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lundi 10 août 2026

Newborn de Nate Parker (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Si Newborn, le dernier long-métrage du réalisateur afro-américain Nate Parker ne fait pas véritablement partie du courant Blaxploitation, celui-ci partage divers points communs avec ce genre cinématographique né dans les années soixante-dix sur le territoire des États-Unis. La plupart des protagonistes sont eux-mêmes issus de la communauté noire américaine (à l'exception de David Oyelowo) et même si le sujet ne traite pas toujours directement des préoccupations du mouvement initié en 1971 par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback's Baadasssss Song et Gordon Parks avec Shaft, certaines séquences semblent pourtant vouloir s'y rattacher. L'un des héros, Chris Newborn (le britannique David Oyelowo), s'apprête à épouser sa compagne Tara Benton (Olivia Washington), alors enceinte, lorsque son frère Keith (Jimmie Fails) débarque chez eux, blessé, après avoir causé accidentellement la mort d'une personne. Possédant déjà un casier judiciaire qui risque de l'envoyer en prison pour longtemps, son frère aîné Chris décide de se faire passer pour le responsable et part donc prendre sa place en prison. Lors du procès, le juge est clément et le condamne à deux ans de prison. Mais alors que sa peine arrive à son terme, Chris est accusé du meurtre d'un codétenu et se retrouve condamné à sept années d'isolement. À sa sortie de prison, il retrouve Tara ainsi que leur fils Jake (Aiden Stoxx) alors âgé de neuf ans. Afin de se reconstruire, le couple et leur enfant prennent la décision de partir s'isoler dans un hôtel temporairement fermé où ils sont accueillis par le gestionnaire du complexe, un certain Hersh qu'incarne à l'écran Barry Pepper (Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg, La ligne verte de Frank Darabont ou encore les second et troisième volet de la franchise Le labyrinthe)... Si tout ou presque laisse tout d'abord penser que l'on va avoir droit à un ersatz du Shining de Stanley Kubrick, le long-métrage de Nate Parker ne partage en réalité avec ce classique de l'épouvante que le contexte géographique et l'environnement dans lequel vont évoluer nos protagonistes. Car plus qu'un simple film d'horreur (ce que Newborn n'est absolument pas malgré l'intégration de quelques séquences plus ou moins horrifiques), l’œuvre du cinéaste américain cherche d'abord à faire l'évaluation d'un traumatisme lié à l'isolement d'un homme dans une cellule de prison durant de longues années...


Newborn évoque de manière fort juste la corruption des autorités (ici, deux gardiens de prison coupables d'un homicide), l'emprisonnement d'un homme totalement innocent des faits qui lui furent reprochés, l'éloignement de la famille ou encore le sacrifice. Surtout, le film de Nate Parker montre avec une force sans égale la manière dont se déconstruit la personnalité d'un individu qui une fois dehors a perdu tous ses repères. Jusqu'à avoir de grandes difficultés à renouer avec sa compagne. Newborn traite également des rapports d'un père à son fils qu'il n'a pas eu la chance de voir grandir. Et au milieu de toutes ces difficultés à réintégrer un monde dont il a été écarté durant neuf années, l'intrigue exploite deux idées qui s'entremêlent avec un certain brio. D'un côté, la paranoïa et de l'autre le complot. L'un comme l'autre devenant des éventualités incertaines puisque longtemps avant de comprendre ce qui se trame autour de nos héros, Nate Parker cultive l’ambiguïté. Le spectateur se demande alors si Chris est fou ou si ce qu'il s'imagine se tramer autour de lui est réel. Et dans un cas comme dans l'autre, le réalisateur et scénariste sème divers témoignages visuels ou comportementaux qui ne cessent de provoquer le doute, entre les sinistres visions de Chris dont certaines sont absolument troublantes (les tombes) et le comportement parfois très étrange du gestionnaire du complexe hôtelier Hersh... Nate Parker exploite en outre avec une très grande finesse les rapports humains et l'intimité de Chris et de Tara. Voire même celle de Jake qui malgré son mutisme est parfaitement interprété par le jeune Aiden Stoxx. On pourra tout juste regretter une toute dernière partie beaucoup plus convenue mais dont le déroulement reste ici inévitable mais Newborn fait partie de ces œuvres dont on n'attend pas forcément grand chose et qui au final se révèlent des réussites. Ou comment lier traumatisme, ambiance paranoïaque, psychologie oppressante, amour profond et compassionnel, mise à l'épreuve, patience, culpabilité et détermination. Bref, une excellente surprise...

 

samedi 13 juillet 2024

La Planète des Singes : Les Origines de Ruppert Wyatt (2011) - ★★★★★★★★★☆



Le chimiste Will Rodman travaille depuis des années sur un traitement qu'il espère pouvoir combattre la maladie d'Alzheimer. Afin d'étudier les effets du rétrovirus LZ-112, il l'injecte à des cobayes chimpanzés. Parmi eux se trouve la femelle surnommée ''Beaux Yeux'' sur laquelle le traitement semble agir de manière favorable puisque lors du test de la tour de Hanoï, elle montre des résultats qui dépassent de loin les espérances de Will. Alors même que Steve Jacobs, le chef de l'entreprise présente le projet aux actionnaires, un incident revient tout remettre en cause : libérée de sa cage, ''Beaux Yeux'' prend la fuite et sème le désordre avant d'être tuée par un agent de sécurité. Si sa réaction semble prouver l'inefficacité du rétrovirus et constituer un danger pour les hommes, la femelle s'est en fait inquiétée pour sa progéniture à laquelle elle a donné naissance dans le secret de sa cage. Alors qu'on intime à l'un des assistants de Will d'abattre tous les sujets chimpanzés du test portant sur le rétrovirus LZ-112, celui-ci confie à Will la garde du bébé singe. Un mâle qu'il emporte malgré lui jusque dans la maison qu'il partage avec son père atteint de la maladie d'Alzheimer. En trois ans, le singe grandit. Surnommé César, il fait surtout preuve de compétences intellectuelles exceptionnelles. Mais à l'âge de huit ans, lors d'un accident le mettant en scène, César est séparé de Will et se retrouve enfermé dans un refuge pour primates où sévit l'un des gardiens des lieux. Un certain Dodge Landon. Maltraité, César mûrit de sombres pensées mais préfère patienter jusqu'au jour où il pourra fuir et faire s'évader ses congénères...

Après le classique de Franklin J. Schaffner datant de 1968. Après les quatre séquelles sorties en salle en 1970, 71, 72, 73 et respectivement réalisées par Ted Post (Le Secret de la Planète des Singes), Don Taylor (Les Évadés de la Planète des Singes) et J. Lee Thompson pour les deux dernières (La Conquète de la Planète des Singes et La Bataille de la Planète des Singes). Après le désastreux remake éponyme du premier long-métrage réalisé cette fois-ci par Tim Burton en 2001, la franchise s'agrandit de nouveau dix ans plus tard en 2011 avec un nouvel épisode. Alors que les premiers soubresauts du retour de l’œuvre du romancier Pierre Boule sur grand écran font surface en 2008 à l'annonce de la 20th Century Fox d'un nouveau projet, il ne s'agit désormais plus de relancer la franchise à l'aide d'une suite ou d'un remake mais de remonter encore bien plus loin que les origines du roman puisqu'à travers ce qui deviendra dans les salles La Planète des Singes : Les Origines, le réalisateur Ruppert Wyatt (dont il ne s'agira à l'époque que du second long-métrage après Ultime Evasion en 2008) signera une préquelle. C'est à dire, un récit remontant bien avant que Charlton Heston/George Taylor et ses deux compagnons aient échoué en 1968 (date de l’œuvre bien entendu puisque le récit se déroule en 3978) sur une planète qui s'avérera en fin de compte la Terre dans un futur dominé par des singes...

L'idée de remonter aux origines en expliquant par le menu comment du simple statut de primates les singes en sont arrivés à dominer la planète et les hommes est une riche idée. Le tout étant d'y parvenir sans plonger dans le ridicule. Un pari que réussissent à remporter les scénaristes Rick Jaffa, Amanda Silver et Jamie Moss qui avec La Planète des Singes : Les Origines signent un script d'une étonnante cohésion et surtout, incroyablement intelligent. Quoique le long-métrage de Ruppert Wyatt soit un Blockbuster, il n'en demeure pas moins d'une exceptionnelle finesse. Autant dans la forme que dans le fond. Ce qui n'empêche pas son œuvre d'arborer de magnifiques et nombreux effets-spéciaux numériques conçus par la compagnie Weta Digital, auteur notamment de ceux du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson ou d'Avatar de James Cameron. Alors qu'au milieu des années soixante le visage des primates ne ressemblait presque qu'à de ''vulgaires'' masques et qu'au tout début du vingtième siècle, de grosses améliorations avaient été apportées en la matière sans que les primates ne soient encore conçu dans un rendu ultra-réaliste, désormais, la technologie permet d'offrir au spectateur des singes ''presque'' plus vrais que nature. Grâce à la motion capture mais aussi au talent de l'acteur Andy Serkis mimant l'attitude du singe César sous les traits duquel il apparaît virtuellement à l'écran, il devient presque impossible de distinguer les vrais singes des faux. Et ce, même si des années plus tard, nous découvrirons qu'il est encore possible d'améliorer les effets-spéciaux en la matière...

Grâce à la performance de l'acteur et de ses partenaires James Franco, Freida Pinto, l'horrrrrible Tom Felton, John Lithgow, Brian Cox ou David Oyelowo, de la mise en scène de Ruppert Wyatt, du scénario de Rick Jaffa, Amanda Silver et Jamie Moss ou encore de la partition musicale de Patrick Doyle, César n'est plus simplement le fruit d'une savante formule mathématique rentrée dans un ordinateur surpuissant. Il est humain plus que certains d'entre nous. Et si c'est encore dans son regard que pèche cette différence entre réalité et effets numériques en cette année 2011, faire le difficile devant un tel spectacle où la magie des effets-spéciaux n'entrave pas l'émotion serait impardonnable. L'un des tours de force de La Planète des Singes : Les Origines demeure dans la capacité du réalisateur en l'espace d'un peu moins de deux heures, à rendre concret un sujet qui aurait chez d'autres sans doute nécessité un format plus long, telle une mini-série en plusieurs épisodes afin de développer davantage le récit. Pourtant, il ne semble jamais qu'à aucun moment le film ne souffre d'absences en terme d'écriture. Si la ''transformation'' de César est rapide, c'est parce que Ruppert Wyatt préfère sans doute la mener de manière beaucoup plus pragmatique, fonçant dans le vif du sujet tout en n'omettant jamais de passer par les cases essentielles de son évolution. Pour un retour sur grand écran, La Planète des Singes : Les Origines offrait un spectacle intense en péripéties mais aussi en terme d'émotions. Et dire que ce n'était là que le début d'une nouvelle aventure cinématographique...

mercredi 14 février 2018

Boucles et paradoxes temporels



Le temps... passionnant sujet... Surtout lorsque certains se penchent dessus pour le triturer, l'étirer, lui prêtant un attention toute particulière. Dans ce domaine, les cinéastes ne sont pas les derniers à s'y employer. Qu'il s'agisse de révéler des faits historiques faisant éternellement partie du passé ou bien en imaginant un futur très lointain et idyllique (Star Trek) ou proche et dystopique (Soleil Vert, Brazil, Les Fils de l'Homme, Never let Me Go, The Lobster, pour ne citer que quelques exemples), beaucoup s'y sont attelé avec plus ou moins de bonheur. Mais s'il y a un aspect du sujet qui demeure aussi passionnant qu'imaginer à quoi pourrait ressembler notre futur, c'est le voyage dans le temps. Lui, et ses ersatzs que son les boucles et les paradoxes temporels. Before I Fall, Happy Birthdead et The Cloverfield Paradox abordent chacun à leur manière un thème qui forcément, attisent l'appétit des amateurs de science-fiction et de voyages dans le temps. Le premier s'inscrit dans le registre du teen movie. Autrement dit, le film d'adolescent, qui dans une grande majorité est adressé à un public dont l'âge oscille en douze et dix-sept ans. Pas très sérieux, donc, d'infliger à un sujet aussi prenant, un cadre aussi puéril. D'autant plus que le film de la réalisatrice américaine Ry Russo-Young véhicule des messages d'une mièvrerie confondante. Du style : c'est pas beau d'être méchant et ne pas dire ce que l'on ressent pour ses proches également ! L'exercice de style étant délicat et Un Jour sans Fin de de Harold Ramis avec l'excellentissime Bill Murray demeurant la référence ultime, Before I Fall se révèle largement en dessous de la référence en matière de boucle temporelle.

Pire, le principe de journée se répétant indéfiniment aurait dû servir à la cinéaste mais l'utilisation mal abordée de points de vue et d'événements différents occulte toute forme de divertissement. Alors que l'on aurait aimé assister à la mise en place de situations ponctuelles rappelant que l'héroïne se situe dans un contexte de boucle temporelle, la cinéaste préfère bousculer les conventions en offrant à son héroïne la possibilité de bouleverser totalement le déroulement de sa journée. A vrai dire, cette boucle temporelle se terminant invariablement par un accident de voiture ressemble davantage à une succession de journées n'ayant scénaristiquement parlant, que peu de rapports entre elles.

Happy Birthdead part, lui, d'un même principe. La boucle temporelle étant l'axe autour duquel tourne l'intrigue de ce long-métrage signé par le cinéaste américain Christopher B. Landon (qui n'est autre que le fils de Michael « Charles Ingals » London), et les personnages étant à peu de chose près les mêmes que ceux évoqués dans Before I Fall, il y a de quoi s'inquiéter. Surtout si le visionnage des deux longs-métrages est effectué consécutivement. Pourtant, là où pêche le film de Ry Russo-Young, Christopher B. Landon s'en sort, lui, plutôt brillamment. Point, ou si peu de morale, mais un récit s'inscrivant dans un thriller en mode « slasher » avec pour héroïne, une jeune étudiante traquée par un tueur masqué qui, le soir, la tue de plusieurs coups de couteau. Mais alors que l'histoire aurait pu s'arrêter là, la blonde Tree Gelbman se réveille systématiquement dans le lit d'un garçon rencontré la veille au soir durant une fête alcoolisée. Alors qu'elle croit avoir rêvé la journée de ses dix-huit ans se terminant par sa mort, Tree constate très vite que ce jour très particulier ne fait que se répéter. L'occasion s'offre à la jeune étudiante de rechercher l'auteur de son propre assassinat afin que le temps reprenne normalement son cours...

Autant le dire tout de suite, les meurtres, principal intérêt des slashers du type Vendredi 13, Halloween et consorts, ne sont pas ici l'objet principal du récit. Christopher B. Landon s'attarde surtout sur le phénomène de boucle temporelle en intégrant à l'intrigue toute une série d'événements qui vont se répéter chaque fois que la même journée se répétera pour l'héroïne. Et ce, dans des conditions sensiblement différentes, permettant ainsi de faire évoluer le récit jusqu'au dénouement. Si les plus attentifs remarqueront qu'en terme de timing, il demeure quelque défauts dans la mise en place de certaines situations (lorsqu'un matin Tree quitte la chambre de Carter plus tôt que la veille, sa rencontre avec les événements déjà rencontrés les jours passés devraient s'en trouver décalés), Christopher B. Landon nous offre cependant un spectacle fort réjouissant, mélange d'épouvante, de fantastique et de comédie. Happy Birthdead est une relecture du classique de Harold Ramis à la sauce épouvante. Une réussite.

The Cloverfield Paradox, quant à lui, explore le thème passionnant du paradoxe temporel mais sous un jour radicalement différent. Ici, il n'est plus question d'un événement se répétant indéfiniment mais d'un voyage dans un univers parallèle proche de celui de ses héros. C'est un accident survenu à bord de la station spatiale internationale Cloverfield qui provoque cette faille spatio-temporelle dont les répercussions aussi bien désastreuses qu'incroyables vont avoir des conséquences inattendues sur les membres de l'équipage. Le cinéaste Julius Onah évoque l'effondrement d'un univers sur un autre, les deux se mêlant et provoquant ainsi des événements spectaculaires.
Si le lien avec les deux précédents volets de la saga Cloverfield est ténu (Cloverfield en 2008, et 10 Cloverfield Lane en 2016), quelques éléments viendront pourtant corroborer la paternité des uns et des autres, le tout semblant alors former une trilogie finalement assez peu homogène. Les personnages constituant l'équipage de Cloverfield étant d'origines diverses, on a logiquement droit à quelques dératés comportementaux. Et comme si cela ne suffisait pas, le film se transforme en un ersatz d'Alien, sans alien, mais avec des course-poursuites dans les coursives de la station saupoudrées de quelques scènes d'horreur plutôt originales.

En fait, on a surtout l'impression que le cinéaste profite du succès et de la renommée de la franchise pour lancer son propre projet. Si dans le fond The Cloverfield Paradox se laisse plaisamment suivre, on ne peut pas dire qu'il demeure pour autant exemplaire dans la forme. Parfois bavard et bien moins ambitieux que ne le laissait présager son sujet, le film de Julius Onah est peut-être le plus faible de la saga...
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