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mardi 13 mai 2025

Est-ce bien raisonnable de Georges Lautner (1981) -★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

On ne reviendra jamais assez sur la richesse des dialogues des œuvres écrites ou réalisées par le dialoguiste Michel Audiard. Un apport considérable dont certains cinéastes se sont empressés de copier le style sans pour autant jamais être parvenus à l'égaler. Si sa collaboration avec Jean-Marie Poiré peut sembler ici étonnante, il faut savoir que les deux hommes n'en furent pas à leur coup d'essai puisque ce dernier, bien avant d'écrire et de réaliser sa toute première comédie Les petits câlins en 1978 débuta dix ans en arrière en participant l'élaboration de scénarii et l'adaptation d'une bonne partie des films réalisés par Michel Audiard lui-même. Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages en 1968, Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais... elle cause! En 1978, Le cri du cormoran, le soir au-dessus des jonques en 1971 ou encore Comment réussir... quand on est con et pleurnichard ! Autant dire qu'on pouvait attendre beaucoup de la part du duo et notamment de celui qui plus tard sera l'auteur du Père Noël est une ordure en 1982, de Mes meilleurs copains en 1989 et quatre ans plus tard du premier des quatre volets de la franchise Les visiteurs. N'étant ni l'un ni l'autre chargé de la mise en scène de Est-ce bien raisonnable ?, la charge revient au cinéaste Georges Lautner qui avant de signer cette œuvre nettement plus anecdotique réalisa quelques classiques du cinéma français comme, Le septième juré en 1962, Les tontons flingueurs en 1963 ou encore Ne nous fâchons pas et La grande sauterelle tout deux signés en 1966. Alors, un tiercé gagnant, Est-ce bien raisonnable ? Et bien en fait, pas vraiment. On peut dire sans rougir que le niveau a malheureusement et drastiquement baissé depuis les débuts de leur collaboration. Et si ce n'était l'étonnante rencontre entre Gérard Lanvin qui allait connaître très bientôt une rapide ascension et Miou-Miou que Georges Lautner avait déjà engagé sur les plateaux de Quelques messieurs trop tranquilles, Pas de problème ! et On aura tout vu en 1973, 1975 et 1976 et à laquelle Bertrand Blier avait offert le rôle de Marie-Ange dans son film culte Les valseuses en 1974, Est-ce bien raisonnable ? n'aurait quasiment aucun intérêt.


La faute à un scénario relativement faiblard qui partait pourtant sur de bonnes bases. En effet, après s'être introduit dans le bureau d'un célèbre juge lors de son évasion d'un palais de justice, la présence en ces lieux de Gérard Louvier (Gérard Lanvin) cause un quiproquo lorsque Julie Boucher (Miou-Miou le confond avec le juge Simon. La jeune journaliste est montée à Paris afin de rencontrer ce dernier pour lui demander de l'aider dans son enquête s'agissant d'une sinistre affaire. Louvier profite de l'occasion pour monter à bord de la voiture de la jeune femme et ainsi échapper à la justice. Direction Nice où Julie retrouve son compagnon Daniel qu'incarne à l'écran Henri Guybet. Un homme quelque peu jaloux qui tend moins la main pour faire l’aumône que pour gifler la jeune femme qui s'énerve après l'avoir surpris au lit avec une autre... Viennent se greffer au récit, l'ancien amant éperdument amoureux, dépressif, interprété par Jean-Pierre Darroussin, Michel Galabru dans le rôle d'un huissier, Julien Guiomar dans celui de Raymon Volfoni, un complice de Louvier, mais également Renée Saint-Cyr dans le rôle d'une Veuve, actrice qui n'est autre que la mère de Georges Lautner ! Si les premières minutes sont plutôt plaisantes, au fil du récit cela se gâte. Le scénario tourne en boucle et surtout, la vervehabituelle de Michel Audiard est souvent absente.Mis en scène avec mollesse de la part du réalisateur, laquelle déteint sur une grande partie de l'interprétation, Est-ce bien raisonnable ? est non seulement une œuvre mineure dans la carrière de son auteur et de ses interprètes mais aussi dans la vaste étendue des comédies qui furent avant, pendant et après, réalisées sur notre territoire. Le pire, c'est que le film aurait pu se contenter de ne pas excéder les quatre-vingt ou quatre-vingt dix minutes mais il frôle presque les deux heures. De quoi, dans le meilleur des cas, s'ennuyer ferme et dans le pire, faire une sévère indigestion. Bref, pas de quoi sauter au plafond. Tout juste de quoi rattraper quelques heures de sommeil.

 

mercredi 19 mars 2025

Mon homme de Bertrand Blier (1996) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

J'ai beau être en admiration devant l’œuvre du cinéaste français Bertrand Blier et avoir été aussi bouleversé par sa disparition en janvier dernier que par celle du réalisateur américain David Lynch survenue quelques jours avant lui, il est des films qui passent moins bien le cap de l'émerveillement. Ce n'est d'ailleurs qu'en me remémorant la ''répétition générale'' du Bruit des glaçons que je n'avais pas supporté autrement que par petits bouts avant d'adhérer finalement au concept que je me suis promis d'essayer à nouveau de me plonger dans l'univers des personnages de Mon homme. Une œuvre presque entièrement à la gloire des femmes et de SA femme Anouk Grinberg. Celle qui donna à Bertrand Blier un fils à l'époque où ils vécurent ensemble. De leur union naquit Léonard mais aussi trois longs-métrages. Trois œuvres qui laissèrent sur le carreau certains critiques et firent l'admiration des autres. Du moins pour l'excellent Merci la vie qui, s'il n'est pas le meilleur film de son auteur demeure sans doute l'un des plus tentaculaires dans sa mise en scène et son écriture. Là, Anouk Grinberg y incarnait la jeune Joëlle, causant chez les spectateurs des sensations inédites et presque honteuses vu l'âge que semblait vouloir donner à l'une des héroïnes le cinéaste. Sa voix de petite fille, l'actrice la perpétuera deux ans plus tard, en 1993 avec Un, deux, trois, soleil. Œuvre sans doute mineure chez Bertrand Blier mais qu'on lui pardonnera puisque après cela, il reviendra donc avec Mon homme. Recouvrant ainsi la mémoire des plus anciens souvenirs des cinéphiles qui le découvrirent au moment où sortaient successivement en 1974 et 1976 Les valseuses et Calmos (qui se souvient réellement avoir découvert en 1967 le pourtant génial Si j'étais un espion?), Mon homme est comme souvent chez le réalisateur, scénariste et écrivain français l'occasion de plonger ses protagonistes dans un univers teinté de surréalisme. Un concept pas toujours évident à accueillir dans un foyer lorsque l'on n'est pas habitué au style ''Blier''. Regards face caméra qui interrogent le spectateur, le font complice et même voyeur d'une aventure dont le schéma d'hommage à la Femme n'est pas toujours évident. Un film dans la lignée des plus anciens films de leur auteur qui, il est vrai, sent parfois la naphtaline à force de redondance, de gimmicks, de tics répétés à profusion et ne semble s'adresser qu'à un cercle très restreint de fans ! Anouk Grinberg incarne Marie, jeune prostituée autonome qui vit dans au dernier étage d'un appartement qui accueille chez elle Jeannot. Un clochard qu'elle trouve endormi dans l'entrée de son immeuble et auquel elle propose un repas avant de l'inviter à dormir chez elle, bien au chaud devant un radiateur brûlant. Marie aime l'argent et le sexe. Maris aime aussi les gens dans leur globalité. Succédant à une valse de passes qui voient des acteurs aussi divers que Jacques François, Michel Galabru, Jacques Gamblin ou encore Mathieu Kassovitz monter les six étages menant à l'appartement de la jeune femme pour trouver leur plaisir entre ses bras, Gérard Lanvin débarque vêtu d'oripeaux que l'on devine malodorants mais dont les effluves, cependant, ne semble pas incommoder Marie.


Mon homme fait écho au cultissime Tenue de soirée qu'avait déjà réalisé Bertrand Blier une décennie plus tôt, en 1986. Axant ici le récit autour de deux principaux personnages avant qu'un troisième en la personne de Sanguine (excellente Valeria Bruni Tedeschi) ne vienne s'y rattacher, le film explore les différentes possibilités d'un couple tout en penchant comme à son habitude vers la luxure et l'ascendance de l'homme sur la femme. Drôle d'hommage à la gente féminine diront alors certains. Surtout lors de l’hilarante séance de baffes durant laquelle Jeannot explique à Marie qu'il faut savoir esquiver les gifles. Une séquence très amusante qui préfigure la suite du récit où la cloche une fois rasée, parfumée et apprêtée va prendre de l'assurance et devenir le maquereau de Marie sur demande express de celle-ci !!! Amour, passion, violence et avarice se mêlent dans une histoire passionnée et parfois passionnante entre des individus qui tous n'ont pas forcément le même but. Si Anouk Grinberg se met littéralement à nue, sans la moindre pudeur en faisant ainsi preuve d'un véritable courage et d'une détermination certaine pour son compagnon Bertrand Blier, Valeria Bruni Tedeschi est touchante, fragile, amoureuse, sacrifiant jusqu'à sa pudeur et ses principes pour les beaux yeux d'un Gérard Lanvin toujours plus avide d'argent. Résurgence d'un passé de proxénète dont la fin de carrière tragique le condamna à vivre dans la rue ou nouvel et véritable appétit pour l'argent ? En intercalant le récit de séquences d'interrogatoire trop rares puisque jubilatoires, Bertrand Blier semble nous parler au présent mais aussi au passé. Et pas simplement par le truchement de personnages secondaires dont on regrette la courte présence à l'écran (Sabine Azéma, blaffarde en Bérangère rappelle curieusement Jeanne Moreau en Jeanne Pirolle dans les Valseuses tout en inversant leur point de vue respectif) mais parce que certains actes se présentant comme étant actuels semblent être le reflet d'un passé peu glorieux. Sans être un grand Blier, Mon homme reste une œuvre qui parfois marque d'une empreinte indélébile le spectateur. Le cinéaste offrant ainsi quelques séquences dont la beauté est irréfutable. Filmant les corps, leurs entrelacements et la sensualité de l'acte sexuel avec une force émotionnelle rare. Il faut voir en effet Gérard Lanvin chevaucher Anouk Grinberg sur fond de Beatus Vir op. 38 de Henryk Mikolaj Górecki et ainsi nous bouleverser pour enfin se convaincre que Bertrand Blier n'était pas qu'un sale garnement, provocateur et irrévérencieux. Des décennies après le misogyne Calmos, le réalisateur rendait effectivement un bel hommage à toutes celles qui nous accompagnent dans la vie. Certes, à sa manière faussement maladroite, mais qui aujourd'hui, et depuis sa disparition, oserait encore lui en vouloir... ?

 

mardi 18 février 2025

Quatre Zéros de Fabien Onteniente (2024) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Vingt-trois ans après avoir réalisé la comédie Trois Zéros, le cinéaste français Fabien Onteniente est revenu en octobre dernier avec la suite des aventures d'Alain Colonna. Désormais écrit par le réalisateur lui-même et Antonin Fourlin, Quatre Zéros confirme d'abord une chose : que Fabien Onteniente vit dans un autre monde, à une époque révolue dans laquelle il semble se complaire au point de perpétuellement vouloir le reproduire chaque fois qu'une idée de scénario lui vient en tête. Quatre Zéros est ainsi le digne héritier de la franchise Camping, de Jet Set, de Disco ou encore de All Inclusive. On aura rarement vu un réalisateur et scénariste demeurer aussi fidèle à son propre style que le cinéaste français. Les États-Unis ont John Waters et nous, en France, nous avons Fabien Onteniente. Ce qui, en soit, n'est pas annonciateur d'une très bonne nouvelle. Mais plutôt d'une très mauvaise. Surtout si l'on est allergique à cette vision passéiste, voire même extrêmement ringarde de la société française. Fabien Onteniente semble être resté bloqué dans les années 2000. Et plus précisément en 2002, année où sort Trois Zéros, lequel attire le public en masse puisque plus d'un million et deux-cents mille spectateurs viendront assister à l'arrivée dans l'équipe de France de l'excellent joueur de football, Tibor Kovacs qu'incarna Lorant Deutsch. De l'ancienne équipe d'interprètes il ne reste ''malheureusement'' pas grand monde. Samuel Le Bihan est aux abonnés absents. Lui qui incarnait le rôle de Manu, l'agent du jeune prodige du football laisse donc désormais la place à Paul Deby. Et comme Fabien Onteniente n'a pas eu l'air de vouloir trop se fouler ou plus simplement rappeler le personnage qu'interprétait à l'époque Samuel Le Bihan, le réalisateur a choisi la simplicité en donnant à ce nouveau caractère le même prénom. Manu (Paul Deby) découvre à son tour un nouveau phénomène du ballon rond. Un certain Kidane qu'interprète le jeune Mamadou Haïdara qui jusque là n'était apparu sur grand écran que dans La vie de ma mère de Julien Carpentier il y a deux ans. De manière si grossière que l'évocation de son arrivée sur notre territoire transpire une certaine idéologie, Fabien Onteniente aborde le sujet des migrants et du périple qu'ils rencontrent lors de leur traversée de leur pays d'origine jusqu'aux frontières hexagonales.


Un prétexte en réalité hautement fallacieux puisque le réalisateur et son scénariste vont assez peu s'intéresser par la suite à ce tout nouveau personnage puisque les séquences qui lui seront consacrées se compteront sur les doigts d'une seule main. Non, ce qui intéresse avant tout Fabien Onteniente et Antonin Fourlon est de décrire ce que semble être devenu depuis longtemps le monde du football. Un univers déjà lucratif à l'époque mais qui désormais attire une faune que l'on présentait il y a longtemps comme retranchée aux stricts abords des cités HLM. Désormais, la ''racaille'' s'invite aux festivités (comment nommer autrement les quelques énergumènes qui pour le compte d'un certain DZ vont jusqu'à intimider les parents de l'agent du nouveau prodige?). Si les types en survêt, le bling-bling et le football vous donnent des aigreurs d'estomac, Quatre Zéros apparaîtra à vos yeux comme une anthologie du mauvais goût. Gérard Lanvin reprend le rôle d'Alain Colonna avec cet air renfrogné qui est devenu sa marque de fabrique tandis qu'Isabelle Nanty rendosse celui de sa sœur Sylvie. Elle est désormais la compagne de José Pinto (Didier Bourdon), le propriétaire d'un restaurant qui marche mal et qui embauche son fils Manu ainsi que Kidane, le prodige du foot en question. Attirant la convoitise de concurrents, tel DZ qu'interprète le rappeur français Kaaris, Sylvie décide de faire appel à son frère qui depuis les événements du précédent long-métrage se la coule douce à Tahiti... Avant même de sortir en salle, Quatre Zéros était déjà totalement largué. Le style '' Fabien Onteniente'' pue aussi fort qu'une fosse septique complètement bouchée. Tous les travers de ses anciens projets transpirent ici. De cette incapacité à moderniser sa démarche au fil de ses comédies, le réalisateur accouche d'une œuvres qui tente d'évoquer des thématiques actuelles sous une forme incroyablement démodée. C'est ainsi qu'apparaissent dans leur propre rôle d'anciennes personnalités du football, tels Rolland Courbis, Guy Roux, Jean-Pierre Papin, Karl Olive ou encore le footballeur brésilien Rai. Mais à moins d'être un passionné du ballon rond, il y a peu de chance pour que les toutes nouvelles générations de supporters reconnaissent certaines de ces figures du foot venues cachetonner ou rendre service à Fabien Onteniente. Bref, Quatre Zéros s'avère plutôt affligeant, pas drôle et totalement déconnecté du monde moderne.

 

mercredi 24 août 2022

Bon rétablissement de Jean Becker (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Réalisateur de L'été meurtrier et de Deux jours à tuer en 2008, le réalisateur Jean Becker n'a durant sa carrière jamais cessé de jongler entre comédies et drame, marquant parfois le septième art et laissant parfois relativement circonspect. Comme avec Bon rétablissement ! justement. Sans doute l'une des comédies les plus légères de sa filmographie mais qui n'est pourtant pas dénuée de quelques qualités. À commencer par son contexte assez inédit puisque la quasi totalité du long-métrage se déroule dans une chambre d’hôpital. Celle qui vient ''d'accueillir'' Pierre Laurent, lequel, après avoir fait une chute d'un pont situé sur la Seine a perdu conscience, s'est fracturé la jambe droite et a été secouru par un jeune inconnu. Pierre Laurent, c'est l'acteur Gérard Lanvin, candidat idéal pour jouer le rôle de cet indomptable personnage relativement grincheux dont la chambre va se transformer en Porte d'Aix. Du monde, Pierre Laurent va en voir débouler en permanence. Du flic qui enquête sur son accident (Fred Testot dans le rôle du capitaine de police Maxime Leroy), en passant par les infirmières (dont Claudia Tagbo dans le rôle de l'infirmière en chef Myriam), un médecin et ses stagiaires (Louis-Do de Lencquesaing), le frangin Hervé (Jean-Pierre Darroussin), le pote Serge (Daniel Guichard qui quarante-deux ans après être apparu dans What a Flash ! de Jean-Michel Barjol réapparaissait donc pour la seconde et dernière fois sur grand écran), la jeune fille enceinte Maëva (Mona Jabeur dans son seul rôle au cinéma jusqu'à maintenant), ou encore Camille, jeune homme qui n'a pas hésité à se jeter dans la Seine pour sauver Pierre lors de son accident. Si Bon rétablissement ! est effectivement une sympathique comédie, celle-ci souffre malheureusement d'un nombre trop important de personnages qui, fort logiquement, manquent en grande partie de profondeur...


Si l'on ne regrettera pas que certains parmi eux n'aient pas bénéficié d'un peu plus d'attention (l'arrivée de l'animatrice de télévision Anne-Sophie Lapix dans le rôle de Florence, ex de Pierre, tombe comme un cheveu dans la soupe), on désapprouvera en revanche le fait que Jean Becker n'ait pas accorder à l'acteur Swann Arlaud un temps de présence plus important. En effet, son personnage demeure sans doute le plus intéressant du récit et contrebalance avec l'esprit ''festif'' qui règne dans cette chambre où les rencontres seront nombreuses. Au passage, nous noterons la présence du toujours excellent Philippe Rebbot dans le rôle du kinésithérapeute Thierry mais l'on reprochera la manière beaucoup trop légère que le réalisateur aura de traiter la majeure partie des thèmes abordés. À Commencer par l'ancienne relation entre Pierre et Florence dont on se fiche royalement. Si les quelques apparitions de Daniel Guichard sont amusantes, elle ne renforcent en rien le caractère hétéroclite des personnages et de ceux qui les interprètent. Des chanteurs, d'accord. Car Maurane aussi participe à l'aventure dans un rôle qui là encore fait office de remplissage. Mais une animatrice télé ? Non pas qu'Anne-Sophie Lapix soit mauvaise mais la façon qu'a Jean Becker de l'introduire dans le récit a de quoi laisser circonspect ! Le contexte contraignant l'écriture à une renouvellement permanent des situations, le film tourne malheureusement parfois en rond. Les quelques sorties à l’extérieur en forme de long flash-back auquel là encore, le spectateur ne prêtera pas attention ne résolvent rien. Quant à cette fin en queue de poisson qui promettait pourtant les retrouvailles du héros avec son nouveau locataire... Que dire... Jean Becker signe à vrai dire une comédie plutôt mal écrite, parfois attachante, mais dont la plupart des situations sont rapidement congédiées...

 

samedi 4 avril 2020

Papi Sitter de Philippe Guillard (2020) - ★★★★★☆☆☆☆☆



Neuf ans après l'excellent Le Fils à Jo et cinq après l'attachant On Voulait tout Casser, le réalisateur français Philippe Guillard revient avec un troisième long-métrage au sujet éculé. Un buddy Movie où s'affrontent deux grands-pères réunis sous le même toit durant un mois. D'un côté, André Morales auquel est confiée la délicate tâche de faire réviser son bac à sa petite-fille Camille. Un ancien capitaine de gendarme à la retraite carrément ''coincé''. De l'autre, Teddy Bardolino dont l'arrivée n'était pas prévue. Un gérant de boite de nuit ''nature'' et quelque peu grossier. La relation entre les deux hommes ne va pas être de tout repos. Ayant une conception de la vie totalement différente, André et Teddy vont avoir beaucoup de mal à se supporter. Alors qu'ils passent leur temps à se quereller, Camille va en profiter pour ne plus aller en cours et profiter de son temps libre pour rejoindre Paco, un jeune surfer dont elle vient de tomber amoureuse...

Malgré le capital sympathie qui entoure Gérard Lanvin et Olivier Marchal qui interprètent le rôle des papys en question, Papi Sitter ne convainc pas tout à fait. Comme il en existe déjà des dizaines, voire même des centaines, la comédie de Philippe Guillard ne fait jamais vraiment preuve d'imagination. C'est donc sans doute en terrain conquis que le réalisateur doit sûrement croire avoir tapé dans le mille alors que son film ne sent souvent que le réchauffé. Pourtant, le pouvoir d'attraction de son duo d'acteurs vieillissant fonctionne parfois à plein régime grâce à des dialogues parfois relevés. Et si l'on ne se roule jamais parterre de rire, Papi Sitter n'est en aucun cas déplaisant à regarder. Tout juste faudra-t-il accepter la minceur d'un récit qui ne repose en grande partie que sur cet antinomique duo que le scénario écrit par Philippe Guillard s'évertue à bourrer de clichés. Entre l'ancien gendarme incapable de se remettre en question et le gérant de boite de nuit parfois irresponsable, forcément, on ne peut s'attendre à rien d'autre qu'à des affrontements...

Papi Sitter est malheureusement l'un des nombreux exemples de ce cinéma comique français qui depuis de trop nombreuses années se laisse aller pour n'être plus qu'un cinéma pépère sans prise de risque. Si le duo entre Gérard Lanvin et Olivier Marchal reste amusant, on se fiche assez rapidement de l'idylle entre Camille (l'actrice Camille Aguilar) et le jeune surfer Paco interprété par Paco Fuster. Ce dernier ayant apparemment beaucoup de mal à incarner son personnage et Philippe Guillard ayant insuffisamment accordé de temps à la relation que Camille et lui entretiennent, tout ce qui découle des mensonges et de la passion de l'adolescente laisse indifférent. On regretterait presque le départ de Karine (Anne Girouard) et Franck (Jean-François Cayrey), les parents de Camille, au fort potentiel comique. Cependant, le réalisateur parvient à éviter à son œuvre de tourner à l'aigre. Mieux, Papi Sitter s'avère de temps en temps relativement frais alors que l'on pouvait craindre qu'il sente le rance. À noter la présence de la trop rare Philippine Leroy-Beaulieu qui interprète ici le rôle de Viviane...

dimanche 29 décembre 2019

Le Prix à Payer d'Alexandra Leclère (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Lors d'un déjeuner dans son restaurant préféré où il convie son chauffeur Richard, l'homme d'affaire Jean-Pierre Ménard lui confie qu'entre son épouse Odile et lui leurs rapports sexuels se sont espacés pour n'être au final plus qu'un ancien souvenir. Ayant les mêmes problèmes avec sa petite amie Caroline, Richard semble avoir la solution à leur problème commun : couper les vivres à leur compagne respective. Dépensière, Odile vit mal cette situation, elle qui a pour habitude de dépenser chaque jours de grandes sommes d'argent. Accaparée par l'écriture de son premier roman, Caroline espérait le soutien de Richard qui la menace de la virer de l'appartement où il considère l’héberger elle, ainsi que ses deux enfants.Si dans un premier temps les deux hommes finissent par obtenir de ce qu'ils attendaient de leur conjointe, les rapports de couples vont très rapidement se dégrader et personne n'en sortira indemne...

Second long-métrage de la réalisatrice française Alexandra Leclère trois ans après Les Soeurs Fâchées en 2003, l'auteur du Grand Partage en 2015 et de Garde Alternée en 2017 réalisait en 2007 Le Prix à Payer. Une nouvelle fois encore une comédie autour d'un quatuor d'excellents interprètes. Un comité restreint constitué de Christian Clavier, Nathalie Bate, Gérard Lanvin et Géraldine Pailhas à peine perturbé par quelques seconds rôles pour la majeure partie anodins mais d'où surnagent les discrètes prestations de Patrick Chesnais et Anaïs Demoustier qui incarnent respectivement Grégoire, l'amant tardif d'Odile et Justine, la fille du couple Ménard. Le Prix à Payer est une comédie grinçante sur le couple ainsi que la misère affective et sexuelle qui l'étreint lorsque les années passent et que la passion s'est envolée. Apparaissent alors l'indifférence, puis la rancœur, et enfin la haine. Davantage axé sur le pouvoir de l'argent qui entre les mains de ces messieurs semble être un moyen de pression pour obtenir les faveurs de leurs dames que sur les sentiments, le scénario écrit des mains mêmes de la réalisatrice critique avec férocité et sinistres pensées les dégâts causés par un trop grand nombre d'années de vie commune.

La femme est ici asservie, non pas seulement par les désirs sexuels de leur conjoint respectif mais enfermée dans un carcan de femme d'intérieur, elle n'a d'autre objectif que d'obéir sans sourciller. Enfin... il est peut-être exagéré d'évoquer ce terme puisque précisément, et chacune à leur manière, Odile et Caroline vont prendre le taureau par les cornes et se battre. Si Alexandra Leclère n'avait pas elle-même mis en scène cet excellent quatuor adapté de son propre scénario, sans doute Le Prix à Payer aurait-il reçu davantage que les critiques subjectives que lui ont asséné un certains nombres d'individus. Signé par un homme, le long-métrage aurait sans doute été taxé de misogyne bien que le trait soit souvent forcé. Rares sont les occasions de rire à gorge déployée dans le cas qui nous intéresse ici. Et pourtant, la réalisatrice s'en donne à cœur joie et offre à son public des séquences qui auraient pu devenir anthologiques si elles n'avaient pas pour habitude de prendre des atours parfois grossiers. Le Prix à Payer ou, comment l'argent remplace les sentiments. Une sympathique comédie interprétée par d'excellents acteurs...

mercredi 16 mai 2018

Pension Complète de Florent Emilio-Siri (2015) - ★★★★★☆☆☆☆☆



A ce jour, Pension Complète est le dernier long-métrage de Florent Emilio-Siri, auteur entre autre du biopic Cloclo consacré au chanteur français Claude François en 2012. Pour son dernier film, il engage le duo de Camping, le succès inespéré (incompréhensible?) de Fabien Onteniente. Franck Dubosc croise donc à nouveau la route de Gérard Lanvin. Le premier incarne François, propriétaire et grand chef cuisinier d'un hôtel-restaurant réputé situé en bord de mer. Son épouse Charlotte accompagne son époux dans sa carrière de restaurateur mais aimerait qu'il lui accorde davantage de temps. Le restaurant, c'est le bébé de François. C'est au moment où tout s'emballe entre les époux que débarque Alex, l'ancien compagnon de la jeune femme, disparu depuis onze ans et laissé pour mort. Alors que les rapports entre Charlotte et François se compliquent, l'arrivée d'Alex va accélérer les événements. D'autant plus que ce dernier a l'intention de reprendre les rennes du restaurant qui selon son avocat lui appartient toujours, ainsi que de reprendre à ses côtés Charlotte qu'il aime toujours autant que par le passé, tandis que François, lui, espère obtenir sa première étoile au Guide Michelin...

Une heure et vingt et une minutes. Si l'on ôte en plus les quarante secondes de générique de début et les cinq minutes et dix seconde de celui qui vient clore le film, Pension Complète ne dure en réalité pas beaucoup plus d'une heure et quinze minutes. Ce qui devait faire tout de même chère la place au moment de sa sortie. Il y a des films qui durent deux heures (et même plus) et qui en paraissent parfois moitié moins et d'autres qui n'excèdent pas les quatre-vingt dix minutes mais qui paraissent durer une éternité. Les soixante-quinze minutes du long-métrage de Florent Emilio-Siri semblent finalement largement suffisantes. De quoi maintenir le public assis jusqu'au bout sans qu'il ne ressente l'envie pressente de quitter la projection. Car comme une grande majorité des comédies françaises des années 2000 (on pourra même remonter jusqu'aux années quatre-vingt dix pourquoi pas), Pension Complète est assez triste et monotone. Pas un seul dialogue inspiré de l’œuvre de Gilles Grangier (le classique de la comédie française La Cuisine au Beurre avec Bourvil et Fernandel) ne retiendra l'attention. Pourtant scénarisé à six mains par Matt Alexander, Cécile Sellam et Mathieu Oullion, la comédie de Florent Emilio-Siri est très largement en dessous de son modèle.

C'est d'autant plus dommage que l'on y découvre un Franck Dubosc qui sort enfin un peu de son image de ringard pour interpréter un grand chef cuisinier entièrement voué à son métier et rêvant d'obtenir sa première étoile au guide Michelin. Face à lui, le toujours indomptable Gérard Lanvin qui dans la peau de l'ancien amant vient mettre son grain de sel dans les affaires du chef-cuisinier et de son couple. Si l'on s'amuse quelque peu du duel comique qui oppose les deux principaux acteurs, Pension Complète se révèle malheureusement très faible. Surtout lorsque certains rouages qui auraient normalement dû apporter un peu de piment à l'affaire sont éludés un peu trop facilement. On pense notamment à l'impuissance de François, à la grossesse de Charlotte, ou encore aux conséquences découlant de l'adultère auquel se sont adonné Alex et Charlotte. Je veux bien que ces aspects du récits soient potentiellement réduits à leur portion congrue (Pension Complète n'est de fait, qu'une toute petite comédie), mais ces très intéressants enjeux qui auraient donné du corps au scénario demeurent finalement très (trop?) secondaires. Voire inutiles. En plus, le film est perclus d’invraisemblances. Au final, le film de Florent Emilio-Siri est relativement négligeable vu le nombre de comédies qui sortent sur les écrans chaque année. Nous retiendrons tout de même la présence de la charmante Pascale Arbillot dans le rôle de Charlotte, et celle d'Audrey Dana dans la délirante incarnation de sa sœur, Pascale. Une petite comédie insignifiante...

mardi 24 octobre 2017

Une Etrange Affaire de Pierre Granier-Deferre (1981) - ★★★★★★★★☆☆



Jusqu'où certains seraient-ils prêts à aller pour conserver leur emploi ? C'est à cette question que tente de répondre le cinéaste français Pierre Granier-Deferre auquel ont doit notamment Le Chat, La CageAdieu Poulet, ou encore Noyade Interdite. Imaginez-vous vous réveiller un matin et réaliser que depuis deux ans, le poste que vous occupez n'est pas essentiel à la bonne marche de l'entreprise pour laquelle vous travaillez. Un emploi qui jusqu'à maintenant n'a pas semblé déranger qui que ce soit dans votre entourage, pas même l'ancien directeur qui vient tout juste de mourir. Alors, quand débarque son successeur, tout est remis en question. On évoque une charrette, avec l'éventualité que vous en fassiez partie. Forcément, cela va jouer sur votre moral ainsi que sur celui de vos collègues de travail. Le risque, c'est que cela dépasse les frontières de votre vie professionnelle pour empiéter sut votre vie privée. La rencontre avec le nouveau directeur est brutale. Vous êtes paralysé. Ne savez que répondre lorsqu'il vous interroge sur votre fonction. Lui, est apparemment décidé à faire un grand nettoyage. Se débarrasser du superflu. Qu'êtes-vous donc prêt à sacrifier pour conserver votre emploi ?

Louis Coline travaille dans le service marketing d'un grand magasin à Paris. Marié avec Nina, il mène une vie simple et demeure très proche de sa grand-mère à laquelle il rend régulièrement visite. Depuis deux ans, il bosse à son rythme. Pas vraiment pressé de se rendre au travail, il boit des coups au bar, passe devant le bureau de tous ses collègues pour leur faire un petit coucou et exécute les ordres du responsable de son département, Gérard Doutre. Lorsqu'arrive Bertrand Malair, le nouveau directeur, l'ambiance est froide. Dès le départ, Louis est comme « examiné » par le nouveau patron. L'objectif de ce dernier est clair : les résultats rencontrés ces derniers temps par le magasin ne sont pas suffisants. Louis est-il prêt à une disponibilité de tous les instants ? La réponse est oui...

Une Étrange Affaire, forcément, glace les sangs. Parce que ce récit, basé sur un scénario écrit à six mains par Christopher Frank, Pierre Granier-Deferre et Jean-Marc Roberts et inspiré par le roman Affaires Étranges de ce dernier, nous relate la lente et pénible dégradation morale, physique et intime d'un homme prêt à tout pour conserver son emploi. Cet homme, c'est l'acteur Gérard Lanvin. Son épouse, l'actrice Nathalie Baye. Un couple qui explose devant la vampirisation dont est victime le publicitaire. La cause ? Michel Piccoli, qui dans le rôle de Bertrand Malair, campe un nouveau directeur froid, cynique, envahissant. Pierre Granier-Deferre joue à nous faire peur. Quelques menues phrases proférées par l'homme en costard-cravate nous plongent dans l'ambiance. Cette atmosphère délétère où l'individu est prêt à s’avilir. Lanvin, ce petit employé presque insignifiant durci le ton. Calque son comportement sur celui des deux plus proches collaborateurs de Malair, eux aussi embarqués dans cette étrange histoire dont l'écho résonne plus que jamais de nos jours. Ces deux chiens de garde au comportement tellement curieux qu'ils en deviennent très vite inquiétants, ce sont Jean-Pierre Kalfon, et Jean-François Balmer. Deux interprètes idéaux. Sous ses allures de petite critique sociale, Une Étrange Affaire est un cauchemar de tous les instants qui nous renvoie à nos propres peurs.

Pour l'occasion, le compositeur Philippe Sarde propose une partition musicale sinistre collant parfaitement à l'ambiance de cette œuvre étouffante. Michel Piccoli est comme toujours, magistral. L'acteur dévore littéralement un Gérard Lanvin diminué, mais calquant finalement son comportement sur celui du directeur. Jean-Pierre Kalfon et Jean-François Balmer produisent une interprétation sans faille. D'un côté, le bon copain. De l'autre, l'homme distant, dédaigneux. Un binôme caractérisé par une volonté de se plier à toutes les exigences du boss, quitte à sacrifier jusqu'à leur vie privée et celle des autres.
Le cinéaste ne se contente pas de décrire les changements comportementaux de son héros sur son milieu de travail, mais dans sa vie intime également. L'aliénation d'un individu se sacrifiant sur l'autel de la réussite. Une Étrange Affaire flirte avec l'horreur psychologique. Une œuvre traumatisante qui n'a absolument pas perdu de sa force évocatrice même trente-six ans après sa sortie...

lundi 23 octobre 2017

Tir Groupé de Jean-Claude Missiaen (1982) - ★★★★★★★☆☆☆



Efficacité semble être le mot d'ordre du cinéaste français Jean-Claude Missiaen dont il s'agissait ici du premier long-métrage. Tourné en 1982, il ne ressemble pourtant pas vraiment au film d'un homme qui se dit passionné par les films d'action. Tir Groupé ne ressemble en rien à ces films centrant leur intrigue sur l'auto-défense. Si le héros campé par l'acteur Gérard Lanvin a bien pour objectif de tuer les trois hommes qui ont commis l'irréparable en tuant celle qu'il aimait, le film s'articule en fait autour de quatre éléments. L'enquête criminelle, le désir de vengeance d'Antoine Béranger, compagnon de la victime Carine Ferrand, les flash-back nous donnant la mesure de l'attachement qu'avaient l'un pour l'autre les deux personnages, ainsi que les méfaits perpétrés postérieurement par les trois voyous.
L'enquête criminelle tout d'abord : menée par l'inspecteur Alexandre Gagnon qu'interprète l'acteur Michel Constantin, un homme droit, un peu rude, mais intègre et déterminé. L'enquête est longue, parfois fastidieuse, mais l'inspecteur et les membres de sa section qui sont chargés de retrouver les trois individus qui se sont rendus responsables du meurtre de Carine font tout ce qu'ils peuvent pour mettre la main sur eux. En parallèle, Antoine lui aussi recherche les trois hommes. Mais pas seulement. Ce vendeur de fringues sur les marchés du périphérique se procure une arme et des munitions. Ses investigations le mènent plus rapidement que la police vers la solution. Il précède presque l'inspecteur et ses hommes.
Jean-Claude Missiaen s'attache à nourrir la psychologie de ses deux principaux interprètes à travers de très émouvants flash-back. Gérard Lanvin, bien sûr, mais également Véronique Jannot. Douce, belle, et sensuelle. La victime d'un crime ordinaire sordide. Tuée après avoir été agressée dans le train qui la ramenait chez ses parents. Première rencontre dans un marché où travaille Antoine en compagnie de son ami Félix Péjat (l'acteur Mario david). Puis plus tard, lorsque les amoureux se retrouvent pour la première fois chez Antoine. Enfin, lors d'un repas familial chez les parents de Carine, officialisant ainsi leur relation. Des scènes postérieures au meurtre qui donnent toute l'ampleur de ce gâchis.

Enfin, pour terminer, les trois voyous. De petites frappes qui possèdent tous la gueule de l'emploi. Dominique Pinon, dans le rôle du plus insignifiant des trois, Daniel Verlot. Puis vient ensuite Roland Blanche, dans celui de Michel Poubennec, le réel déclencheur, mais qui cependant n'est pas le chef de ce trio de ratés. De marginaux ne vivant que de vols et d'agressions. Prêts à couper le doigt d'un homme pour lui dérober son alliance. Le chef, lui, c'est Samson Balestra. Une vraie gueule de brute. Le plus dur des trois. Le moins agité. Du moins, en apparence puisqu'au final, c'est lui qui donnera le coup fatal à Carine. L'un des aspects les plus intéressants de Tir Groupé demeure dans la volonté d'Antoine de se faire justice lui-même, même s'il n'y parviendra finalement qu'en partie (les flics se chargeant de tuer deux des coupables). Le petit vendeur de jeans au bagou charmeur se transforme peu à peu en un individu obnubilé à l'idée de venger la mort de sa bien aimée. Sorties nocturne à la recherche des coupables. Entraînement au tir aux abords d'une décharge. Et jusqu'à l'acte libérateur mettant un point final à la traque.

Le titre du film évoque un style de tir cherchant à atteindre un même but. La fin, elle, donne un aperçu des conséquences pour celui qui décide de se faire lui-même justice. Pas vraiment ludique mais très intéressant à suivre, Tir Groupé réserve de bonnes surprises. Les premiers et seconds rôles sont impeccables. Jean-Roger Milo impressionne toujours autant avec cette incroyable gueule qui aurait pu le condamner à n'interpréter que des rôles de méchants. Gérard Lanvin explore différentes facettes de son talent. Entre émotion et rage au ventre. Le film de Jean-Claude Missiaen est sans conteste une belle réussite qui n'a pas trop vieilli malgré ses trente-cinq d'âge...

samedi 21 octobre 2017

Les Spécialistes de Patrice Leconte (1985) - ★★★★★★★☆☆☆



Les Spécialistes est le septième long-métrage du cinéaste français Patrice Leconte et le premier à ne pas s'inscrire spécifiquement dans la plus pure tradition de la comédie française. Il abandonne ainsi donc pour un temps les membres de l'équipe du Splendid qu'il a plus ou moins utilisé jusqu'à maintenant et offre les deux principaux rôles à Gérard Lanvin et Bernard Giraudeau, deux des plus importants acteurs des années quatre-vingt. En effet, on avait déjà pu notamment voir le premier dans Le Choix des Armes d'Alain Corneau, Une Étrange Affaire de Pierre Granier-Deferre, Tir Groupé de Jean-Claude Missiaen, Le Prix du Danger d'Yves Boisset, ou encore Marche à l'Ombre de et avec Michel Blanc. Le regretté Bernard Giraudeau, avait quant à lui tourné jusque là dans une petite trentaine de longs-métrages tels que Viens chez moi, j'habite chez une copine aux côtés, lui aussi, de Michel Blanc, Le Grand Pardon d'Alexandre Arcady, Le Ruffian de José Giovani, Rue Barbare de Gille Béhat, et surtout L'Année des Méduses de Christopher Frank aux côtés de Valérie Kaprisky.
Les Spécialistes est l'occasion pour Patrice Leconte d'adapter un scénario à l'écriture duquel il n'a pas lui-même participé. Écrit par le scénariste Bruno Tardon, le film est également l'occasion de retrouver deux acteurs charismatiques parmi les préférés du public français. Deux interprètes capables de jouer dans le registre de la comédie comme dans celui du drame et du policier. De quoi alimenter une œuvre où l'humour ne règne pas seule maîtresse à bord. Accompagnés de la belle Christiane Jean qui du haut de sa petite carrière au cinéma constituée d'une grosse dizaine de longs-métrages se sera faite remarquer chez Robert Hossein, Gérard Lauzier, Andrzej Zulawski Jesus Franco et pour finir, Bertrand Blier en 1990 pour Merci la Vie. Depuis, plus rien. Ou plutôt, une carrière d'interprète consacrée à la télévision, au théâtre, et au doublage de films.

L'intrigue de ces Spécialistes demeure on ne peut plus clair. La rencontre supposée de deux malfrats, forcés de cohabiter lors de leur cavale (les deux hommes sont liés par des menottes), poursuivis par l'armée et la Gendarmerie, et réfugiés chez une jeune veuve dont le mari à été justement été tué par les forces de l'ordre quelques années en arrière. Entre Paul, Stéphane et Laura s'instaure une amitié indéfectible qui demeurera au delà du dangereux projet de cambriolage que propose le premier au second. Vicié cependant par un mensonge que Stéphane ne tardera pas à mettre à jour, le vol de trois milliards de francs dans un casino, propriété d'un gangster nommé Mazetti, demeure à l'ordre du jour. Gérard Lanvin est expert en matière d'ouverture de coffres. Bernard Giraudeau est un flic corrompu s'étant fait passer pour un criminel afin de se rapprocher de Stéphane, le spécialiste en question.
Patrice Leconte réalise une très sympathique comédie d'action. De la cavale des deux hommes, jusqu'au braquage du casino, en passant par la rencontre des deux hommes avec la jolie Laura et la visite préparatoire du coffre qu'ils ont l'intention de piller, Les Spécialistes est une très bonne surprise, égayée par la bonne humeur des deux acteurs et par la présence tempérée de Christiane Jean.

N'oublions pas non plus la présence de l'excellent Maurice Barrier en commissaire corrompu, supérieur hiérarchique de Paul et commanditaire du braquage à venir. Le Retour de Martin Guerre, Le Marginal, Les Compères, et bien d'autres longs-métrages ont vu l'acteur français incarner des personnages fort intéressants. Un acteur discrètement intégré dans les films auxquels il a participé mais dont l'interprétation a toujours été au plus juste. L'action est menée tambour battant. Le film rencontre un joli succès lors de sa sortie dans les salles puisqu'il réunira plus de cinq millions d'entrées. Un beau score qui prouve que Patrice Leconte est aussi bien à l'aise dans la comédie que dans l'action. Une première marche vers un style plus mûr dont le cinéaste connaîtra son apogée avec des merveilles telles que Tandem et Monsieur Hire pour ne citer que les films qui sortirent à la suite des Spécialistes. Une œuvre à redécouvrir avec plaisir...

vendredi 25 décembre 2015

Les Frères Pétard de Hervé Palud (1986)



Manu est serveur dans un restaurant chinois. Son pote Momo, lui, vient de se faire virer de l'appartement de son père. Les deux hommes n'ont pas d'argent et pour ne pas dormir dans la rue, ils acceptent de convoyer des statuettes d'Amsterdam jusqu'en France pour le trafiquant de drogue Sammy. Mais ce qu'il ne savent pas, c'est qu'elles renferment de l'herbe. Pour les payer, Sammy leur refourgue un kilo de la marchandise qu'ils devront revendre eux-mêmes.
Ils font la connaissance de Brigitte et Aline chez qui ils vont squatter et vont perdre la marchandise lors d'une transaction. Ils retournent voir Sammy qui leur fait goûter à un nouvel arrivage de cannabis et alors qu'il leur propose un marché, les flics débarquent et arrêtent le trafiquant. Manu et Momo ont eu le temps de prendre la fuite et surtout d'emporter avec eux l'agenda électronique de Sammy qui détient de précieuses données puisqu'il indique la position très précise d'une cache renfermant des dizaines de kilos de résine de cannabis. Alors que Momo parvient à découvrir le mot de passe de l'agenda, les deux hommes foncent tout droit vers l'endroit indiqué, un cimetière. Là, ils découvrent dans un tombeau la marchandise qu'ils découvrent avec la ferme intention de la vendre et ainsi de se remplir les poches. Mais rien ne va se passer comme prévu...

Les Frères Pétard est le troisième long-métrage du cinéaste Hervé Palud qui réalisé deux ans plus tôt un biopic consacré à l'ennemi public numéro Jacques Mesrine et qui plus tard sera l'auteur du grand succès du cinéma français, Un Indien dans la Ville. Jacques Villeret et Gérard Lanvin sont les deux principaux interprètes de cette gentille comédie qui fait partie de cette série d’œuvres humoristiques qui pullulaient dans les années quatre-vingt. Le personnage de Manu qu'interprète Gérard Lanvin rappelle celui qui joua dans Marche à l'Ombre de et avec Michel Blanc. Un peu comme si le musicos d'il y avait deux ans auparavant avait laissé son projet de retrouver celle dont il était amoureux pour retourner en France et survivre en bossant dans un restaurant chinois. Momo, lui, n'est pas vraiment un boulet, mais presque. Fils d'un flic campé par Michel Galabru, il vit tout de même aux crochets de son ami François et trempe dans les mêmes magouilles. Le titre du film fait évidemment référence aux drogues douces déjà très à la mode à l'époque et que le film imaginait déjà à la fin devenir légales.

Aujourd'hui, trente ans plus tard, presque rien n'a changé de ce point de vue et le film demeure une comédie sympathique qui joui plus de situations visuelles que de dialogues percutants. Si l'on prend toujours beaucoup de plaisir à assister au cabotinage des deux acteurs, il demeure cependant difficile de rire aux éclats. Les gags n'en sont pas à proprement parler. Par contre, on retrouve une fois encore une galerie de portraits fort sympathiques. Michel Galabru donc, mais également Josiane Balasko et Valérie Mairesse dans le rôle des deux copines branchées, Daniel Russo en flic zélé, ainsi que Dominique Lavanant et Philippe Khorsand qui campent eux aussi un duo de policiers. On a mêm droit à une courte apparition de l'excellent humoriste Smaïn...


mardi 22 décembre 2015

Marche à L'Ombre de Michel Blanc (1984)



François et Denis débarquent ensemble sur le port de Marseille après avoir passé un temps à Athènes en vivant de petits boulots. Ils ont prévu de remonter en stop jusqu'à Paris où les attend leur ami Gérard qui doit selon François les sortir de la galère, car les deux hommes sont sans domicile fixe. François est un excellent musicien et Denis un boulet passant son temps à râler et à se trouver des maladies imaginaires.
Arrivés dans la capitale, ils apprennent que leur ami a dû quitter Paris précipitamment. Contraints de faire la manche, ils dorment dans un hôtel miteux avant de faire la connaissance d'un homme qui les invite à dormir dans un squat habité par de nombreux immigrés originaires d'Afrique. Là ils vont se mêler à la population, Denis essayant d'entretenir une pseudo relation avec une certaine Marie-Gabrielle et François avec la jolie Mathilde, une danseuse rencontrée près d'un cinéma où les deux hommes firent la manche...

Marche à L'Ombre est le premier long-métrage réalisé par l'acteur comique Michel Blanc. Il y interprète lui-même le rôle de Denis aux côtés de Gérard Lanvin dans celui de François. Le film a sa sortie est un énorme succès puisqu'il réalise 6,1 millions d'entrées. Trente ans plus tard, le film demeure toujours aussi irrésistible. Cela peut se comprendre à travers la qualité des répliques qui rappellent évidemment celles des films de l’Équipe du Splendid dont Michel Blanc fut l'un des membres les plus importants. Si son personnage rappelle celui qu'il campait dans l'excellente comédie Viens Chez moi, J'habite Chez une Copine, ça n'est pas un hasard. En compagnie du cinéaste Patrice Leconte, c'est déjà lui qui en avait écrit le scénario. Marche à L'Ombre raconte donc l'amitié entre deux hommes qui pourtant sont bien différents. Denis est un loser hypocondriaque vivant aux crochets de son ami François, guitariste et saxophoniste hors-pair mais qui a l'air d'avoir baissé les bras après de nombreuses années de galère.

Aux côtés des deux principaux interprètes, on a le plaisir d'apercevoir quelques seconds rôles plutôt... sympathiques. Jean-François Derec en patron d'hôtel infecte et raciste, Bernard Farcy dans le rôle de Christian, un type trè peu recommandable, Patrick Bruel en musicien qui fait la manche, François Berléand en receleur, Domnique Besnehard en barman, et surtout la délicieuse Sophie Duez qui débute ici au cinéma après avoir été choriste et danseuse auprès de Patrick Bruel, et après avoir posé dans le magazine de charme Lui. Son interprétation dans Marche à L'Ombre lui vaudra une nomination pour le César du meilleur espoir féminin.

Citer toutes les scènes et toutes les répliques du film qui valent le coup d’œil prendrait un temps fou tant elles s'enchaînent à une vitesse folle. Celle du pub irlandais ou le tee-shirt de Michel Blanc boit sa chope de bière à sa place, celle où défoncé, il n'est, comme va le répéter sa compagne du moment Marie-Gabrielle (Mimi Felixine), plus étanche. Toujours malade (entre infection consécutive à une entorse de la cheville et un décollement de la plèvre pour ne citer que ces deux cas), jamais content et pas courageux pour un sou, c'est à un véritable festival que l'on assiste. François, lui, est plus posé. C'est l'homme fort du duo, du moins, lorsqu'il n'est pas entre les bras de la jolie Mathilde dont il est tombé follement amoureux. Derrière la comédie, Marche à L'Ombre cache aussi une certaine critique sociale à travers ces immigrés obligés de vivre dans des squats délabrés et que la caméra du comédien-cinéaste parvient à rendre attachant. Marche à L'Ombre demeure une très belle réussite dans le domaine de la comédie française et un excellent premier film en tant que réalisateur pour Michel Blanc qui pourtant, attendra dix années avant de retourner derrière la caméra avec Grosse Fatigue...


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