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vendredi 26 avril 2019

Le Jumeau d'Yves Robert (1984) - ★★★★★★☆☆☆☆



Pour la quatrième fois de sa carrière de cinéaste, l'acteur-réalisateur Yves Robert offrait un rôle à Pierre Richard après Alexandre le Bienheureux, Le Grand Blond avec une Chaussure Noire et sa suite Le Retour du Grand Blond. S'il n'est pas le meilleur film de son auteur ni celui de son principal interprète, Le Jumeau s'est pourtant bonifié avec le temps. L'une des particularités de cette comédie étant d'avoir été adapté d'un roman écrit par l'écrivain américain Donald E. Westlake. Un ouvrage intitulé Un Jumeau Singulier dont l'une des caractéristiques est d'être, paraît-il, particulièrement noir. De cet aspect du roman, l'adaptation d'Elisabeth Rappeneau a conservé une approche typée polar américain avec la voix-off assurée par un Pierre Richard coutumier du fait. A part ce détail, le film reprend le roman dans les grandes lignes avec cette histoire de vrai jumelles et de faux jumeaux.

Pierre Richard y incarne Matthias, le chef d'une petite entreprise ruiné après avoir parié tous ses biens lors d'une partie de poker. Sans argent, sans voiture ni maison, il est accueilli par son ami Ralph (l'acteur Jacques Frantz). C'est lors d'une soirée qu'il fait la connaissance d'Elizabeth (avec un Z), une jeune femme séduisante à laquelle il fait la cours. Aussitôt séduite, aussitôt dans son lit. La jeune américaine lui avoue cependant avoir une sœur jumelle prénommée Elisabeth (avec un S). Rien ne distingue les deux jeunes femmes sinon un caractère bien différent, Betty (avec le S) étant plus douce que sa sœur Liz (avec le Z). Afin de séduire Liz sans mettre en péril sa nouvelle relation avec Betty, Matthias se crée un frère jumeau qu'il prénomme Mathieu. Contrairement aux deux sœurs, Matthias met tout en œuvre pour que son faux frère jumeau et lui se distinguent aisément. Mathieu porte des lunettes tandis que Matthias, lui, porte des lentilles de contact (ce qui lui permet de faire croire que sa vue est parfaite). Ce dernier se montre beaucoup plus viril également que son frère, un brin neuneu. L'un des principaux intérêts de Matthias est financier. En effet, en épousant les deux sœurs, il pense pouvoir en retirer des bénéfices pécuniaires. Ce qu'il ne sait pas en contrepartie, c'est que l'empressement des deux sœurs à épouser chacune l'un des deux frères repose sur des conditions imposées par leur parents dans leur testament avant de mourir. En effet, la première qui se mariera détiendra une part de l'héritage familial plus important que celle de sa sœur. Liz et Betty entrent donc en compétition...

… face à un Pierre Richard qui dépense toute son énergie afin de maintenir une certaine cohésion entre les deux personnages qu'il incarne. UN Pierre Richard pour le prix de DEUX ! Le Jumeau est l'occasion de scènes parfois totalement délirantes à l'image de celle qui voit l'acteur passer d'une chambre à l'autre, passant d'une salle de bain à la suivante, changeant de peignoir afin que les deux sœurs interprétées par les délicieuses actrices britanniques (et vraies jumelles) Carey et Camilla More n'y voient que du feu. Deux sœurs qui ne suivront pas tout à fait la même carrière sur grand écran puisqu'à part le film d'Yves Robert et le quatrième volet de la saga Vendredi 13 dans lequel elles incarnaient respectivement les rôles de Teri et Tina, l'une et l'autre, ont pris une trajectoire différente. A noter qu'après une assez longue absence (cinq ans pour Camilla et vingt-neuf pour Corey), les deux sœurs se sont retrouvées dans la série télévisée Mansion Hunters en 2014. Outre Pierre Richard, les deux actrices Britanniques, et Jacques Frantz, Le Jumeau est aussi l'occasion de revoir Andréa Ferréol, Jean-Pierre kalfon, Jean-Pierre Castaldi ainsi que Paul Le Person qui excellait dans le dyptique Le Grand Blond avec une Chaussure Noire/Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert. A noter que ce dernier fait une courte apparition dans le rôle de l'homme à lunettes dans l'ascenseur. Méconnaissable... Le Jumeau est un très agréable divertissement, plein de rebondissements...

lundi 2 juillet 2018

Le Retour du Grand Blond d'Yves Robert (1974) - ★★★★★★★☆☆☆



Si Pierre Richard n'a pas joué dans beaucoup d’œuvres réalisées par l'acteur et réalisateur Yves Robert, il a cependant participé à quelques-une des plus populaires, et a même véritablement débuté une vraie carrière d'acteur chez lui en incarnant le personnage de Colibert aux côtés de Philippe Noiret dans Alexandre le Bienheureux en 1968. 1970 marque un tournant déterminant pour Pierre Richard qui en ce début des seventies réalise son tout premier long-métrage, Le Distrait, dont le personnage de Pierre Malaquet qu'il incarne à l'écran façonnera la personnalité d'une partie de ceux qu'il incarnera chez les autres ainsi que dans ses propres films. Deux ans plus tard, il incarnera pour la première fois à l'écran le personnage de Francis Perrin (qu'il reprendra à l'occasion de la suite, Le Retour..., ainsi que dans On Aura Tout Vu de Georges Lautner, Le Jouet de Francis Veber et La Chèvre du même réalisateur. Deux ans après le premier volet, gros succès commercial dépassant le millions d'entrées à sa sortie, Yves Robert met en chantier Le Retour du Grand Blond, toujours scénarisé par ses soins ainsi que par Francis Veber, et toujours incarné par Pierre Richard, la sublime Mireille Darc, Jean Rochefort, Jean Carmet et Paul le Person, lesquels sont désormais accompagnés de Michel Duchaussoy dans le rôle du Capitaine Gaston Cambrai, de Jean Bouise dans celui du ministre de la défense et le duo qui à l'occasion de ce second volet remplacera les interprètes qui incarnaient le binôme Chaperon et Poucet, Maurice Barrier et Jean Saudray, les acteurs Henri Guybet et Hervé Sand qui eux, incarnent Charmant et Prince.

Pour cette seconde aventure du grand blond Francis Perrin, le personnage interprété par Michel Duchaussoy tente de faire tomber le Colonel Toulouse en cherchant à prouver qu'il est responsable de la mort du Colonel Milan, savoureusement interprété par Bernard Blier dans le premier volet. Plus court d'une dizaine de minutes, Le Retour du Grand Blond est également légèrement en deçà du Grand Blond avec une Chaussure Noire en terme de qualité. Ce qui ne l'empêche pas d'être une très bonne suite, remplie d'excellents gags, à commencer par le héros lui-même, Francis Perrin, contraint d'obéir aux ordres de Toulouse s'il veut revoir la toujours aussi sensuelle Christine que le colonel a fait enlever.
Citer les nombreuses situations prêtant à rire et sourire prendrait une pleine page. Mais comment oublier les nombreuses scènes de Perrin échappant à la mort, à ce faux enterrement, cette fausse famille qu'on lui fait endosser et ce prêtre efféminé. Le grand blond débarquant à l'aéroport dans son costume d'agent secret (occasion pour le toujours impeccable Paul Le Person de surnommer Perrin, le grand blond avec une chaussure rouge), la rencontre avec le ministre, Jean Carmet ne sachant plus à qui se fier, ou encore l'anthologique scène de la fusillade montée de toutes pièces...

Lors du final, Yves Robert fait acte de présence dans le rôle du chef-d'orchestre. Bien que le film ait été tourné deux ans après le premier volet, les aventures de cette séquelles se situent deux mois seulement après la fin du Grand Blond avec une Chaussure Noire. Des trois diptyques que réalisera Yves Robert durant sa carrière, c'est le seul dont les deux volets n'auront pas été réalisés consécutivement puisque entre les deux, il réalisera un hommage aux seconds couteaux du septième art à travers Salut l'Artiste. Si l'on tend bien l'oreille, et que les rires n'étouffent pas le son du film (le cercueil insuffisamment rempli de cailloux), on entend très clairement les cloches de l'église sonner le thème principal du film composé par Vladimir Cosma. Bien que son personnage soit mort à la fin du premier volet, Bernard Blier fit part à Yve Robert de son désir de ré-endosser le costume de Milan pour cette suite, demande à laquelle il obtint le refus catégorique de la part du cinéaste qui lui répliqua cette phrase imparable : 'Impossible, tu es mort !'
Le Retour du Grand Blond, quarante-six ans après sa sortie, a conservé toutes ses qualités. Un film que l'on prend toujours autant de plaisir à (re)découvrrir, la meilleure approche étant de regarder les deux volets à la suite...


dimanche 31 décembre 2017

Chobizenesse de Jean Yanne (1975) - ★★★★★★☆☆☆☆



Comme pour tous ses films sauf les deux derniers qu'il réalisa respectivement en 1982 (Deux heures moins le quart avant Jésus-Christ) et 1984 (Liberté, égalité, choucroute), l'écrivain, humoriste, réalisateur et compositeur français Jean Yanne a produit lui-même Chobizenesse, son quatrième long-métrage en tant que cinéaste. Un moyen fiable d'avoir un contrôle total sur la réalisation, le casting ainsi que sur le produit définitif. Jusqu'à maintenant, il avait confié la musique au compositeur Michel Magne, s'occupant lui, des paroles. Désormais, Jean Yanne écrit lui-même sa propre bande-son, confiant les arrangements et les musiques additionnelles au pianiste et compositeur de musiques de films Raymond Alessandrini ainsi qu'à Claude Germain. Plus attiré que jamais par la chanson, le cinéaste profite du thème abordé du monde du spectacle et des marchands d'arme, s'inspirant ainsi directement de son précédent long-métrage Les Chinois à Paris, financé par le chef d'entreprise dans l'industrie aéronautique et de l'armement Serge Dassault, pour écrire ce qui s'apparente à une comédie musicale.
Peut-être moins inspiré, Chobizenesse n'est est pas moins une très bonne comédie qui malheureusement n'a pas rencontré son public lors de sa sortie en France au mois d'octobre 1975 puisqu'il n'attirera sur le territoire tout entier, qu'un peu plus de cinq-cent cinquante mille spectateurs. Pourtant, l'ambition est là. Un spectacle permanent. À la limite de la décadence. Du moins, dans l'esprit de ce que Jean Yanne a accompli jusque là.

Chobizenesse nous narre le récit de Clément Mastard (interprété par Jean Yanne lui-même), directeur de théâtre et dirigeant de revues de music-hall qui après un dîner en compagnie de la célèbre comédienne Célia Bergson se voit offrir l'opportunité de monter une pièce de grande ampleur financée à hauteur de cinq-cent mille francs par quatre frères, marchands d'armes et spécialisés dans l'acier. Mais pour cela, il va devoir faire des concessions. Il abandonne tout d'abord son projet initial et la nouvelle pièce tourne autour de l'acier. C'est un échec. D'abord frileux, Armand Boussenard et ses trois frères finissent par accepter l'idée d'introduire le sexe au cœur de la pièce. Le compositeur attitré de Clément Mastard ayant perdu son inspiration, ce dernier fait appel au musicien de génie Jean-Sébastien Bloch (voyez la source d'inspiration), ancien compositeur des pièces avant-gardistes de Célia Bergson. Mais l'homme se montre très violent envers Clément, rejetant l'idée de composer pour des pièces de théâtre. Soupçonné d'avoir poussé par la fenêtre la prostituée qui l'abritait chez elle, Bloch se réfugie cher Clément qui le protège en échange de quoi, il lui demande d'écrire la symphonie de son prochain spectacle...

L'un des principaux soucis de Chobizenesse demeure dans le fait qu'il se disperse aux quatre vents et manque le coche de la vraie bonne critique sociale. Jean Yanne hésite entre caricaturer l'un des aspects sous-jacents de son précédent film, et centrer le récit sur le personnage mégalomane de Jean-Sébastien Bloch, par ailleurs excellemment interprété par l'acteur Robert Hirsch. Jean Yanne évoque également la montée de la pornographie qui s'est libéralisée quelques années auparavant dans le monde occidental. Le scénario n'ayant pas véritablement de cohérence, on assiste avant tout à un show comme sait les orchestrer Jean Yanne. On assiste le plus souvent à un spectacle musical qu'à une véritable critique de la société même si à intervalles réguliers, son auteur rappelle qu'il écrit avant tout pour attirer l'attention des spectateurs sur les dysfonctionnements de notre société. Pour son quatrième long-métrage, Jean Yanne change complètement d'interprètes. Exit les Bernard Blier, Jacques François, Nicole Calfan, Michel Serrault, Paul Préboist ou Daniel Prévost. 

Désormais, il faut compter sur Robert Hirsch donc, Catherine Rouvel, Denise Gence, carrément hallucinante dans le rôle de l'épouse-mégère de Bloch, le cinéaste évoquant ici un prolétariat sous-cultivé et vivant dans des quartiers insalubres, Hubert Deschamps, l'irrésistible Paul Le Person, Guy Grosso, ou encore Georges Beller, lequel joua l'un des principaux personnages de la série Médecins de Nuit et fut l'animateur de la célèbre émission de télévision diffusée sur Antenne 2 dans les années quatre-vingt dix, Jeux sans frontières. L'on retiendra de Chobizenesse des chansons amusantes, barrées, dans l'esprit des œuvres écrites par Michel Magne pour les précédents longs-métrages de Jean Yanne, un spectacle permanent, haut en couleurs, tout en demeurant prodigieusement kitsch ! Pas le meilleur de son auteur, mais tout à fait regardable si l'on excepte le fait qu'après quarante-deux ans après sa sortie, le film a pris, comme les autres d'ailleurs, un méchant coup de vieux.

vendredi 20 mars 2015

Coup De Tête de Jean-Jacques Annaud (1979)




"Coup de tête" est le type même de film qui n'a aucune chance de voir les pro-football se réconcilier avec ceux pour lesquels le simple fait d'en parler provoque chez eux une poussée d'urticaire. Et même s'il l'on est loin du portrait parfois proposé d'un milieu où l'argent et le pouvoir sont mis en avant de manière scabreuse, même si l'on est plus proche de la comédie que du drame, il arrive parfois d'éprouver un malaise devant le comportement abjecte de certains lorsqu'il s'agit de mettre en avant les intérêts d'un sport quitte à mettre en péril l'existence de gens qui n'en demandaient pas tant plutôt que d'y voir l'aspect passionné et fantasmé d'un sport qui pousse des millions de personnes au portes des stades et derrière leur petit écran de télévision. 
 
On s'effraie à la seule pensée que ce que va vivre François Perrin puisse un jour être vécu par un homme au delà de la fiction. Joueur de football dans l'équipe de Trincamp, il va un jour avoir le malheur d'être pris à parti par le leader de l'équipe, Berthier. Homme d'une suffisance et d'une prétention absolument remarquables, ce dernier, lors d'un entraînement de foot va simplement réclamer que Perrin soit viré du stade après que celui-ci l'ai bousculé involontairement et l'ai fait ainsi chuté sur la pelouse. Évidemment, Berthier étant le meneur de l'équipe, c'est avec empressement que les responsables signifient à Perrin qu'il est préférable pour lui de quitter le terrain. Pire. Il va se retrouver viré de l'équipe, et même de l'usine où il travaille, cette dernière appartenant au président du club.

Après un court passage par le bar où l'équipe de football à ses habitudes et lors duquel il se fait proprement insulter par les supporters ainsi que par l'équipe de foot de Trincamp, Perrin décide de tout plaquer et d'aller voir ailleurs si l'air est meilleur à respirer. Toutefois, avant d'avoir pu quitter la ville, il est arrêté par la police, accusé d'un viol dont il est innocent et qui en réalité a été perpétré par Berthier. Mais comme le club compte sur ce dernier pour le championnat de France qui se prépare, on préfère faire porter le chapeau à Perrin qui de ce fait se retrouve très vite en prison. 
 
Quelques temps plus tard, un car doit mener l'équipe de Trincamp vers un match qui doit se dérouler à l'extérieur et alors que les supporters qui accompagnent les joueurs dans un autre car chantent et boivent plus que de mesure, l'un d'eux provoque un accident et le leader de l'équipe se blesse ne pouvant par conséquent plus assurer son rôle sur le terrain. Alors que Perrin croupi toujours en prison et que les dirigeants du club se demandent qui pourrait bien remplacer les quelques joueurs blessés au pied levé, l'un d'entre eux émet une bien drôle d'idée : Faire sortir Perrin de prison et lui demander de participer au match... 
 
Réalisé par le grand Jean-Jacques Annaud, "Coup de tête" n'est pas le petit film sans prétention qu'il semble être. C'est d'une critique féroce dont il s'agit ici. On se demande si l'argent et le pouvoir permettent à ceux qui en détiennent les clés de manipuler à leur aise l'ordre établit et on ne peut que constater avec désœuvrement que malheureusement c'est très souvent le cas. Le choix des acteurs est plus que judicieux. Tout d'abord Patrick Deweare campe Perrin de façon magistrale et crédible. Vient ensuite un vivier d'acteurs qui ont tous la gueule de l'emploi. Ils jouent avec justesse leur rôle de flic ou de dirigeant de club plus véreux les uns que les autres. On y croit sans hésitation et c'est peut-être la raison principale pour laquelle un sentiment d'injustice nous assaille lorsque l'on assiste à la chute vertigineuse de Perrin. Mais c'était sans compter sur le revirement scénaristique tout à fait jubilatoire du film puisque ce dernier va mener finalement l'équipe de Trincamp à la victoire. Et c'est alors qu'on lui déroule le tapis rouge. Mais loin d'être stupide, Perrin n'a pas oublié le traitement qui lui a été infligé peu de temps auparavant et c'est en secret qu'il va préparer une vengeance à la hauteur de ce qu'il à subit...

Un pur régal.
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