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dimanche 25 avril 2021

La Traque d'Yves Rénier (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Il est mort, le commissaire Moulin... ce personnage qui demeurera éternellement lié à l'acteur Yves Rénier. Un interprète qui aura majoritairement voué sa carrière au petit écran même s'il fut l'interprète ponctuel d'une vingtaine de longs-métrages en soixante ans de métier. Acteur, mais aussi réalisateur qui depuis le milieu des années 2010 est revenu à quatre reprises sur des affaires criminelles françaises parfaitement authentiques. Flic tout simplement revenait en 2015 sur le tueur en série Guy Georges et sur la fonctionnaire de police Martine Monteil qui participa à son arrestation. Je voulais juste rentrer chez moi se penchait en 2017 sur l'étonnante histoire de Patrick Dils, adolescent de seize ans qui se retrouva accusé du meurtre horrible de deux jeunes enfants et passa quinze années derrière les barreaux alors même qu'il était innocent. Quant avec Jacqueline Sauvage : C'était lui ou moi, Yves Rénier s'intéressait à ce fait-divers entourant une femme condamnée à dix ans de prison pour avoir abattu son époux, un homme violent qu'elle affirma avoir tué en état de légitime défense. Enfin, devait sortir sur le petit écran un mois avant son décès, la dernière réalisation d'Yves Rénier inspirée de l'enquête menée par deux policiers au sujet du tueur en série Michel Fourniret, La Traque. Si jusqu'à maintenant Yves Rénier avait fait un sans faute, aborder le sujet de l'un des pires serial killer hexagonaux était un pari éminemment risqué et sujet à d'éventuelles polémiques concernant l'aspect moral d'une telle entreprise...


Connaissant la sensibilité du bonhomme pour les victimes et pour leurs familles, nous n'attendions pas moins qu'une approche du sujet loin de l'aspect racoleur qui fleurit parfois dans les magasines et les émissions de télévision spécialisés dans ce genre d'affaires criminelles. Le plus délicat dans le cas présent (sachant que Michel Fourniret est encore vivant et que l'évocation d'un téléfilm mettant en scène ses méfaits pourrait s'avérer pour lui comme une consécration) et donc tout le problème, est d'aborder le fait-divers sans faire du tueur une icône comme pu l'être notamment le Hannibal Lecter de Jonathan Demme dans Le silence des agneaux en 1991. Pour incarner Michel Fourniret, Yves Rénier confie le rôle à l'acteur Philippe Torreton. Un comédien discret malgré une importante carrière au cinéma et à la télévision dont l'apparente rareté de ses apparitions lui permet de se fondre à la perfection dans ce personnage au point de lui ressembler parfois de manière particulièrement troublante. Face à Michel Fourniret aux côtés duquel sévissait Monique Olvier (excellente et méconnaissable Isabelle Gélinas), deux flics qui ne lâcheront rien, jusqu'à épuiser leurs dernières cartouches. François-Xavier Demaison et Mélanie Bernier interprètent respectivement le Commissaire Declerck et le capitaine Nielsen. Deux personnages de fiction pour une Traque qui n'en a que le nom. Ici, pas de chasse sur les territoires français et belge ni sur les différents lieux des meurtres perpétrés par celui que la presse surnomma L'Ogre des Ardennes et par sa compagne, mais d'innombrables interrogatoires se déroulant sur une année entière.


Pourtant, le téléfilm d'Yves Rénier (qui s'offre ici un tout petit rôle en la personne d'Arnaud Costenoble, le supérieur du Commissaire Declerck) n'est pas aussi puissant que pu l'être des décennies auparavant l'excellent Garde à vue de Claude Miller. Et même si les interprètes sont tous convaincants, il manque à La traque de cette tension qui aurait pu en faire un excellent téléfilm policier. L'acteur/réalisateur préfère aux monstruosités commises par le duo, décrire les méthodes de deux flics pour faire avouer à l'une les horreurs perpétrées par Michel Fourniret afin de le compromettre avant que la loi n'oblige les autorités à le remettre en liberté. Si La traque déroule son récit de manière relativement froide, ce n'est que pour en tirer tout l'aspect clinique de ses interrogatoires. Surtout, Yves Rénier éloigne aussi souvent que cela lui est possible du champ de la caméra, le monstre Fourniret qui dès lors n'est pas dans la lumière mais dans l'ombre de la seule qui puisse encore aider la police à le faire condamner. Plus que Philippe Torreton, François-Xavier Demaison ou Mélanie Bernier, c'est bien Isabelle Gélinas qui brille dans ce téléfilm en deux parties de quarante-cinq minutes chacune. Inspiré du roman La mésange et l'ogresse de l'écrivain français Harold Cobert, le scénario qu'il en tire lui-même en compagnie de Jean-Luc Estèbe et Benoît Valère nous fait grâce des détails concernant les meurtres et s'attache surtout à rendre hommage à celles et ceux qui participent à l'arrestation des plus grands criminels. La traque est une surprise agréable même si l'on a tout de même connu Yves Rénier plus inspiré...

 


Yves Rénier

(1942-2021) 

samedi 31 août 2013

Présumé Coupable de Vincent Garenq (2011)



Le 14 Novembre 2001, Alain Marécaux et son épouse Edith sont arrêtés par la police et leurs enfants séparés et confiés à des familles d'accueil. Lorsqu'il apprend qu'il est accusé de viol sur enfants, l'huissier est abasourdi. Lui qui porte une attention toute particulière aux siens, il ne comprends pas qu'il puisse être le sujet de telles accusations. Il apprend bientôt qu'une dizaine d'autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes raisons.

Il est très vite contacté par Maître Hubert Delarue, avocat et proche collaborateur de celle qui aurait normalement dû défendre Alain Marécaux. C'est donc cet homme d'expérience qui va tout tenter pour faire libérer son innocent client. Mais le combat risque d'être rude car entre la police qui le pousse à bout afin d'obtenir des aveux et Burgaud, le jeune et ambitieux juge qui instruit l'affaire, Alain n'est pas sorti d'affaire.

En effet, Burgaud choisit de traiter le dossier à charge en ne prenant en compte que les témoignages des accusateurs Myriam Badaoui, Aurélie Grenon et leurs compagnons respectifs. Le jeune huissier est incarcéré dans la prison de Bauvais. Là, il reçoit la visite régulière de sa sœur et de son avocat.

Lorsque Alain Marécaux apprend le décès de sa mère, c'est la chute. Son étude ayant des difficultés, il est obligé de la revendre à un prix dérisoire. Quand à Édith, sa femme, elle est enfin libérée. Un espoir pour le condamné qui espère obtenir lui aussi une libération. Mais la demande de Maître Hubert Delarue est rejetée. De plus, Alain apprend que sa femme l'a finalement quitté pour un autre homme. N'y pouvant plus, l'huissier tente de se suicider par voie médicamenteuse. Et comme il n'y parvient pas, il décide de se lancer dans une grève de la faim...

Basé sur le livre écrit par Alain Marécaux lui-même, le scénario s'inspire donc évidemment de la terrifiante mésaventure qu'une quinzaine de personnes et lui ont vécu entre 2001 et 2005. Il ne pouvait rien arriver de pire pour un père respectable que d'être reconnu coupable de pédophilie.
Présumé Coupable décortique le processus qui mène un homme innocent derrière les barreaux, ainsi que tout les éléments qui en découlent.

La plupart des gens qui se sont intéressés à l'affaire d'une oreille distraite n'ont pu finalement que relever les grandes lignes de cette affaire. L’œuvre signée Vincent Garenq permet de la découvrir sous un jour nouveau. En effet, le film s'attarde sur la personnalité exclusive de Alain Marécaux. Son vécu en prison, l'éloignement de certains de ses proches, les conséquences sur sa vie professionnelle. La mort de sa mère surtout. Le départ de son épouse et l'impossibilité pour lui de revoir ses enfants jusqu'à son acquittement. Mais tout aussi difficile que la perte de sa mère, ce qui semble avoir le plus affecté le condamné, c'est la suspicion qui planait au dessus de lui sur les éventuels attouchements perpétrés sur l'un de ses fils dont il était accusé.

Philippe Torreton donne la pleine mesure de son immense talent dans ce difficile rôle. Il ira jusqu'à perdre plus de vingt kilos pour appuyer la lente agonie vécue par son personnage lors de la grève de la faim. Wladimir Yordanoff campe lui un avocat remarquable à tous les égards. Humanité, soutien et réconfort sont peut-être parmi les éléments essentiels (outre la présence de la sœur et du père de l'accusé) qui ont permis à l'huissier de survivre au milieu hostile que représente la prison. A propos d'hostilité, on reviendra également sur la performance de Raphaël Ferret qui interprète le rôle du juge Burgaud. La ressemble et la froideur de ces deux personnages (réels et fictifs) sont saisissants, et l'on comprend un peu mieux le piège infernal duquel l'accusé à tort à eut tant de mal à se dépêtrer.

Présumé Coupable est donc un excellent film, témoignage d'une sordide histoire d'erreur judiciaire dans laquelle beaucoup ont laissé des plumes. Remarquable...

Pour en savoir plus, je vous conseille de visionner l'émission Faites Entrer L'accusé consacrée à L'Affaire Outreau. Tout simplement effarant!


Ainsi que le témoignage des victimes, quelques années plus tard:
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