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dimanche 31 août 2025

Le crocodile du Botswanga de Fabrice Eboué et Lionel Steketee (2014) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

L'un des principaux privilèges propres à certaines communautés, que l'on nie ou pas cette assertion, cette condition sine qua non dont la règle est pour certains parfaitement intégrée, est de pouvoir aborder certains sujet sans qu'aucune polémique ne vienne réveiller de vieilles rancœurs nourries entre gens de droite et population de gauche. Confier l'écriture, la mise en scène ou l'interprétation du Crocodile du Botswanga à une équipe strictement constituée de ''visages pâles'' aurait sans doute provoqué autant de remous qu'une manifestations de néo-nazis au cœur d'un territoire perdu de la République. N'en déplaise à celles et ceux qui célèbrent la mort à petit feu d'un humour sans frontières raciales, religieuses ou biologiques en terme de féminité ou de masculinité, il en est qui résistent et s'attaquent frontalement à tout ce qui peut troubler l'ordre public. L'on honorera donc le Crocodile du Botswanga comme étant l'un des parangons résiduels d'un ''je m'en branle de la morale'' dont la structure fait fi de tout ce qui pourrait engendrer de critiques nauséeuse, opportuniste et démagogiques de la part d'une part bien trop importante de nos concitoyens (suivez mon regard vous qui connaissez mon positionnement) ! Film en couleur mais mis en scène et écrit par des noirs et blancs, Fabrice Eboué prend cette fois-ci toute la place de son comparse et ancien camarade du Jamel Comedy Club Thomas N'Gijol aux côtés de Lionel Steketee. Tous trois avaient réalisé ensemble Case Départ mais pour cette seconde collaboration, seuls Fabrice Eboué et Lionel Steketee ont assuré la mise en scène du Crocodile du Botswanga. Quant à l'écriture, là encore, Fabrice Eboué l'a assurée aux côtés de la comédienne, scénariste et humoriste Blanche Gardin. Après la traite négrière au cœur de laquelle ses deux jeunes héros projetés en 1780 y découvraient que l'esclavage n'y avait pas encore été aboli, l'équipe formée autour des trois hommes s'attaque désormais au sujet des dictatures africaines dont Jean-Bedel Bokassa, Mobutu Sese Seko ou Idi Amin Dada Oumee furent les figures les plus imposantes. Le Crocodile du Botswanga met en scène dans un pays imaginaire le personnage de Didier, agent d'un jeune footballeur d'origine botswangaise au talent prometteur (Ibrahim Koma dans le rôle de Leslie Konda) qui désire déposer les cendres de sa mère défunte au Botswanga.


Accompagné de Didier, Leslie attire immédiatement l'attention de Thibault ''Bobo'' Babimbi, personnage incarné par Thomas Ngijol, lequel personnifie l'image de l'un de ces régimes militaires totalitaires et dictatoriaux qui continuent à s'étendre sur le territoire africain comme en témoignent encore les récents coups d’état qui ont notamment touché le continent en Guinée, au Burkina Faso, au Mali ou encore au Niger. Connaissant les propensions de Fabrice Eboué et Thomas Ngijol à bousculer les conventions, les deux humoristes et acteurs s'en donnent à cœur joie lorsqu'il s'agit de s'en prendre aux régimes militaires en question et à leurs dirigeants à proprement parler. Dictature, corruption, tout passe à la moulinette du trio Steketee/ Eboué/Nigijol qui ne tremble pas un seul instant lorsqu'il s'agit d'égratigner, voire de ridiculiser et pourquoi pas humilier l'image de ces ''Grands chefs'' aux apparats souvent ridicules. Aux côtés d'un casting constitué d'interprètes que l'on avait déjà pu voir dans Case départ (Franck de la Personne qui passe ainsi du Curé au conseiller de Bobo Babimbi et Etienne Chicot qui après avoir incarné l'esclavagiste Monsieur Jourdain interprète désormais le représentant de Totelf au Botswanga, Jacques Taucard), Fabrice Eboué et Thomas Ngijol sont bien placés pour évoquer le sujet puisque étant eux-mêmes fils d'immigrés camerounais, le sujet ne peut que leur tenir à cœur puisque le Cameroun lui-même est touché par la vérole de la dictature avec la présence depuis plus de quarante ans de Paul Biya à la tête de la nation camerounaise ! Malgré la gravité du sujet, Le Crocodile du Botswanga est une comédie pure jus, drôle et aussi délicieusement impertinente que pouvait l'être trois ans auparavant Case départ. Par la suite, les trois hommes feront carrière séparée. Lionel Steketee signera deux comédies tellement ''étronesques'' qu'elles en deviendront cultes (Les nouvelles aventures de Cendrillon en 2017 et Alad'2 en 2018), Thomas Ngijol réalisera Fastlife en 2014, co-réalisera avec Karole Rocher Black Snake en 2018 ainsi que Indomptables en solo en 2025 tandis que Fabrice Eboué signera le sympathique Coexister et le savoureusement trash Barbaque en 2021. En attendant que ce dernier revienne avec Gérald le conquérant dont la sortie est prévue pour le 3 décembre prochain, replongeons-nous dans cette sympathique caricature qu'est Le Crocodile du Botswanga...

 

mercredi 6 novembre 2024

Neully-Poissy de Grégory Bourtboul (2024)★★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avec ses allures de téléfilm ciblant les spectateurs de la première chaîne TF1 ou de France Télévision, on a tout d'abord beaucoup de mal à croire que le premier long-métrage de Grégory Boutboul ait tout d'abord eu une existence sur grand écran. Et pourtant, cette comédie carcérale et hexagonale mettant principalement en scène l'acteur Max Boublil est sorti au cinéma le 8 mai dernier. Passé cette étrange sensation de s'être quelque peu fait avoir, nous nous plongeons dans cette aventure mettant en scène Daniel, propriétaire de plusieurs restaurants tous installés près de distributeurs de billets. Jusque là, rien d'anormal. Mais lorsque l'on découvre qu'il n'accepte en grande partie de ses clients qu'ils paient leur addition en cash, on commence à comprendre. Ce chef dont l'escroquerie s'avère très lucrative est arrêté pour avoir détourné une partie de l'argent des caisses avec la complicité d'une partie de ses collaborateurs. Son épouse Lisa (Mélanie Bernie) est au courant des manigances de Daniel et se retrouve désemparée lorsqu'elle apprend que leur fils risque de ne plus voir son père pendant un moment plus ou moins long. Enfermé dans la prison de Poissy, Daniel va devoir s'accommoder de sa nouvelle situation et se frotter à des criminels et des délinquants en tous genres. Du gitan (excellent Ludovic Berthillot) qui est enfermé pour avoir décapité un homme, jusqu'aux islamistes radicaux, en passant par de petits trafiquants en tous genres.. Avec Neully-Poissy, les critiques dites professionnelles s'en sont donné à cœur joie, activant les modes ''Aigreur'' d'un côté et ''Bien-pensance'' de l'autre, la comédie de Grégory Boutboul s'est littéralement faite écharper. Comme si les critiques de Première, du Parisien ou encore de Télé 2 semaines s'étaient levés plus tôt dans la matinée avec des hémorroïdes plein les fesses ! D'un humanisme bon-enfant, sans doute trop léger pour ces intellectuels qui se mirent pendant des heures dans leur miroir avant de prendre la plume, Neully-Poissy n'est absolument pas l'indigence que certains voudraient nous faire croire. À moins qu'ils n'aient par mégarde activé un autre mode.


Celui du premier degré qui efface toute autre logique que celle qui veut que l'on traite d'un tel sujet avec une rigueur et une morale échappant à toute incursion humoristique. Bref, Neully-Poissy a pour ces gens là le malheur d'être optimiste, drôle et très léger. Quittant le carcan un peu trop étroit du drame carcéral dont le cinéma s'abreuve de toute manière un peu trop régulièrement, le long-métrage de Grégory Boutboul a en tout cas le mérite d'être vraiment amusant, avec des répliques parfois cinglantes qui font généralement mouche. La caractérisation des personnages n'étant ici très clairement pas la priorité du réalisateur et de ses scénaristes Walid Afkir et John Eledjam, Neully-Poissy est donc une comédie purement improbable dans son message qui prône le rassemblement des hommes quelle que soit leur culture et leur origine. D'où des séquences parfois invraisemblables il est vrai. Comme ce repas donné par un rabbin et auquel s'invitent les musulmans les plus radicaux de la prison. Notons d'ailleurs que le rabbin en question, prénommé Simon, est interprété par Gérard Jugnot qui tout comme Gérard Darmon dans le rôle du juge qui envoya notre héros en prison a la gentillesse de participer au projet. Dans son rôle d'escroc juif contraint de cacher ses origines, Max Boublil se frotte à des personnages finalement très sympathiques. De la gardienne de prison Chico (Claudia Tagbo) jusqu'aux codétenus Doums (Steve Tientcheu) et Sami (Malik Aamraoui). Petit passage de l'actrice Clotilde Courau dans le rôle de la directrice de la prison, Neully-Poissy réunit ainsi diverses générations d'interprètes pour un peu plus de quatre-vingt dix minutes de bonne humeur et de franche rigolade. Le récit est partagé entre les séquences situées dans la cellule que David partage avec ses deux codétenus et la cour ou se retrouvent tous les prisonniers et celles qui montrent son épouse Lisa se démener de l'extérieur pour celui qu'elle aime avec ses créanciers et la justice. Bref, quoi qu'en disent ou pensent certains, Neully-Poissy réussit là où beaucoup de comédies françaises échouent : on rit (beaucoup) et on ne voit pas le temps passer...

 

mercredi 24 août 2022

Bon rétablissement de Jean Becker (2014) - ★★★★★★☆☆☆☆

 



Réalisateur de L'été meurtrier et de Deux jours à tuer en 2008, le réalisateur Jean Becker n'a durant sa carrière jamais cessé de jongler entre comédies et drame, marquant parfois le septième art et laissant parfois relativement circonspect. Comme avec Bon rétablissement ! justement. Sans doute l'une des comédies les plus légères de sa filmographie mais qui n'est pourtant pas dénuée de quelques qualités. À commencer par son contexte assez inédit puisque la quasi totalité du long-métrage se déroule dans une chambre d’hôpital. Celle qui vient ''d'accueillir'' Pierre Laurent, lequel, après avoir fait une chute d'un pont situé sur la Seine a perdu conscience, s'est fracturé la jambe droite et a été secouru par un jeune inconnu. Pierre Laurent, c'est l'acteur Gérard Lanvin, candidat idéal pour jouer le rôle de cet indomptable personnage relativement grincheux dont la chambre va se transformer en Porte d'Aix. Du monde, Pierre Laurent va en voir débouler en permanence. Du flic qui enquête sur son accident (Fred Testot dans le rôle du capitaine de police Maxime Leroy), en passant par les infirmières (dont Claudia Tagbo dans le rôle de l'infirmière en chef Myriam), un médecin et ses stagiaires (Louis-Do de Lencquesaing), le frangin Hervé (Jean-Pierre Darroussin), le pote Serge (Daniel Guichard qui quarante-deux ans après être apparu dans What a Flash ! de Jean-Michel Barjol réapparaissait donc pour la seconde et dernière fois sur grand écran), la jeune fille enceinte Maëva (Mona Jabeur dans son seul rôle au cinéma jusqu'à maintenant), ou encore Camille, jeune homme qui n'a pas hésité à se jeter dans la Seine pour sauver Pierre lors de son accident. Si Bon rétablissement ! est effectivement une sympathique comédie, celle-ci souffre malheureusement d'un nombre trop important de personnages qui, fort logiquement, manquent en grande partie de profondeur...


Si l'on ne regrettera pas que certains parmi eux n'aient pas bénéficié d'un peu plus d'attention (l'arrivée de l'animatrice de télévision Anne-Sophie Lapix dans le rôle de Florence, ex de Pierre, tombe comme un cheveu dans la soupe), on désapprouvera en revanche le fait que Jean Becker n'ait pas accorder à l'acteur Swann Arlaud un temps de présence plus important. En effet, son personnage demeure sans doute le plus intéressant du récit et contrebalance avec l'esprit ''festif'' qui règne dans cette chambre où les rencontres seront nombreuses. Au passage, nous noterons la présence du toujours excellent Philippe Rebbot dans le rôle du kinésithérapeute Thierry mais l'on reprochera la manière beaucoup trop légère que le réalisateur aura de traiter la majeure partie des thèmes abordés. À Commencer par l'ancienne relation entre Pierre et Florence dont on se fiche royalement. Si les quelques apparitions de Daniel Guichard sont amusantes, elle ne renforcent en rien le caractère hétéroclite des personnages et de ceux qui les interprètent. Des chanteurs, d'accord. Car Maurane aussi participe à l'aventure dans un rôle qui là encore fait office de remplissage. Mais une animatrice télé ? Non pas qu'Anne-Sophie Lapix soit mauvaise mais la façon qu'a Jean Becker de l'introduire dans le récit a de quoi laisser circonspect ! Le contexte contraignant l'écriture à une renouvellement permanent des situations, le film tourne malheureusement parfois en rond. Les quelques sorties à l’extérieur en forme de long flash-back auquel là encore, le spectateur ne prêtera pas attention ne résolvent rien. Quant à cette fin en queue de poisson qui promettait pourtant les retrouvailles du héros avec son nouveau locataire... Que dire... Jean Becker signe à vrai dire une comédie plutôt mal écrite, parfois attachante, mais dont la plupart des situations sont rapidement congédiées...

 

vendredi 4 décembre 2020

Connectés de Romuald Boulanger (2020) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Il fallait bien que cela arrive un jour, et ce jour là est arrivé. Connectés de Romuald Boulanger est le premier film portant officiellement et en partie son sujet sur le confinement. Mais à vrai dire, à part quelques allusions au début du film, Connectés évoque en premier lieu un autre long-métrage qui fit beaucoup parler de lui bien avant que l'épidémie de Covid ne cloue les gens chez eux. Ce film, c'est Unfriended du soviétique Levan Gabriadze. Le concept des deux films est le même. Un groupe d'amis se réunit chacun devant son ordinateur pour discuter de choses et d'autres avant que n'intervienne ce qui s'apparente à un hacker. Un pirate informatique qui s'incruste dans la conversation sans pour autant y avoir été invité. Mais alors que Unfriended pouvait se vanter d'apporter une touche d'originalité à l'époque (2014), le film de Romuald Boulanger se plante, lui, dans les grandes largeurs. Mélange de thriller et de comédie, Connectés convie neuf amis à se retrouver afin de partager un apéro virtuel lorsque l'un d'eux est sauvagement agressé par un inconnu qui s'introduit dans l'appartement qu'il occupe. Inquiets, ses amis tentent de reprendre contact avec lui lorsque devant l'écran d'ordinateur de la victime désormais inanimée, surgit son agresseur. L'homme porte un masque noir, des lunettes noires une casquette noire ainsi qu'un poncho rouge !


Connectés repose sur un concept évidemment assez simple puisque sous la forme d'une intrigue à la Hercule Poirot du pauvre MAIS, d'un nouveau genre, les spectateurs devront se faire une idée sur l'identité du bonhomme dont le cynisme rend l'ensemble aussi peut crédible qu'inquiétant. À défaut de semer le trouble autre part que parmi les personnages et ne parvenant à aucun moment à générer le moindre sentiment de tension, ce long-métrage d'une durée avoisinant les soixante-quinze minutes a le seul mérite de n'être finalement pas trop long. Si le concept est séduisant, surtout qu'il s'agit d'un film français, l’œuvre repose parfois sur du vide que tentent de remplir des interprètes qui ne semblent pourtant pas tous près à s'investir corps et âme dans le projet.


Si l'on compte la présence de Franck Dubosc durant le tout dernier acte qui ne dure qu'une toute petite poignées de minutes, la parité hommes/femmes est respectée. Cinq actrice pour cinq acteurs. D'un côté, Audrey Fleurot, Nadia farès, Vanessa Guide, Claudia Tagbo et Dorothée Pousséo. De l'autre, Pascal Demolon, François-Xavier Demaison, Michael Youn, Stéphane de Groodt et Franck Dubosc, donc. Tous n'ont pas l'air scrupuleusement impliqués, et tous n'ont pas le même temps de présence à l'écran. Un écran d'ailleurs splitté en deux, trois, quatre ou même cinq écrans., pour un rendu visuel étonnamment laid. Ce qui n'empêche pas la lisibilité puisque contrairement au long-métrage de Levan Gabriadze, celui de Romuald Boulanger ne requiert à aucun moment l'utilisation des claviers des personnages. Tout ne nous est donc retranscrit qu'à travers la vidéo et la parole des personnages. Parmi les interprètes, Stéphane de Groodt paraît être celui pour qui le procédé semble le plus compliqué à mettre en place. Hésitant souvent, nous mettrons ça sur la personnalité de son personnage. Scénario quasi inexistant, interprétation parfois hésitante (ici, pas de vrai live mais plutôt un montage parfois laborieux), humour de très faible intensité... Connectés est vraiment peu satisfaisant. Sans que l'on s'y ennuie, on peut en revanche se demander l'intérêt de développer un tel concept... Effet de mode ? Très certainement...

 

vendredi 29 mai 2020

L'Angle Mort de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (2019) - ★★★★★★★☆☆☆



Lorsque l'on découvre le synopsis de L'Angle Mort, troisième long-métrage du duo formé par Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic, on pense forcément à l'ouvrage de H.G.Wells publié en 1897, L'Homme Invisible. Mais lorsque l'on plonge dans l'aventure mettant en scène le personnage de Dominick Brassan qu'incarne à l'écran l'acteur d'origine togolaise Jean-Christophe Folly, c'est déjà tout autre chose. Les deux réalisateurs ne se sont pas simplement contentés d'adapter à la ligne près le roman fantastique de l'écrivain britannique. À dire vrai, il n'en demeure même qu'une infime parcelle ne relevant ni de son aspect scientifique, ni du dérèglement psychologique dont sera victime Griffin, le héros du roman. D'ailleurs, le film de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic repose en fait sur un scénario qu'ils ont conçu eux-même à partir d'une idée originale d'Emmanuel Carrère, romancier (La Classe de Neige, adapté sur grand écran en 1998 par Claude Miller), scénariste donc, et surtout réalisateur du brillant La Moustache notamment interprété par Vincent Lindon et Emmanuelle Devos en 2005...

Ici, le principe n'est pas tant d'impressionner les spectateurs à travers l'extraordinaire pouvoir d'un homme tout à fait ordinaire que de s'appuyer sur l'existence de son personnage principal. L'Angle Mort repose sur un concept fort. Et même, sur différentes idées. Le pouvoir d'attraction de ce long-métrage plus dramatique que fantastique s'inscrit dans une certaine logique. Surtout si l'on considère les deux premiers films de Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic (Dancing en 2003 et L'Autre en 2009) et dont L'Angle Mort assume une certaine filiation. Ici, le pouvoir d'invisibilité est tantôt vécu comme un atout, tantôt comme une contrainte. À travers un minimum d'effets ne requérant pas ou (si peu) la participation de génies en effets-spéciaux de maquillages ou numériques, Jean-Christophe Folly se met littéralement à nu devant la caméra des deux réalisateurs. Leur film rejoint l'excellent Vincent n'a pas d’Écailles de Thomas Salvador réalisé cinq ans auparavant dans son approche réaliste d'un thème au fort pouvoir d'attraction...

Les deux réalisateurs imaginent des situations complexes, des rapports entre humains bouleversants. On pense notamment à la relation que mène le héros avec la voisine d'en face, Elham (l'actrice iranienne Golshifteh Farahani), atteinte de cécité. Ses retrouvailles avec son ancien pote Richard Jaskowiak (le franco-algérien Sami Ameziane) lui-même ''armé'' du même pouvoir d'invisibilité. Ou son rapport à sa sœur Cynthia (l'ivoirienne Claudia Tagbo). L’œuvre y est parcourue par la présence discrète de la toujours brillante Isabelle Carré qui incarne la compagne de Dominick.. Surtout, L'Angle Mort se termine comme il débuta. Dans une simplicité qui n'appartient qu'au quotidien le plus anodin. Au spectateur de voir si le pouvoir du héros est un don ou une punition. Patrick-Mario Bernard et Pierre Trividic nous abandonnent très certainement avec une foule de questions. À nous de nous y replonger afin de décrypter ce qui est demeuré dans l'ombre. L'Angle Mort est une belle surprise, où la musique prend une place très importante, entre rock, tribal et nappes envoûtantes. Un long-métrage qui ne ressemble finalement qu'à ses auteurs et aborde des thèmes universels sous un angle original. À voir...

jeudi 24 mars 2016

Je suis à Vous Tout de Suite de Baya Kasmi (2015)



Hanna Belkacem est jolie, serviable, et directrice des ressources humaines dans une entreprise. Tout comme son père, propriétaire d'une épicerie aux abords d'un grand ensemble HLM, elle ne peut jamais rien refuser. Lorsqu'elle a la désagréable mission d'expliquer à un employé que la boite va devoir se séparer de lui, elle ne peut s'empêcher de coucher avec lui pour le consoler. Amie avec Ébène, une jeune prostituée antillaise, Hanna passe le plus clair de son temps libre avec elle. Son frère, Donnadieu est atteint d'une maladie qui va l'obliger à supporter une greffe de rein. Hanna étant la seule à être compatible avec lui, le jeune homme, récemment converti à l'Islam va cependant refuser l'aide de sa sœur, malgré l'insistance de leur père et de leur mère, Simone.

Entre le frère et la sœur, rien ne va plus. Hanna s'habille trop court et fréquente beaucoup trop d'hommes, quant à Donnadieu, qui exige désormais qu'on l'appelle Hakim, il ne désire plus qu'une seule chose : aller s'installer avec femme et enfants dans un pays qu'il ne connaît pourtant pas, l'Algérie. Hanna fait la connaissance de Paul, un adorable chirurgien persuadé que la jeune femme s'adonne à la prostitution, et dont il va tomber follement amoureux. Tous deux, ils vont tenter de convaincre Donnadieu d'accepter qu'Hanna lui offre son rein même s'ils doivent pour cela le rejoindre jusqu'en Algérie...

Je suis à Vous Tout de Suite est l'exemple type de film qui prouve qu'il faut parfois mettre de côté ses préjugés. Lorsque l'on ne connaît Ramzy Bedia qu'à travers le duo qu'il partage avec son compagnon de scène Eric Judor et les films dans lesquels ils ont joué ensemble, on imagine déjà le voir faire le pitre devant la caméra. Et bien non. On pourra même affirmer que son talent d'acteur s'exprime enfin devant celle-ci même s'il n'a pas l'un des rôles les plus important du casting. Ensuite, on va forcément penser à la lecture du synopsis que l’œuvre de Baya Kasmi est l'un de ces nombreux films à vocation sociale, et d'ailleurs, à certains égards il l'est.
Mais la bonne surprise, celle qui finalement nous rassure et motive une vision complète du film sans faire la grimace, c'est le mélange des genres et la présence d'un certain humour omniprésent qui nous rappelle qu'au fond, et malgré le message, Je suis à Vous Tout de Suite est également une comédie. Dramatique, mais amusante tout de même.

Vimala Pons interprète le rôle d'Hanna. L'actrice que l'on a pu voir en 2014 dans l'excellent Comme un Avion de Bruno Podalydès, apporte une réelle fraîcheur à un récit qui pose un grand nombre de questions importantes. On y découvre la lente radicalisation d'un homme né d'une mère française et d'un père arabe qui refuse de vivre plus longtemps en France et d'aller s'installer dans un pays qu'il affirme être celui de ses origines. Si dans un premier temps on grince des dents devant le discours inepte d'un homme qui rejette une France, terre de toutes les origines, on comprend mieux ensuite l'amour de la cinéaste Baya Kasmi qui, contrairement aux apparences, lui rend hommage en démontrant que vouloir renier ses origines françaises pour un pays dans lequel vouloir vivre peut se révéler délicat est tout, sauf une chose aisée.

Ceux qui auraient d'ailleurs des a priori face à un Maghreb (et plus précisément une Algérie) d’obédience musulmane, quelques détails viendront corroborer la vision pacifiste qu'a la réalisatrice de ce pays ensoleillé.
Je suis à Vous Tout de Suite aborde également, et avec finesse, le douloureux problème de la pédophilie. Sujet abordé de manière sensible et jamais voyeur, impliquant des répercutions qui nous sont décrites à travers justement la métamorphose du frère et le comportement parfois étrangement léger de sa sœur.
L'actrice Vimala Pons porte littéralement le film sur ses épaule. Pétillante et ravissante, elle est accompagnée de solides interprètes, et notamment de l'acteur belge originaire de Kinshasa au Zaïre, Laurent Capelluto qui campe un médecin doux et ouvert, qui ne s'encombre pas de futiles apparences et accepte son prochain tel qu'il est. Ramzy Bedia, Agnès Jaoui (que l'on retrouvait elle aussi dans le film de Bruno Podalydès), Mehdi Djaadi dans le rôle Donnadieu/Hakim, ainsi que Claudia Tagbo ( Bon Rétablissement !), et même Anémone dans celui de la grand-mère. Le film de Baya Kasmi est une très bonne surprise...

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