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jeudi 7 mars 2024

Les Secrets de la Princesse de Cadignan d'Arielle Dombasle (2023)

 


 

À l'origine des Secrets de la Princesse de Cadignan fut un vain de jeu de séduction qui se soldat par un échec. Et à l'issue duquel, l'écrivain et dramaturge français Honoré de Balzac créa ce personnage de fiction. L'homme aura eu beau tenter de prendre dans ses filets Claire de Maillé de La Tour-Landry, épouse du Duc de Castries, sa déception aura au moins eu pour conséquence de faire naître dans l’œuvre d'Honoré de Balzac une héroïne qui constamment apparaîtra au fil de divers écrits. Et parmi ces derniers, celui qui donne désormais son nom au dernier long-métrage mis en scène par l'actrice et réalisatrice française Arielle Dombasle, Les secrets de la Princesse de Cadignan. D'une remarquable rigueur que d'aucun pourrait considérer de suicidaire, la septuagénaire n'a pas encore osé proposer à d'autres les idées parfaitement saugrenues qui lui passent par la tête et qu'elle préfère visiblement elle-même diriger. Depuis trente années qu'elle partage la vie de Bernard Henri-Levy, on remarquera que des débuts érotiques jusqu'à l'apogée grandiloquente de ses dernières œuvres en tant que réalisatrice, Arielle Dombasle aura su faire fi des commentaires obséquieux et aura su demeurer telle que ses diverses apparitions télévisuelles et cinématographiques nous l'ont présentée. Libre, joyeuse, vivant peut-être essentiellement pour le regard énamouré de son homme, véritable pense-bête rappelant que la vie n'est que plaisir et excentricité à ceux qui vivent dans l'obscurité, la voici donc aux commandes d'un nouveau long-métrage qui comme les autres et notamment Opium ou Alien Crystal Palace, est emprunt d'une passion défaillante pour la direction d'acteurs et l’auto-centrisme. Dans Les Secrets de la Princesse de Cadignan, forcément, Arielle Dombasle s'offre la part du lion... ou de la lionne en interprétant l'héroïne du récit. Cette femme aux conquêtes multiples dont elle confie le contenu à l'écoute très amicale de la marquise d'Espard qu'interprète de son côté Julie Depardieu.


Un monde d'hommes où l'on croise Honoré de Balzac, forcément, Eugène de Rastignac, l'un des personnages récurrents de l'écrivain, ainsi que divers aristocrates qui les uns après les autres sont tombés sous le charme de la jeune femme. Celle-ci a beau avoir la trentaine et celle qui l'interprète plus du double, chaque individu qui tombe dans ses filets est hypnotisé par sa beauté. On pourrait facilement opposer aux Secrets de la Princesse de Cadignan, le Danton d'Andrzej Wajda, le Barry Lindon de Stanley Kubrick ou une partie de l’œuvre de Peter Greenaway afin d'asseoir le fait que le génie de la réalisatrice lui a été ôté dès sa naissance. Mais plus sobrement et donc avec infiniment plus de délicatesse, c'est avec le cinéma de Jean-Pierre Mocky que l'on comparera plutôt cette grandiloquente approche du romanesque ou tout ou presque est l'occasion d'évoquer le pire... et donc le meilleur si l'on est un tant soit peu fanatique de ce qui touche de près ou de loin au Nanar ou au cinéma Z ! Pourtant, qui voudrait vraiment s'acharner sur cette pauvre créature qui vraisemblablement sans s'en rendre compte, signe presque à chaque fois des œuvres ni faites ni à faire ? Pas moi, en tout cas. Sans être l'horrible descendant de la pire engeance cinématographique hexagonale des années ''Philippe Clair'' et consorts, on pourrait même dire que le film repose parfois sur quelques éclats de génie, si rares cependant, qu'on les considérera d'accidentels. Les deux actrices jouent avec un tel manque de naturel que celui-ci cantonnerait presque en parallèle, l'expression théâtrale à une certaine forme d'hyperréalisme. Musique baroque ou romantique entrecoupée de sessions électroniques parfaitement anachroniques, costumes en frou-frou et outrancièrement colorés, l'idée de la décadence traverse l'esprit sans pour autant jamais choquer l'auditoire. Comme d'habitude, Arielle Dombasle est en roue libre et emporte avec elle dans un tourbillon d'idée saugrenues, un parterre d'interprètes prêts à sacrifier leur carrière et leur réputation. Une certaine idée de l'abandon de soi, de l'abnégation, et sans doute aussi du renoncement au profit d'une artiste s'auto-déifiant. Bref, et contrairement aux apparences, Les Secrets de la Princesse de Cadignan est un incunable... pour spectateurs avertis, cela va sans dire...

samedi 18 novembre 2023

Pièce Montée de Denys Granier-Deferre (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Même patronyme mais pas même prestige me suis-je dis à la toute fin de la projection de Pièce montée de Denys Granier-Deferre. Le père de ce dernier, prénommé Pierre, nous offrit tout de même (et au hasard des inspirations), La métamorphose des cloportes en 1965, La Horse en 1970, le dépressif Le chat et La veuve Couderc l'année suivante, puis La cage, Adieu poulet, Le toubib ou encore Une étrange affaire quelques années plus tard. La filmographie du fiston, elle, s'est rachitiquement enrichie d’œuvres cinématographiques qui se comptent sur les doigts d'une seule main. La cynique comédie Que les gros salaires lèvent le doigt en 1982, Réveillon chez Bob en 1984, Blanc de Chine en 1988, Coma en 1994 et donc, Pièce montée en 2009. Depuis presque quinze ans, Denys Granier-Deferre n'a donc plus mis les mains dans le cambouis du Cinéma avec un grand C. Celui qui l'on contemple dans les salles obscures. Le réalisateur n'a par contre pas chômé du côté du petit écran puisqu'en une vingtaine d'années, il a régulièrement réalisé des téléfilms et des épisodes de séries télévisées. Ô, rien de vraiment glorieux. Un épisode de L'instit par-ci, un autre du Commissaire Maigret par-là... Les comédies françaises se situant autour du mariage ne sont pas une denrée rare. Certaines sont comme ici sujettes à des règlements de comptes entre membres d'une même famille. Des rancœurs enfouies très profondément et qui resurgissent au moment le plus inopportun qui soit. Dans le cas de Pièce montée, le film repose sur l'ouvrage de la romancière française Blandine Le Callet intitulé La pièce montée qui fut édité pour la première fois en 2006. Premier roman, premier succès. En effet, La pièce montée se vend alors à plusieurs centaines de milliers d'exemplaires et remporte notamment les Prix René-Fallet ainsi que le Prix des lecteurs du Livre de poche en 2007. Quatre ans plus tard, Denys Granier-Deferre adapte donc le roman sur grand écran, l'occasion de découvrir pour l'une des toutes dernières fois l'actrice Danielle Darrieux qui décédera sept ans plus tard à l'âge de cent ans ! En effet, celle-ci n'apparaîtra plus ensuite que dans le téléfilm C'est toi c'est tout de Jacques Satamaria en 2010 tandis qu'elle participera en voix-off au court-métrage d'Emmanuel Vernières Tournons ensemble, Mademoiselle Darrieux dans lequel elle s'entretiendra avec un réalisateur sur un futur projet auquel elle aurait dû conjointement participer aux côtés de son petit-fils.


Mais la mort, hélas, l'emporta entre-temps. Tout comme Jean-Pierre Marielle, Danièle est l'une des rares valeurs ajoutées de cette Pièce montée dont les qualités sont sans nul doute très en deçà de ce que l'on est en droit d'attendre pour ce genre de long-métrage. Une comédie, certes. Acerbe, je veux bien. Mais dont l'écriture n'égale absolument pas celle des classiques du genre. Rien de bien transcendant donc dans la vie de ce jeune couple formé par Jérémie Rénier et Clémence Poésy que l'on a récemment pu découvrir dans le spin-off de The Walking Dead intitulé Daryl Dixon où elle joue aux côtés de l'acteur américain Daryl Dixon. Nous découvrons Bérengère et Vincent quelques heures avant leur union devant le curé d'une petite ville de province située géographiquement dans la commune rurale de Frémainville dans le département du Val-d'Oise. Eux, mais aussi leurs familles respectives. Et autant dire que de ce côté là, le spectateur va pouvoir ''savourer'' les sautes d'humeur, l'aigreur et la vilenie presque généralisée de tout ce petit monde. Le principal soucis de Pièce montée est la trop grande ''gentillesse'' avec laquelle le réalisateur et le scénariste Jérôme Soubeyrand traitent le sujet du roman de Blandine Le Callet. Trop de personnages tuent le concept. Surtout que le film ne dure que quatre-vingt dix minutes. Pas de quoi approfondir la plupart des protagonistes. De la relation qu'entretient le couple formé par Léa Drucker et Christophe Alévêque en passant par les personnages interprétés par Julie Gayet, Dominique Lavanant, Charlotte de Turckheim ou les futurs mariés eux-même, il n'y a guère que la fibre émotionnelle qui fonctionne ici. Revoir Danielle Darrieux et Jean-Pierre Marielle dans les conditions présentes (l'un et l'autre n'étant depuis, plus de ce monde) rend leurs personnages respectifs particulièrement touchants. Pour le reste, Pièce montée est une comédie qui structurellement manque malheureusement de folie...

 

samedi 9 juillet 2022

Or de lui - Zaï Zaï Zaï Zaï - Incroyable mais vrai

 


 

Alors que nous nous apprêtons à aller découvrir le dernier long-métrage de Quentin Dupieux, petit retour non pas sur la filmographie de celui qui se cache sous le pseudo de Mr Oizo lorsque l'inspiration musicale lui vient mais sur deux étranges et passionnantes alternatives à ce cinéma de l'absurde dont il nous abreuve depuis ses débuts en 2001 avec Nonfilm. Exit donc Quentin Dupieux. Nous accueillons au sein d'un curieux univers parallèle l'acteur Ramzy Bédia auquel le réalisateur français avait d'ailleurs offert l'un des deux principaux rôles de son décalé Steak en 2007. Mais cette fois-ci, c'est sur François Desagnat et Baptiste Lorber qu'il lui aura fallu compter. Le premier n'a cependant pas confié à Ramzy le rôle principal de sa dernière comédie Zaï Zaï Zaï Zaï. Mais découverte conjointement à la mini-série Or de lui dans lequel l'humoriste et acteur tient cette fois-ci la vedette, le rapport qu'entretiennent l'un et l'autre de ces programmes me contraint à les lier au même article. L'auteur de La beuze en 2003, de Le jeu de la vérité en 2014 ou de Le gendre de ma vie quatre ans plus tard semble avoir choisi d'offrir à sa carrière de réalisateur un virage plus absurde que jamais. Et même inédit puisqu'en dehors des Onze commandements, on ne peut pas dire que la filmographie de Vincent Desagnat fut jusque là, incroyablement originale. Alors que l'on frétille d'impatience de découvrir son prochain projet Raoul et les raouliens, Zaï Zaï Zaï Zaï développe un certain nombre d'idées qui font souvent l'unanimité lorsque l'on évoque le futur proche sous une forme dystopique. Dans un univers où n'existe qu'un seul modèle de véhicule et où Fabrice (Jean-Paul Rouve) va se retrouver traqué par la police, les médias et les réseaux sociaux parce qu'il a oublié sa carte de fidélité au moment de payer ses achats en magasin, François Desagnat se fait le critique d'une société qui n'a jamais été aussi moribonde que ces dernières années. Non dénué d'un certain humour Zaï Zaï Zaï Zaï aborde la chose sous un angle qui ne diffère pas vraiment de ce que l'on a pu découvrir jusque là au cinéma. Il décrit un monde aseptisé, dans lequel être acteur comique ou faire preuve d'un certain humour est pratiquement considéré comme une tare. François Desagnat examine notre société à la loupe et décrit avec justesse les dérives qui découlent de tous les supports médiatiques qui jugent non plus les gens sur ce qu'ils sont réellement mais sur leurs apparences. En découle une œuvre cynique, qui bat l'humour à froid, et dans laquelle Ramzy Bédia incarne l'image de l'époux et du père de substitution tandis que Jean-Paul Rouve le fuyard va de rencontres en rencontres.
 
Zaï Zaï Zaï Zaï
est l'adaptation cinématographique non pas d'un roman, mais de la bande dessinée de Fabcaro, l'auteur du roman Le discours qu'a adapté sur grand écran le réalisateur Laurent Tirard... Zaï Zaï Zaï Zaï est donc proche de l'univers de Quentin Dupieux. Et si j'osais, j'affirmerais que François Desagnat a réussi là où pêche parfois le cinéma de Mr Oizo. Lequel a souvent trop tendance à se reposer sur des scénarii originaux plutôt que sur des mises en scène fainéantes. Zaï Zaï Zaï Zaï réussit le pari de réunir Jean-Paul Rouve, Julie Depardieu, Ramzy Bédia, Yolande Moreau ou Julie Gayet dans une comédie certes absurde, mais ô combien visionnaire. Un casting de sympathiques comédiens parmi lesquels nous retrouvons également Marc Riso (dans le rôle du vigile), lequel interprète justement l'un des personnages principaux de la mini-série Or de lui aux côtés de Ramzy Bédia. Ici, tout semble a priori d'un commun assez terne. Des couples qui s'invitent à dîner, une épouse qui trompe son mari, le VRP d'une petite entreprise humilié par ses collègues et puis, un jour.... la découverte de ce ''pouvoir'' incroyable qui transforme Ramzy Bédia/Joseph en poule aux œufs d'or. Car oui, son personnage se met à chier des étrons d'or ! Des lingots en forme de ''caca''. Le début de la fortune ? Plutôt celui des emmerdes: Certes un nouvel ami (Marc Riso) mais d'abord et surtout, une épouse qui va voir ailleurs (Olivia Côte), découche, le trompe avec Stéphane (Christophe Héraut). Et puis, un marchand d'or pas très net (Vincent Solignac) et son rejeton (Jérome Niel, inquiétant dans le rôle de Gino). C'est donc dans un contexte social relativement classique qu'entre en jeu ce phénomène surprenant : Ramzy Bédia la poule aux œufs d'or ! En 1973, le chilien Alessandro Jodorowsky transformait ses excréments en or. Trois ans plus tard, l'allemand Werner Herzog et ses interprètes sous hypnose tentaient de découvrir le secret du maître verrier Mühlbeck récemment décédé, seul détenteur de la formule de fabrication du verre rubis. Cinquante ans après, Ramzy Bédia endosse le costume de l'alchimiste Joseph qui va découvrir les avantages et les inconvénients de produire des étrons en or. Là encore, le pari est réussi de mêler l'absurde à la réalité. D'autant plus que le ton humoristique est parfois contrebalancé par des séquences dramatiques relativement intenses. […] Deux heures plus tard... 
 
De retour du cinéma en proie à une insupportable céphalée, j'ai envie de gueuler un bon coup sur ce cher vieux Quentin Dupieux qui en lançant Léa Drucker dans une quête personnelle de jeunesse eternelle a fait des choix particulièrement audacieux. Voir inadaptés pour le confort des yeux. Ceux du public, contraint de détourner parfois le regard s'il ne veut pas avoir de terribles maux de tête au sortir de la salle. Que l'image soit surannée au point de nous renvoyer en pleines années soixante-dix comme l'évoque notamment l'imagerie des Boards of Canada, je veux bien. Mais de là à user d'un vieil objectif plus vraiment fiable et nous imposer ainsi durant soixante-quinze minutes une image qui ne parvient jamais à faire le focus sur les personnages ou les décors en arrière plan, c'est à un supplice que nous convie le réalisateur. De même, l'on connaît la prédisposition de Quentin Dupieux à nous offrir sans cesse des univers décalés. Et là encore, le succès de l'entreprise tient tout d'abord de son scénario. Mais à l'image, et quelles que soit sa manière d'aborder le sujet, Incroyable mais vrai apparaît comme le plus sage de ses longs-métrages. Ce qui d'une certaine manière, donne également l'impression qu'il est aussi le plus maitrisé. Celui qui offre aussi le sentiment que pour une fois, l'auteur de Rubber ou de Wrong Cops n'a pas confié son projet aux seules mains de ses interprètes. L'engouement des critiques pour Incroyable mais vrai est presque inimaginable tant le dernier film de Quentin Dupieux semble parfois si éloigné de ses délires habituels. Plus sérieux mais néanmoins parcouru d'idées folles, Incroyable mais vrai mixe voyage dans le temps, le roman d'Oscar Wilde Le portrait de Dorian Gray(ici, un simple miroir), quête de jeunesse éternelle ou de masculinité (Benoît Magimel/Gérard en homme/machine hypersexué) et face à tout ça, impose un Alain Chabat terriblement sobre et bienveillant. On sort de la salle avec le regret d'avoir assisté à cet étonnant récit dans un inconfort visuel total, figé devant l'écran à patienter jusqu'à ce que le film nous délivre ses multiples messages. En attendant Fumer fait tousser, le prochain long-métrage de Quentin Dupieux, on confirmera que le meilleur film ''Dupieuesque'' à être sorti en salle cette année n'est pas le sien mais celui de François Desagnat...

 

jeudi 6 février 2020

Opium d'Arielle Dombasle (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Qui aurait cru que devant cette œuvre signée de l'improbable auteur du récent Alien Crystal Palace j'allais éprouver des sentiments plutôt positifs au regard de la malveillance que je m'attendais à exprimer une nouvelle fois ? Opium est le grand frère du dernier long-métrage d'Arielle Dombasle puisqu'il lui est antérieur de six années, et pourtant, lorsque l'on s'est infligé le spectacle d'un Alien Crystal Palace foutraque, grandiloquent, kitsch et très mal interprété, Opium, lui, paraît parfois bien innocent, sinon timide dans toutes les cases à cocher qui participent à l'élaboration du ''mythe''. Contrairement à son dernier effort, l'actrice-réalisatrice ne s'y offre pas le rôle principal mais le confie à l'acteur Grégoire Colin qui dans la peau de Jean Cocteau, a la difficile tâche d'évoquer ses amours avec le jeune écrivain Raymond Radiguet, surtout connu pour avoir très tôt été l'auteur du célèbre roman Le Diable au Corps. En consommateur d'opium, poète, dessinateur et auteur de pièces de théâtre, Grégoire Colin distille une certaine grâce, du moins, le charisme nécessaire pour croire à cette histoire que vécurent réellement les deux hommes sans que le film ne tombe tout à fait dans le grotesque et l'invraisemblable...

Arielle Dombasle réunit une brochette de célèbres personnages (le danseur Vaslav Fomitch Nijinski, Maurice Sachs, Coco Chanel ou encore Paul Morand) dans un tourbillon qui ne dépareillerait presque pas avec La Note Bleue d'un Andrzej Zulawski pour le coup, beaucoup moins inspiré. Car en effet, si l'on peut trouver à Opium de nombreux défauts, le montage de Xavier Sirvin (Moussem les Morts de Jean-Baptiste Alazard et Vincent Le Port en 2010, La loi de la Jungle d'Antonin Peretjatko en 2016), la mise en scène chaotique, la post-synchronisation parfois catastrophique, l’œuvre d'Arielle Dombasle possède un charme suranné qui, si elle n’envoûte jamais vraiment le spectateur, parvient tout de même à le garder concentré devant le spectacle. Une valeur qui a son importance si l'on tient compte du fait que la réalisatrice s'est attachée les services de Vincent Darré pour la direction artistique et d'un nombre important de professionnels spécialisés dans le Sound-Design et les effets visuels pour au final accoucher d'une œuvre qui oscille entre le pathétique et le poétique.

Sans ambages, osons définir Opium ainsi : mélange surréaliste, psychédélique, musical et nanardesque où croiseraient le fer David Lynch, Alessandro Jodorowsky, Andrzej Zulawski, Luis Buñuel et Salvador Dalí, le cirque Barnum, le cabaret, l'intelligentsia littéraire du début des années 1900 et une certaine idée de la poésie mise en images dans de très artistiques séquences en noir et blanc, le long-métrage d'Arielle Dombasle n'est pas la vision ridicule qu'aimeraient sans doute imposer ses détracteurs. Bien entendu, la réalisatrice est loin d'imposer un divertissement digne des grands noms cités plus hauts, mais cependant, quelques séquences, malheureusement gâchées par des scènes absolument indigestes, maintiennent le spectateur éveillés. Arielle Dombasle y met en image la poésie de Jean Cocteau sur lequel repose pas mal de monologues et de dialogues. Réduit à ses seuls passages en noir et blanc, Opium aurait peut-être été digne de figurer dans le top cent du courant cinématographique surréaliste. Certaines séquences demeurent tout de même parfaitement acceptables. Outre celles en noir et blanc, kitsch mais ô combien poétiques, le spectateur appréciera sans doute les errances intimes et intestines de Jean Cocteau, l’exubérance un peu surjouée de Samuel Mercer dans le rôle de Raymond Radiguet, la partition musicale, simple, mais plutôt jolie et mélancolique de Philippe Eveno (qui participa déjà à celle de Je suis un no Man's Land en 2010) et bien sûr la présence toujours appréciable de Philippe Katerine qui dans le cas présent incarne le danseur Nijinski...

samedi 8 décembre 2018

Je suis un No Man's Land de Thierry Jousse (2010)) - ★★★★★★☆☆☆☆



Philippe Katerine jouant dans un O.F.N.I, étonnant ! Non ? Pas vraiment en fait. Aussi atypique sur grand écran qu'en musique lorsqu'il se met lui-même en scène (Peau de Cochon) ou que d'autres s'en chargent (Hibou de Ramzy Bédia) comme en témoigne en 2011 ce film signé de Thierry Jousse, Je suis un No Man's Land dont il s'agit actuellement de la seconde réalisation après Les Invisibles en 2005. Peu productif, le cinéaste a cependant le don de nous faire voyager dans des paysages sonores et visuels différents. Entre mélancolie, nostalgie, comédie et poésie, Je suis un No Man's Land est un retour à la nature, dans un coin de France paisible où vivent les parents de Philippe. Ceux-là mêmes qu'il n'a pas revu depuis cinq ans. Depuis surtout, que le succès est au rendez-vous pour ce chanteur accaparé par sa carrière qui un soir reçoit dans sa loge, une groupie très étrange qui l'invite à venir chez elle. En fait, une ancienne camarade de lycée que Philippe a bien entendu, oublié. Un verre d'alcool et le voilà flippant, s'échappant, courant dans la forêt, tombant sur un cheval, marchant longuement jusqu'à se retrouver là où il vivait étant enfant. Il y tombe nez à nez avec un couple de vieux qui ne sont autre que ses parents. Le lendemain matin, après avoir dormi dans sa chambre d'enfant, Philippe est réveillé par sa mère, inquiet à l'idée de manquer le car pour l'école...

On aurait pu croire Philippe Katerine à l'origine du script et pourtant, c'est bien Thierry Jousse en compagnie de Jérôme Larcher et Camille Taboulay qui en est l'auteur. Une histoire un peu folle parcourue de jolis instants de vie. Émouvant comme les retrouvailles d'un gamin qui a peut-être grandit trop vite tout en gardant son âme d'enfant. Lentement, mais sûrement, Je suis un No Man's Land diffuse son parfum de nostalgie et de regrets. Ceux qui mettent notre héros face aux remords de n'avoir pas été là alors que sa mère se mourrait d'une grave maladie. Mais alors qu'il ne lui reste que très peu de temps, comment rapprocher un Philippe maladroit deson père, méfiant. Une distance toute paysanne, bourrue, entre le géniteur et sa progéniture.

Philippe, le chanteur, fait l'école buissonnière. Quitte pour un temps le show-business et les paillettes pour un retour à la réalité. Celle des odeurs de foin, du monde paysan. Un décalage pas toujours évident à assumer. Surtout pas auprès de Patrick Vidal, son ancien guitariste qu'il a laissé choir, un jour, sur le bas-côté de la route tandis que lui, partait conquérir le public. Un ancien copain avec lequel il entretient désormais des rapports houleux. Et puis, il y a cette drôle de fée qui débarque la nuit au beau milieu d'une forêt tandis que Philippe fait l'amour à un arbre. C'est là que l'ornithologue apprend au chanteur qu'il est dendrophile. Car oui, philippe aime les arbres. Il les caresse, et les pénètre comme on fait l'amour à celui ou celle que l'on aime. Faut-il pour autant y voir une vision pervertie de l'amour ? Non. Surtout pas chez Philippe Katerine auquel on donne le bon Dieu sans confession. Lui qui ici se révèle comme à son habitude, d'un naturel déconcertant. Naïf et mal préparé à tout ce qui est nouveau. Un chanteur pas vraiment comme les autres. Ici, on parle évidemment de l'acteur, du chanteur, et du personnage qu'il incarne bien entendu.

A ses côtés, la toujours décalée Julie Depardieu dans le rôle de Sylvie, l'ornithologue. Judith Chemla est Chloé, cette inconditionnelle du chanteur un peu flippante. Patrick, l'ancien pote de Philippe est quant à lui incarné par Jean-Michel Portal. Quant aux parents du héros, ils sont respectivement interprétés par Aurore Clément, et le toujours approximatif Jackie Berroyer. Je suis un No Man's Land ne ressemble à rien de commun si ce n'est à l'univers propre à Philippe Katerine. On pourra le comparer, toutes proportions gardées, à Michel Gondry, Quentin Dupieux, ou même Ramzy Bédia et son Hibou pour son côté décalé et parfois naïf. Un long-métrage qui siéra aux rêveurs de tous poils amateurs d'Objets Filmiques Non Identifiés auquel le film de Thierry Jousse appartient indéniablement. Les autres, pas ou peu préparés, risquent malheureusement de faire la grimace...

vendredi 23 novembre 2018

La Machine de François Dupeyron (1994) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Au départ, une excellente idée. A l'arrivée, un résultat plus que mitigé. Voilà pour la rime. Concernant le contenu de La Machine, film de science-fiction à la française, ou comment partir d'un bon sentiment et échouer sur la ligne d'arrivée, va pas falloir s'emballer même si on louera l'honorable tentative de son auteur d'affranchir son pays d'un genre trop peu représenté au moment de sa sortie. Parce que dans le genre qui intéresse ici le cinéaste français François Dupeyron, notre belle nation avait déjà bien du mal à l'époque à rivaliser avec la plus grande puissance mondiale. On se souvient encore du navrant, mais cultissime, Terminus de Pierre-William Glenn avec Johnny Hallyday. Le post-apo involontairement rigolo sorti sept ans plus tôt. Un sous Mad Max, mais au moins égal à toute la vague de nanars post-apocalyptiques qui virent le jours chez nos amis transalpins dans les années quatre-vingt. A l'époque, en France, on avait soit le choix entre passer du bon temps devant Terminus, donc, soit s'enfermer durant quatre vingt-dix minutes dans l'univers sinistre et froid du tout aussi culte mais rigoriste Bunker Palace Hôtel d'Enki Bilal. D'un côté, de l'anticipation crétinisante et jubilatoire, de l'autre, de la hard science-fiction immobile et pseudo-intellectuelle. Et puis voilà que débarque beaucoup plus tard François Dupeyron et son tout petit cortège de stars françaises. Un triangle improbable (ou presque) formé de Gérard Depardieu, que les américains nous piquèrent suffisamment longtemps pour qu'il perde peu à peu de cet immense charisme qui était le sien (l'interprète d'Uranus et de Danton ira notamment se fourvoyer chez ces voleurs d'idées et de talents en jouant le bouffon dans l'infecte 102 Dalmatiens de Kevin Lima), de la superbe Nathalie Baye de La Balance de Bob Swaim, de Rive Droite, Rive Gauche de Philippe Labro ou du très perturbant Préjudice d'Antoine Cuypers, et de Didier Bourdon, un Inconnu fort célèbre, ancien humoriste auprès de Pascal Légitimus et Bernard Campan avec lesquels il signa d'excellentes comédies (Les Trois Frères, Les Rois Mages), et acteur solo avec, entre autres, Bouquet Final de Michel Delgado.

Pas franchement reluisant, La Machine se découvre et se regarde comme une curiosité dans le paysage français. Un psychiatre (Depardieu), face à un psychopathe particulièrement dangereux (Bourdon). Fasciné par l'esprit humain, Marc Lacroix invente une machine devant lui permettre à l'origine de scruter le cerveau humain. Le psy ne trouve rien de mieux que d'expérimenter son invention en utilisant le dit psychopathe. Connectés ensemble à la machine, Marc va obtenir des résultats dépassant largement ses espérances. En effet, son esprit et celui de Michel Zyto, le psychopathe en question vont changer de corps. L'esprit de Marc ayant été transféré dans le corps de Zyto, et vice versa. D'où des conséquences que l'on devine assez rapidement puisque le psychiatre, coincé dans le corps de Zyto, va se retrouver à la place de son patient, enfermé à l’hôpital psychiatrique tandis que son patient, lui, va pouvoir jouir de sa femme, de leur fils et de sa maîtresse...

Enfin, d'une certaine manière puisque le psychopathe de François Dupeyron manquera l'occasion de se refaire une santé, agissant tel qu'il a toujours été mais dans la peau d'un honorable médecin. Les interprètes ont beau avoir du talent, Depardieu et Bourdon sont tout sauf crédibles. Surtout notre Gérard national, très peu habitué à incarner la psychopathie sur grand écran. Résultat : on passe davantage de temps à pouffer de rire alors que le cinéaste cherche visiblement à susciter la peur, ou du moins l'angoisse chez le spectateur. La seule des trois qui parvient encore à demeurer crédible, c'est Nathalie Baye. Pourtant, La Machine n'est pas totalement dénué d'intérêt. On appréciera la photographie de Dietrich Lohmann et la tentative du cinéaste qui adapte là le roman éponyme de l'écrivain français René Belletto. Pour le reste, La Machine est vraiment très moyen...

jeudi 26 juillet 2018

Podium de Yann Moix (2004) - ★★★★★★★☆☆☆



Prix Goncourt du premier roman pour Jubilations vers le Ciel en 1996, critique littéraire pour le magazine Marianne entre 1998 et 2002, chroniqueur dans l'émission de Laurent Ruquier On n'est pas Couché à partir de 2015 et ce jusqu'en 2018. Multipliant les casquettes, on ne peut pas dire que l'écrivain et réalisateur français Yann Moix ait chômé depuis ses débuts. En parallèle à ses différentes carrières de critique, d'écrivain et de chroniqueur, le bonhomme a eu le temps de réaliser deux longs-métrages qui ont tout deux obtenus des résultats auprès du public et de la presse diamétralement opposés. Le deuxième, pour commencer, qui fut un échec commercial et critique total et qu'il serait tant de réévaluer à sa juste valeur (Cineman, 2009). Quant au premier, Podium, que Yann Moix tourna cinq ans auparavant en 2004, il ne s'agit pas du biopic auquel certains s'attendaient sûrement (et en premier lieu, les fans du chanteur Claude François), mais d'une comédie, légère, décrivant avec beaucoup d'humour et de talent de la part de ses interprètes, les dérives consécutives à la passion dévorante pour une idole de la chanson française.

Ici, c'est l'acteur belge Benoît Poelvoorde qui s'y colle. Loin d’appesantir le récit sur l'aspect particulièrement sinistre de l'engouement pathologique pour une vedette de la chanson française ayant compté parmi les plus populaires de son époque, Yann Moix joue avec certains codes de la profession de sosie et délecte le spectateur en lui offrant en pâture toute une galerie de personnages aussi grotesques que pathétiques. Au centre desquels, donc, nous retrouvons Bernard Frédéric, vedette de sa propre existence. Petit employé dans une banque, il y a bien longtemps (cinq ans) que son épouse Véro (excellente Julie Depardieu) lui a imposé de stopper toute activité relative à sa passion dévorante. Le couple vit en compagnie de leur jeune fils dans une maison-témoin dont le sous-sol renferme les vestiges de l'ancienne passion de Bernard. Après avoir retrouvé son ancien compagnon de route Jean-Baptiste Coussaud dit « Couscous », sosie de Michel Polnareff sous le nom de Michel Polnar G, Bernard reçoit un coup de fil de Claude François lui-même sur le fameux téléphone rouge de la chanson Le téléphone pleure qu'il s'offrit cinq ans auparavant pour plusieurs milliers d'euros.
Bernard Frédéric décide alors de retourner à sa passion malgré l'avis de Véro, mais soutenu par Couscou. Le sosie de Claude François et son ami vont faire passer un casting à de jeunes danseuses afin de reformer les 'Bernadettes' et espèrent bien participer prochainement au concourt de sosie qu'animera la présentatrice Évelyne Thomas qui à cette occasion jouera son propre rôle...

Yann Moix décrit la passion de son héros comme un subterfuge lui permettant d'oublier sa morne existence. Car bien que père d'un jeune Sébastien (Nicolas Jouxtel) et époux amoureux de Véro, on ne peut pas dire que Bernard soit particulièrement conquis par son mode de vie. Se fondre dans la peau de son idole est une manière pour lui de quitter l'obscurité pour la lumière. Mais le risque ici, est de se perdre définitivement comme semble être perdu son ami Couscous, talentueusement incarné par l'excellent Jean-Paul Rouve. Le cinéaste, qui s'inspire ici de son propre roman éponyme, se réapproprie les codes vestimentaires de l'époque tout en ringardisant le propos à travers le souvenir de galas effectués dans des parkings de supermarchés Podium aura sans doute inspiré sa descendance car comment ne pas voir la moindre trace d'opportunisme dans le peu convaincant Stars 80 que Frédéric Forestier et Thomas Langmann réalisèrent huit ans plus tard ?

On pourra regretter que Yann Moix n'exploite pas davantage la psychologie d'un personnage 'borderline', se contentant finalement de jouer avec le grotesque du propos, bien qu'il ne se moque jamais véritablement de son héros. Les fans de Claude François ont là, matière à se réjouir d'une bande-son faisant la part belle à leur idole tandis que d'autres pourront y déceler une certaine forme de cynisme. Mieux vaut choisir son camp avant de porter un jugement définitif. Et quoi de mieux que l'émouvant duo entre la star et son sosie ? Podium mérite d'être redécouvert... A noter qu'une suite est prévue depuis quelques années avec dans les deux principaux rôles, Benoît Poelvoorde et Jean-Paul Rouve. Bien que les rapports entre le cinéaste et l'acteur belge se soient ternis à la suite du premier Podium, les deux acteurs y devraient être présents. En outre, Yann Moix a promis que le personnage de Couscous y aurait un rôle plus important que dans Podium. Affaire à suivre...

samedi 13 juin 2015

Les tueurs qui inspirent le 7ème art: David Hotyat "Possession(s)" de Eric Guirado



De la fiction...

Marilyne, Bruno et leur petite fille Morgane quittent leur logement du nord de la France pour s'installer dans un chalet en montagne. Alors qu'ils rencontrent Gladys et Patrick Castang, les propriétaires et promoteurs des lieux, ils apprennent que les travaux de leur chalet ne sont pas encore terminés. En attendant que tout soit en ordre, Patrick propose à Bruno et sa petite famille de s'installer provisoirement dans un chalet beaucoup luxueux sans débourser le moindre centime supplémentaire. Bruno travaille dans un garage tandis que Marilyne est embauchée comme femme de ménage par les Castang.
Ces derniers ont tendance étaler leur réussite, ce qui à mesure que le temps passe, finit par irriter les Caron. De plus, ces derniers doivent quitter leur fastueux chalet pour une chambre d’hôtel et Marilyne est remerciée, se retrouvant ainsi sans emploi.

Estimant être déconsidérés par les propriétaires des lieux, Marilyne et Bruno finissent par nourrir une haine farouche envers leurs voisins. Marilyne accuse Bruno de trop laisser glisser les choses. Quand à lui, excédé par les reproches de son épouse et le peu de cas que font les promoteurs de leur situation, il décide de prendre enfin les choses en main et de régler une bonne fois pour toute leur problème...

« Ils ne sont pas comme nous ces gens là »
Marilyne Caron (Julie Depardieu)

Possession(s) de Eric Guirado s'inspire d'un authentique fait divers qui s'est déroulé en 2003. S'il a changé les noms et quelques détails supplémentaires à l'histoire vraie, le cinéaste décrit avec une certaine réussite le drame qui a touché un couple et ses trois enfants. L'autre couple, ici campé par Jérémie Renier et Julie Depardieu, c'est celui qu'à choisi Guirado de mettre en avant. Le film se consacre effectivement à développer l'antipathie née de cette forme irrespect que peuvent ressentir les individus qui pénètrent un univers radicalement différent du leur. Et ça, le cinéaste arrive assez bien à nous le faire parvenir. Plus que l'angoisse, c'est le malaise qui imprègne assez vite Possession(s) qui touche le spectateur. Sans vraiment excuser ce qui va arriver, on peut comprendre ce qui a poussé une famille à se rendre coupable d'une telle extrémité. Les Castang (Lucien Jean-Baptiste et Alexandra Lamy) sont i bien relégués au second plan que l'on peut finir par les trouver détestables sous certains aspects.
Qui n'a jamais marché sur un sol mouillé alors qu'une femme de ménage vient d'y passer la serpillière ? Cette manière froide et plutôt commode qu'on de se débarrasser de leurs problèmes les membres de la famille Castang a quelque chose de terriblement inhumain. Depardieu et Renier campent à merveille ce couple de « Ch'tis » qui n'a pas vraiment sa place dans ce hameau bourgeois où les regards appuyés des gens aisés a quelque chose de dérangeant.

Le film de Eric Guirado est une réelle réussite et peut se consommer à la suite d'une autre très grande œuvre cette fois-ci signée Nicole Garcia, L'adversaire, elle aussi adaptée d'un fait divers authentique. Ce qui rapproche le plus ces deux témoignages admirablement interprétés, c'est peut-être cette bouleversante solitude qui suinte de la presque totalité des plans. A voir, vraiment...

… à la réalité

Plus connu sous le nom de Tuerie du Grand Bornand, le drame qui toucha la famille Flactif en 2003 a défrayé en son temps la chronique. Xavier, sa femme et leurs trois enfants ont en effet été les victimes des Hotyat, David et Alexandra, ainsi qu'un couple d'amis, tous les quatre étant originaires du nord de la France. Concernant les circonstances, le mystère reste entier. C'est grâce à l'ADN retrouvé dans le luxueux chalet des Flactif que les coupables ont pu être arrêtés. Le principal auteur, David Hotyat, a prit perpétuité. Quand aux trois autres coupables, ils ont respectivement écopé de quinze, dix et sept ans de prison...

dimanche 3 mai 2015

Cowboy de Benoït Mariage (2007)






Pourquoi CowBoy et pas Podium, Les Emotifs Anonymes ou encore C’Est Arrivé Près de Chez Vous ? Peut-être parce qu’aujourd’hui, pas grand monde n’a encore envie d’en parler. Car en dehors de la presse qui, en partie, a assez bien accueilli le film de Benoit Mariage, il en demeure beaucoup parmi les téléspectateurs qui considèrent encore CowBoy comme un piètre film dans la carrière du cinéaste et de l’acteur belges. Deux hommes qui se connaissent pourtant depuis de longues années. Et même au-delà des débuts de cinéaste de Benoit Mariage qui interpréta le rôle d’un journaliste dans l’œuvre culte de Rémy Belvaux, André Bonzel et… Benoit Poelvoorde. Ce dernier accepta par la suite de jouer dans un court-métrage de Mariage, Le Signaleur, puis dans le premier long métrage de son ami, Les Convoyeurs Attendent, avant de revenir l’épauler de sa présence bien des années plus tard dans le récent Les Rayures du Zèbres.



Concernant CowBoy, le constat est des plus nuancé. Le contenu « humoristique » de cette œuvre, qui ne risque pas de provoquer de crises de fou rire tant le cadre et l’austérité du propos tendent vers la gravité, est des plus mitigé. Force est de constater que peu de films dans lesquels jouent Benoit Poelvoorde sont vraiment drôles, voire divertissants. A part quelques exceptions, la majeure partie des œuvres dont il est l’un des principaux interprètes sont très souvent nimbées d’une aura de tristesse et de mélancolie auxquelles il vaut être préparé si l’on ne veut pas accuser le coup trop durement. CowBoy n’est pas amusant. Considéré comme une comédie pure, il décevra très forcément.


Terne et triste à mourir sont les sentiments qui explosent devant la caméra de cette pathétique équipe de tournage dirigée par un journaliste (Benoit Poelvoorde lui-même), dans des cités aussi vides qu’extraordinairement austères. A l’image de ces maison typiques du nord de la France et de Belgique donc, que l’on croirait filmées il y a longtemps déjà mais qui toujours persistent à tenir debout comme le témoignage d’une vie passée tournant autour des mines de charbon.  Daniel Piron, homme de peu d’envergure qui s’enlise dans un métier dans lequel il n’a pas su s’élever au rang de vrai grand reporter. Un couple (qu'il forme aux côtés de l'actrice Julie Depardieu) qui ne bat pas vraiment de l’aile mais qui connait déjà le train-train quotidien de ces vieux époux qui n’ont plus rien à partager. Afin de se donner l’illusion de pouvoir encore faire quelque chose de sa vie, il va se lancer dans un projet presque insensé, en tout cas, auquel peu de monde croit en dehors de son boss, Debaest (Bouli Lanners) : Retrouver Tony Sacchi (Gilbert Melki), un révolutionnaire qui vingt-cinq ans plus tôt se fit connaître en prenant en otage les jeunes passagers d’un bus scolaire. Sauf que les illusions de Piron vont vite s’envoler. Son idole n’est plus le révolutionnaire d’antan et n’est qu’un gigolo que seul l’argent intéresse. Epaulé par le caméraman Franz (François Damiens) et le preneur de son Jef (Jean-Marie Barbier), Piron va avoir la rude tâche de retrouver les enfants d’alors devenus des quadragénaires, et de les convaincre de participer à une reconstitution des faits…



Voilà pour le synopsis. Reste à savoir si CowBoy mérite que l’on « perde » une heure trente de son existence à le regarder ou s’il vaut mieux passer à autre chose sans même y jeter un œil. Certains répondront sûrement qu’il n’offre rien d’enthousiasmant. Qu’il n’est pas drôle. Que les acteurs ont l’air autant de se foutre de leur interprétation que les spectateurs qui commencent à quitter la salle ont d’intérêt à suivre les léthargiques pérégrinations de Poelvoorde and co. D’autres au contraire tiendront jusqu’au bout avec l’espoir de voir démarrer une intrigue, il est vrai, plutôt molle. Ils ne relèveront pas les blancs entre les dialogues (improvisation des acteurs ?), l’accent à couper au couteau de la future star des caméras cachées François Damiens (il faut parfois tendre l’oreille pour saisir tout ce que cet homme, qui parfois parle dans sa barbe, a à dire), ni la grande austérité qui rend l’œuvre parfois déprimante. Le film de Benoit Mariage laisse une grande part à la générosité. Les dialogues sont pauvres mais les acteurs donnent beaucoup d’eux. CowBoy est finalement une œuvre assez déconcertante et dont les intentions sont difficiles à cerner. On peut l’aimer, le détester et même aller jusqu’à totalement le rejeter. Il mérite cependant l’attention des spectateurs car malgré la montagne de défauts qui pèsent sur ses épaules (la sécheresse du scénario entre autre), il y a dans ces quelques menus portraits comme un hommage rendu à une population que l’on n’a que trop rarement l’occasion de rencontrer au cinéma… CowBoys est comme le reflet en noir et blanc du très coloré (et franchement, pas si extraordinairement drôle que cela) Bienvenue Chez les Ch’tis de Dany Boon…


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