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mercredi 15 janvier 2025

Attack of the Killer Tomatoes de John de Bello (1978) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Il y a d'assez nombreuses années, j'avais effectué une première tentative... Laquelle s'était soldée par un cuisant échec. Impossible d'aller jusqu'au bout. Même pas jusqu'à la moitié de ce que beaucoup considèrent pourtant comme un film culte. Attack of the Killer Tomatoes connu chez nous sous la traduction L'attaque des tomates tueuses. Culte ? Pour qui ? Pourquoi ? Comment ? Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts. Une bonne vingtaines de Bruno Mattei plus tard (lequel mérite, LUI, le statut de cinéaste culte) et après avoir récemment subit cinq longs-métrages cagués par Neil Breen, je pensais qu'une nouvelle tentative me permettrait de redécouvrir le premier véritable film signé de John de Bello (adaptation de son propre court-métrage) sous un nouveau jour. Avec tout le trentième degré qu'il mérite ! Et ben non ! Même pas ! Rejoignant dans mon flop quatre de ces cinquante dernières années constitué autour de Raiders of the Living Dead de Samuel M. Sherman, Attack of the Giant Blurry Finger de Cody Clarke, Birdemic 3: Sea Eagle de James Nguyen et Baise-moi de Virginie Despentes, je peux comprendre l'aura de Attack of the Killer Tomatoes tout en n'en partageant pas la même observation. Antérieur de quatre années au premier long-métrage écrit par les réalisateurs, scénaristes et producteurs David Zucker, Jim Abrahams et Jerry Zucker plus connus sous l'acronyme ZAZ, Attack of the Killer Tomatoes prenait donc ,à peu de chose près en 1978, la même direction artistique que ces trois pionniers du cinéma parodique. Lesquels signeront notamment ensemble durant leur carrière, Y a-t-il un pilote dans l'avion en 1980, Top secret ! en 1984, ou la série des Nacked Gun sortis chez nous sous les titres Y a-t-il quelqu'un... pour sauver la reine, le président et Hollywood. Ironie du sort, un certain Richard Mueller créera en 1990 une série de dessins animés en vingt-trois épisodes inspirée de l’œuvre originale et intitulée Attack of the Killer Tomatoes: The Animated Series. Quid de l'ironie, celle-ci sera notamment diffusée au Mexique sous le titre El Ataque de los Tomates Asesinos sur le réseau de télévision câblé mexicain destiné aux enfants : ZAZ ! Pour en revenir au film à proprement parler, l'expérience est rude.


Difficile à digérer devrais-je dire. Tant pour la forme que pour le fond. De ce dernier l'on retiendra un scénario confus engageant l'Armée et le Gouvernement américain, ainsi qu'une espionne et des journalistes, dans un combat contre un type bien précis de solanacées mues par on ne sait quel procédé (en réalité, des types hors champ balancent devant l'objectif de la caméra des tomates plus ou moins mûres), lesquelles s'en prennent vigoureusement à celles et ceux qui ont le malheur de croiser leur chemin. Doté d'un script aux nombreuses ramifications, John de Bello signe une comédie parodique navrante. Sus aux fans du long-métrage, force est de reconnaître que dans son entièreté, l'accumulation forcenée de gags s'additionnant toutes les deux ou trois secondes à travers des situations toutes plus rocambolesques les unes que les autres ou à travers des dialogues dont la bêtise n'a d'égal que leur absence de drôlerie, est vraiment, vraiment, vraiment épuisante ! Attack of the Killer Tomatoes fait non seulement figure de sous ZAZ (au point où l'on pourrait lui accoler l'étiquette de... NAZ), mais également de sous Benny Hill. C'est d'autant plus dommage que le film n'est pas atrocement laid d'un point de vue esthétique. Mais entre ses quelques piètres incartades musicales, ses centaines de vannes qui laissent peu de répit ni le temps de reprendre son souffle au spectateur, ses effets-spéciaux réduits à leur plus simple expression, c'est l'écriture toute entière qu'il aurait fallut passer au tamis afin d'en évacuer la partie la plus absconse. Soit, la presque totalité des lignes de dialogue ! Au mieux, l'on esquissera un sourire lorsque viendra le temps d'imaginer le pauvre type qui en post-production dû bien se marrer en doublant les tomates tueuses à travers d'inaudibles onomatopées. Pour le reste, le spectacle est tout simplement... affligeant ! Notons que contrairement à ce que laisse envisager la toute dernière image qui laisse entrevoir une séquelle mettant cette fois-ci en scène des carottes tueuses, c'est bien de tomates dont il s'agira dans les trois suites toutes également réalisées par John de Bello. En 1988, tout d'abord, avec Return of the Killer Tomatoes, en 1991 avec Killer Tomatoes Strike Back! Et enfin avec Killer Tomatoes Eat France! l'année suivante. Si en 1975 des chercheurs américains théorisèrent le le phénomène de Jaws Effect après que les spectateurs outre-atlantique aient découvert Les dents de la mer de Steven Spielberg sur grand écran (classique de l'épouvante que John de Bello tente ici naïvement de parodier), dans le cas de Attack of the Killer Tomatoes, il y a par contre de fortes chances pour que vous continuiez à manger ces délicieux fruits. À moins qu'ils ne proviennent bien entendu des serres d'Alméria, en Espagne...

 

mardi 17 décembre 2024

Joker : Folie à deux de Todd Phillips (2024) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Au cinéma, il y a deux choses que je déteste profondément et plus que toute autre chose : la Nouvelle Vague et... les comédies musicales ! Si avec Joker : Folie à deux l'on échappe à la première, la seconde, elle, est venue pervertir la suite de l'un des grands succès de l'année 2019. À l'époque, je n'avais pas fait le rapprochement mais le réalisateur, scénariste et producteur Todd Phillips fut celui qui en 1993 réalisa le démentiel documentaire Hated : GG Allin & the Murder Junkies, sorti pour la première fois sur le territoire français au format VHS et chez Haxan Film sous le titre Rock'n'Roll Overdose ! Difficile de concevoir alors les chemins de travers qu'allait prendre ensuite la carrière du cinéaste qui réalisa toute une série de comédie potaches avant de faire entrer dans le monde réel l'un des personnages les plus iconiques de l'univers DC Comics. Le super-vilain Joker qui sans fard et sans rouge aux lèvres apparaissait sous les traits d'Arthur Fleck, l'homme qui se cachait sous son maquillage dans Joker, en 2019. Sans condamner son interprète à devoir désormais n'interpréter plus que des personnages toalement barrés, le talentueux Joaquin Phoenix enchaîna ''pratiquement'' avec le tentaculaire Beau is Afraid d'Ari Aster, sa carrière n'ayant été entrecoupée alors que par le drame de Mike Mills en 2021, Nos âmes d'enfants... Après sa formidable incarnation dans le dernier long-métrage de l'un des plus intéressants cinéastes américain de la dernière génération principalement inspiré par l'horreur et l'épouvante, Joaquin Phoenix rendossait donc cette année 2024, le costume d'Arthur Flex. Todd Phillips faisant ainsi prendre aux nouvelles aventures du Joker une tournure tout à fait inattendue. Dans cette suite, le personnage central n'est plus seul et il sera accompagné par l'une des méchantes qui accompagnent généralement le Joker lors de ses méfaits ou du moins, qui ne sont jamais vraiment très loin. Faisant partie intégrante du trio connu sous le nom de Gotham City Sirens aux côtés de Catwoman et Poison Ivy, celle qui plus tard deviendra Harley Queen est donc intégrée dans cette séquelle sous son nom d'origine : Harleen Quinzel. Si à l'origine cette dernière était une psychiatre s'occupant de ses patients à l'hôpital d'Arkham, Todd Phillips modifie son histoire personnelle en la faisant apparaître sous un nouveau jour. Celui d'une patiente qui s'est faite volontairement incarner afin de se rapprocher du Joker dont elle est une fan inconditionnelle.... enfin, presque inconditionnelle comme nous le démontreront plus tard certains événements.


Car au delà de cette nouvelle histoire d'amour cinématographique bancale entre deux marginaux, Joker : Folie à deux décrit de manière plutôt rationnelle l'engouement de certains pour les criminels en tous genre et cette idée pas toujours préconçue qui veut que le contact avec ces individus est parfois un moyen sûr de faire parler de soit. Dirigeons nous maintenant directement à la fin du long-métrage. Comme nous le découvrirons en conclusion, Todd Phillips et le scénariste Scott Silver semblent avoir définitivement pris la décision d'enterrer leur personnage principal. À moins que le spectateur ne se laisse pas divertir par ce qui se passe au premier plan pour mieux se concentrer sur ce qui se déroule au fond de la scène ? Une fin définitive sans doute due au naufrage que représente le peu de cas que semble avoir fait le public du long-métrage mais qui laissait entrevoir un troisième épisode en cas de succès. Comme on dit : ''Le roi est mort, Vive le roi'' ! Ensuite, ce qui me rassure est que Quentin Tarantino ait adoré le film. Oui, vous savez, ce réalisateur beaucoup trop régulièrement mis en avant, surestimé et finalement pas si exceptionnel que certains prétendent. Et lorsque Tarantino aime quelques chose, il y a de fortes chances pour que votre serviteur n'éprouve pas le même engouement ou les mêmes sentiments que lui ! C'est un fait, Joker : Folie à deux est un échec. Terrible, dantesque, virant au ridicule à force de foirer dans tous les domaines que son auteur foule, piétine, pervertit... Quentin Tarantino affirmait durant une interview dirigée par l'écrivain américain Bret Easton Ellis que Todd Phillips était le vrai Joker. En jetant l'argent de la production par la fenêtre, en se moquant du système et en se fichant du public, le vrai fou, c'est effectivement lui et non plus Arthur Flex. Si l'on additionne les deux-cent millions de dollars de budget et les cent supplémentaires alloués au marketing, Joker : Folie à deux demeure un véritable four pour la Warner Bros. Confiée une nouvelle fois à Scott Silver, l'écriture du scénario a pour conséquences une accumulation de bévues impardonnables vue l'ampleur du projet. Le film tourne ainsi autour de deux thématiques principales.


Tout d'abord, la rencontre entre Harleen Quinzel et Arthur Flex. Ensuite, le procès de ce dernier, accusé d'avoir tué cinq hommes lors de ses précédentes aventures. Si l'ouverture s'avère plutôt intéressante puisque affichant un petit film d'animation avant de montrer un Arthur Flex très amaigri, bourré de médicaments et enfermé à hôpital psychiatrique Arkham de Gotham City, la suite du récit va très rapidement se dégrader. En cause, l'écriture justement. Le film s'attardant sur le procès d'Arthur Flex, l'un des gros points noirs du long-métrage se situe au niveau des dialogues. En comparaison avec d'autres œuvres dont le principal intérêt est justement de nous plonger dans l'univers des tribunaux, dans le genre, Joker : Folie à deux est l'un des pires exemples. Lequel n'arrive même pas à la cheville de la série New York, police judiciaire, c'est tout dire. Et même, si j'osais (et d'ailleurs, je vais oser), le film de Todd Phillips paraît très inférieur à la série judiciaire française, Tribunal qui fut diffusée pour la première fois sur TF1 entre le 4 septembre 1989 et le 16 décembre 1994. J'exagère..... à peine... Les enjeux, pourtant de taille concernant ce qui est reproché à l'accusé, manquent cruellement d'ampleur. À l'image de l'approche esthétique qui, elle, s'en sort malgré tout avec les honneurs, le récit est maussade, morose, renfermé sur lui-même, presque dépressif, le spectateur accusant ainsi le coup de n'être pas confronté à une œuvre divertissante et hystérique, celui-ci s'enfonce alors dans son fauteuil comme le Joker s'allonge en chien de fusil dans son lit ! C'est d'autant plus dommage que Joaquin Phoenix se montre une fois de plus éblouissant et même, parfois, très émouvant... Et puis, mon dieux, ces chansons... tout juste susurrées par une Harleen Quinzel/Lady Gaga qui s'accorde avec le timbre faiblard d'Arthur Flex/Joaquin Phoenix. À peine audibles, les standards qu'interprètent l'un et l'autre ne donnent contrairement à certains biopics sortis en salle, pas l'envie de se ruer chez son disquaire préféré pour y acheter la bande originale du film. Allez, pour celles et ceux qui n'ont l'intention de le regarder ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais, une info : Le Joker n'existe pas. C'est Arthur lui-même qui le dit. Ouais, le Joker n'existe pas... ou en tout cas, pas encore...

 

vendredi 12 janvier 2024

Tendre Dracula (La grande trouille) de Pierre Grunstein (1974) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

C'est horrible à dire mais qu'est-ce que l'on aura surtout retenu de la florissante carrière de l'acteur français Bernard Menez ? Cette très fumante séquence du Chaud lapin de Pascal Thomas lors de laquelle il chia, sans le savoir, sur une pelle tenue par deux jeunes garnements près d'un buisson avant d'inspecter les lieux pour découvrir que le fruit de son labeur avait disparu. Sur un C.V, cela peut faire désordre lorsque l'on est un tant soit peu ambitieux mais peut vous ouvrir grandes les portes du temple du Nanar où a un peu trop systématiquement sa place Bernard Menez. Il est des œuvres telles que Tendre Dracula qui font travailler l'imaginaire bien avant qu'elles ne fussent offertes à la boulimie des cinéphages. Si les parodies sont une monnaie courante dans le septième art, il en est certaines qui forcément touchent plus précisément le public hexagonal. Et même si Plus moche que Frankenstein tu meurs d'Armando Crispino est bien originaire d'Italie, la seule présence du très populaire Aldo Maccione dans nos contrées poussa sans doute certains chauvins d'origine française à se l'approprier. Il demeure pourtant quelques exemples de parodies fantastiques bien de chez nous dont Les Charlots contre Dracula de Jean-Pierre Desagnat demeure encore aujourd'hui comme l'un des plus ''brillants'' exemples. Vampirisme encore à l'évocation de Dracula père et fils d'Edouard Molinaro qui deux ans après Tendre Dracula allait confronter l'immense Christopher Lee à Bernard Menez. Mais avant cela, c'est donc à un autre très grand interprète britannique que l'acteur français allait se frotter dans cette chose parfaitement incongrue signée de Pierre Grunstein dont le métier de réalisateur allait stopper à l'issue de ce seul long-métrage pour se consacrer à la production d'un certain nombre d'excellents films (L'aile ou la cuisse, La course à l'échalotte, Uranus ou encore le diptyque Jean de Florette et Manon des sources). Surtout connu pour sa carrière dans le cinéma d'épouvante, l'acteur Peter Cushing interpréta notamment à plusieurs reprises le personnages du professeur Abraham Van Helsing, célèbre chasseur de vampires souvent confronté à son ami, l'acteur Christopher Lee, lequel incarnait de son côté le fameux Dracula ! Tendre Dracula apparaît comme un caillou dans une chaussure dans une carrière souvent exemplaire car si même le film de Pierre Grunstein réunit quelques sympathiques interprètes hexagonaux à l'image de Miou-Miou ou de Julien Guiomar, il n'est pas honteux de reconnaître que de visionner le film jusqu'à son terme n'est pas vraiment une partie de plaisir.


Également exploité en salle sous le titre La grande trouille, Tendre Dracula se permet quelques incartades dans des domaines parfois inattendus qui n'arrangent rien à l'affaire. Comme ces quelques passages qui transforment le film en comédie musicale. La même année, Miou-Miou venait de tourner Les valseuses de Bertrand Blier avec Gérard Depardieu et Patrick Dewaere et auprès desquels la jeune actrice se désapa très facilement. On ne s'étonnera donc pas de la voir ici exhiber sa très belle silhouette dénudée tout au long du long-métrage, suivie de très près par Nathalie Courval qui juste avant avait joué auprès de Claude Brasseur, Guy Marchand et Robert Castel dans Attention les yeux ! de Gérard Pirès et dans lequel elle interprétait la compagne d'un réalisateur contraint d'adapter La chartreuse de Parme en une version pornographique. Julien Guiomar se fait relativement discret (du moins lorsqu'il n'est pas à l'image) dans le rôle d'un producteur contraignant deux de ses employés ainsi que deux jeunes et jolies femmes à se rendre chez un acteur spécialisé dans le cinéma d'horreur afin de le convaincre de bien vouloir continuer sa carrière dans le genre qui le rendit célèbre malgré ses réticences. Écrit par Justin Lenoir et notamment produit par Claude Berri et Christian Fechner, Tendre Dracula est un grand fourre-tout souvent indigeste, entre comédie musicale, érotisme, gore, épouvante et comédie dont nous ne retiendrons qu'un ou deux plans vraiment superbes, un Bernard Menez hurlant de douleur lorsque l'actrice italienne Alida Valli lui grave à la jambe gauche et jusqu'au sang son prénom ou un Peter Cushing doublé en français par le génial Jean Rochefort. Comme dans tout bon ou mauvais film de vampire, nos quatre personnages sont accueillis au sein d'une bâtisse qui possède un certain charme (la salle de bain, les longs couloirs), lesquels vont subir toutes sortes de maltraitances dont certaines auront comme issue quelques plans gore plutôt sympathiques. Mais pas de quoi se pâmer d'admiration devant cette piètre comédie d'épouvante qui n'ameutera au fond que les plus curieux ou les fans absolus de films de vampires qui voudraient compléter leur collection...

 

vendredi 29 octobre 2021

Blaxploitation : Car Wash de Michael Schultz (1976) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Ceux qui me connaissent savent que je n'aime pas les comédies musicales. Ou si peu. West Side Story, Grease, Moulin Rouge, Les demoiselles de Rochefort ou Chantons sous la pluie ? Très peu pour moi... J'avoue avoir malgré tout une faiblesse pour quatre d'entre elles. Le Phantom of the Paradise de Brian De Palma, The Blues Brothers de John Landis, Cry-Baby de John Waters et... Car Wash de Michael Schultz. En réalité, le format de ce dernier est un peu particulier puisque les interprètes ne s'arrêtent que très sporadiquement pour interpréter les chansons qui passent à la radio durant une très grande partie du long-métrage. Film de Blaxploitation datant de 1976, Car Wash est une œuvre culte dont l'essentiel repose davantage sur sa bande musicale que sur le récit puisque de ce point de vue là, le scénario est d'une confondante simplicité. Un scénario écrit par Joel Schumacher, futur réalisateur de Génération Perdue, Le Droit de tuer ou encore 8 millimètres. Culte parce qu'à l'époque, ou du moins c'est le sentiment que laisse transparaître le film de Michael Schulz, il était encore possible d'autoriser un certain vent de liberté quel que soit le sujet abordé. Ici, tout ne semble être que question d'improvisation. Alors qu'aujourd'hui des codes de bien-pensance empêchent d'entendre ou de voir tout et son contraire, à l'époque, personne n'aurait pensé s’offusquer en voyant déambuler à l'image, un Antonio Fargas (Huggy les bons tuyaux de la série policière Starsy et Hutch) dans le rôle d'un homosexuel ultra caricatural. Une ''folle'' comme il était de coutume chez les hétéros bas du front de nommer les homosexuels.



Personne ne serait sans doute monté sur ses grands chevaux lorsque les employés d'une station de lavage automatique s'amusent de la reconversion de l'un d'entre eux à la religion musulmane (Bill Duke dans le rôle de Abdullah Mohamed Akbar)... ''Il n'y a pas de superman noir...'' comme l'évoque à l'époque très justement le personnage de TC aka La Mouche qu'interprète l'acteur Franklyn Ajaye. Une pensée visionnaire et une injustice qui sera longtemps plus tard réparée puisque les fans de l'univers DC devraient logiquement bientôt découvrir le premier Superman noir sur grand écran. Sous couvert d'être une comédie (musicale), Car Wash laisse tranquillement ses messages infuser. Mais avec bien moins de violence et d'arrogance qu'aujourd'hui. C'était d'ailleurs un peu le principe de la Blaxploitation dont le but principal était de mettre l'homme noir sur un même d'égalité que le blanc tout en se moquant gentiment de celui-ci. Rien de méchant, donc. Le récit prend place dans une station de lavage de voitures dans laquelle une dizaine d'employés passent visiblement plus de temps à chanter, à faire les idiots, à danser ou à draguer les quelques rares représentantes féminines qui passent à l'image (Lauren Jones dans le rôle de Marleen ou Tracy Reed dans celui de Mona) qu'à travailler.


Les véritables moments de profondeur sont rares, voire seulement survolés, Michael Schultz semblant avoir abandonné toute idée de contrôle sur ses interprètes. Ponctuellement drôle, Car Wash pêche malheureusement par sa pauvreté scénaristique. Un minimalisme qui, sans provoquer de désastre, suscite au bout de trois-quart d'heure un certain ennui malgré ses très nombreuses mises en situation. À dire vrai, l'un des principaux intérêts du long-métrage provient du charme suranné typique des années soixante-dix qui s'en dégage. À commencer par sa bande musicale composée par Norman Jesse Whitfield et interprétée par le groupe de R&B, de soul et de disco Rose Royce, ou dans une moindre mesure par les Pointer Sisters qui apparaissent ici à l'écran sous le nom de The Wilson Sisters. Parmi les autres interprètes nous retrouvons l'acteur Jason Bernard dans un rôle secondaire (il fut notamment l'interprète de Caleb Taylor, le père d'Elias dans la série télévisée de science-fiction culte V) ou encore Richard Pryor dans le rôle de Papa Riche quatre ans avant celui qu'il interpréta dans Faut s'faire la malle de Sidney Poitier ou neuf avant celui qu'il incarna dans Comment claquer un million de dollars par jour de Walter Hill. Au final, Car Wash a vieilli et n'aura sans doute pas le même impact que celui, persistant, du géniallissime Blues Brothers de John Landis...

 

jeudi 6 février 2020

Opium d'Arielle Dombasle (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Qui aurait cru que devant cette œuvre signée de l'improbable auteur du récent Alien Crystal Palace j'allais éprouver des sentiments plutôt positifs au regard de la malveillance que je m'attendais à exprimer une nouvelle fois ? Opium est le grand frère du dernier long-métrage d'Arielle Dombasle puisqu'il lui est antérieur de six années, et pourtant, lorsque l'on s'est infligé le spectacle d'un Alien Crystal Palace foutraque, grandiloquent, kitsch et très mal interprété, Opium, lui, paraît parfois bien innocent, sinon timide dans toutes les cases à cocher qui participent à l'élaboration du ''mythe''. Contrairement à son dernier effort, l'actrice-réalisatrice ne s'y offre pas le rôle principal mais le confie à l'acteur Grégoire Colin qui dans la peau de Jean Cocteau, a la difficile tâche d'évoquer ses amours avec le jeune écrivain Raymond Radiguet, surtout connu pour avoir très tôt été l'auteur du célèbre roman Le Diable au Corps. En consommateur d'opium, poète, dessinateur et auteur de pièces de théâtre, Grégoire Colin distille une certaine grâce, du moins, le charisme nécessaire pour croire à cette histoire que vécurent réellement les deux hommes sans que le film ne tombe tout à fait dans le grotesque et l'invraisemblable...

Arielle Dombasle réunit une brochette de célèbres personnages (le danseur Vaslav Fomitch Nijinski, Maurice Sachs, Coco Chanel ou encore Paul Morand) dans un tourbillon qui ne dépareillerait presque pas avec La Note Bleue d'un Andrzej Zulawski pour le coup, beaucoup moins inspiré. Car en effet, si l'on peut trouver à Opium de nombreux défauts, le montage de Xavier Sirvin (Moussem les Morts de Jean-Baptiste Alazard et Vincent Le Port en 2010, La loi de la Jungle d'Antonin Peretjatko en 2016), la mise en scène chaotique, la post-synchronisation parfois catastrophique, l’œuvre d'Arielle Dombasle possède un charme suranné qui, si elle n’envoûte jamais vraiment le spectateur, parvient tout de même à le garder concentré devant le spectacle. Une valeur qui a son importance si l'on tient compte du fait que la réalisatrice s'est attachée les services de Vincent Darré pour la direction artistique et d'un nombre important de professionnels spécialisés dans le Sound-Design et les effets visuels pour au final accoucher d'une œuvre qui oscille entre le pathétique et le poétique.

Sans ambages, osons définir Opium ainsi : mélange surréaliste, psychédélique, musical et nanardesque où croiseraient le fer David Lynch, Alessandro Jodorowsky, Andrzej Zulawski, Luis Buñuel et Salvador Dalí, le cirque Barnum, le cabaret, l'intelligentsia littéraire du début des années 1900 et une certaine idée de la poésie mise en images dans de très artistiques séquences en noir et blanc, le long-métrage d'Arielle Dombasle n'est pas la vision ridicule qu'aimeraient sans doute imposer ses détracteurs. Bien entendu, la réalisatrice est loin d'imposer un divertissement digne des grands noms cités plus hauts, mais cependant, quelques séquences, malheureusement gâchées par des scènes absolument indigestes, maintiennent le spectateur éveillés. Arielle Dombasle y met en image la poésie de Jean Cocteau sur lequel repose pas mal de monologues et de dialogues. Réduit à ses seuls passages en noir et blanc, Opium aurait peut-être été digne de figurer dans le top cent du courant cinématographique surréaliste. Certaines séquences demeurent tout de même parfaitement acceptables. Outre celles en noir et blanc, kitsch mais ô combien poétiques, le spectateur appréciera sans doute les errances intimes et intestines de Jean Cocteau, l’exubérance un peu surjouée de Samuel Mercer dans le rôle de Raymond Radiguet, la partition musicale, simple, mais plutôt jolie et mélancolique de Philippe Eveno (qui participa déjà à celle de Je suis un no Man's Land en 2010) et bien sûr la présence toujours appréciable de Philippe Katerine qui dans le cas présent incarne le danseur Nijinski...

dimanche 28 octobre 2018

TROMA : Poultrygeist de Lloyd Kaufman (2006) - ★★★★★★★★★☆



Soixante ans au compteur, et des dizaines de films à son actif, Lloyd Kaufman en a encore sous la chaussure en cette année 2006. Vingt-deux ans après les premières aventures de Toxie et deux décennies après la sortie de premier Class of Nuke'Em High, le sexagénaire ne semble pas s'être assagi. Bien au contraire, il repousse avec Poultrygeist: Night of the Chicken Dead les limites du (non)raisonnable en réalisant ce qui demeurera comme l'une de ses meilleures créations. En tout cas, l'une des plus subversives et dégoulinantes. Critique crades et sanguinolente d'une Amérique marchant sur les terres d'indiens dont ils ont massacré nombre d'individus par le passé, le film de Lloyd Kaufman cogne dans le tas et n'hésite pas un seul instant à s'en prendre à certaines grandes identités de la nation qui l'a vu naître le 30 décembre 1945. Mac Donald en première ligne... auteur d'une trentaine de longs-métrages parmi lesquels quelques fleurons du gore et du mauvais goût dont Poultrygeist: Night of the Chicken Dead se révèle l'exemple le plus outrancier. Première chose à savoir : même si le titre laisse envisager un mix parodique entre le Poltergeist de Tobe Hooper et Steven Spielberg et le Night of the Living Dead de George A. Romero, le film de Lloyd Kaufman n'entretient que de vagues rapports avec le second et pas un seul avec le premier. Pas d'esprits frappeurs donc, mais des manifestants plantés devant un restaurant d'une chaîne de fast-food érigé depuis peu sur un cimetière indien (dont on n'a pas trouvé mieux que de jeter les restes dans de grandes bennes à ordures). Des manifestants qui vont bientôt connaître un sort peu enviable après avoir ingurgité des plats servis dans le dit restaurant. Possédés par un démon indien, ils vont tour à tour se transformer en zombies-poulets et s'en prendre à Arbie, Wendy ainsi qu'aux employés de American Chiken Bunker. A l'intérieur, c'est le chaos. Alors que certains font la queue devant les toilettes, pris d'horribles crampes d'estomacs, d'autres ont déjà subit d'affreuses transformations et s'attaquent à nos deux héros et leurs compagnons d'infortune. Aidés de Humus, une cuisinière musulmane vêtue d'une burqa, Arbie et Wendy décident de tenir un siège et de combattre la horde de zombies-poulets avant qu'ils ne s'en prennent au reste du pays...

Dans sa catégorie, Poultrygeist: Night of the Chicken Dead n'est rien moins qu'un chef-d’œuvre. L'aboutissement d'une œuvre consacrée à la débauche dans tous ses aspects. Sexualité débridée, hémoglobine déversée par containers, exutoire sociologique, Lloyd Kaufman signe presque un testament qu'il sera bien difficile de modifier, d'arranger, d'améliorer tant le cinéaste semble avoir mis tout ce qu'il a dans les tripes, de talent et de budget dans son film. Une comédie musicale horrifique jamais effrayante mais incroyablement gore. Lloyd Kaufman (aidé de son épouse) et Michael Herz mettent leurs billes en jeu. 500 000 milles dollars. Un petit budget pour un résultat, à l'écran, fort honorable, qui s'explique sans doute par la participation de volontaires du monde entier après que des annonces aient été transmises sur Internet afin de trouver des figurants acceptant de participer au tournage. Quant aux effets-spéciaux, si Lloyd Kaufman a pu se permettre de tourner autant de séquences gore, c'est sans doute grâce à la générosité de plusieurs studios d'effets-spéciaux qui lui ont offert gracieusement des masques ainsi que divers accessoires. D'où un film absolument vertigineux en matière d'hémoglobine. Parfois vraiment dégueu, Poultrygeist: Night of the Chicken Dead n'est pas avare en la matière et nombreuses sont les séquences durant lesquelles membres arrachés, éventrations, explosions et autres joyeusetés encore moins ragoutantes font le bonheur des amateurs du genre. Un feu d'artifices pratiquement ininterrompu. Totalement jubilatoire !!!

Une œuvre typique de l'univers Troma même si à aucun moment, contrairement à bon nombre d'autres longs-métrages de la célèbre firme, n'est faite la moindre référence envers tel ou tel long-métrage. Tout juste le héros arbore-t-il un tee-shirt sur lequel on peut vaguement identifier Toxie. Les plus attentifs seront peut-être étonnés de retrouver l'une des cascades de Sgt. Kabukiman NYPD et que le cinéaste s'amuse à réemployer sur chacun de ses films en forme de running gag. Tout fan de l'univers Troma se doit de voir au moins une fois Poultrygeist: Night of the Chicken Dead. Quant aux néophytes, s'ils ne doivent en découvrir qu'un seul, autant qu'il s'agisse de celui-là...

mardi 29 mai 2018

Nous, Les Vivants de Roy Andersson (2007)



Elle est tourmentée, persuadée que personne ne l'aime. Pas même son compagnon, ni leur chien. Alors elle se réfugie dans un bar. Le lieu de rencontre des âmes perdues. Une gamine rêve de son mariage avec une idole du rock. Un autre d'une fête en famille où il ne connais personne. Un salon chic, mais vieillot. Une immense table sur laquelle est consciencieusement placée une vaisselle de plus de deux ans ans. Notre homme tente le coup de la nappe en rassurant la famille présente que leur bien ne court aucun risque. Il tire sur la nappe. Résultat des courses : la vaisselle s'écrase au sol dans un bruit fracassant. S'ensuit un procès, une condamnation à mort, une exécution. Mais rappelons-le, ceci n'est qu'un mauvais rêve. Ici on célèbre un événement. Là un quatuor répète avant qu'un terrible orage ne les dérange. Ailleurs un coiffeur dépressif massacre la chevelure d'un client sur le point de conclure un marché...

Un psychiatre, un facteur, des hommes d'affaires, des musiciens, etc... Tout ce petit monde nous livre ses joies et ses peines dans un univers statique où le mouvement n'a que très rarement l'occasion de s'exprimer. Des tableaux mis en scène par Roy Andersson, déjà auteur d'un très similaire Chansons du Deuxième Étage. On y retrouve ce même goût pour l'unité des couleurs. Des teintes blafardes qui se retrouvent jusque dans les visages tristes de ses personnages.

Le génie du cinéaste est de parvenir à maintenir l'attention du spectateur avec une économie spectaculaire. Du moins dans les gestes et dans les mouvements car les tableaux qui nous sont ici présentés sont exécutés avec un minutie extraordinaire. Le propos n'étant pas des plus joyeux, Nous, Les Vivants se permet quelques incartades féeriques particulièrement bienvenues.

Loufoque, le rêve menant son principal intervenant sur la chaise électrique est significative de cet forme d'humour atténué par le comportement des personnages mais pourtant, bien présent. Totalement décalé, surréaliste mais ô combien jouissif. Comme cette improbable voyage de noce des nouveaux époux à bord d'un immeuble tout entier qui passe par une voie de chemin de fer. Souvent grotesques, ses personnages sont aussi pathétiques. Jamais exemplaires en terme d'esthétisme, ils nous ressemblent davantage que les sempiternelles acteurs américains que l'on a l'habitude de croiser.

On retiendra le travail extraordinaire que continue d'effectuer Roy Andersson sur les décors, le placement des caméras et sur les couleurs fantastiques qui rendent éblouissants les tableaux ainsi crées de main de maître. Encore une belle réussite...






lundi 30 avril 2018

Иван Васильевич меняет профессию - Ivan Vassilievitch Change de Profession de Leonid Gaïdaï (1973) - ★★★★★★☆☆☆☆



Nouveau petit détour vers l'Union Soviétique après avoir abordé quelques-uns des longs-métrages de l'immense réalisateur Andreï Tarkovski avec le très bigarré Ivan Vassilievitch Change de Profession (Иван Васильевич меняет профессию) tourné en 1973 par l'un des cinéastes russes les plus populaires de sa génération, Leonid Gaïdaï. Bigarré puisque mélangeant différents genres sans rougir, tels que le fantastique, la science-fiction, la comédie, et le film musical. Incarné par l'acteur Alexandre Demianenko, le personnage de Chourik Timofeïev travaille chez lui et dans le plus grand secret sur une machine à voyager dans les temps. Maintenant que l'engin fonctionne, il le teste en présence d'un irascible locataire qui le menace de porter plainte s'il ne cesse pas immédiatement ses recherches. Lors de l'expérience, la pièce toute entière est déplacée vers l'appartement de l'un des voisins de Chourik Timofeïev dans lequel un certain Georges Miloslavsky est surpris en train de cambrioler. Les trois hommes ainsi réunis, la machine les transporte ensuite jusqu'au seizième siècle, dans la demeure du tout premier tsar de Russie, Ivan Vassilievitch dit, Ivan le Terrible. Très vite, les trois hommes sont pris en chasse par les hommes du tsar qui les considèrent comme des démons mais alors qu'une lance atteint la machine ) voyager dans le temps, Ivan le Terrible et l'ingénieur sont propulsé au vingtième siècle tandis que le voisin et le voleurs se retrouvent coincés quatre siècles en arrière...

Étrange objet que cet Ivan Vassilievitch Change de Profession pas véritablement sérieux puisque l'on est davantage confronté à une comédie qu'à un véritable film de science-fiction prenant pour cadre une machine capable de transporter ses utilisateurs dans une autre époque. Un peu à la manière du cinéma bollywoodien, le cinéaste russe Leonid Gaïdaï parsème son long-métrage de quelques chansons typiques du folklore soviétique. Se situant donc à deux époques, nous retrouvons d'un côté le voleur et le voisin récalcitrant pourchassés par les soldats du tsar au seizième siècle, et d'un autre, ce dernier, transporté dans notre présent. Les interprètes cabotinent énormément et injectent une bonne humeur à ce long-métrage qui demeure pourtant fort anecdotique. Vu à l'époque par plus de soixante millions de spectateurs au cinéma en URSS et en Russie, Ivan Vassilievitch Change de Profession est l'un des plus gros succès de son auteur.

Bien qu'il ait pris un petit coup de vieux, cela n'empêche pas le film d'être fort sympathique même si le jeu approximatif de certains interprètes laisse à désirer. La bande musicale oscille entre musique traditionnelle et arrangements électroniques, et les décors demeurent relativement sobres pour ne pas dire minimalistes. On notera la présence de quelques effets-spéciaux plutôt sympathiques. Des animations et des effets visuels qui sont l’œuvre d'Alexandre Klimenko et d'Igor Felitsyne. Le montage lorgne parfois du côté de la célèbre émission de télé britannique The Benny Hill Show lorsque les courses-poursuite entre soldats du tsar, le voleur et le voisin sont filmées en accéléré, tout cela enrobé par une musique particulièrement énergique.
Au final, Ivan Vassilievitch Change de Profession n'a rien de transcendant mais peut se concevoir comme une alternative originale aux nombreux long-métrages concentrant leur intrigue autour du voyage dans le temps. Un film rare disponible pourtant sur le site d'hébergement de vidéos Rutube qui n'est autre qu'une alternative russe de la célèbre plateforme Youtube...

mardi 2 janvier 2018

L'Homme Orchestre de Serge Korber (1970) - ★★★★★★☆☆☆☆



L'Homme Orchestre de Serge Korber est intéressant à plus d'un titre. Comme cela sera également le cas deux ans plus tard, le réalisateur offre à notre Louis de Funès de camper un personnage dans un long-métrage relativement déroutant (Sur un Arbre Perché poussera l'expérimentation jusqu'à proposer une sorte de huis-clos à ciel ouvert (qui a dit que cela était incompatible?) très particulier), Tandis que L'Homme Orchestre navigue entre comédie et spectacle musical. Le cinéaste offre à Louis de Funès un rôle qui lui va à ravir. De ces individus rigides, autoritaires et incorruptibles. Directeur d'une compagnie de danse contemporaine, Evan Evans prépare son nouveau spectacle lorsque l'une de ses danseuses lui fait faux bond. A la recherche d'une remplaçante, il engage la jolie Endrika sous certaines conditions : interdit d'avoir un petit ami, de se marier, de tomber enceinte, etc. Endrika obtient le rôle au sein de la troupe mais bientôt, lors d'une tournée en Italie, il est clair que la jeune femme n'a pas rempli toutes les conditions puisqu'y vit son enfant. Un bébé qu'elle a jusqu'à maintenant confié à une famille italienne mais qu'elle est en devoir de récupérer. Et comme elle n'a jamais partagé son secret avec quiconque, elle décide sur les conseils de Françoise, une autre danseuse qui elle aussi a dérapé en ne respectant pas les règles d'or mises en place par Evan Evans, de faire croire que l'enfant est de Philippe, le neveu du directeur...

Je disais donc que L'Homme Orchestre était intéressant à plus d'un titre : car outre le fait d'y retrouver l'insurpassable Louis de Funès (tous les acteurs comiques d'aujourd'hui faisant, avouons-le pâle figure à ses côtés), le long-métrage de Serge Korber a l'immense privilège d'avoir pu s'accorder la participation de l'immense compositeur François de Roubaix qui à l'époque débarquait avec un son nouveau. L'Homme Orchestre est une œuvre psychédélique qui ne tient pas uniquement dans ses décors ou ses costumes mais bien dans les remarquables compositions du musicien malheureusement décédé à l'âge de trente-six ans le 21 novembre 1975 dans un bête accident de plongée.

Si la plupart des personnages qu'aura interprété Louis de Funès durant sa carrière semblaient suivre une ligne directrice comportementale relativement commune, L'Homme Orchestre paraît rassembler des éléments du passé de l'acteur et des futurs rôles qu'il allait endosser. On ne reviendra pas sur les aspects quelque peu ignobles du personnage de Evan Evans et qui furent le fond de commerce de Louis de Funès qui les rendit pourtant terriblement attachants. Un miracle si j'ose dire !

Dans L'Homme Orchestre, il y a un peu du Oscar d’Édouard Molinaro dans les liens de parenté tronqués entre le bébé et Philippe. Un peu des Aventures de Rabbi Jacob dans ces danses auxquelles participait déjà avec plaisir l'acteur. Une propension à se livrer corps et âme même lorsque le producteur de la Gaumont Alain Poiré refuse de lui octroyer un cachet plus élevé que prévu tandis que d'autres producteurs lui en proposaient de plus importants. Soyons chauvins et poussons plus loin le bouchon en affirmant que le producteur et réalisateur Robert S. Baker aura su retenir la leçon pour l'ouverture de sa mythique série Amicalement Votre (le film de Serge Korber s'ouvre en effet sur une scène de course-poursuite dans les environs de Nice) ou que Jean Yanne aura trouvé là, matière à écrire ses propres comédies musicales pop et psychédéliques. Paranoïa ? Peut-être... L'Homme Orchestre demeure de toute manière une expérience toute particulière avec ses bons et ses mauvais côtés, que tout fans de Louis de Funès se doit d'avoir vu au moins une fois dans son existence. A noter la présence d'Oliver de Funès, fils du grand Louis, lequel jouera à six reprises aux côtés de son père...

dimanche 31 décembre 2017

Chobizenesse de Jean Yanne (1975) - ★★★★★★☆☆☆☆



Comme pour tous ses films sauf les deux derniers qu'il réalisa respectivement en 1982 (Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ) et 1984 (Liberté, égalité, choucroute), l'écrivain, humoriste, réalisateur et compositeur français Jean Yanne a produit lui-même Chobizenesse, son quatrième long-métrage en tant que cinéaste. Un moyen fiable d'avoir un contrôle total sur la réalisation, le casting ainsi que sur le produit définitif. Jusqu'à maintenant, il avait confié la musique au compositeur Michel Magne, s'occupant lui, des paroles. Désormais, Jean Yanne écrit lui-même sa propre bande-son, confiant les arrangements et les musiques additionnelles au pianiste et compositeur de musiques de films Raymond Alessandrini ainsi qu'à Claude Germain. Plus attiré que jamais par la chanson, le cinéaste profite du thème abordé du monde du spectacle et des marchands d'arme, s'inspirant ainsi directement de son précédent long-métrage Les Chinois à Paris, financé par le chef d'entreprise dans l'industrie aéronautique et de l'armement Serge Dassault, pour écrire ce qui s'apparente à une comédie musicale.
Peut-être moins inspiré, Chobizenesse n'est est pas moins une très bonne comédie qui malheureusement n'a pas rencontré son public lors de sa sortie en France au mois d'octobre 1975 puisqu'il n'attirera sur le territoire tout entier, qu'un peu plus de cinq-cent cinquante mille spectateurs. Pourtant, l'ambition est là. Un spectacle permanent. À la limite de la décadence. Du moins, dans l'esprit de ce que Jean Yanne a accompli jusque là.

Chobizenesse nous narre le récit de Clément Mastard (interprété par Jean Yanne lui-même), directeur de théâtre et dirigeant de revues de music-hall qui après un dîner en compagnie de la célèbre comédienne Célia Bergson se voit offrir l'opportunité de monter une pièce de grande ampleur financée à hauteur de cinq-cent mille francs par quatre frères, marchands d'armes et spécialisés dans l'acier. Mais pour cela, il va devoir faire des concessions. Il abandonne tout d'abord son projet initial et la nouvelle pièce tourne autour de l'acier. C'est un échec. D'abord frileux, Armand Boussenard et ses trois frères finissent par accepter l'idée d'introduire le sexe au cœur de la pièce. Le compositeur attitré de Clément Mastard ayant perdu son inspiration, ce dernier fait appel au musicien de génie Jean-Sébastien Bloch (voyez la source d'inspiration), ancien compositeur des pièces avant-gardistes de Célia Bergson. Mais l'homme se montre très violent envers Clément, rejetant l'idée de composer pour des pièces de théâtre. Soupçonné d'avoir poussé par la fenêtre la prostituée qui l'abritait chez elle, Bloch se réfugie cher Clément qui le protège en échange de quoi, il lui demande d'écrire la symphonie de son prochain spectacle...

L'un des principaux soucis de Chobizenesse demeure dans le fait qu'il se disperse aux quatre vents et manque le coche de la vraie bonne critique sociale. Jean Yanne hésite entre caricaturer l'un des aspects sous-jacents de son précédent film, et centrer le récit sur le personnage mégalomane de Jean-Sébastien Bloch, par ailleurs excellemment interprété par l'acteur Robert Hirsch. Jean Yanne évoque également la montée de la pornographie qui s'est libéralisée quelques années auparavant dans le monde occidental. Le scénario n'ayant pas véritablement de cohérence, on assiste avant tout à un show comme sait les orchestrer Jean Yanne. On assiste le plus souvent à un spectacle musical qu'à une véritable critique de la société même si à intervalles réguliers, son auteur rappelle qu'il écrit avant tout pour attirer l'attention des spectateurs sur les dysfonctionnements de notre société. Pour son quatrième long-métrage, Jean Yanne change complètement d'interprètes. Exit les Bernard Blier, Jacques François, Nicole Calfan, Michel Serrault, Paul Préboist ou Daniel Prévost. 

Désormais, il faut compter sur Robert Hirsch donc, Catherine Rouvel, Denise Gence, carrément hallucinante dans le rôle de l'épouse-mégère de Bloch, le cinéaste évoquant ici un prolétariat sous-cultivé et vivant dans des quartiers insalubres, Hubert Deschamps, l'irrésistible Paul Le Person, Guy Grosso, ou encore Georges Beller, lequel joua l'un des principaux personnages de la série Médecins de Nuit et fut l'animateur de la célèbre émission de télévision diffusée sur Antenne 2 dans les années quatre-vingt dix, Jeux sans frontières. L'on retiendra de Chobizenesse des chansons amusantes, barrées, dans l'esprit des œuvres écrites par Michel Magne pour les précédents longs-métrages de Jean Yanne, un spectacle permanent, haut en couleurs, tout en demeurant prodigieusement kitsch ! Pas le meilleur de son auteur, mais tout à fait regardable si l'on excepte le fait qu'après quarante-deux ans après sa sortie, le film a pris, comme les autres d'ailleurs, un méchant coup de vieux.

samedi 21 octobre 2017

Dong de Tsai Ming-Liang (1998) - ★★★★★★☆☆☆☆



Dong est mon premier long-métrage du cinéaste malaisien Tsai Ming-Liang. Mon premier film en provenance de Malaisie également d'ailleurs. Un objet filmique non identifié. Une expérience aussi incongrue qu'intrigante. Pas ou peu de scénario. Juste un point de départ intéressant qui ne survivra pas vraiment à l'option narrative que choisira le cinéaste qui à cette occasion, préférera se concentrer sur les deux seuls personnages de Dong. Bienvenue à l'aube de l'an 2000. Quelque part à Taiwan. Dans un immeuble dont nous ne verrons jamais la silhouette mais que l'on devine imposant au vu de la rangée de boites aux lettres qui trônent au rez de chaussée. Il n'y a pas âme qui vive. Ou presque. Un homme et une femme règnent désormais sur cet univers perpétuellement corrodé par une pluie drue et incessante. Une caractéristique chez Tsai Ming-Liang qui semble aimer reproduire ce type de climat dans la plupart de ses films.

Les coutumes y sont étranges. Les poubelles se jettent par la fenêtre. Uniquement. D'énormes sacs de plastique accompagnent ainsi le rideau de pluie. De ce temps exécrable naissent les infiltrations d'eau. Deux personnages pour autant d'appartements dont la situation géographique dans l'immeuble reste floue. Tout ce que l'on sait d'eux, c'est que Lui habite au dessus d'Elle. Seuls locataires à avoir résisté à l'envie d'échapper au mystérieux virus qui s'est attaqué aux habitants de la ville, ils ne se fréquentent pas. Ne se côtoient pas. Ne se croisent même pas dans l'escalier. Elle, collectionne les rouleaux de papier-toilette. Lui, fume cigarette sur cigarette et nourrit quotidiennement le seul chat errant de l'immeuble. L'homme travaille dans une épicerie. Sans clients. La seule activité qu'ils partagent finalement sans se tenir compagnie, c'est manger. Et ce, toujours dans un luxe de détails auditifs que même le bruit infernal et incessant de la pluie battante ne parvient pas à étouffer. A force de créer des courants dans les fissures des plafonds, des murs et des planchers, l'eau a créé un trou dans l'unique structure de béton séparant les deux appartements. Pour Elle, le plafond. Pour Lui, le plancher. Un judas d'abord pas plus grand qu'un dé à coudre mais qui va très naturellement grandir avant que Lui ne l'aide à prendre de l'importance.

En bas, l'appartement se dégrade assez rapidement. Les murs se dénudent de leur tapisserie. L'eau forme des flaques stagnantes, et la jeune femme commence à ressentir d'inquiétants symptômes. L'homme devient de plus en plus curieux. Scrute la voisine d'en dessous. Élargit le trou. Le chat a disparu. Son bienfaiteur, alors, mange sa pâtée. Et la vie, ainsi, entre ces deux étrangers, se mue en une forme d'attirance très curieuse. Lui tente d'observer la jeune femme tandis que celle-ci mime des conversations téléphoniques avec celui du dessus tout en parlant dans le vide.

Dong est une œuvre très étrange. Peu de dialogues. Pas davantage d'action. Durant presque une heure trente, le long-métrage de Tsai Ming-Liang passe de l'incongruité de ses deux personnages à des pauses musicales plutôt amusantes. De la calypso, du swing, et même un peu de rock'n'roll pour faire passer la pilule. Une comédie musicale survivaliste comme on n'a pas l'habitude d'en voir. D'autres intervenants apparaissent. Faut-il pour autant les comparer à des interprètes ou simplement des artistes jetés au beau milieu d'un récit léthargique et parfois même, envoûtant ? Le cinéaste taïwanais impose un univers très particulier. La dissolution d'un cadre miné par un rideau de pluie assourdissant. Des acteurs qui miment presque davantage qu'ils ne parlent réellement. Un film sans but réel. A moins qu'il ne s'agisse d'une histoire d'amour muette sur fond d'apocalypse ? L'aspect quelque peu poétique de la dernière séquence tendrait-elle à envisager cette hypothèse ? Toujours est-il que Dong demeure unique en son genre. Certainement pas un chef-d’œuvre, non, mais assez spécifique pour qu'on lui accorde tout de même un certain intérêt...
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