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mercredi 6 novembre 2024

Neully-Poissy de Grégory Bourtboul (2024)★★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Avec ses allures de téléfilm ciblant les spectateurs de la première chaîne TF1 ou de France Télévision, on a tout d'abord beaucoup de mal à croire que le premier long-métrage de Grégory Boutboul ait tout d'abord eu une existence sur grand écran. Et pourtant, cette comédie carcérale et hexagonale mettant principalement en scène l'acteur Max Boublil est sorti au cinéma le 8 mai dernier. Passé cette étrange sensation de s'être quelque peu fait avoir, nous nous plongeons dans cette aventure mettant en scène Daniel, propriétaire de plusieurs restaurants tous installés près de distributeurs de billets. Jusque là, rien d'anormal. Mais lorsque l'on découvre qu'il n'accepte en grande partie de ses clients qu'ils paient leur addition en cash, on commence à comprendre. Ce chef dont l'escroquerie s'avère très lucrative est arrêté pour avoir détourné une partie de l'argent des caisses avec la complicité d'une partie de ses collaborateurs. Son épouse Lisa (Mélanie Bernie) est au courant des manigances de Daniel et se retrouve désemparée lorsqu'elle apprend que leur fils risque de ne plus voir son père pendant un moment plus ou moins long. Enfermé dans la prison de Poissy, Daniel va devoir s'accommoder de sa nouvelle situation et se frotter à des criminels et des délinquants en tous genres. Du gitan (excellent Ludovic Berthillot) qui est enfermé pour avoir décapité un homme, jusqu'aux islamistes radicaux, en passant par de petits trafiquants en tous genres.. Avec Neully-Poissy, les critiques dites professionnelles s'en sont donné à cœur joie, activant les modes ''Aigreur'' d'un côté et ''Bien-pensance'' de l'autre, la comédie de Grégory Boutboul s'est littéralement faite écharper. Comme si les critiques de Première, du Parisien ou encore de Télé 2 semaines s'étaient levés plus tôt dans la matinée avec des hémorroïdes plein les fesses ! D'un humanisme bon-enfant, sans doute trop léger pour ces intellectuels qui se mirent pendant des heures dans leur miroir avant de prendre la plume, Neully-Poissy n'est absolument pas l'indigence que certains voudraient nous faire croire. À moins qu'ils n'aient par mégarde activé un autre mode.


Celui du premier degré qui efface toute autre logique que celle qui veut que l'on traite d'un tel sujet avec une rigueur et une morale échappant à toute incursion humoristique. Bref, Neully-Poissy a pour ces gens là le malheur d'être optimiste, drôle et très léger. Quittant le carcan un peu trop étroit du drame carcéral dont le cinéma s'abreuve de toute manière un peu trop régulièrement, le long-métrage de Grégory Boutboul a en tout cas le mérite d'être vraiment amusant, avec des répliques parfois cinglantes qui font généralement mouche. La caractérisation des personnages n'étant ici très clairement pas la priorité du réalisateur et de ses scénaristes Walid Afkir et John Eledjam, Neully-Poissy est donc une comédie purement improbable dans son message qui prône le rassemblement des hommes quelle que soit leur culture et leur origine. D'où des séquences parfois invraisemblables il est vrai. Comme ce repas donné par un rabbin et auquel s'invitent les musulmans les plus radicaux de la prison. Notons d'ailleurs que le rabbin en question, prénommé Simon, est interprété par Gérard Jugnot qui tout comme Gérard Darmon dans le rôle du juge qui envoya notre héros en prison a la gentillesse de participer au projet. Dans son rôle d'escroc juif contraint de cacher ses origines, Max Boublil se frotte à des personnages finalement très sympathiques. De la gardienne de prison Chico (Claudia Tagbo) jusqu'aux codétenus Doums (Steve Tientcheu) et Sami (Malik Aamraoui). Petit passage de l'actrice Clotilde Courau dans le rôle de la directrice de la prison, Neully-Poissy réunit ainsi diverses générations d'interprètes pour un peu plus de quatre-vingt dix minutes de bonne humeur et de franche rigolade. Le récit est partagé entre les séquences situées dans la cellule que David partage avec ses deux codétenus et la cour ou se retrouvent tous les prisonniers et celles qui montrent son épouse Lisa se démener de l'extérieur pour celui qu'elle aime avec ses créanciers et la justice. Bref, quoi qu'en disent ou pensent certains, Neully-Poissy réussit là où beaucoup de comédies françaises échouent : on rit (beaucoup) et on ne voit pas le temps passer...

 

dimanche 19 juin 2022

Maigret de Patrice Leconte (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors que le Royaume-Unis et les États-Unis ont récemment ressuscité l’œuvre de la romancière Agatha Christie à travers deux Remakes/Adaptations des classiques Le Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022 tout deux signés du réalisateur britannique Kenneth Branagh, en France l'on a choisi de faire revivre celle de l'écrivain Georges Simenon. Le pantagruélique univers du Commissaire Maigret dont le tour de taille de son dernier représentant Gérard Depardieu est égal à la somme incroyable d'ouvrages littéraires et de fictions cinématographico-télévisuelles qui depuis presque un siècle nourri l'imaginaire des amateurs d'enquêtes policières à la française. Ici, pas de police scientifique vêtue de combinaisons intégrales blanches relevant poils, cheveux ou fluides corporels à des fins de recherche d'ADN. Nous sommes encore dans les années cinquante et il faudra attendre encore trois décennies avant que le laboratoire du chercheur britannique Alec Jeffreys qui en compagnie de son équipe travaillait sur la transmission héréditaire de certaines maladies génétiques ne découvre tout à fait par hasard, le concept d'empreinte génétique ! Oui, pantagruélique que la carrière de ce personnage de fiction qui naît timidement en 1929 à travers quatre romans avant de devenir le héros de plus de soixante-dix romans et d'une trentaine de nouvelles tous écrits de la main de Georges Simenon. Le premier des romans sort en mai 1931 sous le titre Pietr-le-Letton tandis que le dernier Maigret et Monsieur Charles sera édité pour la première fois en juillet 1972. Le plus célèbre des commissaires français de fiction fait alors ses adieux sur le papier tandis que sa carrière au cinéma et à la télévision a déjà à cette époque débuté il y a quarante ans en arrière avec La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. Interprété par Pierre Renoir qui n'est autre que le frère du réalisateur, il sera le premier interprète de Maigret. Suivront sur grand écran Abel Tarride, Harry Baur, Albert Préjean, Michel Simon, Maurice Manson mais aussi et surtout Jean Gabin qui à trois reprises acceptera de porter la célèbre gabardine du commissaire dans Maigret tend un piège et Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy en 1958-159 et Maigret voit rouge de Gilles Grangier en 1963...


L'hexagone coopérera également trois fois avec l'étranger afin de réaliser autant de projets. L'Homme de la tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, Maigret à Pigalle de Mario Landi en 1967 et Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann l'année suivante, les trois longs-métrages ayant été respectivement et principalement interprétés par Charles Laughton (acteur, mais également réalisateur de l'immense chef-d’œuvre La nuit du chasseur en 1955), l'italien Gino Cervi ainsi que l'allemand Heinz Rühmann, tous dans le rôle du commissaire... Concernant le petit écran, compiler la présence de Maigret à travers ses différentes apparitions semble être encore plus hasardeux puisque le personnage apparu dans des pays aussi étonnants que le Japon (Tôkyô Megure Keishi, en 1978), l'Union Soviétique (avec quatre téléfilms dont Megre i Chelovek na Skameyke en 1973) ou la Tchécoslovaquie (trois téléfilms dont Obavy komisare Maigreta en 1971). Mais chez nous, l'on se souviendra bien évidemment tout d'abord des brillantes incarnations de Jean Richard dans Les Enquêtes du commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et du charismatique Bruno Cremer dans Maigret entre 1991 et 2005. Entre sa dernière apparition sur les écrans de cinéma sous les traits de l'allemand Heinz Rühmann en 1968 et son tout récent retour, il aura fallut patienter cinquante-quatre ans avant de retrouver le commissaire et sa célèbre pipe. Oui, plus d'un demi-siècle. Et pour fêter son retour sur grand écran quatre ans après que l'acteur britannique Rowan Atkinson ne l'ait incarné à quatre reprises sur le petit, il fallait un acteur de ''poids''. L'un des plus grands d'entre tous : Gérard Depardieu. Et à la mise en scène, le réalisateur aux vingt-neuf longs-métrages cinématographiques, Patrice Leconte. Sobrement intitulé Maigret, ce long-métrage de 2022 est l'adaptation du roman Maigret et la Jeune Morte qui fut publié pour la première fois en 1954 par Les presses de la cité et qui sera ensuite adapté à quatre reprises sur le petit écran entre 1959 et 1973 par les britanniques Gilchrist Calder et Campbell Logan, dans une version néerlandaise sous le titre Maigret en de blauwe avondjurk et en France par Claude Boissol avec Jean Richard dans l'une des plus célèbres incarnations du commissaire...


Vue l'austérité qui règne en général dans l'univers de ce flic débonnaire mais bienveillant, un climat qui notamment transpirait littéralement dans la série interprétée par Bruno Cremer, sous la houlette du réalisateur français, la capitale française n'a jamais parue aussi triste et belle. Cette beauté froide et hivernale, ces rues presque désertes traversées par quelques silhouettes dont le statut social ne se distingue jamais des autres à travers les tenues vestimentaires. Qu'elle soit de mœurs légères ou de la Haute, la femme ici reste toujours séduisante et distinguée. Les quais des bords de Seine donnent envie de s'y promener la main de son (ou sa) conjoint(e) enfermée dans la notre. Il demeure quelque chose de rassurant dans les décors de Loïc Chavanon ou la Photographie d'Yves Angelo. Pourtant, un meurtre a bien été commis. Mais par qui ? Et pourquoi ? Seule la seconde question semble vraiment intéresser le réalisateur qui aux côtés du scénariste Jérôme Tonnerre imprime à Maigret le même rythme que celui des versions télévisées. Se pose alors la question de la pertinence d'aller découvrir la chose sur grand écran alors même que le film, en comparaison des séries et téléfilms, n'a d'autre attrait que la seule présence de Gérard Depardieu à l'écran. Et encore, celui-ci s'économise tant qu'il faut parfois tendre l'oreille pour percevoir cette petite note d'humour qu'il assène aux trois quart du récit, faisant ainsi pour les connaisseurs, référence à la peinture à l'huile de René Magritte, ''La trahison des images''... Sous ses faux airs d'anachronisme, Maigret distille pourtant une aura fascinante et une émotion palpable transmises par le jeu tout en finesse mais parfois essoufflé de Gérard Depardieu. Revenu de tout, l'acteur en impose physiquement et dans ses silences, son personnage touché lui-même par la mort de cette gamine révèle une part d'ombre de sa propre existence. Notons qu'outre les quelques personnages féminins interprétés par Jade Labeste, Mélanie Bernier, Aurore Clément ou Clara Antoons apparaît à l'écran l'acteur André Wilms, fameux second rôle au nom si peu évoqué mais à la présence tant appréciée dans des dizaines de longs-métrages. Incarnant le personnage de Kaplan, l'acteur n'aura pas eu le temps de découvrir le film sur grand écran puisqu'il décédera le 9 février 2022, soit deux semaines exactement avant la sortie de Maigret dans les salles...

 

dimanche 25 avril 2021

La Traque d'Yves Rénier (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il est mort, le commissaire Moulin... ce personnage qui demeurera éternellement lié à l'acteur Yves Rénier. Un interprète qui aura majoritairement voué sa carrière au petit écran même s'il fut l'interprète ponctuel d'une vingtaine de longs-métrages en soixante ans de métier. Acteur, mais aussi réalisateur qui depuis le milieu des années 2010 est revenu à quatre reprises sur des affaires criminelles françaises parfaitement authentiques. Flic tout simplement revenait en 2015 sur le tueur en série Guy Georges et sur la fonctionnaire de police Martine Monteil qui participa à son arrestation. Je voulais juste rentrer chez moi se penchait en 2017 sur l'étonnante histoire de Patrick Dils, adolescent de seize ans qui se retrouva accusé du meurtre horrible de deux jeunes enfants et passa quinze années derrière les barreaux alors même qu'il était innocent. Quant avec Jacqueline Sauvage : C'était lui ou moi, Yves Rénier s'intéressait à ce fait-divers entourant une femme condamnée à dix ans de prison pour avoir abattu son époux, un homme violent qu'elle affirma avoir tué en état de légitime défense. Enfin, devait sortir sur le petit écran un mois avant son décès, la dernière réalisation d'Yves Rénier inspirée de l'enquête menée par deux policiers au sujet du tueur en série Michel Fourniret, La Traque. Si jusqu'à maintenant Yves Rénier avait fait un sans faute, aborder le sujet de l'un des pires serial killer hexagonaux était un pari éminemment risqué et sujet à d'éventuelles polémiques concernant l'aspect moral d'une telle entreprise...


Connaissant la sensibilité du bonhomme pour les victimes et pour leurs familles, nous n'attendions pas moins qu'une approche du sujet loin de l'aspect racoleur qui fleurit parfois dans les magasines et les émissions de télévision spécialisés dans ce genre d'affaires criminelles. Le plus délicat dans le cas présent (sachant que Michel Fourniret est encore vivant et que l'évocation d'un téléfilm mettant en scène ses méfaits pourrait s'avérer pour lui comme une consécration) et donc tout le problème, est d'aborder le fait-divers sans faire du tueur une icône comme pu l'être notamment le Hannibal Lecter de Jonathan Demme dans Le silence des agneaux en 1991. Pour incarner Michel Fourniret, Yves Rénier confie le rôle à l'acteur Philippe Torreton. Un comédien discret malgré une importante carrière au cinéma et à la télévision dont l'apparente rareté de ses apparitions lui permet de se fondre à la perfection dans ce personnage au point de lui ressembler parfois de manière particulièrement troublante. Face à Michel Fourniret aux côtés duquel sévissait Monique Olvier (excellente et méconnaissable Isabelle Gélinas), deux flics qui ne lâcheront rien, jusqu'à épuiser leurs dernières cartouches. François-Xavier Demaison et Mélanie Bernier interprètent respectivement le Commissaire Declerck et le capitaine Nielsen. Deux personnages de fiction pour une Traque qui n'en a que le nom. Ici, pas de chasse sur les territoires français et belge ni sur les différents lieux des meurtres perpétrés par celui que la presse surnomma L'Ogre des Ardennes et par sa compagne, mais d'innombrables interrogatoires se déroulant sur une année entière.


Pourtant, le téléfilm d'Yves Rénier (qui s'offre ici un tout petit rôle en la personne d'Arnaud Costenoble, le supérieur du Commissaire Declerck) n'est pas aussi puissant que pu l'être des décennies auparavant l'excellent Garde à vue de Claude Miller. Et même si les interprètes sont tous convaincants, il manque à La traque de cette tension qui aurait pu en faire un excellent téléfilm policier. L'acteur/réalisateur préfère aux monstruosités commises par le duo, décrire les méthodes de deux flics pour faire avouer à l'une les horreurs perpétrées par Michel Fourniret afin de le compromettre avant que la loi n'oblige les autorités à le remettre en liberté. Si La traque déroule son récit de manière relativement froide, ce n'est que pour en tirer tout l'aspect clinique de ses interrogatoires. Surtout, Yves Rénier éloigne aussi souvent que cela lui est possible du champ de la caméra, le monstre Fourniret qui dès lors n'est pas dans la lumière mais dans l'ombre de la seule qui puisse encore aider la police à le faire condamner. Plus que Philippe Torreton, François-Xavier Demaison ou Mélanie Bernier, c'est bien Isabelle Gélinas qui brille dans ce téléfilm en deux parties de quarante-cinq minutes chacune. Inspiré du roman La mésange et l'ogresse de l'écrivain français Harold Cobert, le scénario qu'il en tire lui-même en compagnie de Jean-Luc Estèbe et Benoît Valère nous fait grâce des détails concernant les meurtres et s'attache surtout à rendre hommage à celles et ceux qui participent à l'arrestation des plus grands criminels. La traque est une surprise agréable même si l'on a tout de même connu Yves Rénier plus inspiré...

 


Yves Rénier

(1942-2021) 

jeudi 1 octobre 2020

Au Bonheur des Ogres de Nicolas Bary (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 



Deuxième partie de soirée en compagnie de l'acteur Guillaume de Tonquédec hier soir avec Au Bonheur des Ogres de Nicolas Bary, auteur de Le Petit Spirou (aïe, aïe, aïe) en 2017. Adapté du roman policier ''presque'' éponyme de l'écrivain français Emile Zola, Au Bonheur des Dames. Mais à y regarder de plus près, le long-métrage, en dehors du fait que le titre donne l'impression que le film de Nicolas Bary semble être effectivement un proche parent du célèbre écrivain, n'a d'abord en réalité que le contexte d'un grand magasin comme véritable lien de parenté. Pour être tout à fait honnête, c'est surtout l'ouvrage à l'origine de ce long-métrage sorti en 2013 qui constitue un rapport avec le roman d'Emile Zola. Premier volet d'une saga en six volumes écrite par Daniel Pennac et éditée entre 1985 et 1999 sous le nom de Saga Malaussène du nom de son principal personnage, son adaptation au cinéma situe son action entre un grand magasin tenu par un directeur très particulier interprété par Guillaume de Tonquédec. Quant au personnage de Benjamin Malaussène, ''tuteur'' des enfants de sa mère partie une fois de plus à l'étranger, c'est l'acteur Raphaël Personnaz qui a la lourde tâche d'assumer les rentrées d'argents afin de pouvoir conserver la cohésion entre ses demi-frères et sœurs dont Mélanie Bernier dans le rôle de Louna qui attend prochainement un bébé...


Drôle de récit que celui de Au Bonheur des Ogres. Drôle d'ambiance également. Un long-métrage qui brasse les genres avec plus ou moins de bonheur et qui fera forcément autant de spectateurs conquis que de spectateurs passablement déçus. L'approche visuelle est irréprochable. Une Seine et les toits d'un Paris dilués par un Patrick Duroux inspiré. Entre rêverie et bande-dessinée. Que les couleurs soient chaudes ou réduites à leur plus simple expression, visuellement, Au Bonheur des Ogres n'a don effectivement pas grand chose à se reprocher. Le mélange des genres a déjà par contre beaucoup plus de mal à convaincre. Entre l'enquête policière menée par les inspecteurs Caregga (Thierry Neuvic) et le commissaire divisionnaire Coudrier (Marius Yelolo), le fertile imaginaire du héros qui conte à ses demi-frères et sœurs son boulot (l'occasion d'assister à une démonstration technique en matière d'effets-spéciaux numériques relativement pathétique), l'aspect forcément enfantin des situations mettant en scène les gamins et la relation qu'entretiennent Benjamin et la journaliste Julia (l'actrice Bérénice Bejo) à laquelle il est difficile d'adhérer, Au Bonheur des Ogres est un improbable salmigondis qui promettait pourtant de nous replonger dans les inoubliables heures du duo anciennement formé par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

Malheureusement, si certaines idées ne sont pas totalement à jeter aux oubliettes, le concept finit par rendre l'ambition de l’œuvre caduque. Autant des classiques tels que Delicatessen (dans un autre genre bien entendu) demeurent impérissables et bourrées de trouvailles remarquablement mises en scène, autant dans le cas présent, l'intrigue de Au Bonheur des Ogres demeure assez fade. Sans pour autant laisser totalement indifférent, le film s'avère mineur et anecdotique, alors même qu'il choisit pourtant un angle souvent surréaliste. À dire vrai, on le conseillera d'abord au jeune public qui lui, savourera sans doute cette histoire façon ''Papa Poule'' du vingt et unième siècle. Pour ma part, sans m'y être totalement ennuyé, je suis par contre totalement passé à côté. Une tentative louable, certes, mais inadaptée. Restent quelques seconds rôles marquants à l'image d'Emir Kusturica dans celui du veilleur de nuit Stojil ou la génialissime Marie-Christine Adam dans celui de Miss Hamilton, la ''voix'' du magasin...


samedi 7 mars 2020

Mine de Rien de Mathias Mlekuz (2020) - ★★★★★★★★☆☆



Le social est une valeur marchande qui sur grand écran fonctionne actuellement à plein régime et connait un certain succès auprès de la presse et du public. Rien que ces dernières années, le public français a eu droit à quelques bonnes et même, très bonnes surprises. Quelques comédies légères, telle Jusqu'ici tout va bien de Mohamed Hamidi, l'excellent Les Crevettes Pailletées de Cédric Le Gallo, moins connu que Le Grand Bain de Gilles Lellouche mais tout aussi intéressant à découvrir, mais aussi des œuvres parfois plus dures et encore davantage ancrées dans la réalité. On pense notamment aux Invisibles de Louis-Julien Petit ou au chef-d'oeuvre de Stéphane Brizé, En Guerre, sorti le 16 mai 2018. Et puis sortent parfois des œuvres dont on n'attend rien de spécifique au tournant. Du moins peut-on les envisager comme d'énièmes variations sur un même thème. C'est ainsi donc que nous nous rendions ce matin dans l'une des neuf salle du MEGA CGR de Narbonne avec l'espoir de nous changer les idées devant une comédie. Le choix s'étant tout d'abord porté sur la présence des excellents Arnaud Ducret (L'Embarras Du Choix, Monsieur Je-sais-tout ou Les dents, pipi et au lit) et Philippe Rebbot (Bon rétablissement !, Une Famille à Louer) et sur une affiche qui ne laissait pourtant la place à aucune ambiguïté quant à l'approche de ce premier long-métrage réalisé par l'acteur-réalisateur Mathias Mlekuz (scénario écrit en compagnie de Philippe Rebbot et Cécile Telerman), c'est d'abord avec un certain désarroi que l'on a commencé à suivre les aventures d'Arnaud et de Di Dello dans une région connue pour les célèbres corons chers au chanteur Pierre Bachelet auxquels il rendit hommage avec la chanson ''Les Corons'' mais également atteinte d'un fort taux de chômage. Une œuvre qui semble tout d'abord hésiter entre comédie aux ressorts humoristiques inefficaces et drame social décrit avec peu d'enthousiasme. C'est dire si la première impression est négative et si l'on a vite fait de cataloguer Mine de Rien comme une comédie dramatique sans relief.

Il faudra cependant patienter jusqu'à ce que le héros soit suffisamment ivre et à l'agonie pour avoir une idée surprenante: construire un parc d'attractions sur une ancienne mine de charbon qui a fermé ses portes, laissant l'intégralité de ses ouvriers sur le carreau. C'est peut-être à cet instant très précis que Mine de Rien prend toute sa valeur en apportant tout ce qui semblait lui manquer jusqu'à cet instant. On comprendra que le réalisateur ait d'abord choisi de présenter ses personnages tout en décrivant avec justesse leurs conditions de vie mais c'est bien lorsque tous ensemble, dans une même communauté de sentiments et de solidarité, ils vont se battre pour bâtir ce qui peut-être, leur permettra de retrouver leur dignité. Mine de Rien ne dépasse pas les une heure et vingt-cinq minutes et pourtant, Mathias Mlekuz est parvenu en aussi peu de temps à évoquer tout un tas d'aspects de la vie quotidienne des habitants de cette petite ville minière engagés tous ensemble dans une bataille contre la maire en place, les services sociaux et des combats personnels parfois terriblement pesants. Arnaud Ducret est absolument formidable dans la peau d'Arnaud, divorcé, chômeur, mais qui devant l'adversité et un sort qui semble vouloir s'acharner sur lui, conserve calme et optimisme. Tranchant relativement à ses côtés, le personnage qu'interprète Philippe Rebbot apporte une note de fantaisie dans ce tableau parfois dépeint avec une très grande noirceur. À ce titre, on pense notamment à la séquence particulièrement poignante durant laquelle la mère d'Arnaud, divinement incarnée par Hélène Vincent, réclame son fils alors qu'elle vient d'être admise dans une maison de retraite. Le partenaire d'Arnaud Ducret agit comme une soupape de sécurité qui évite au long-métrage de tomber dans le nihilisme absolu. Il faudrait citer tous les seconds rôles Rufus, Mélanie Bernier, Marianne Garcia, Cyril Aubin, etc...) qui apportent leur lot de fraîcheur à cette comédie dramatique et sociale qui apporte une réponse positive et optimiste à un sujet grave et particulièrement dans l'air du temps. Mine de Rien, c'est l'honneur retrouvé d'une communauté d'ouvriers faisant face à l'adversité. Tantôt dans la joie et la bonne humeur et parfois saupoudré de moments incroyablement émouvants. À dire vrai, Mathias Mlekuz signe pour un premier film, l'une de ces pépites, rares, qu'il faut savoir dénicher de temps en temps. Le plaisir y est immense et la satisfaction d'avoir vécu un réel instant de partage et de communion avec ses personnage, authentique...

vendredi 3 novembre 2017

Le Fil d'Ariane de Marion Laine (2011) - ★★★★★★☆☆☆☆



A ne pas confondre avec Au Fil d'Ariane de Robert Guédiguian, Le Fil d'Ariane de Marion Laine dont il s'agit apparemment ici du troisième long-métrage et du premier pour le petit écran possède en effet toutes les allures d'un téléfilm. Dans un cadre qui pourrait aisément convenir à un sitcom, nous suivons les aventures d'une agence de voyage un peu particulière puisque « Love Voyages » propos, en plus du dépaysement, de faire des rencontres amoureuses à l'étranger. Mais l'essentiel de l'intrigue ne repose pas là-dessus mais sur le personnage d'Ariane, celle du titre, on l'aura compris, interprété par l'actrice et chorégraphe Julie Ferrier, coutumière du genre « comédie » puisque depuis 2006, elle n'a pas cessé de tourner après avoir fréquenté l'école du cirque d'Annie Fratellin, à la suite de quoi, la quadragénaire pris des cours d'art dramatique.

Ariane ne donne plus de nouvelles depuis plus de vingt-quatre heures. Et cela inquiéte fortement la timide Dolorès qui narre alors aux autres employés de l'agence, Prosper, Manu et Estelle, l'étrange aventure que vient de connaître leur amie et collègue de travail : Ariane semble en effet entretenir une relation téléphonique avec un individu dont elle ignore tout et qui lui a promis une année érotique et inoubliable. L'homme refuse de rencontrer Ariane tandis que la jeune femme fantasme de plus en plus et va même jusqu'à imaginer qu'il pourrait s'agir de Rémi Bélère, un jeune acteur populaire interprétant l'un des rôles principaux d'un « soupe-opera » ! Dolorès est surtout inquiète car un tueur en série fait parler de lui dans la presse et vient de faire une nouvelle victime près de chez Ariane. Lorsqu'elle réapparait, tous veulent savoir qui est cet homme dont leur amie est tombée amoureuse. Chacun à leur manière, ils vont réfléchir afin de découvrir l'identité de mystérieux individu...

Frais, barré, amusant, Le Fil d'Ariane demeure une bonne surprise. Les interprètes y cabotinent beaucoup et la réalisatrice s'amuse à y inclure des situations aussi improbables que pittoresques. A commencer par le patron de la boite, Monsieur Lépingie (l'acteur Richard Morgiève) un type assez louche, que l'on imaginerait aisément dans la peau du serial killer dont les médias se sont emparés des méfaits mais qui se révèle finalement plutôt zen. Pas vraiment amusant au final. On croise la route de Karim Adda surtout connu pour avoir participé à l'aventure Caméra Café dans le rôle de Vince, Amadine Dewasmes, Mélanie Bernier, Arié Elmaleh (frère de Gad), Bruno Blairet, Romain Rondeau ( Rémi Bélère, c'est lui), ainsi qu'Anne Benoit, qui depuis le début des années 2000 tourne assez régulièrement.

Le principal soucis du téléfilm de Marion Laine est de ne jamais vraiment aller au bout des choses. Le passage délicat de la rencontre entre Ariane et son mystérieux prince charmant et ses conséquences désastreuses est laissé en plan. Là où la réalisatrice aurait pu jouer sur la corde sensible, donner un peu de grain à moudre à un récit honnête mais jamais transcendant, Marion Laine abandonne cette voix en choisissant une option beaucoup plus facile à gérer. Elle évite ainsi toute étude comportementale et laisse ses interprètes jouer comme ils l'entendent.
Le Fil d'Ariane tente avec plus ou moins de bonheur d'amuser la galerie. On sourit plus que l'on ne rit à gorge déployée. On passe un vrai moment de fraîcheur tout en pensant sans mauvaise conscience que l'on a davantage à faire à un sitcom qu'à un véritable téléfilm. Malgré ses défauts, Le Fil d'Ariane reste tout de même relativement plaisant à regarder...
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