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mercredi 9 avril 2025

The Rule of Jenny Pen de James Ashcroft (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

1963 : Shock Corridor de Samuel Fuller. Un journaliste (Peter Breck dans le rôle de Johnny Barett) se fait volontairement enfermer dans un hôpital psychiatrique afin d'enquêter sur un meurtre mais finit par y perdre la raison. 1975 : Vol au-dessus d'un nid de coucou de Miloš Forman. R.P. Le sociopathe McMurphy (Jack Nicholson) choisit de simuler la folie afin d'éviter la prison mais termine lobotomisé. 2008 : L'Échange de Clint Eastwood. À force d'affirmer que l'enfant qui lui a été remis après sa disparition n'est pas le sien., enfermée au département psychiatrique de l'hôpital du comté de Los Angeles, Christine Collins (Angelina Jolie) va y être victime de manipulations mentales avant de pouvoir recouvrer la liberté. 2025 : The Rule of Jenny Pen de James Ashcroft. Second long-métrage du réalisateur originaire de Paraparaumu en Nouvelle-Zélande après Coming Home in the Dark en 2021, The Rule of Jenny Pen met en scène l'acteur américain John Lithgow et l'australien Geoffrey Rush dans un thriller psychologique proche du cinéma d'horreur s'inscrivant dans un contexte hospitalier très particulier regroupant des vieillards tous plus ou moins séniles. Trente-cinq ans après avoir incarné le quintuple rôle d'un individu atteint de schizophrénie dans le génial L'esprit de Caïn de Brian De Palma, John Lithgow interprète celui de Dave Crealy, un étrange pensionnaire qui semble avoir toujours vécu entre les murs de l'établissement. Ce qui paraît souvent durant le récit lui octroyer un inconcevable passe-droit, même lorsque d'autres pensionnaires se plaignent de son attitude. Au titre desquels l'on retrouve donc le principal interprète du mémorable Shine de Scott Hicks en 1996. Alors qu'à l'époque Geoffrey Rush y incarnait le rôle authentique de David Helfgott, un pianiste de génie atteint de graves troubles psychiatriques, le voici désormais dans le rôle du juge Stefan Mortensen qui lors d'un procès est victime d'un arrêt vasculaire cérébral. Faisant désormais partie d'un institut gériatrique le temps de se remettre de sa paraplégie, il fait notamment connaissance avec Tony Garfield (George Henare), un autre patient qui s'avère en outre partager la même chambre que lui. Lorsque la nuit tombe et que les lumières s'éteignent, les deux hommes sont régulièrement rejoints par Dave Crealy, lequel les torture aussi bien physiquement que psychologiquement.


Une situation intenable dont pâtit d'ailleurs la totalité des pensionnaires. Sourde à toute protestation de la part de Stefan Mortensen, la direction met au contraire les affirmations de leur nouveau pensionnaire sur le compte d'un début de démence. Ce dernier ne peut alors que subir les attaques permanentes de cet individu dangereux éternellement accompagné d'une marionnette à l'effigie d'un bébé. Il n'en faut pas davantage à James Ashcroft pour instaurer un contexte véritablement anxiogène. Jouant ainsi avec la perspective des murs intérieurs de l'institut et des différents éclairages opérés lors de la mise en scène, The Rule of Jenny Pen fait figure de purgatoire pour des pensionnaires avant leur accession au paradis. Un éden précédé, donc, par un passage en un enfer mené par cet être imposant qu'est Dave Crealy (John Lithgow dépasse d'une tête au moins la totalité des figurants qui ''décorent'' l'institut). La marionnette que ce sinistre individu porte comme une extension de son bras est un personnage à part entière. Au point que l'on en viendrait presque à se demander s'il n'est pas lui-même contrôlé par ce bout de plastique énucléé. Mais la vérité, partiellement cachée pour ne pas dire dans son entièreté, semble bien plus sinistre. Comme l'évoque la découverte par le juge d'une galerie de photos tirées de différentes époques sur lesquelles apparaît à chaque fois ce Boogeyman du troisième âge ! Si Geoffrey Rush est impeccable dans le rôle du patient dont la santé mentale semble, de l'avis général, se dégrader au fil de l'histoire, John Lithgow fait montre de son immense talent en incarnant un vieillard monstrueusement pervers, sociopathe, manipulateur, capable de la plus grande cruauté vis à vis de celles et ceux qu'il côtoie ! L'acteur américain porte littéralement le film sur ses épaules et transforme chaque apparition de son personnage en authentique instant de cauchemar. Cheveux ébouriffés, sourire sinistre et imagination débordante lorsqu'il s'agit de semer la ''zizanie'' parmi les autres pensionnaire de l'institut qui l'abrite lui-même depuis des temps immémoriaux, sa seule interprétation vaut toutes les critiques que l'on pourrait éventuellement formuler autour de la mise en scène ou de l'écriture. The Rule of Jenny Pen est un festival presque entièrement voué à la prestation de cet immense acteur. Et rien que pour cela, le film de James Ashcroft vaut le détour...

 

samedi 13 juillet 2024

La Planète des Singes : Les Origines de Ruppert Wyatt (2011) - ★★★★★★★★★☆



Le chimiste Will Rodman travaille depuis des années sur un traitement qu'il espère pouvoir combattre la maladie d'Alzheimer. Afin d'étudier les effets du rétrovirus LZ-112, il l'injecte à des cobayes chimpanzés. Parmi eux se trouve la femelle surnommée ''Beaux Yeux'' sur laquelle le traitement semble agir de manière favorable puisque lors du test de la tour de Hanoï, elle montre des résultats qui dépassent de loin les espérances de Will. Alors même que Steve Jacobs, le chef de l'entreprise présente le projet aux actionnaires, un incident revient tout remettre en cause : libérée de sa cage, ''Beaux Yeux'' prend la fuite et sème le désordre avant d'être tuée par un agent de sécurité. Si sa réaction semble prouver l'inefficacité du rétrovirus et constituer un danger pour les hommes, la femelle s'est en fait inquiétée pour sa progéniture à laquelle elle a donné naissance dans le secret de sa cage. Alors qu'on intime à l'un des assistants de Will d'abattre tous les sujets chimpanzés du test portant sur le rétrovirus LZ-112, celui-ci confie à Will la garde du bébé singe. Un mâle qu'il emporte malgré lui jusque dans la maison qu'il partage avec son père atteint de la maladie d'Alzheimer. En trois ans, le singe grandit. Surnommé César, il fait surtout preuve de compétences intellectuelles exceptionnelles. Mais à l'âge de huit ans, lors d'un accident le mettant en scène, César est séparé de Will et se retrouve enfermé dans un refuge pour primates où sévit l'un des gardiens des lieux. Un certain Dodge Landon. Maltraité, César mûrit de sombres pensées mais préfère patienter jusqu'au jour où il pourra fuir et faire s'évader ses congénères...

Après le classique de Franklin J. Schaffner datant de 1968. Après les quatre séquelles sorties en salle en 1970, 71, 72, 73 et respectivement réalisées par Ted Post (Le Secret de la Planète des Singes), Don Taylor (Les Évadés de la Planète des Singes) et J. Lee Thompson pour les deux dernières (La Conquète de la Planète des Singes et La Bataille de la Planète des Singes). Après le désastreux remake éponyme du premier long-métrage réalisé cette fois-ci par Tim Burton en 2001, la franchise s'agrandit de nouveau dix ans plus tard en 2011 avec un nouvel épisode. Alors que les premiers soubresauts du retour de l’œuvre du romancier Pierre Boule sur grand écran font surface en 2008 à l'annonce de la 20th Century Fox d'un nouveau projet, il ne s'agit désormais plus de relancer la franchise à l'aide d'une suite ou d'un remake mais de remonter encore bien plus loin que les origines du roman puisqu'à travers ce qui deviendra dans les salles La Planète des Singes : Les Origines, le réalisateur Ruppert Wyatt (dont il ne s'agira à l'époque que du second long-métrage après Ultime Evasion en 2008) signera une préquelle. C'est à dire, un récit remontant bien avant que Charlton Heston/George Taylor et ses deux compagnons aient échoué en 1968 (date de l’œuvre bien entendu puisque le récit se déroule en 3978) sur une planète qui s'avérera en fin de compte la Terre dans un futur dominé par des singes...

L'idée de remonter aux origines en expliquant par le menu comment du simple statut de primates les singes en sont arrivés à dominer la planète et les hommes est une riche idée. Le tout étant d'y parvenir sans plonger dans le ridicule. Un pari que réussissent à remporter les scénaristes Rick Jaffa, Amanda Silver et Jamie Moss qui avec La Planète des Singes : Les Origines signent un script d'une étonnante cohésion et surtout, incroyablement intelligent. Quoique le long-métrage de Ruppert Wyatt soit un Blockbuster, il n'en demeure pas moins d'une exceptionnelle finesse. Autant dans la forme que dans le fond. Ce qui n'empêche pas son œuvre d'arborer de magnifiques et nombreux effets-spéciaux numériques conçus par la compagnie Weta Digital, auteur notamment de ceux du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson ou d'Avatar de James Cameron. Alors qu'au milieu des années soixante le visage des primates ne ressemblait presque qu'à de ''vulgaires'' masques et qu'au tout début du vingtième siècle, de grosses améliorations avaient été apportées en la matière sans que les primates ne soient encore conçu dans un rendu ultra-réaliste, désormais, la technologie permet d'offrir au spectateur des singes ''presque'' plus vrais que nature. Grâce à la motion capture mais aussi au talent de l'acteur Andy Serkis mimant l'attitude du singe César sous les traits duquel il apparaît virtuellement à l'écran, il devient presque impossible de distinguer les vrais singes des faux. Et ce, même si des années plus tard, nous découvrirons qu'il est encore possible d'améliorer les effets-spéciaux en la matière...

Grâce à la performance de l'acteur et de ses partenaires James Franco, Freida Pinto, l'horrrrrible Tom Felton, John Lithgow, Brian Cox ou David Oyelowo, de la mise en scène de Ruppert Wyatt, du scénario de Rick Jaffa, Amanda Silver et Jamie Moss ou encore de la partition musicale de Patrick Doyle, César n'est plus simplement le fruit d'une savante formule mathématique rentrée dans un ordinateur surpuissant. Il est humain plus que certains d'entre nous. Et si c'est encore dans son regard que pèche cette différence entre réalité et effets numériques en cette année 2011, faire le difficile devant un tel spectacle où la magie des effets-spéciaux n'entrave pas l'émotion serait impardonnable. L'un des tours de force de La Planète des Singes : Les Origines demeure dans la capacité du réalisateur en l'espace d'un peu moins de deux heures, à rendre concret un sujet qui aurait chez d'autres sans doute nécessité un format plus long, telle une mini-série en plusieurs épisodes afin de développer davantage le récit. Pourtant, il ne semble jamais qu'à aucun moment le film ne souffre d'absences en terme d'écriture. Si la ''transformation'' de César est rapide, c'est parce que Ruppert Wyatt préfère sans doute la mener de manière beaucoup plus pragmatique, fonçant dans le vif du sujet tout en n'omettant jamais de passer par les cases essentielles de son évolution. Pour un retour sur grand écran, La Planète des Singes : Les Origines offrait un spectacle intense en péripéties mais aussi en terme d'émotions. Et dire que ce n'était là que le début d'une nouvelle aventure cinématographique...

samedi 11 février 2023

L'esprit de Caïn de Brian de Palma (1992) - ★★★★★★★☆☆☆


En 1973, le réalisateur américain Brian de Palma étudiait le cas de deux sœurs siamoises dans Sœurs de sang. Un thriller très hitchcockien dans lequel l'auteur d'innombrables chefs-d’œuvres du septième art abordait le thème de la double personnalité. Le Mal, le Bien, confondus en une seule personne, Danielle Breton (l'actrice Margot Kidder), apparemment saine d'esprit mais plus concrètement atteinte de schizophrénie à la suite du décès de sa sœur Dominique. Thriller alliant suspens et épouvante, le spectateur pouvait y découvrir en outre le personnage d'Emil Breton, ancien époux de Danielle et surtout, individu trouble certainement comparable au rôle que tiendra presque vingt ans plus tard l'acteur John Lithgow dans L'esprit de Caïn. Un interprète se démultipliant pour les besoins d'un récit au cœur duquel se situe un couple, l'éducation de leur enfant, un amant et une fois encore cette même schizophrénie qui transparaît à travers les échanges tendus entre le docteur Carter Nix et son frère Caïn. Si tout le génie de la mise en scène de Brian de Palma transparaît moins dans ce long-métrage que dans ses travaux passés et à venir, l'absence de plans-séquences réellement significatifs ou de modèles de split-screen dont le réalisateur est l'un des grands maîtres est rattrapée par ces petits détails qu'il installe ça et là et dont lui seul a le secret. Des objets souvent placés au cœur du récit et justifiant le ballet entre d'une part Carter et son épouse (la délicieuse Lolita Davidovich dans le rôle de Jenny) et d'autre part entre celle-ci et son amant Jack Dante (l'acteur Steven Bauer).


Enrobé d'une esthétique léchée, de décors rassurants (ici, pas de bas-fonds moites et dangereux), L'esprit de Caïn s'insinue dans l'esprit du spectateur comme un rêve éveillé où les repères sont bousculés par une mise en scène, un montage et un script qui s'écartent de toute logique. Carter étouffe Jenny à l'aide d'un oreiller ? Là voilà qui réapparaît quelques minutes plus tard, bien vivante, comme si le crime n'avait jamais eu lieu. Jouant souvent sur les apparences, il ne faut surtout pas s'en laisser compter. Lorsque l'on connaît Brian de Palma l'on sait combien l'homme est capable de manipulations. Et ça n'a jamais été aussi vrai que dans le cas de ce long-métrage dont certaines ficelles se montrent pourtant grossières. Que le réalisateur l'ait envisagé ou non de cette manière, l'apparition presque ''fantastique'' de Caïn à l'écran ne peut signifier qu'une seule chose : non pas qu'il soit passé là par hasard pour aider son frère à se sortir d'une situation périlleuse mais plus simplement qu'il n'est rien de plus rien de moins que l'une des personnalités qui alternativement apparaissent dans la tête de Carter. Brian de Palme explique ce trouble à travers les expériences que menait leur père lorsque les deux frères étaient de jeunes enfants. Mais d'ailleurs, Caïn est-il un être de chair ou de sang ou est-il lui-même l'un des doubles de Carter ? D'emblée l'on retrouve le compositeur italien Pino Donaggio, lequel est une fois de plus chargé d'accompagner l’œuvre du maître du suspens.


Une bande musicale si puissante accompagnée d'une mise en scène exprimant si bien toute les formes que peuvent prendre les émotions, Brian de Palma convainc dès le départ avec ces retrouvailles entre deux personnages dont on ne connaît pourtant encore rien mais qui nous touchent cependant instantanément. Également maître incontesté de la rupture de ton, le réalisateur piège le spectateur dans un étau où se rejoignent diverses émotions. Ici, la séduction et l'effroi à travers un flash-back qui glace littéralement les sangs. Une séquence, elle aussi, accompagnée de violons glissant peu à peu pour nous saisir à la gorge comme le font les images filmées à travers le moniteur d'une chambre d’hôpital. Brian de Palma tourne toujours autour de représentation s'affichant sous divers supports. Se reflétant sur les surfaces prévues à cet effet ou non. L'esprit de Caïn est inspiré. Un peu trop d'ailleurs si l'on compare la multitude de concepts et la courte durée du long-métrage qui empêche le réalisateur de pleinement développer chacune des idées qui émaillent le récit. Dédoublement de la personnalité, adultère, meurtres, enquête policière, séance d'hypnose.... l’œuvre est dense, riche, mais quelques idées sont malheureusement trop rapidement expédiées. Reste que Brian de Palma signe une œuvre intéressante, certes loin des cannons du genre qu'il signa avant et après (Phantom of the Paradise, Obsession, Blow Out et Body Double sont selon moi ses meilleurs films). Une œuvre ambiguë, fantasmagorique, tortueuse, inquiétante et séduisante...

 


dimanche 4 juillet 2021

Blow Out de Brian De Palma (1981) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Témoin de ce qui semble être un accident de voiture, le preneur de son Jack Terry qui était en train d'enregistrer des bruits dans un environnement naturel se jette dans le lit d'une rivière alors qu'un véhicule est en train de s'enfoncer dans ses eaux profondes. Il en extrait Sally Badina, jeune et jolie call-girl qu'il transporte ensuite à l’hôpital. Là-bas, c'est l'effervescence. En effet, Sally était la passagère d'un véhicule conduit par un gouverneur de Pennsylvanie dont le corps sans vie a été transféré à l’hôpital. L'annonce fait grand bruit mais les médias ignorent encore qu'il était accompagné de la jeune prostituée. Cependant, des hommes proches du gouvernement s'intéressent à Jack et lui demandent de bien vouloir taire cette information connue de lui seul. Le jeune homme finit par accepter mais de retour chez lui, et après avoir consciencieusement écouté les enregistrements qu'il a effectué, il découvre que l'accident n'en était peut-être pas un. En effet, en tendant l'oreille, il distingue ce qui semble être un coup de feu précédent l'éclatement de l'un des pneus de la voiture. Jack décide alors de mener l'enquête... Certains considèrent Blow Out comme le meilleur film de Brian De Palma quand d'autres peuvent lui préférer Pulsions, Scarface ou Mission Impossible. Remake du Blow-Up de Michelangelo Antonioni dans lequel le personnage principal incarné par David Hemmings n'était non pas preneur de son mais photographe et inspiré par Conversation secrète de Francis Ford Coppola dont le héros, l'acteur Gene Hackman interprétait le personnage du détective Harry Caul, Blow Out est très objectivement, un excellent film.


Le scénario, écrit par le réalisateur lui-même ainsi que par Bill Mesce Jr. est un petit bijou qui réserve une multitude de surprises. Film d'espionnage, thriller, romance, Brian De Palma y relate le mensonge et la manipulation sous toutes leurs coutures... Des twists par ''dizaines'' et une œuvre qui n'est tendre ni avec les uns, ni avec les autres. Le gouvernement et les médias sont en première ligne, mais pas seulement eux puisque la délicieuse pomme qu'aimerait croquer le héros interprété par John Travolta semble quelque peu pourrie. Car on se rendra compte plus tard que tout ce qui semblait être né du hasard n'est en fait que le fruit de multiples circonstances volontaires. Nancy Allen interprète la charmante Sally Badina six ans avant d'être la coéquipière de Peter Weller dans le classique de la science-fiction Robocop de Paul Verhoeven. Et l'on découvre alors par exemple qu'elle et le photographe Manny karp (excellent Dennis Franz) fomentèrent un coup visant à faire chanter le gouverneur décédé dans l'accident. Exemple de révélation qui se répète à diverses reprises lors d'un récit où le personnage de Jack Terry utilise ses compétences afin de révéler toute la vérité, au péril même de sa propre existence et de celle de Sally. Naissent de celles-ci, des séquences passionnantes, tel le montage vidéo fait à partir de photographies de l'accident publiées et découpées dans un magasine couplées aux enregistrements effectués par le preneur du son au même moment.


On retrouve l'emploi de techniques chères à Brian De Palma comme le split-Screen ou un superbe plan-séquence filmé en travelling circulaire. Trois ans après avoir mis un terme à la discrète passion qui animait les personnages interprétés par Kirk Douglas et Carrie Snodgress dans Fury, Brian De Palma s'acharne une fois de plus à contrarier les amours de ses héros lors d'un final tragique et bouleversant. D'ici là, Blow Out investit toutes les strates de la manipulation gouvernementale dans un thriller d'espionnage politique intense, ultra divertissant, avec un John Travolta qui avant ça avait surtout marqué les esprits pour son double-rôle de Tony et Daniel dans La Fièvre du samedi soir de John Badham et Grease de Randal Kleiser, une Nancy Allen craquante à souhait et un John Lithgow déjà observé dans Obsession de Brian De Palma cinq ans auparavant et qui dans le cas présent interprète un tueur engagé pour se débarrasser de la jeune Sally. Blow Out, c'est aussi un amour inconditionnel du réalisateur pour le cinéma. Comme il le fera plus tard avec Body Double, Brian De Palma ouvre les hostilités en filmant la séquence pré-générique d'un slasher de catégorie Z pour lequel son personnage principal est engagé comme preneur de son et bruiteur. Un classique du septième art...

 

jeudi 4 juillet 2019

Pet Sematary de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer (2019) - ★★★★★★☆☆☆☆



Trente ans après la sortie de la première adaptation du chef-d’œuvre de l'écrivain américain Stephen King, Pet Sematary revient sur grand écran dans une version qui risque de faire suffoquer les amateur du terrifiant roman sorti chez nous sous le titre Simetierre. Frappé par ce que j'aurais tendance à nommer sous l'appellation ''Syndrome Terminator Genisys'', la cuvée 2019 signée à quatre mains par les réalisateurs Kevin Kölsch et Dennis Widmyer, la nouvelle version de Pet Sematary débute effectivement de manière identique à celle que signa Mary Lambert en 1989 (laquelle osa pondre une épouvantable séquelle trois ans plus tard et n'ayant plus rien à voir avec le roman de Stephen King). Et bien que quelques éléments fassent leur apparition pour la toute première fois (la procession) et que d'autres aient disparu (les traumatisants flash-back du chien et de l'adolescent ramenés à la vie) ou aient été quelque peu modifié (les conditions dans lesquelles est morte la sœur de Rachel Creed), nous sommes bien en terrain conquis...

du moins jusqu'à ce que ce fameux ''Syndrome Terminator Genisys'' qui consiste à bouleverser les certitudes (tout autant que les habitudes) ne viennent artificiellement relancer l'intérêt. Entre trahison envers le roman (et accessoirement, le film qui en découla en 1989) et volonté de ''réécrire l'histoire'' pour se démarquer, le spectateur aura tôt fait de choisir son camp. Si dans le fond, l'un des événements fondateurs de cette véritable mythologie qui fait du Pet Sematary de Stephen King l'un des axes centraux et l'un des plus terrifiants écrits de toute l’œuvre de l'auteur de romans beaucoup plus sombres conçus sous le pseudonyme de Richard Bachman, dans la forme, Kevin Kölsch et Dennis Widmyer prennent des chemins de traverses qui trahissent la volonté de fondre leur adaptation dans une mouvance qui, si elle est à la mode et donc prisée du jeune public, risque au contraire de provoquer des remous parmi les fans de l'écrivain.

Concernant le casting, rien à dire : c'est un sans fautes. Jason Clarke est convaincant, comme le sont ceux qui incarnent les membres de sa petite famille (Amy Seimetz, Jeté Laurence et Hugo Lavoie), ainsi que l'excellent John Lithgow (L'Esprit de Caïn de Brian de Palma). On pourra juger l'incarnation du personnage de Victor Pascow par l'acteur noir Obssa Ahmed comme d'un effet de mode déjà entrevu dans l'immonde Tour Sombre de Nikolaj Arcel dans lequel le Pistolero blanc Rolland devenait par on ne sait quel autre miracle que celui d'un script désireux d'intégrer son quota d'hommes de couleur, un black ! Un détail me direz-vous. Oui, peut-être...
N'empêche, les différentes apparitions du Victor Pascow incarné à l'époque de Mary Lambert par Brad Greenquist étaient nettement plus flippantes. Ici, le personnage est inefficient, et donc, tout à fait inutile. Comme l'évocation de ces monstres mécaniques qui passent en trombe sur la route qui sépare la maison des Creed et de Jud Crandall. A force d'éviter de trop les invoquer, le couple de cinéastes ne parvient plus à susciter la moindre angoisse lorsqu'enfin, l'un de ces poids-lourds s'apprête à franchir cette route dangereuse qui depuis tant d'années, à emporté nombre d'animaux domestiques.

Pet Sematary version 2019 possède une ambiance lourde, électrique et mortifère. Une œuvre plus noire et nihiliste que son aînée qui déjà, offrait une fin pessimiste. En choisissant de prendre un chemin différent en ne faisant plus du jeune Gage la nouvelle victime de la route traversant le territoire des Creed, Kevin Kölsch et Dennis Widmyer réécrivent tout un pan du récit et offrent une incarnation (ici, celle d'Ellie et non plus celle de Gage, pourtant terrifiant dans la version de 1989) qui peine à convaincre et qui, reconnaissons-le, frise même parfois le ridicule. Pour être très franc, une fois zombifiée, il est amusant d'imaginer le comportement d'Ellie qui plus âgée que son petit frère peut alors se révéler plus dangereuse que lui. Sauf que la gamine que choisissent d'exhiber les deux cinéastes se rapproche davantage d'une Linda Blair en mode ''possédée'' que d'une jeune enfant revenue d'entre les morts. Si Pet Sematary cuvée 2019 n'est pas totalement raté, il n'apporte en revanche pas grand chose en comparaison avec l’œuvre de Mary Lambert et encore moins avec le roman de Stephen King. Sombre et parfaitement incarné, il ne fera par contre peur qu'aux petits enfants qui pensent qu'une créature se tapit, la nuit, dans le placard de leur chambre, ainsi qu'à ceux que certaines légendes indiennes effraient. Pour le reste, le film de Kevin Kölsch et Dennis Widmyer est une honnête série B horrifique, sans plus...

mercredi 18 janvier 2017

La Quatrième Dimension de John Landis, Steven Spielberg, Joe Dante et George Miller (1983) ★★★★★★☆☆☆☆



La Quatrième Dimension est sans doute la série télévisée américaine de science-fiction la plus célèbre et probablement parmi les meilleures de toute l'histoire de la télévision mondiale. Diffusée pour la première fois entre le 2 octobre 1959 et le 19 juin 1964 sur le réseau CBS, elle est constituée de 138 épisodes de 25 minutes et 18 épisodes de 50. En 1985, trois cinéastes américains et un réalisateur australien décident de s'unir afin de transposer sur les écrans de cinéma, quatre épisodes de la série, le film débutant par un prologue réalisé par John Landis, le réalisateur du Loup-Garou de Londres.

C'est lui-même qui ensuite transpose à l'écran La Grandeur du pardon qui, contrairement à sa version, se situait lors de sa réalisation par Buzz Kulik en 1961, le 6 août 1945 dans l'archipel des Philippines. Cette fois-ci, pas d'officier désireux d'envoyer sa section massacrer des japonais retranchés dans une grotte mais un homme qui ne supporte pas l'idée qu'un autre aie bénéficié d'une promotion qu'il espérait obtenir. Propos racistes envers les noirs, les asiatiques, et les juifs, le voilà projeté durant la seconde guerre mondiale, en terrain occupé par l'allemand et confondu avec l'un de ces derniers. Pourchassé, blessé, il se retrouve ensuite aux mains des membres du Ku Klux Klan qui tentent de le pendre, le prenant pour un noir. Puis c'est dans les rizières du Vietnam qu'il est projeté, l'armée américaine passant par là le prenant à son tour pour l'ennemi. Puis, retour au temps des nazis où il est transféré dans un camp en partance pour les camps. John Landis réalise une section qui aurait sans doute mérité d'être un peu plus étoffée mais qui ne laisse déjà plus aucun doute sur le message véhiculé.

Le second segment est l’œuvre du cinéaste Steven Spielberg. Sans doute le plus faible d'entre tous et d'une manière générale, le plus ennuyeux. Un sketch dégoulinant de bons sentiments à l'attention des familles. Adapté de l'épisode Jeux d'Enfants réalisé par le cinéaste Lamont Johnson en 1962, ce segment ne vaut en réalité que pour la présence de l'excellent acteur noir Scatman Crothers qui joua le rôle de Dick Halloran dans l'adaptation de Shining de Stephen King par l'immense Stanley Kubrick. Se situant dans une maison de retraite, le rythme qui nous est infligé reflète finalement assez bien toute la tristesse du temps qui passe dans cette institution où chaque patient n'a rien de mieux à faire que d'attendre la mort. Un sentiment que l'on partage tant l'ennuie que l'on ressent devant ce segment est pesant.

C'est ensuite au tour de Joe Dante de s'amuser à adapter un épisode de la série originale. Contrairement à Steven Spielberg qui ne s'est contenté que de proposer un portage couleur de l'épisode qu'il a adapté, Joe Dante, lui, a réinventé le sujet de C'est une Belle Vie pour en faire un segment cartoonesque étrange et plutôt réussi. Alors que le gamin de l'épisode réalisé en 1961 par le cinéaste James Sheldon était tout à fait détestable, celui de Dante demeure sympathique malgré l'emprise qu'il a sur ses proches. Lui-même détenteur d'un pouvoir le rendant capable de donner vie à tout ce qui lui passe par la tête, il vit auprès de ses deux sœurs (dont l'une n'a plus de bouche), de ses parents et d'un oncle, dans une demeure à l'architecture totalement délirante que n'aurait pas renié le Lewis Carroll des Aventures d'Alice au pays des merveilles. On notera pour l'époque d'excellents effets-spéciaux permettant au cinéaste de donner vie à des personnages de dessins-animés. Une très belle réussite.

Quatrième et dernier segment réalisé cette fois-ci non pas par un cinéaste américain mais par le célèbre australien George miller (au hasard, les quatre Mad Max et Les Sorcières d'Eastwick), l'adaptation de l'épisode Cauchemar à 20 000 pieds réalisé en 1963 par le cinéaste Richard Donner est une belle réussite. Et ce, grâce à l'interprétation du génial John Lithgow. A bord d'un avion, un homme angoissé découvre que sur l'aile gauche de l'engin une créature tente de détruite les moteurs. Bien évidemment, personne n'est prêt à le croire. Le segment de George Miller est similaire à l'épisode original. John Lithgow campe merveilleusement bien ce passager perdant pied, jusque dans les derniers instants, lors de l'atterrissage, et révélant la réalité des événement s'étant produits durant le vol...

Dans l'ensemble, si la version cinéma de La Quatrième Dimension est plutôt réussie, elle n'atteint tout de même pas la qualité de la série originale mais demeure tout de même généralement un bel effort...

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