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lundi 14 août 2023

Indiana Jones et le Cadran de la destinée de James Mangold (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Après avoir lu et entendu tant d'horreurs concernant le dernier volet de la franchise Indiana Jones, je m'étais promis que j'attendrais son passage à la télévision pour le découvrir. Mais l'insouciance, la tranquillité, la plénitude liées généralement aux vacances aidant, nous nous sommes finalement dirigés ma compagne et moi vers la salle numéro 3 du cinéma CGR d'Albi en ce début de soirée du 2 août 2023 pour y découvrir Indiana Jones et le Cadran de la destinée, le dernier film mettant en scène le plus célèbre des professeurs en archéologie de fiction, Indiana Jones. Dans cette nouvelle et ce qui sera probablement son ultime aventure, nous retrouvons l'acteur Harrison Ford qui à l'aide de CGI retrouve tout d'abord sa ''prime jeunesse'' puisque l'intrigue démarre en 1944 alors que L'Allemagne nazie a envahi la France. C'est à bord d'un train que l'on retrouve Indiana Jones, lequel se retrouve notamment aux prises avec le professeur Jürgen Voller au sujet de la machine d'Anticythère. Nazi auquel notre héros aura à faire face durant la totalité du récit puisque dans la peau de ce dernier, l'acteur danois Mads Mikkelsen cherchera à tout prix à réunir les deux parties d'un seul et même objet : le cadran dont les hypothétiques propriétés ont selon Indiana Jones, rendu fou son ami Basil Shaw (l'acteur Toby Jones), lequel a voué une grande partie de son existence au dit objet. Un personnage qui n'apparaîtra que lors de la première partie et qui servira surtout de prétexte à l'apparition à l'image de l'actrice Phoebe Waller-Bridge dans le rôle de Helena Shaw, sa fille. Pour certains, la jeune femme semble avoir un temps de présence ou une implication beaucoup trop importante, bouffant littéralement ceux de celui qui se doit d'être le héros véritable de ce récit. Soit, Indiana Jones.


Un argument peu crédible si l'on prend en compte le fait qu'en réalité, les deux interprètes se partagent les rôles principaux et que ni l'un ni l'autre ne tire véritablement vers lui la couverture. Au pire l'on pourra, du moins pour un temps, critiquer l'extrême crispation que peu causer le comportement de la jeune femme qui paraît principalement intéressée par l'argent plutôt que par le projet auquel son père consacra une bonne partie de son existence. En intégrant ce personnage féminin, il semblerait à priori que Walt Disney Pictures continue son travail de sape en cherchant à intégrer certaines valeurs propres au wokisme. Le célèbre studio de production cinématographique ayant racheté Lucasfilms en 2012, on pouvait craindre qu'un certain formalisme ne vienne s'interposer entre le parti-pris d'une entreprise qui semble prendre l'eau depuis un certain temps et l'un des personnages de fiction les plus légendaires. Reprenant les personnages créés par Philip Kaufman et George Lucas, ça n'est plus Steven Spielberg qui se retrouve aux commandes du cinquième opus de la franchise mais James Mangold auquel on doit notamment les excellents Copland en 1997, Identity en 2003 ou Logan en 2017. Une valeur qui semble donc relativement sûre pour un résultat qui, s'il n'atteint pas le meilleur de la saga, fait tout de même le boulot ! L'entrée en matière semble être tout d'abord réservée aux fans de la première heure puisque l'on y découvre un Indiana Jones aux grandes heures de son épopée d'aventurier, Harrison Ford y apparaissant rajeunit grâce à la technologie du De-Aging.


Celle-ci permet effectivement de retrouver le personnage sous les traits du Indiana Jones de la première heure. Après une longue course-poursuite à bord et sur le toit d'un train lancé à vive allure, l'intrigue les projette lui et les autres membres de l'aventure en 1969 alors que la mission Apollo 11 vient de connaître un succès retentissant. Toujours empreinte de fantastique, la franchise aborde désormais le thème du voyage dans le temps avec tout ce que le concept contient de fascinant. Un sujet fort passionnant pour une œuvre de plus de cent-cinquante minutes qui tournera majoritairement autour de très longues courses-poursuites. Indiana Jones et le Cadran de la destinée tente de renouer avec le meilleur de la franchise en proposant de riches environnements tout en modernisant le concept à travers les dites courses-poursuites. Une avalanche d'images qui cachent en réalité les faiblesses d'un scénario tournant surtout autour d'un Indiana Jones vieillissant aux prises avec un nazi rêvant de réécrire l'histoire de son pays et ainsi effacer la défaite d'un certain Adolf Hitler. Rendant également hommage à quelques personnages/interprètes iconiques des œuvres passées, les fans retrouveront avec bonheur mais sans doute également un petit pincement au cœur, John Rhys-Davies dans le rôle de Sallah Faisel el-Kahir ainsi que Karen Allen dans celui de Marion Ravenwood. Le spectacle est total. À grands renforts d'images de synthèses pas toujours très convaincantes, le long-métrage propose son cortèges de scènes d'action parfois outrancières qui rappellent plus généralement le Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne de Steven Spielberg que les premières aventures de l'archéologue aventurier. Ponctué de sous-intrigues parfaitement inutiles comme la présence du fiancé d'Helena (Alaa Safi dans le rôle de Rahim) lors d'une course-poursuite en plein cœur de Tanger, Indiana Jones et le Cadran de la destinée se veut trop généreux en terme d'action, cachant ainsi certaines faiblesses. Reste que l'on ne s'y ennui pas. Sans être LA nouvelle référence du film d'aventures, le dernier long-métrage de James Mangold a au moins réussi le pari de n'être pas aussi piteux que Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal que réalisa lui-même Steven Spielberg voilà quinze ans...

 

dimanche 25 décembre 2022

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal de Steven Spielberg (2008) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal... Voilà bien le genre de titre qui sied à merveille au genre cinématographique ''Aventures''. Pour ce quatrième volet de l'un des plus célèbres personnages de l'univers ''Spielbergien'', le réalisateur, scénariste et producteur Steven Spielberg aura mis quasiment deux décennies entières pour accoucher d'un opus se déroulant non plus dans les années trente mais au cœurs des années cinquante. Plus précisément en 1957, alors que le Maccarthysme a pris fin quatre ans plus tôt. La ''Peur Rouge'' ayant débuté en 1947 et s'apprêtant à prendre fin en cette année 1957, c'est donc en pleine guerre froide entre les États-Unis et le bloc de l'est constitué par l'Union des républiques socialistes soviétiques plus connue sous l'acronyme URSS que s'inscrivent les quatrièmes aventures du fameux aventurier au chapeau modèle ''fedora'', au blouson de cuir élimé et au fouet tressé de cuir véritable... Situant le début des nouvelles aventures d'Indiana Jones dans le Nevada, lui et son compagnon George MacHale (l'acteur Ray Winstone, lequel apparaît pour la première fois à l'écran puisque leur rencontre ne remonte que depuis les années quarante) sont confrontés à des soldats de l'armée soviétique. D'emblée, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal projette notre héros au cœur d'un univers cher aux ufologues puisque l'ouverture du long-métrage se situe dans la fameuse Zone 51 et plus précisément dans un hangar où sont conservées des milliers de caisses dont l'une est convoitée par la colonel-docteur Irina Spalko (l'actrice australo-américaine Cate Blanchett). Après une course-poursuite précédée par la trahison de George MacHale, Indiana Jones est projeté dans un univers dont les qualités esthétiques renvoient directement aux pages publicitaires familiales des années cinquante. Surtout, cette séquence qui se déroule sur le ''fameux'' site de sécurité nationale du Nevada (ou NNSS) où eurent lieu de nombreux essais nucléaires crée un large décalage entre l'univers habituel du héros et ce nouvel environnement. Outrancièrement colorée et dénuée de toute présence humaine, cette ville-fantôme détonne avec l'habituelle luxuriance des forêts explorées par Indiana Jones ou même avec les sites exotiques qu'il avait jusque là l'habitude de croiser en chemin. Une séquence hors-norme dans le contexte de ce héros d'un autre temps qui pourtant fait son petit effet...


Steven Spielberg parvient ainsi d'emblée à renouveler le mythe tout en l'inscrivant dans un univers qui n'est pourtant pas vraiment en rapport avec son statut de découvreur et aventurier de sites archéologiques. Quitte à se défausser vis à vis de toute crédibilité, le réalisateur nous offre alors une séquence totalement délirante, voire durant un court instant anxiogène (les sinistres mannequins d'exposition qui, inertes, trônent en ville) qui promet dès lors un quatrième opus riche en matière d'innovations... Harrison Ford a beau avoir pris vingt ans, il n'en demeure pas moins toujours aussi véloce. Pour ces quatrièmes aventures d'Indiana Jones, Steven Spielberg nous a concocté une aventure aux petits oignons bénéficiant en outre de superbes décors et d'un très remarquable visuel signé du directeur de la photographie polonais Janusz Kamiński. Loin d'être le film d'aventures plan-plan et dépassé que Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal aurait pu devenir, l’œuvre de Steven Spielberg en remontre au contraire à la concurrence avec des séquences d'anthologie qui en comparaison de ce qui se fait ailleurs n'ont absolument pas à rougir : On trouvera dans cette nouvelle aventure ajoutant une trame propre à la science-fiction, une course-poursuite à moto dans une ville de New York des années cinquante parfaitement reconstituée et ponctuée par des standards du rock'n'roll. Là, Indiana Jones y rencontrera le jeune Mutt Williams (l'acteur Shia LaBeouf) dont nous découvrirons plus tard les véritables origines. Puis, route vers le Pérou lors de la visite d'un très vieux cimetière pour une excursion souterraine passionnante. Course-poursuite encore dans une jungle péruvienne entre les éternels poursuivants du héros, Mutt, Indiana lui-même ainsi que... Marion Ravenwood, toujours incarnée par l'actrice Karen Allen, laquelle réapparaît vingt-sept ans après avoir côtoyé Indiana Jones dans le premier volet de ses aventures Les Aventuriers de l'arche perdue en 1981. Débordant d'énergie, ponctué de réels moments de bravoure (certaines cascades demeurent impressionnantes), Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal bénéficie également du ton humoristique qui typiquement a toujours fait partie de l'univers de la saga. Bref, ce retour, deux décennies après Indiana Jones et la Dernière Croisade en 1989 est une bonne surprise. À noter qu'en 2023 est prévue la sortie du cinquième et dernier opus de la franchise intitulé Indiana Jones et le Cadran de la Destinée...

 

lundi 20 juin 2022

Les seigneurs (The Wanderers) de Philip Kaufman (1979) - ★★★★★★★★★☆

 


 

Les guerres entre gangs et autres bagarres de rues ont produit un certain nombre de films au cinéma. Parmi eux, l'un des plus célèbres demeure le classique réalisé par Walter Hill en 1979, Warriors (Les guerriers de la nuit). Un indémodable... Il s'agira moins ici d'évoquer cette référence ultime dans le genre que quelques autres productions fort intéressantes qui suivirent peu ou prou la même voie. Telle Les seigneurs (The Wanderers) du réalisateur américain Philip Kaufman (à ne pas confondre avec la comédie française éponyme réalisée en 2012 par Olivier Dahan), cinéaste qui un an auparavant signait le paranoïaque Invasion of the Body Snatchers, remake surpassant allégrement l'original réalisé vingt-deux ans plus tôt par Don Siegel en 1956. Viendront peut-être par la suite des articles consacrés à Outsiders et Rusty James tout deux réalisés d'affilée par Francis Ford Coppola en 1983. Ou encore Streets of Rage de Walter Hill (encore lui) qui verra le jour l'année suivante. Mais d'ici là, penchons-nous tout d'abord sur The Wanderers et ses groupes d'adolescents réunis en bandes. Les différences ne s'y arrêtent pas simplement à la tenue vestimentaire de chacun mais toute bande qui se respecte est d'abord un ensemble d'individus partageant les mêmes valeurs, les mêmes causes et étant de même origine ethnique. Ici, les problèmes commencent à l'école. Lorsque le professeur Sharp (l'acteur Val Avery que l'on verra notamment dans plusieurs épisodes de la série Columbo) tente d'inculquer des valeurs à ses élèves dont la moitié au moins est constituée de fils d'immigrés italiens et la seconde d'afro-américains. Philip Kaufman avait tout d'abord prévu de réaliser le film bien avant son chef-d’œuvre de la science-fiction anxiogène. Mais les producteurs ne se bousculant pas à sa porte, il attendra le moment propice pour se rendre à New York et faire lire au producteur Martin Ransooff le scénario qu'il a rédigé en compagnie de son épouse Rose sur la base du roman éponyme écrit par le romancier et scénariste Richard Price...


L'intrigue prend place dans le courant des années soixante comme l'évoquent les cheveux gominés des membres de certains gangs ainsi que leur tenue vestimentaire et plus encore la bande musicale compilant une vingtaines de chansons rock n' roll interprétées entre autres par The Four Seasons, The Shirelles, Ben E. King, Dion DiMucci ou encore The Isley Brothers. L'action situe également son action dans le Bronx. C'est là que débarquent tout d'abord les Baldies. Des types pas très finauds qui se distinguent des autres gangs par leur crâne rasé et leur invariable légèreté d'esprit. À tel point, détail amusant, qu'ils seront finalement les seuls à ne pas faire la différence avec l'un d'entre eux dont le teint est d'ébène ! Avoir des fusibles en moins serait-il finalement le seul remède contre le racisme ? Deux des véritables héros du film sont les membres du gang Wanderers parmi lesquels l'on retrouve Turkey (Alan Rosenberg) et Joey (John Friedrich), lequel vient tout juste de se raser le crâne afin de rejoindre le gang du tant redouté Terreur, un colosse aussi haut que large mais dont le quotient intellectuel n'a pour le moment pas l'air de dépasser celui d'un enfant de quatre ou cinq ans. Dans les ruelles d'un quartier du Bronx, les deux gamins sont poursuivis par les membres des Baldies et ne verront leur salut que grâce à l'intervention d'un certain Perry LaGuardia (l'acteur Tony Ganios) qui s'avère être le nouveau voisin de Turkey. L'on a droit à un affrontement qui malheureusement laisse craindre le pire pour la suite. À moins que Philip Kaufman ne préfère pour l'instant ménager ses jeunes montures car la séquence de bagarre qui oppose Perry à une dizaines des membres des Baldies s'avère relativement mal fagotée. Des coups de poings qui s'enchaînent les uns après les autres face à des brutes épaisses qui défilent à la queue leu leu. La séquence n'occasionne aucun sentiment d'effroi et Joey, Turkey et leur nouvel ami s'en sortent sans la moindre égratignure. Espérons que la suite sera d'un autre tonneau...


Interviennent alors les membres d'un gang d'afro-américains dans l'enceinte même de l'école où sont censés étudier les élèves. Parmi eux, nous reconnaîtrons l'acteur Michael Wright qui quatre ans plus tard interprétera le personnage d'Elias Taylor, l'un des piliers de la résistance face à l'envahisseur extraterrestre dans la série de science-fiction culte, V. il s'agit là de son tout premier rôle au cinéma et Philip Kaufman semble ne s'y être pas trompé puisque plutôt que de le reléguer dans le simple rôle de l'un des membres du gang afro-américain, il en fait carrément leur chef. L'acteur personnifie donc un jeune homme qui semble nettement plus réfléchi que ses compagnons. Si le film est l'occasion de séquences plus amusantes que réellement dramatiques (celle faisant intervenir Joey et l'un de ses camarades sur le pont face à un jeu orchestré par terreur et les membres de son gang est significative), Philip kaufman ajoute cependant quelques soupçons de cruauté. Comme la punition infligée par le chef de la mafia italienne locale Chubby Galasso (Dolph Sweet) à un jeune homme dans une salle de bowling ! La gente féminine tarde à se montrer à l'écran puisque durant un bon tiers, le premier, celle-ci n'est jamais représentée. Ou en tout cas, à hauteur de poitrine uniquement ! Intervient alors l'actrice Karen Allen et son regard empli de sensualité. Bien que la jeune actrice ait déjà tenu un rôle au cinéma dans American College, c'est réellement l’œuvre de Philip Kaufman qui révèle son charme et son talent lors de sa miraculeuse apparition dans les rues du Bronx, deux ans avant qu'un certain Steven Spielberg ne l'engage sur le tournage d'un tout petit film intitulé Les Aventuriers de l'arche perdue ! L'acteur Ken Wahl interprète quant à lui le personnage central de Richie Gennaro, lui-même membre des Wanderers. Aidé par sa belle gueule, on ne le verra cependant que dans très peu de longs-métrages par la suite mais aussi et surtout dans le rôle principal de Vincent Terranova dans la série américaine à succès, Un flic dans la Mafia entre 1987 et 1990...


Le récit de The Wanderers s'offre parfois des ruptures de ton assez surprenantes : Après une longue séquence aussi amusante que naïve se déroulant lors d'une soirée organisée par la fiancée de Richie (la partie de strip-poker est cultissime), on assiste à la traque nocturne et cauchemardesque de Joey (souvenez-vous, l'ancien Wanderers au crâne rasé) par des dizaines d'hommes qui veulent sa peau, dans des rues malfamées et enfumées. Autant dire que Philip Kaufman bat le froid après nous avoir réchauffé le cœur (et le reste) devant l'effeuillage des deux principales interprètes féminines. Les premières inquiétudes laissent donc rapidement le champ libre au soulagement. Plus l'intrigue de The Wanderers progresse et plus le film revêt une évidence : nous sommes là, devant un divertissement infiniment riche qui gagne en profondeur et en finesse à mesure que l'histoire évolue vers plus de sérieux. Une chronique de l'adolescence américaine des années soixante, sur fond de Mafia, de guerre des gangs et de trahisons amoureuses, à l'aube du passage à l'âge adulte avec le nombre de transformations, de bouleversements et de responsabilités que cela suggère. Un classique, quelque part entre Les guerriers de la nuit de Walter Hill, The Blues Brothers de John Landis, The Breakfast Club de John Hughes et le cinéma de Martin Scorsese. Mais c'est avant tout le cinéma de Philip Kaufman qui s'y exprime. Admirable, brillant et tout simplement culte... !

 

samedi 29 août 2020

Les Aventuriers de l'Arche Perdue de Steven Spielberg (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Pérou, 1936. L'archéologue américain Indiana Jones pénètre un temple à l'intérieur duquel il s'apprête à mettre la main sur une idole en or appartenant au peuple des Chachapoyas. Mais pour pouvoir y accéder, celui-ci doit faire face à divers pièges parmi lesquels des fléchettes empoisonnées sortant des murs lorsque est activé un mécanisme placé au sol. Accompagné de Satipo (l'acteur Alfred Molina), un porteur de bagages, Indiana Jones est trahi lorsque après s'être saisi de la statuette, le temple commence à s'effondrer. Une fois retourné à l'extérieur, il se retrouve nez à nez avec les indiens Hovito qui le menacent à l'aide de lances et de sarbacanes, lesquels sont accompagnés de l'archéologue René Belloq, son éternel concurrent qui lui dérobe alors l'idole. Parvenant à prendre la fuite mais poursuivi par les Hovito, Indiana Jone retourne jusqu'à l'hydravion piloté par son ami Jock Lindsey et les deux hommes repartent pour l'Amérique... Voici donc comment débutent les toutes premières aventures d'Indiana Jone. Un projet à l'initiative duquel se trouve tout d'abord le réalisateur, scénariste et producteur George Lucas qui après le succès de Star Wars s'imagine déjà prendre les commandes d'un nouveau projet inspiré des serials d'aventures dont les origines remontent au début du vingtième siècle et qui consistaient à proposer un type de films reposant sur le principe du roman-feuilleton...

Les Aventuriers de l'Arche Perdue (Raiders of the Los Ark) sera donc le premier volet d'une mythique saga cinématographique dont George Lucas abandonnera cependant la réalisation au profit de Steven Spielberg qui jusque là, aura rencontré un immense succès avec Les Dents de la Mer en 1975 et Rencontre du Troisième Type en 1977 avant de faire un bide avec 1941 deux ans plus tard. C'est pourtant très confiant que George Lucas lui confie les rennes de ce nouveau projet que Steven Spielberg accepte de réaliser si le producteur lui accorde le ''Final Cut''. L'écriture du scénario est confiée les yeux fermés à Lawrence Kasdan qui avait déjà participé à l'écriture de celui de Star Wars, épisode V : L'Empire contre-attaque d'Irvin Kershner l'année passée en 1980 ainsi que celle de La Fièvre au Corps que le scénariste réalisa lui-même. Reprenant un scénario aux commandes duquel on retrouvait George Lucas et Philip Kaufman (réalisateur du paranoïaque L'Invasion des Profanateurs en 1978), Lawrence Kasdan propose une aventure riche en rebondissements qu'adoubent et le producteur, et le futur réalisateur...

Le rôle-titre est proposé à Harrison Ford auquel pensent immédiatement le scénariste et le réalisateur. Étrangement, George Lucas est lui, d'un autre avis. La production envisage alors plutôt Tom Selleck, puis Jeff Bridges et Nick Nolte. Mais si les deux derniers refusent, c'est le contrat qui le lie à la série télévisée culte Magnum qui empêche Tom Selleck d'endosser le costume de l'archéologue. Changement radical d'univers pour Harrison Ford qui après avoir notamment incarné Han Solo dans les deux premiers volets de la saga Star Wars et le Lieutenant David Halloran dans Guerre et Passion de Peter Hyams assume cette fois-ci la responsabilité d'endosser le costume d'un personnage qui sera amené à devenir l'une des légendes du cinéma d'aventure en particulier et du septième art en général. L'un des principaux atouts du personnage façonné tout d'abord par l'écriture de Lawrence Kasdan et peaufiné par l'acteur demeure dans la double facette qui le caractérise. Nous avons effectivement d'un côté un professeur en archéologie plutôt lisse, bien habillé, bégayant et objet de convoitises parmi la grande majorité d'élèves de sexe féminin qui suivent ses cours. De l'autre, on se retrouve avec un aventurier courageux, inventif, instinctif, et beaucoup plus charismatique. Chapeau vissé sur le crâne, blouson de cuir, pantalon de treillis et chemises beiges, il a le visage quelque peu tanné, en sueur, et en partie recouvert d'une barbe de trois jours. Pas vraiment le super-héros ultra clean qu'arbore le cinéma de nos jours...

À la réalisation, Steven Spielberg propose aux spectateurs une aventure épique, moite, dangereuse, romanesque, opposant le héros et ses ennemis à certains éléments fantastiques. Imaginez-donc : rien de moins que la recherche de L'Arche d'Alliance, qui selon la Bible renferme les tables de la loi mieux connue sous le nom des Dix Commandements. Et vue la période durant laquelle se déroule le récit, pourquoi ne pas opposer Indiana Jones aux nazis ? Des nazis qui sur ordre de leur führer Adolf Hitler sont chargés de retrouver et mettre la main sur l'Arche en question. Tout ou partie du concept de Les Aventuriers de l'Arche Perdue repose donc sur cette quête à laquelle vont donc participer Indiana Jones ET Marion Ravenwood, fille de son ancien mentor malheureusement décédé. En possession d'un pendentif permettant de situer très exactement la position de l'Arche dans le Puits des Âmes, la jeune femme tout d'abord très en colère vis à vis d'Indiana Jones participera finalement aux aventures de l'archéologue. Interprétée par l'actrice Karen Allen (Starman de John Carpenter en 1984, Terminus de Pierre-William Glenn en 1987, En Pleine Tempête de Wolfgang Petersen en 2000), l'actrice apporte cette petite touche de féminité et de romantisme nécessaire à une œuvre très majoritairement masculine. L'archéologue français Émile Belloq, l'ennemi juré d'Indiana Jones, est quant à lui interprété par l'acteur Paul Freeman. Ronald Lacey interprète le nazi Arnold Ernst Toht tandis que le futur Maximilien Arturo de la série culte Sliders et le nain Gimli de la trilogie du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, John Rhys-Davies, interprète le personnage de l'excellent Sallah Faisel el-Kahir...

Entre le Pérou, son ancien temple, sa jungle, ses indigènes, l'université du Connecticut et sa flamboyante ''rusticité'', le Népal et son blanc manteau où notre héros retrouve la belle Marion, le Caire et ses marchés, sa faune, ses ruelles et ses dangers, la séquence située sur un cargo, ou celle se déroulant sur une île de la Mer Égée, Les Aventuriers de l'Arche Perdue offre aux spectateurs une aventures remarquable, qui, si elle s'inspire souvent des serials d'antan, saura elle-même être la source d'inspiration de nombreux longs-métrages à venir. De A la Poursuite du Diamant Vert de Robert Zemeckis, jusqu'aux divers longs-métrages issus de la série de jeux vidéos Tomb Raider dans lesquels est mise en vedette l'aventurière Lara Croft. Comme dans tout bon film d'aventures, les anecdotes ne se comptent ici pas simplement sur les doigts d'une seule main. Sans faire le catalogue de celles qui couvrent l'entièreté du long-métrage, il est certainement intéressant de revenir sur quelques-une d'entre elles. Et parmi les plus intéressantes, celle qui concerne la séquence lors de laquelle Indiana Jones est censé combattre un homme armé d'un sabre lors de son passage au Caire. Après que ce dernier ait montré son aisance dans le maniement du sabre, Indiana Jones se saisit de son pistolet et l'abat d'un seul coup de feu.

Il faut savoir qu'à l'origine, le duel devait proposer un combat épique entre les deux hommes. Seulement, Harrison Ford se sentant mal au moment de tourner la scène, l'acteur demanda à ce qu'elle soit écourtée. En résulte une séquence vraiment amusante. Autre anecdote : lors de la séquence située dans le Puits des Âmes, les fans de la saga Star Wars pourront reconnaître parmi les hiéroglyphes, certains ''dessins'' à l'image des androïdes C3PO et R2D2. Il serait peut-être également intéressant de revenir sur l'une des plus impressionnantes séquences du film qui voit certains nazis mourir dans d'horribles circonstances lorsque le couvercle de l'Arche et retiré. Le premier Poltergeist que Tobe Hooper réalisera en 1982 mais dont certaines séquences furent considérées comme le fruit de l'imagination de Steven Spielberg demeure encore le sujet de polémiques. Si certains s'attardent à s'accorder que la scène durant laquelle un scientifique s'arrache le visage devant un miroir est indubitablement l’œuvre de Tobe Hooper, la séquence durant laquelle des esprits échappés de l'Arche tuent les nazis des Aventuriers de l'Arche Perdue tenterait à prouver que Steven Spielberg pourrait tout à fait être à l’origine de celle de Poltergeist... Mais pour en revenir au film sorti l'année précédente, Les Aventuriers de l'Arche Perdue est une œuvre mythique qui malgré les années n'a rien perdu de son charme, de son inventivité et de son attractivité. Presque quarante ans après, le film de Steven Spielberg demeure l'un des meilleurs de sa catégorie. À la suite du succès phénoménal qu'il rencontra, une séquelle fut évidemment envisagée. Intitulée Indiana Jones et le Temple Maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom), elle verra le jour trois ans plus tard, toujours sous la houlette de Steven Spielberg, le scénario étant cette fois-ci l’œuvre de Willard Huyck et Gloria Katz...
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