni de Lucio Fulci (1963) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'année suivant la sortie de Il Due de la Legione, le réalisateur italien Lucio Fulci abandonne un temps le duo formé par Franco Franchi et Ciccio Ingrassia et met en scène dans le rôle principal de Uno Strano Tipo, Adriano Celentano, connu chez nous pour sa carrière de chanteur mais qui dans son pays d'origine fut également connu pour avoir joué dans de nombreux longs-métrages entre 1956 et 1992. La même année, Lucio Fulci réalise Gli Imbroglioni dans lequel il retrouve Franco Franchi et Ciccio Ingrassia, lesquels ne sont pas les seuls protagonistes puisque le réalisateur les convie tout comme d'autres interprètes à participer à une œuvre plus proche du film à sketchs que ce qu'à l'habitude de mettre en scène le futur auteur de La longue nuit de l'exorcisme, L'emmurée vivante ou La maison près du cimetière. Traduit chez nous sous le titre Les filous font la loi et scripté par Giuseppe Moccia, Vittorio Vighi, Mario Guerra, Franco Castellano et Lucio Fulci lui-même, Gli Imbroglioni est purement humoristique. Et si même Franco Franchi et Ciccio Ingrassia semblent être noyés parmi un nombre important d'interprètes qui tout comme eux vont incarner des personnages confrontés à un juge (l'acteur José Luis López Vázquez), le réalisateur leur permettra d'intervenir à trois reprises. L'action du long-métrage se déroule donc dans la salle d'un tribunal rempli de visiteurs venus assister aux différents procès que devra juger un seul homme dont nous suivons donc une journée débutant par une altercation avec un homme qui s'avérera être la première personne qu'il aura à juger. Débarquent alors Franco Franchi et Ciccio Ingrassia dans les rôles de Salvatore Di Carmine et Napoleone Palumbo. Criant leur innocence concernant une escroquerie dont fut victime un antiquaire du nom d'Antonio Monterosi (l'acteur Xan das Bolas), les deux hommes vont devoir justifier de leur actes. C'est ainsi donc que l'on découvre le principe de Gli Imbroglioni qui sur une durée n'excédant pas les quatre-vingt cinq minutes valsera entre des séquences filmées dans la section civile du tribunal de première instance de Rome et des flash-back revenant sur les événements qui menèrent les divers protagonistes à se retrouver face au juge. Le concept étant ce qu'il est, on navigue entre des séquences franchement réussies tandis que d'autres s'avèrent nettement moins passionnantes...


Dans l'ordre, et à la suite du récit entourant nos deux habituels escrocs (dans Il Due de la Legione Franco Franchi et Ciccio Ingrassia tentèrent d'escroquer les napolitains au Bonneteau tandis qu'ils incarneront en 1964 des cambrioleurs dans 002 Angenti Segretissimi), nous assistons au procès de deux hommes dont l'un a frappé le second pour avoir ''rêvé' de son épouse, à celui de deux bonnes sœurs ayant insulté et malmené un brigadier de police durant son service, puis notre duo de comiques réapparaît à nouveau à l'image afin de s'expliquer sur les origines de leur patronyme lors d'une séquence totalement chaotique. Viennent ensuite à la barre un couple qui se déchire, la mère avocate de la jeune femme tentant de discréditer l'époux en question. Il s'agit là de l'une des séquences les plus intéressantes du long-métrage. Les scénaristes font preuve d'une imagination florissante en faisant passer le mari (Aroldo Tieri dans le rôle de Monsieur Taverna) pour un coureur de jupons tandis que l'avocat de ce dernier cherche à faire passer son épouse (l'actrice Dominique Boschero) pour une fille facile. Il s'agira là de la séquence la plus longue. Lucio Fulci choisi d'ailleurs l'option de la mettre en ''couveuse'' lors d'une suspension de séance, le temps de mettre une troisième et dernière fois en scène Franco Franchi et Ciccio Ingrassia au cœur d'une nouvelle escroquerie lors de laquelle, leurs personnages respectifs tenteront une dernière filouterie dont la victime sera un touriste allemand désireux de mettre la main sur une ancienne momie ! Dans l'ensemble, Gli Imbroglioni est vraiment plaisant à regarder. Les interprètes féminines (Dominique Boschero, Antonella Lualdi, Luciana Gilli, etc...) sont, comme d'habitude, souvent séduisantes tandis que les acteurs masculins s'en donnent à cœur joie en incarnant leur personnage avec grandiloquence lors de scènes parfois savoureuses (Aroldo Tieri grimaçant dans son cabinet de médecin généraliste tel un pervers sexuel ou plus tard, semant la pagaille en écoutant la retransmission radio d'un match de football lors de l'enterrement de la tante de son épouse)...

 

vendredi 8 mai 2020

The Vault of Horror de Roy Ward Baker (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆



Les films d'horreur à sketchs sont légions. Parfois remarquables, comme le Creepshow de George Romero, plusieurs d'entre eux furent produits par la société de production Amicus, principale concurrente de la Hammer et qui compte parmi ses faits d'arme Dr. Terror's House of Horrors, Tales from the Crypt ou The Torture Garden de Freeddie Francis, The House That Dripped Blood de Peter Duffell, ou encore Asylum et The Monster Club de Roy Ward Baker. Ce dernier est également l'auteur d'un autre film d'horreur à sketchs intitulé The Vault of Horror sorti sur les écrans britanniques en mars 1973. il n'y réunit non pas Vincent Price, Peter Cushing ou Christopher Lee, mais des interprètes beaucoup moins connus dans nos contrées. À dire vrai, à part Terry-Thomas qui interpréta notamment le rôle de Sir Reginald dans La Grande Vadrouille de Gérard Oury et Curd Jürgens qui incarna Michel Strogoff dans le film éponyme de Carmine Gallone, la plupart des acteurs nous sont en effet pour la plupart pratiquement inconnus. Dans la grande tradition du genre, The Vault of Horror réunit cinq personnages en un lieu unique où contraints de demeurer, ils vont chacun raconter aux autres une courte histoire qui sera alors mise en images. Ici, chacun y évoque un rêve particulièrement perturbant...

C'est ainsi que Daniel Massey évoque en premier le sien à travers le sketch intitulé Midnight Mess lors duquel son personnage commet un double meurtre crapuleux. Arrivé dans une étrange petite ville, Harold Rogers se rend directement chez sa sœur Donna afin de la tuer et de s'emparer de l'héritage que lui a entièrement laissé leur père, mort quatre semaines en arrière. C'est avec une certaine ironie que le meurtre intervient puisque Daniel Massey plante un couteau dans le cœur de sa propre sœur, l'actrice Anna Massey ! Puis vient le tour de Terry-Thomas et de Glynis Johns qui dans le sketch The Neat Job forment un couple pas vraiment accordé. Plus jeune que son époux Arthur Critchit, Eleanor reste à la maison et essaie d'apporter sa touche personnelle en réorganisant la place du mobilier et des différents objets accumulés avec le temps par Arthur. Mais ce dernier, maniaque, s'énerve facilement et passe la plupart de son temps à faire des reproches à Eleanor. Toute la question étant alors de savoir combien de temps encore celle-ci supportera cette situation... Ensuite, Curd Jürgens interprète le rôle de Sebastian, un magicien qui lors d'un voyage en Orient croise la route d'une femme ''charmeuse de corde'' dans This Trick'll Kill You. Pour la première fois de sa vie, Sebastian est troublé par la représentation de la jeune femme qui ne semble pas user d'un quelconque artifice. En effet, la corde semble mue d'une vie propre. Sebastian cherche alors à s'en emparer.

Le quatrième sketch Bargain in Death met en scène Michael Craig et Edward Judd dans une histoire visant à toucher une assurance sur la vie. Maitland ayant en effet découvert un moyen de se faire passer pour mort demande à son ami Alex de venir le déterrer le soir où il aura été mis en terre afin qu'ils se partagent tous les deux l'argent de l'assurance. Mais plus escroc que son ami, Alex va ''oublier'' de respecter l'accord et choisir de laisser mourir Maitland dans son cercueil. Mais heureusement, deux étudiants en médecine vont passer par là... C'est ensuite l'acteur Tom Baker qui clôt cette série de sketchs dans le rôle de l'artiste-peintre Moore qui se rend compte que trois hommes ont profité de sa naïveté pour se faire beaucoup d'argent sur la vente de ses toiles. Rendant visite à un sorcier vaudou, le voici désormais capable de donner vie à son désir de vengeance : une vengeance qui sera exécutée sous la forme de peintures représentant le châtiment qu'il a choisi d'accorder à chacune de ses victimes...

L'avantage du concept du film à sketchs demeure dans la diversité des thèmes proposés. Que l'on aime ou pas le principe, le format ou les sujets invoqués, il y a toujours matière à combler le public d'une manière ou d'une autre. Ici, l'horreur n'y est pas l'unique élément constituant le ciment qui unit ces cinq sketchs. Suspens, épouvante, thriller et fantastique y font bon ménage. Pourtant, si The Vault of Horror est agréable à suivre, on est loin d'atteindre des sommets en la matière. Les sketchs ne se différencient en effet pas uniquement par les thèmes abordés mais également par leurs qualités variables. Si le premier, le second, le quatrième ainsi que le dernier sont plutôt convaincants, l'histoire du magicien est relativement inintéressante. Ce qui en terme de moyenne, ne s'avère pas bien grave puisque sur les cinq, quatre valent tout de même le coup d’œil même si visuellement, on est beaucoup plus proche d'une déco typiquement seventies que d'un gothique façon Hammer Films. Suffisamment bien interprété, The Vault of Horror reste une bonne surprise, dans l'esprit de la série culte créée par Brian Clemens Angoisse, le fantastique en sus...

samedi 24 mars 2018

Southbound de Roxanne Benjamin, David Bruckner, Patrick Horvath et Radio Silence (2015)



États-Unis, une nationale perdue en plein milieu du désert. Le soleil tape fort quand à bord d'une voiture deux hommes s'en extraient pour se faire un brin de toilette dans les toilettes d'un bar miteux. Couverts de sang, ils ont l'air de vouloir échapper à un ennemi fort étrange. Des créatures planant au dessus du sol attendent patiemment que les deux hommes quittent le bar pour les attaquer. Ils ont beau prendre la fuite, s'éloigner de la zone, ils y sont irrémédiablement ramenés par on ne sait quelle force. A moins qu'il s'agisse justement de ces créatures ressemblant à des squelettes ailés venus pour la récolte. Mich en a assez de fuir. Lorsque son ami meurt, tué par l'un des monstres, il part se réfugier dans une chambre d'hôtel...

Dans celle d'à côté, trois jeunes musiciennes de jazz décident de reprendre la route à bord de leur van. Mais après avoir parcouru quelques kilomètres, un pneu éclate. Heureusement pour les filles, un couple passe par là et leur propose de les emmener toutes les trois chez eux jusqu'à ce qu'un garagiste soit en mesure de leur changer le pneu.
La maîtresse de maison installe les trois filles dans une chambre et les préviens que le soir-même elles seront conviées à un dîner auquel participeront des amis, un couple et leurs deux fils...

Plus tard, c'est un homme qui devient le héros de ce film à sketches. Il renverse l'unique survivante du précédent, et ne sachant quoi faire, il téléphone aux urgences. Incapable de situer l'endroit où a eu lieu l'accident, il est guidé par une voix qui lui conseille de transporter la jeune femme jusque dans sa voiture et de rouler jusqu'à la prochaine ville. Là-bas, il découvre un hôpital vide dans lequel d'inquiétants événements ont eu l'air d'avoir lieu. Toujours aidé par une secouriste qui lui donne des conseils sur les gestes à avoir, il allonge le corps de l'inconsciente sur le lit d'une salle d'opération et se laisse guider par les conseils qui lui sont donnés...

La relève de cette petite anthologie est prise par un vieil homme qui cherche sa fille depuis treize ans, puis par un couple et leur fille qui sont assiégés par trois hommes masqués. Ce dernier court-métrage vient d'ailleurs clore Southbound sous la forme d'une épanadiplose en reprenant le propos du départ, créant ainsi une boucle temporelle perpétuelle plutôt ingénieuse. Comme peuvent l'être d'ailleurs les liens qui unissent chacun des sketches. Ces derniers se révèlent par contre d'une qualité inégale, qui démontre le savoir faire plus ou moins important des cinéastes qui sont à l’œuvre.

David Bruckner est celui qui s'en sort le mieux avec son segment The Accident. Plutôt gore et sanguinolent, son court est de plus, assez angoissant. Comme l'est également le Siren de Roxanne Benjamin dont la fin demeure pourtant assez décevante. Jailbreak de Patrick Horvath est sans doute le moins convainquant des cinq, l'ouverture The Way Out de Radio Silence est un mix entre Reeker et Identity, quant à The Way In du même Radio Silence, qui clôt l'aventure Southbound, il s'agit d'un home invasion trop court pour que l'émotion nous submerge. Au final, Southbound se révèle être une anthologie plutôt sympathique, dans un décor des plus angoissant, mais dont certains segments nuisent à la qualité de l'ensemble. A noter qu'il a obtenu le Prix du Jury Jeunes de la Région Lorraine au Festival International du Film Fantastique de Gérardmer...

mercredi 18 janvier 2017

La Quatrième Dimension de John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller (1983) ★★★★★★☆☆☆☆



La Quatrième Dimension est sans doute la série télévisée américaine de science-fiction la plus célèbre et probablement parmi les meilleures de toute l'histoire de la télévision mondiale. Diffusée pour la première fois entre le 2 octobre 1959 et le 19 juin 1964 sur le réseau CBS, elle est constituée de 138 épisodes de 25 minutes et 18 épisodes de 50. En 1985, trois cinéastes américains et un réalisateur australien décident de s'unir afin de transposer sur les écrans de cinéma, quatre épisodes de la série, le film débutant par un prologue réalisé par John Landis, le réalisateur du Loup-Garou de Londres.

C'est lui-même qui ensuite transpose à l'écran La Grandeur du pardon qui, contrairement à sa version, se situait lors de sa réalisation par Buzz Kulik en 1961, le 6 août 1945 dans l'archipel des Philippines. Cette fois-ci, pas d'officier désireux d'envoyer sa section massacrer des japonais retranchés dans une grotte mais un homme qui ne supporte pas l'idée qu'un autre aie bénéficié d'une promotion qu'il espérait obtenir. Propos racistes envers les noirs, les asiatiques, et les juifs, le voilà projeté durant la seconde guerre mondiale, en terrain occupé par l'allemand et confondu avec l'un de ces derniers. Pourchassé, blessé, il se retrouve ensuite aux mains des membres du Ku Klux Klan qui tentent de le pendre, le prenant pour un noir. Puis c'est dans les rizières du Vietnam qu'il est projeté, l'armée américaine passant par là le prenant à son tour pour l'ennemi. Puis, retour au temps des nazis où il est transféré dans un camp en partance pour les camps. John Landis réalise une section qui aurait sans doute mérité d'être un peu plus étoffée mais qui ne laisse déjà plus aucun doute sur le message véhiculé.

Le second segment est l’œuvre du cinéaste Steven Spielberg. Sans doute le plus faible d'entre tous et d'une manière générale, le plus ennuyeux. Un sketch dégoulinant de bons sentiments à l'attention des familles. Adapté de l'épisode Jeux d'Enfants réalisé par le cinéaste Lamont Johnson en 1962, ce segment ne vaut en réalité que pour la présence de l'excellent acteur noir Scatman Crothers qui joua le rôle de Dick Halloran dans l'adaptation de Shining de Stephen King par l'immense Stanley Kubrick. Se situant dans une maison de retraite, le rythme qui nous est infligé reflète finalement assez bien toute la tristesse du temps qui passe dans cette institution où chaque patient n'a rien de mieux à faire que d'attendre la mort. Un sentiment que l'on partage tant l'ennuie que l'on ressent devant ce segment est pesant.

C'est ensuite au tour de Joe Dante de s'amuser à adapter un épisode de la série originale. Contrairement à Steven Spielberg qui ne s'est contenté que de proposer un portage couleur de l'épisode qu'il a adapté, Joe Dante, lui, a réinventé le sujet de C'est une Belle Vie pour en faire un segment cartoonesque étrange et plutôt réussi. Alors que le gamin de l'épisode réalisé en 1961 par le cinéaste James Sheldon était tout à fait détestable, celui de Dante demeure sympathique malgré l'emprise qu'il a sur ses proches. Lui-même détenteur d'un pouvoir le rendant capable de donner vie à tout ce qui lui passe par la tête, il vit auprès de ses deux sœurs (dont l'une n'a plus de bouche), de ses parents et d'un oncle, dans une demeure à l'architecture totalement délirante que n'aurait pas renié le Lewis Carroll des Aventures d'Alice au pays des merveilles. On notera pour l'époque d'excellents effets-spéciaux permettant au cinéaste de donner vie à des personnages de dessins-animés. Une très belle réussite.

Quatrième et dernier segment réalisé cette fois-ci non pas par un cinéaste américain mais par le célèbre australien George miller (au hasard, les quatre Mad Max et Les Sorcières d'Eastwick), l'adaptation de l'épisode Cauchemar à 20 000 pieds réalisé en 1963 par le cinéaste Richard Donner est une belle réussite. Et ce, grâce à l'interprétation du génial John Lithgow. A bord d'un avion, un homme angoissé découvre que sur l'aile gauche de l'engin une créature tente de détruite les moteurs. Bien évidemment, personne n'est prêt à le croire. Le segment de George Miller est similaire à l'épisode original. John Lithgow campe merveilleusement bien ce passager perdant pied, jusque dans les derniers instants, lors de l'atterrissage, et révélant la réalité des événement s'étant produits durant le vol...

Dans l'ensemble, si la version cinéma de La Quatrième Dimension est plutôt réussie, elle n'atteint tout de même pas la qualité de la série originale mais demeure tout de même généralement un bel effort...

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