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vendredi 12 décembre 2025

Les boules de Noël d'Alexandra Leclère (2024) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Vite, vite, vite, écrivons un article au sujet du dernier long-métrage d'Alexandra Leclère intitulé Les boules de Noël avant que le titre ne soit interdit et qu'il soit transformé en Boules de fin d'année ! , Mais trêve de plaisanterie... La réalisatrice du Prix à payer en 2007, du Grand partage en 2015 ou encore de Garde Alternée en 2017 a semble-t-il ''pété un plomb'' ! Tandis qu'elle n'a rien fait ou presque depuis la sortie des Boules de Noël le 27 novembre 2024, Alexandra Leclère a commis l'une de ces comédies qui partagent le public. Entre ceux qui rejettent toute forme de vulgarité et ceux qui voient dans de simplistes transgressions, le moyen de faire parler de soit. Les boules de Noël est une comédie française intellectuellement régressive, ''pipi-caca'', et au fond, pas très originale. S'inscrivant dans cette coutume de fin d'année que certains aimeraient sans doute voir disparaître et durant laquelle les familles se réunissent autour d'un bon feu de cheminée et d'un sapin de Noël, la réalisatrice et scénariste française réunit tout un cheptel d'interprètes de diverses générations. A commencer par les plus anciens, Machal Méril et Jackie Berroyer qui incarnent respectivement Simone et André, les parents et grands-parents d'une famille qui va donc se réunir le soir du réveiller de Noël. L'intrigue se déroulant dans la demeure des Leroy, Nathalie (Valérie Bonneton)et Antonin (Kad Merad) convient comme chaque année leurs filles Sandrine et Charlotte (Louise Massin et Rosa Bursztein) et leur fils Stéphane (François de Brauer). Notons que si la plus jeune, Charlotte, assume pleinement d'être végane et célibataire, Sandrine est l'épouse de Jean-Paul (Estéban) avec lequel elle a eu deux fils dont le plus âgé est atteint d'un très fort strabisme. Les boules de Noël démarre alors que Nathalie et Antonin sont en pleine consultation avec leur psychiatre (incarné par Laurent Stocker). Tandis qu'ils évoquent la malédiction dont semble être touchée la famille à chaque fête de fin d'année, Nathalie évoque l'idée de ne pas fêter Noël cette année afin d'éviter toute catastrophe. À l'occasion de cette première partie, Alexandra Leclère filme quelques situations vécues par le couple et par les membres de la famille. Des séquences majoritairement regroupées dans la bande-annonce qui circula sur les réseaux avant la sortie du long-métrage sur grand écran... Nathalie prend finalement la décision d'inviter un marabout (l'acteur franco-sénégalais Bass Dhem dans le rôle de Maître Bangus) qui à la fin de la visite de leur demeure leur conseille de réunir TOUTE la famille.


Leurs trois enfants, leurs deux petits-fils, le beau-fils, la nouvelle compagne de Stéphane ainsi que... Nicole, la sœur de Nathalie qui depuis plus de trente ans vit au Brésil et n'a plus jamais donné de nouvelles... Le gros de l'intrigue se déroule ensuite lors des festivités de fin d'année. Toute la famille est donc à nouveau réunie mais ce que Nathalie ne sait pas, c'est qu'Antonin a pris la décision d'inviter sa belle-sœur Nicole afin de briser la malédiction... Se déroulant de manière relativement classique, Les boules de Noël oppose plusieurs générations, nourrissant des querelles internes qui malgré le temps ne se sont pas effacées. Les discordes sont nombreuses, entre les deux sœurs, l'une étant moquée pour ses choix moraux et l'autre pour son embonpoint. Quant au frère,chaque année c'est la même chose.Il débarque à chaque fois avec une nouvelle petite amie. L'arrivée de Nicole va soulever une problématique qui remonte à des décennies et que l'on devine très en amont. Généreux en gags, Les boules de Noël verse même parfois dans une certaine idée de la comédie trash. Le 'pipi-caca'' en question. Imaginons un seul instant quel cerveau ''malade'' a pu accoucher d'une idée aussi peu ragoutante que de faire boire à la grand-mère Simone un verre d'urine directement prélevé à la source par le beau-fils Jean-Paul. Pire, comment envisager que Charlotte ait eu l'idée encore plus dégueulasse de prélever l'étron déposé dans la cuisine familiale par son chien afin de recouvrir la part de la bûche au chocolat qu'elle a réservé à son frère Stéphane ? Si l'on considère que le concept peut en effet faire l'objet d'un gag, on peut tout aussi bien trouver l'idée inappropriée pour une comédie de fin d'année. On l'aura compris, tout cela ne vole pas très haut et pourtant, il arrive que l'on rigole de bon cœur devant une Valérie Bonneton en roue libre et un Kad Merad qui fait tout pour apaiser la situation. Les gags faciles s'enchaînent, comme le fils qui ramène chaque année une nouvelle copine d'origine à chaque fois différente ou lorsque Noémy Lvovsky, dans le rôle de Nicole, tente de s'attirer les faveurs de ses neveu et nièces et d'Antonin tandis que sa sœur commencer à chauffer comme une pile. Bref, c'est léger, parfois crade, de quoi passer un moment sympa... sans plus...

 

samedi 16 septembre 2023

Tristesse Club de Vincent Mariette (2014) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir réalisé une petite série de courts-métrage entre 2009 et 2012, le réalisateur Vincent Mariette s'est jeté dans le grand bain du cinéma projeté sur grand écran avec Tristesse Club deux ans plus tard, en 2014. Un premier long-métrage en forme de quête où trois individus partent à la recherche d'un quatrième qui a disparu après que l'un d'eux, Ludivine Sagnier dans le rôle de Chloé, ait fait croire aux deux autres qu'il était mort. Et cet homme tout d'abord supposé décédé n'est autre que leur père. Accompagnant la jeune et jolie actrice dans cette aventure ô combien étonnante, Laurent Lafitte et Vincent Macaigne forment un duo fort sympathique. Si le premier se montre bougon, voire même désagréable à travers certains de ses propos et son comportement, le second, lui, s'avère particulièrement attachant. Un timbre frêle et l'attitude d'un type relativement timide terminent de convaincre que Bruno n'a absolument rien de commun avec son frère Léon qui pourtant est né du même père et de la même mère. Tristesse Club distille un climat doux-amer à travers un scénario co-écrit avec Vincent Poymiro. À bord d'un véhicule d'un rouge rutilant appartenant à Léon, lui et son frère prennent la route jusqu'à la demeure familiale des Camus où les deux hommes pensent assister à l'enterrement de leur père. Là, ils font la connaissance de Chloé qui affirme être leur demi-sœur. Si Léon fait montre d'une certaine hostilité envers la jeune femme, Bruno, lui, s’intéresse très rapidement à elle et va même tomber sous son charme. Comédie désabusée, le long-métrage de Vincent Mariette n'est peut-être pas la meilleure comédie qui soit née dans les années 2010 et pourtant, sans que l'on rit aux éclats, les aventures de ce trio permettent de passer un très agréable moment.


Alors que la concurrence, celle qui met en avance des noms bien connus et bancables comme ceux de Dany Boon ou Kad Merad, possède en commun le privilège d'attirer dans les salles des spectateurs sans cesse abreuvés des mêmes comédies formatées (dont celles de Michèle Laroque poussent involontairement la caricature dans ses derniers retranchements), c'est parfois sur des inconnus qu'il faut compter dans notre pays pour que le genre parvienne à s'extraire de l'indigence dans laquelle il se noie. Avec ce mort qui n'en est plus un, cette sœur qui n'en est plus une, ce duo de frangins atypique et ces quelques seconds rôles détonants, Tristesse Club déborde d'une étrange énergie qui semble cependant stagner devant l'attitude résignée de Laurent Lafitte dont l'incarnation semble apparemment témoigner d'une torpeur significative. Ludivine Sagnier est toute mignonne dans son ''double-rôle'', désespérée de retrouver le faux mort et ainsi, pourquoi pas, de rapprocher les deux frères. L’œuvre de Vincent Mariette se situe dans un univers où le temps semble s'être arrêté. Ses personnages ont donc en commun cette attitude que partagent certains de ceux que l'on rencontra jadis, au hasard, chez Bertrand Blier même si l'écriture est très largement en deçà des spectaculaire punchlines qui arrosent le cinéma du fils de l'illustre Bernard Blier depuis des décennies. Comme à l'issue du cultissime Buffet Froid dans lequel le papa du réalisateur mais aussi Gérard Depardieu et Jean Carmet échappaient aux griffes angoissantes des milieux urbains, Laurent Lafitte, Vincent Macaigne et accessoirement Ludivine Sagnier arpentent le chemin qui mène aux souvenirs. Et parmi ce trio d'interprètes, le second remporte haut la main tous les suffrages. Car si Laurent Lafitte endosse le rôle ingrat du fil aigri et si Ludivine Sagnier est craquante, le spectateur ne peut que s'attacher au personnage de Bruno Camus. Un être fragile, humain, timide... Autour de notre trio, nous retrouvons notamment l'excellente Noémie Lvovsky dans le rôle de Rebecca, ancienne amante suicidaire du patriarche disparu ou encore Philippe Rebbot dans celui d'Yvan, un ami de la famille...

 

lundi 9 août 2021

Teddy de Ludovic et Zoran Boukherma (2020) - ★★★★★★★★☆☆



Chacun à sa manière, avec leurs propres visions, avec leurs propres moyens, Thomas Salvadore, Douglas Attal et les frères Boukherma ont choisi de nous proposer autre chose. Des œuvres dont les différentes saveurs gagnent en intensité avec le temps. Et puis, il y a ceux qui choisissent de faire comme là-bas, en outre atlantique. De copier les champions du monde du blockbuster, les spécialistes du cinéma d'horreur et d'épouvante. Résultat, on frise régulièrement l'indigestion. Parce qu'en France, on pense pouvoir rivaliser avec les américains. Et d'une certaine manière, c'est vrai. Mais alors avec une sensibilité et une économie de moyens qui rendent ces films de super-héros que sont Vincent n'a pas d'écailles et Comment je suis devenu super-héros ou ce film fantastique qu'est Teddy, éminemment plus intéressants. Mieux, plus touchants. Débarrassés de ce désir de vouloir coller au plus près à ce qui se fait à des milliers de kilomètres de là quitte à nous servir un plat sans saveur, Salvadore, Attal et les frères Boukherma ont tout compris. Et même si aux ''States'' ou chez nous une partie du public fera sûrement la gueule en découvrant ces O.F.N.I.s, soyons fier d'avoir dans nos rangs des artistes avec une vraie personnalité. Concernant Ludovic et Zoran Boukherma et leur excellent Teddy, j'oserais rapprocher cette petite merveille du chef-d’œuvre Morse de Tomas Alfredson, de The Transfiguration de Michael O'Shea, et pour son sujet, de When Animals Dream du danois Jonas Alexander Arnby. Mais plus sûrement, leur second long-métrage ressemble à du Bruno Dumont.


Et plus précisément à sa mini-série en deux saisons que forment P'tit Quinquin et Coincoin et les Z'inhumains puisque les jeunes Alane Delhaye et Anthony Bajon semblent avoir été forgés dans le même moule. Celui de l'amateurisme. Mais ce qui s'avère être d'ordre naturel chez l'un est beaucoup plus complexe à définir chez le second, lequel révèle en réalité un véritable talent d'acteur en incarnant le héros de ce film fantastique pas vraiment comme les autres... Le jaune rutilant du rideau qui orne l'affiche du film semble directement renvoyer aux manches du blouson ou du maillot de basket que portait sur les épaules l'acteur Michael J. Fox dans Teen Wolf réalisé en 1985 par Rod Daniel. Une comédie fantastique plutôt sympathique avec la jeune star de la trilogie Retour vers le futur. Anthony Bajon n'en est pas une, lui, de star. Mais il le mériterait tant il excelle dans le rôle de Teddy, ce jeune garçon originaire des Pyrénées-Orientales peu instruit, qui n'a pas l'air très intelligent (genre, idiot du village comme tenteraient à le démontrer certaines séquences au départ du film), qui travaille dans un salon de massage (sa patronne est la talentueuse réalisatrice et actrice Noémie Lvovsky) et qui s'occupe très bien de sa tante, qu'il nourrit alors qu'elle demeure prostrée dans son fauteuil à longueur de journée, ainsi que de son oncle Pépin Lebref (ça ne s'invente pas !) qu'interprète l'acteur Ludovic Torrent dont il s'agit là pour le moment, du premier rôle dans un film.


Il ne faut surtout pas oublier de citer Christine Gautier qui interprète le rôle de Rebecca, la fiancée de Teddy, ainsi qu'Alain Boitel et Jean-Michel Ricart (ce dernier étant restaurateur dans la vie quotidienne), deux types de la région qui sans doute on dû s'amuser autant qu'ils nous régalent dans les rôles de deux représentants de la gendarmerie nationale. Ludovic et Zoran Boukherma signent un vrai grand moment de bonheur cinématographique. Entre social, fantastique, épouvante et comédie, Teddy est un classique instantané. Pas prétentieux pour un sou mais mêlant le réalisme à une légende dont les premiers signes remonteraient à l'antiquité, le long-métrage des frères Boukherma est à partager en famille. Un petit bijou devant lequel on ne s'ennuie pas un seul instant et qui entre rires et frissons apportera son lot d'émotions. Déjà culte... ! Autant dire que l'on attend avec une totale absence de patience leur prochain long-métrage qu'ils sont actuellement en train de tourner et dont le titre est L'année du requin...

lundi 14 janvier 2019

Les Invisibles de Louis-Julien Petit (2019) - ★★★★★★★★★☆




Poussés par l'irrépressible envie de nous dégourdir les jambes, épuisés par des séances de No Life justifiées par un froid et par un vent de plus de cent kilomètres/heure, c'est motivés que nous avons décidé hier matin de nous offrir une séance de cinéma. C'est sous l'impulsion d'Anna qu'elle et moi avons opté pour le dernier long-métrage du cinéaste français Louis-Julien Petit qui après Discount et Carole Matthieu semble confirmer sa vision d'un cinéma dit « social » s'ouvrant sur le quotidien des petites gens dont les derniers auxquels il a choisit d'offrir la parole incarnent à merveille ceux que l'on dit invisibles. Parce qu''elles incarnent tout ce que leurs congénères redoutent un jour de devenir, les héroïnes des Invisibles revêtent une forme d'honorabilité et de pudeur que l'on avait peut-être trop tendance à oublier. Derrière l'image de ces laissées pour compte trop souvent décrites comme des êtres sales et malodorants, l’œuvre de Louis-julien Petit est tout d'abord un très bel hommage à ces femmes qui comme l’héroïne incarnée par l'actrice Audrey Lamy sacrifient jusqu'à leur propre existence pour sauver celle d'âmes en perdition. Aux côtés de la formidable Corinne Masiero, qui connaît bien le sujet pour avoir connu la rue, la drogue et la prostitution avant de devenir actrice, ainsi que Noémie Lvovsky, la sœur d'Alexandra Lamy interprète l'une de ces femmes qui consacrent au quotidien une part immense de leur temps aux autres. A ces femmes marginalisées, sans emplois, sans toit et généralement oubliées de leurs concitoyens.

Et ces femmes justement, qui plutôt que d'être incarnées par des actrices grimées sont interprétées par de véritables Sans Domiciles Fixes que le cinéaste met en lumière de manière aussi généreuse qu'authentique. Si hier encore, la plupart d'entre nous seraient sans doute passés devant elles en feignant de ne pas avoir remarqué leur présence, aujourd'hui, et pas seulement grâce à Louis-julien Petit mais d'abord à ces « Invisibles » dont la présence à l'écran submerge le spectateur d'émotion, sans doute aurons-nous un regard différent pour ces femmes, mais aussi ces hommes qui vivent dans la rue. Jamais larmoyant, et pourtant parfois terriblement éprouvant, Les Invisibles est un modèle du genre qui évite de culpabiliser le spectateur. Le film dresse tout d'abord un état des lieux de la condition de ces femmes face à une administration aussi lente qu'inefficace. Après que la décision de fermer le centre d'accueil de jour pour femmes SDF « L'Envol » ait été prise, celles qui se démènent pour aider les autres prennent une décision radicale : désormais, et ce, dans le plus grand secret, ce dernier les accueillera également de nuit. Maintenant qu'il ne reste plus que trois mois avant que la justice intervienne, Audrey, Manu et Hélène vont tout tenter pour réinsérer dans la vie active une quinzaine de femmes que la société à choisi d'abandonner.

Louis-Julien Petit, plutôt que d'opter pour un misérabilisme un peu trop facile, choisit de traiter son sujet sous la forme d'une comédie dramatique. Si Les Invisibles est souvent l'occasion de grands moments d'émotion, le cinéaste n'oublie cependant pas d'y injecter une forte dose d'humour qui dans ce contexte tragique fait beaucoup de bien. Non seulement aux spectateurs, mais également à ces femmes qui sans le soutien de cette « famille » improvisée ne parviendraient sans doute jamais à se sortir de la merde dans laquelle elles vivent depuis des années. Marquées par la rue, le froid, l'alcool, la drogue et parfois la prostitution, le visage de ces SDF à lui seul évoque les épreuves qu'elles ont enduré. Mais heureusement, Les Invisibles change de ton en permanence. Après avoir beaucoup ri à l'évocation des surnoms pris par chacun d'entre elles (je vous laisse la surprise de les découvrir), on est bouleversé de les voir ensuite chassées à cinq heures du matin et dans le froid du camp de fortune où elles tentaient jusqu'ici de survivre. L’œuvre de Louis-Julien Petit est un ping-pong d'émotions admirablement incarné par cet épatant mélange d'actrices professionnelles et d'anonymes extraites du trottoir le temps d'un hommage. Nous ne sommes pas prêts d'oublier Adolpha Van Meerhaeghe, Marianne Garcia, Marie-Christine Descheemaker et leurs compagnes. Louis-Julien Petit réalise une œuvre d'une grande humanité qui permet d'aborder ces femmes sous un angle nouveau, loin de l'indifférence et de la mythologie crasse qu'elles inspirent en général. Un film beau, drôle, et émouvant. Une très belle expérience de cinéma...

lundi 23 mai 2016

Camille Redouble de Noémie Lvovsky (2012)



Rien ne va plus entre Camille et Éric. Ils sont tous les deux les parents d'une jeune adolescente. Noyant son chagrin dans l'alcool depuis que sa mère est morte, Camille voit son couple se désagréger jusqu'à la rupture, inévitable. La veille du nouvel an, Éric annonce à Camille qu'il la quitte. La jeune femme part retrouver ses amies de toujours, Josepha, Louise et Alice alors qu'elles s'apprêtent, lors d'une soirée costumée, à fêter la nouvelle année. Mais une fois de plus, Camille ne peut s'empêcher de boire et tombe dans un coma éthylique. Lorsqu'elle se réveille plus tard, elle constate qu'elle a été projetée plus de vingt ans en arrière, dans les années quatre-vingt.

Elle a conservé son corps de femme de quarante ans tandis qu'autour d'elle, toutes ses amies son redevenues les adolescentes qu'elles étaient dans le passé. Mieux : ses parents sont en vie. Elle qui avait peur en 2008 de ne plus se souvenir de la voix de ses parents à décidé de les enregistrer. Camille a également l'intention de mettre de l'ordre dans sa vie afin de ne pas répéter les mêmes erreurs. Elle retrouve Éric pour la première fois mais fait tout pour le fuir. Quant à sa mère, elle a bien l'intention de tout faire pour prévenir la rupture d'anévrisme dont elle va être bientôt la victime et qui la mener à sa propre mort...

Camille Redouble est le sixième long-métrage (si l'on tient compte du téléfilm tourné en 1997, Petites), de sa principale interprète, l'actrice et réalisatrice française Noémie Lvovsky. Entourée par les excellents acteurs et actrices, Samir Guesmi, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès et de jeune interprètes qui n'ont rien à envier à leur talent, Judith Chemla, Julia Faure, India Hair et Riad Sattouf (dans l'irrésistible rôle du metteur en scène), Noémie Lvovsky nous conte une histoire pleine de nostalgie et d'une candeur que l'on a trop tendance à mettre de côté de nos jours.

Si le film possède quelques faiblesses scénaristiques, on ne peut qu'adhérer à cette histoire simple mais rondement menée qui nous transporte à l'époque du Walkman et des écouteurs oranges, du Bombers, et des posters de Marilyn Monroe et James Dean placardés sur les murs de la chambre de Camille. Si la l'actrice et réalisatrice aurait pu se contenter de faire de Camille Redouble qu'une simple et naïve comédie, le film se révèle en réalité beaucoup plus profond qu'il n'y paraît. Son héroïne fait face aux erreurs du passé tout en tentant de les réparer. Mais sans jamais se laisser aller à la facilité, Noémie Lvovsky n'essaie jamais de poétiser ce que son personnage tente de reconstruire. Avec beaucoup de maturité, et bien que l'élément fantastique viennent quelque peu empiéter le récit à travers ce voyage dans le temps, elle n'idéalise jamais le principe en conservant à l'esprit qu'un futur déjà écrit ne peut être modifié, ou si peu (l'enveloppe renfermant la cassette audio).

Si Guesmi, Moreau, Vuillermoz et Podalydès se révèlent comme à leur habitude d'excellents interprètes, on demeure également séduits par l'interprétation du jeune trio formé par Judith Chemla, Julia Faure et India Hair qui campent les trois amies de jeunesse de Camille. Mais le plus fort sans doute dans Camille Redouble est la capacité de Noémie Lvovsky à nous émouvoir, et notamment durant la scène où elle confrontée à sa mère la veille du jour de sa mort. Une très beau moment d'émotion qui nous révèle une Yolande Moreau très éloignée de l'esprit Deschiens.A ce titre, Camille Redouble est une belle réussite...

samedi 31 août 2013

Présumé Coupable de Vincent Garenq (2011)



Le 14 Novembre 2001, Alain Marécaux et son épouse Edith sont arrêtés par la police et leurs enfants séparés et confiés à des familles d'accueil. Lorsqu'il apprend qu'il est accusé de viol sur enfants, l'huissier est abasourdi. Lui qui porte une attention toute particulière aux siens, il ne comprends pas qu'il puisse être le sujet de telles accusations. Il apprend bientôt qu'une dizaine d'autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes raisons.

Il est très vite contacté par Maître Hubert Delarue, avocat et proche collaborateur de celle qui aurait normalement dû défendre Alain Marécaux. C'est donc cet homme d'expérience qui va tout tenter pour faire libérer son innocent client. Mais le combat risque d'être rude car entre la police qui le pousse à bout afin d'obtenir des aveux et Burgaud, le jeune et ambitieux juge qui instruit l'affaire, Alain n'est pas sorti d'affaire.

En effet, Burgaud choisit de traiter le dossier à charge en ne prenant en compte que les témoignages des accusateurs Myriam Badaoui, Aurélie Grenon et leurs compagnons respectifs. Le jeune huissier est incarcéré dans la prison de Bauvais. Là, il reçoit la visite régulière de sa sœur et de son avocat.

Lorsque Alain Marécaux apprend le décès de sa mère, c'est la chute. Son étude ayant des difficultés, il est obligé de la revendre à un prix dérisoire. Quand à Édith, sa femme, elle est enfin libérée. Un espoir pour le condamné qui espère obtenir lui aussi une libération. Mais la demande de Maître Hubert Delarue est rejetée. De plus, Alain apprend que sa femme l'a finalement quitté pour un autre homme. N'y pouvant plus, l'huissier tente de se suicider par voie médicamenteuse. Et comme il n'y parvient pas, il décide de se lancer dans une grève de la faim...

Basé sur le livre écrit par Alain Marécaux lui-même, le scénario s'inspire donc évidemment de la terrifiante mésaventure qu'une quinzaine de personnes et lui ont vécu entre 2001 et 2005. Il ne pouvait rien arriver de pire pour un père respectable que d'être reconnu coupable de pédophilie.
Présumé Coupable décortique le processus qui mène un homme innocent derrière les barreaux, ainsi que tout les éléments qui en découlent.

La plupart des gens qui se sont intéressés à l'affaire d'une oreille distraite n'ont pu finalement que relever les grandes lignes de cette affaire. L’œuvre signée Vincent Garenq permet de la découvrir sous un jour nouveau. En effet, le film s'attarde sur la personnalité exclusive de Alain Marécaux. Son vécu en prison, l'éloignement de certains de ses proches, les conséquences sur sa vie professionnelle. La mort de sa mère surtout. Le départ de son épouse et l'impossibilité pour lui de revoir ses enfants jusqu'à son acquittement. Mais tout aussi difficile que la perte de sa mère, ce qui semble avoir le plus affecté le condamné, c'est la suspicion qui planait au dessus de lui sur les éventuels attouchements perpétrés sur l'un de ses fils dont il était accusé.

Philippe Torreton donne la pleine mesure de son immense talent dans ce difficile rôle. Il ira jusqu'à perdre plus de vingt kilos pour appuyer la lente agonie vécue par son personnage lors de la grève de la faim. Wladimir Yordanoff campe lui un avocat remarquable à tous les égards. Humanité, soutien et réconfort sont peut-être parmi les éléments essentiels (outre la présence de la sœur et du père de l'accusé) qui ont permis à l'huissier de survivre au milieu hostile que représente la prison. A propos d'hostilité, on reviendra également sur la performance de Raphaël Ferret qui interprète le rôle du juge Burgaud. La ressemble et la froideur de ces deux personnages (réels et fictifs) sont saisissants, et l'on comprend un peu mieux le piège infernal duquel l'accusé à tort à eut tant de mal à se dépêtrer.

Présumé Coupable est donc un excellent film, témoignage d'une sordide histoire d'erreur judiciaire dans laquelle beaucoup ont laissé des plumes. Remarquable...

Pour en savoir plus, je vous conseille de visionner l'émission Faites Entrer L'accusé consacrée à L'Affaire Outreau. Tout simplement effarant!


Ainsi que le témoignage des victimes, quelques années plus tard:
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