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jeudi 2 juin 2022

City of Lies de Brad Furman (2018) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

City of Lies est l'antépénultième long-métrage dans lequel apparaît jusqu'à ce jour l'acteur Johnny Deep, aux côtés de Forest Whitaker. Un duo solide pour un film qui a priori bénéficie d'un scénario qui ne l'est pas moins puisque le réalisateur Brad Furman se penche sur un fait divers ayant réellement eu lieu. En effet, le film se penche sur deux assassinats ayant eu lieu à six mois d'intervalle. Les victimes ne furent autres que deux des plus célèbres rappeurs américains répondant aux ''doux'' noms de Tupac Shakur (né Lesane Parish Crooks le 16 juin 1971 à New York et mort le 13 septembre 1996 à Las Vegas) et The Notorious B.I.G. (né Christopher George Latore Wallace le 21 mai 1972 lui aussi à New York et mort le 9 mars 1997 à Los Angeles). Alors que les deux hommes se lièrent d'amitié durant le courant de l'année 1994, celle-ci est consommée lorsque une rivalité va opposer les raps East Coast et West Coast, The Notorious B.I.G étant alors l'un des principaux représentants de la première tandis que Tupac Shakur faisait partie de la seconde. Écrit par le scénariste Christian Contreras sur la base du roman L.A.Byrinth de Randall Sullivan auquel le film empruntait à l'origine son titre, City of Lies se penche avant tout sur l'enquête menée par un détective du département de police de Los Angeles connu sous le nom de Russell Poole. Un flic qui mena tout d'abord une investigation au sujet d'un scandale au centre duquel était impliqués certains policiers de la Division Rampart du Département de la Police de Los Angeles (le fameux LAPD). Incarné par un Johnny Deep volontairement bedonnant et claudiquant, le réalisateur va adjoindre au personnage de Russell Poole un journaliste du nom de Darius Jackson. Lequel est interprété par Forest Whitaker...


Le titre du roman à l'origine du long-métrage aurait sans doute mieux collé à cette affaire qui d'un point de vue de la mise en scène se révèle effectivement labyrinthique. Car il semble s'agir moins pour le réalisateur Brad Furman de remonter la piste des assassins des deux stars du rap que de démontrer la corruption qui gangrène les autorités policières. En découle un récit nébuleux, formé autour de nombreux flash-back, et dans lequel peu d'individus en ressortiront grandis. Forest Whiterkar a beau conserver le charisme qu'on lui connaît depuis des décennies, on se demande parfois ce que son personnage de journaliste peut avoir de contributeur dans cette difficile et délicate affaire de meurtres et de corruption. Tout comme les personnalités que furent Tupac Shakur et The Notorious B.I.G qui elles, sont par contre presque totalement balayées du récit. City of Lies démarre d'ailleurs autour d'une affaire de meurtre qui a priori n'a aucun point commun avec ceux des deux rappeurs. Sachant que Tupac Shakur est déjà mort depuis six mois et que The Notorious B.I.G a perdu la vie quelques jours auparavant. L'ombre de Rodney King, cet homme d'origine afro-américaine devenu malheureusement célèbre pour avoir été la victime de brutalités policières de la part de quatre flics le 3 mars 1991 (menant à son tragique décès) plane littéralement sur l’œuvre de Brad Furman et auquel il fait régulièrement référence. On aurait sans doute aimé que le réalisateur pénètre un peu plus profondément dans l'univers du Rap ou dans les entrailles de la police. Mais n'est pas Oliver Stone (JFK) ou David Fincher (Zodiac) qui veut et City of Lies ne délivre qu'une enquête policière poussive, parfois compliquée à déchiffrer et dont le traitement d'un sujet au potentiel au demeurant fort passionnant est gâché par une mise en scène et une direction d'acteurs qui manquent de réelles ambitions...

 

mardi 28 juillet 2020

Midnight Express d'Alan Parker (1978) - ★★★★★★★☆☆☆



Brad Davis n'aura pas vraiment eu le temps de faire une brillante carrière cinématographique puisque lorsqu'il meurt en 1991 des suites du sida alors qu'il se sait depuis un moment déjà séropositif, il aura surtout accumulé des rôles à la télévision, le grand écran n'ayant jamais dressé devant lui, le pont d'or qu'il méritait pourtant sans doute depuis son apparition dans ce qui allait devenir LE rôle de sa carrière. Pour beaucoup de cinéphiles, Midnight Express sonne comme le souvenir d'une expérience cinématographique douloureuse. Et lorsque l'on sait que le personnage qu'y interprète Brad Davis a réellement existé, on repense rétrospectivement au voyage en Enfer vécu par William Hayes, l'homme autour duquel le réalisateur et scénariste Oliver Stone s'est concentré pour écrire le script d'un long-métrage qui allait entrer dans la légende du septième art : Midnight Express d'Alan Parker. Une œuvre qui allait faire de ce jeune américain, le héros d'un film alors même qu'à l'origine, William Hayes n'était pas le plus recommandable des individus puisque victime de ses propres ambitions de petit dealer, il fut arrêté par les autorités turques alors qu'il tentait de faire passer de la drogue et ce, pour la quatrième fois. Et quatre fois, dans les circonstances que l'on va découvrir, ce sera une fois de trop. Croyant passer à travers la fouille de la douane turque, bien mal lui en prend puisque les deux kilos qu'il transporte sont découverts. C'est alors pour William Hayes, le début de cinq ans d'enfer...

A l'origine, Richard Gere devait incarner le rôle-titre. C'est en toute partialité que me vient à l'esprit l'idée que l'on a sans doute échappé au pire. Lorsque Brad Davis se présente au casting avec dans l'ombre, un Dennis Quaid séduit par le personnage, le jeune acteur alors âgé d'une trentaine d'années a débuté sa carrière huit ans auparavant mais n'a très majoritairement tourné que pour le petit écran puisque avant Midnight Express, il n'apparaîtra au cinéma que dans Eat My Dust de Charles B. Griffith sans être cependant crédité au générique. Alors que les autorités de la capitale turque Ankara refusent d'accueillir l'équipe de tournage sur leur territoire, c'est à plus de deux-mille sept-cent kilomètres de distance, sur l'île de Malte, que se déroulera finalement le tournage du film d'Alan Parker. Un long-métrage qui en regard du difficile sujet abordé sera pour le réalisateur, son équipe, mais surtout Brad Davis, une expérience physique et intellectuelle éprouvante. Des conditions de tournage délicates. Une chaleur écrasantes. Et des délais de tournage très courts. Même tourné loin du pays d'origine où se sont déroulés les faits, la mise en scène, l'interprétation et la mythique bande originale du compositeur et DJ italien Giorgio Moroder font illusion...

Quarante-deux ans après sa sortie, il est toujours intéressant de découvrir Midnight Express. Et même si depuis, nombre de cinéastes et de scénaristes ont su entretenir la dualité humanité/inhumanité en repoussant sans cesse les limites du dicible, même si l'on doit conserver une totale réserve quant à l'éventuelle ''romanisation'' de cet épisode tragique dans la vie d'un homme (les autorités turques remirent en question la crédibilité de certaines faits), l'expérience demeure toujours aussi rude. La Turquie, ça n'était déjà pas la France en ce temps là. Là-bas, pas de téléphone, de télévision ou de quelconque divertissement. Là-bas, comme va pouvoir l’expérimenter William Hayes, la prison est un cachot dans le sens le moins noble du terme. Des cellules grises, crasseuses, humides. Des gardiens brutaux, ici notamment personnifiés par l'incroyable acteur américain Paul L. Smith (Rabban de Dune de David Lynch, le dératiseur de Crimewave de Joel et Ethan Coen) dans le rôle du gardien-chef tortionnaire et sadique Hamidou. Midnight Express montre une certaine corruption de la justice avec à la clé, l'incertitude d'obtenir gain de cause malgré les largesses financières.

Il démontre également que la survie tient à des choses aussi simples et puériles que l'amitié et l'espoir. L'amitié entre le héros et ses compagnons de cellule Jimmi Booth (l'acteur Randy Quaid) et Max (formidable John Hurt). L'espoir de recouvrer un jour la liberté. Espoir, mais aussi désespoir qui mènera le héros à la folie lors de l'une des séquences les plus mémorables du film. Longtemps considéré par certains comme bourré de clichés racistes et xénophobes par des individus que l'on pourrait en contrepartie considérer de complaisants, nombre de documents ont su démontrer depuis, que le contenu de Midnight Express est parfois le reflet de la réalité. Comme on peut s'en douter, le film fut interdit en Turquie où il fut invisible jusqu'en 1993. Nominé et récompensé à de nombreuses occasions, le film d'Alan Parker obtint notamment, les Oscars du meilleur scénario et de la meilleure musique au festival de 1979 mais ne remporta pas ceux du meilleur acteur de second rôle pour John Hurt, du meilleur réalisateur et du meilleur montage...

mercredi 20 novembre 2019

Une Intime Conviction d'Antoine Raimbault (2019) - ★★★★★★★★☆☆



Que l'on apprécie le bonhomme ou que l'on mette en cause la pertinence de la surmédiatisation d'un avocat (regardez donc ce qu'est devenu Gilbert Collard), il faut avouer qu'Eric Dupont-Moretti fascine. Son bagou et son caractère sont légendaires et il n'a pas volé son surnom de ''acquitator''. Alors, lorsque 6 février 2019 sort sur les écrans le premier long-métrage du réalisateur français Antoine Raimbault, on se demande dans quelle mesure l'acteur Olivier Gourmet parviendra à revêtir la robe de cet avocat au charisme tout aussi impressionnant que sa verve. Une Intime Conviction revient sur une affaire absolument remarquable dans ce sens où un homme s'est vu non seulement soupçonné d'avoir assassiné son épouse sans que son corps ne soit jamais retrouvé, mais a été la victime de l'amant supposé de celle-ci. Un individu qui s'est acharné à faire d'un père de famille le meurtrier de son épouse, employant des méthodes peu scrupuleuses telles que la subornation de témoins...
Cette affaire que relate le long-métrage d'Antoine Raimbault, c'est celle de Suzanne Viguier, qui le 27 février 2000 disparaît purement et simplement. Une affaire qui a fait grand bruit et qui fut sur-médiatisée. Alors qu'à l'issue du premier procès l'accusé Jacques Viguier fut acquitté, lors du procès en appel, c'est l'avocat pénaliste Eric Dupont-Moretti qui devait prendre en charge le dossier de l'accusé.

C'est ce second procès que choisit de nous exposer le réalisateur français qui pour son premier long-métrage fait preuve d'une maîtrise absolue du sujet. D'un scénario qu'il a écrit en compagnie d'Isabelle Lazard et Karim Dridi, Antoine Raimbault en extrait tout le pouvoir d'attraction d'un tribunal en effervescence, là-même où l'on juge, où l'on acquitte, où l'on condamne des hommes et des femmes. Entre témoignages, mensonges, écoutes téléphoniques, dissimulations, Une Intime Conviction décortique cette hallucinante affaire opposant des avocats, un accusé, la partie civile, des témoins plus ou moins moraux (l'actrice India Hair et l'acteur Philippe Uchan y incarnant respectivement la baby-sitter Séverine Lacoste et le supposé amant de la disparue Olivier Durandet, deux témoins plus que douteux) et un public venu en masse assister au ''spectacle''.

Si tous les personnages évoluant lors du récit ont réellement existé, Antoine Raimbault fait une entorse à la réalité en incluant celui de Nora. Personnage fictif donc, que le réalisateur place comme l'un des jurés du premier procès et à laquelle la fille même de l'accusé (incarné par le toujours excellent Laurent Lucas) demande de l'aide. Si les crimino-cinéphiles en herbes trouveront peut-être la chose étonnante, l'implication de ce personnage imaginaire donne une ampleur remarquable à ce récit qui alors est porté à bout de bras par le formidable duo composé de Marina Foïs qui décidément, se montre une nouvelle fois magnifique, et surtout Olivier Gourmet, égal à lui-même, incarnant ici le difficile rôle du célèbre avocat. Si le timbre est différent et que l'acteur aurait mérité de prendre des kilos supplémentaires afin de coller encore davantage au personnage, après un petit temps d'adaptation, Olivier fait parfaitement illusion. Que l'on connaisse ou non l'issue du procès à l'avance, Une Intime Conviction repose avant tout sur la sobriété de sa mise en scène et surtout sur la brillante interprétation des actrices et acteurs secondaires (Laurent Lucas, Jean Benguigui, François Caron, Philippe Dormoy, etc...). Antoine Raimbault, en s'appuyant sur un fait-divers particulièrement étonnant, réalise un excellent premier film. Qui par delà le réalisme n'empêche pas son œuvre d'être tout à fait divertissante. Un premier essai plus que convainquant...

samedi 3 août 2019

Imperium de Daniel Ragussis (2016) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



La signification du mot Imperium remonte à l'époque de la Rome Antique et signifie le pouvoir absolu détenu par l'empereur. Dans le cas présent, l'emploi de ce terme dans le titre du premier long-métrage de Daniel Ragussis, producteur et auteur avant ça de plusieurs courts-métrages, signifie celui de la race blanche dite aryenne et s'avère être le titre d'un ouvrage sur lequel travaillera le jeune agent du FBI Nate Foster afin d''intégrer un groupuscule néo-nazi constitué de suprémacistes blancs. D'abord réticent, le jeune homme accepte cette périlleuse mission mais doit d'abord apprendre à se comporter tel l'un de ses membres. C'est donc aux côtés de l'agent Angela Zamparo (l'actrice Toni Collette) qu'il va inlassablement répéter des phrases par cœur constituant le parcours personnel et fictif du personnage qu'il devra incarner auprès de ses futurs et nouveaux ''compagnons''...

Les films traitant du néo-nazisme sous toutes ses formes sont légions, mais ceux qui abordent ce délicat sujet sous un angle véritablement sérieux sont plus rares. À titre d'exemple, on pense notamment à American History X de Tony Kaye réalisé en 1998, ou à La Main Droite du Diable de Costas Gavras qui lui, traitait plus spécifiquement d'une formation d'extrême-droite parmi des paysans du Midwest apparentée au célèbre Ku Kux Klan (KKK). Imperium semble donc être à ce jour le dernier long-métrage à oser s'attaquer à un sujet particulièrement sulfureux. Pourtant, plutôt que le brûlot auquel le public aurait pu s'attendre, le film de Daniel Ragussis, dont le réalisateur a signé l'écriture du scénario en compagnie de Michael German, est loin d'être aussi passionnant et dérangeant qu'il aurait dû être. Sans doute le réalisateur aurait-il dû commencer sa carrière en optant pour un sujet moins fort et plus simple à mettre en scène car Imperium est perclus de défauts rédhibitoires.

Si l'emploi de Daniel Radcliffe dans le rôle principal n'est pas une mauvais idée en soit, l'acteur ne semble pas encore véritablement taillé pour interpréter ce genre de personnage. Et le fait qu'il ait rasé son crâne ou qu'il porte assez bien le ''costume'' du néo-nazi n'y change rien. Mais la faute n'est très certainement pas à mettre sur le dos de l'acteur rendu célèbre pour son rôle éponyme de Harry Potter. L'acteur qui s'est depuis affranchi de ce personnage pour interpréter des individus qui sortent parfois de l'ordinaire (il incarne le Diable dans Horns d'Alexandre Aja et un cadavre ''pétomane'' durant l'intégralité de Swiss Army Man de Dan Kwan et Daniel Scheinert) a beau donner du cœur à l'ouvrage, on a du mal à croire à cette histoire apparemment tirée d'un fait divers réel dans laquelle son personnage intègre donc un groupuscule néo-nazi afin de contrer un plan visant à fabriquer une bombe radioaxtive. D'abord, et cela n'a par contre rien à voir avec les éventuels défauts de la mise en scène ou de l'interprétation, mais Imperium s'avérera sans doute plus confortable à découvrir dans sa langue originale car le doublage effectué sur les principaux protagonistes Daniel Radcliffe et Toni Collette est tout simplement désastreux. Simon Praat et Isabelle Bechstein possèdent un timbre insupportable qui empêchent le spectateur de s'immerger totalement dans le récit.

Un récit qui d'ailleurs manque de profondeur (mon dieu, ce que le scénario peut être simpliste !!!) et qui dénote de l'incapacité du réalisateur à diriger ses interprètes malgré la fatuité du scénario. De plus, et là encore, le problème n'est pas à mettre sur le compte de Daniel Radcliffe, mais divers éléments empêchent de croire à ce récit. À commencer par le peu de charisme du personnage de Nate Foster. Un gringalet, peu sûr de lui, tremblant chaque fois que lui en est donnée l'occasion, incapable de montrer la moindre assurance, bref, le genre de responsabilité qu'on verrait plutôt confiée à un homme d'expérience. De plus, son intégration parmi les membres de suprémacistes blancs s'effectue de manière beaucoup trop rapide et irréaliste alors qu'il semble honorable d'imaginer qu'il lui faudrait passer des tests afin de montrer son engagement envers eux. Non, quelques phrases prononcées lors de sa première rencontre avec l'un des chefs du groupuscule suffiront malgré la méfiance de l'un d'eux. D'ailleurs, à propos de méfiance, alors que tout semble joué pour le héros, apparemment ''découvert'' par le membre d'un second groupuscule, Nate Foster s'en sort miraculeusement grâce à une pirouette absolument invraisemblable. Le genre dont il bénéficie d'ailleurs à plusieurs occasions, le film frôlant ainsi parfois le ridicule. Du piètre intérêt qu'offre Imperium demeure pourtant une certaine vision des groupuscules néo-nazi. À part cela, le film de Daniel Ragussis est absolument indigeste...

samedi 7 avril 2018

Jungle de Greg McLean (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Le cinéaste australien Greg McLean a toujours été plus à l'aise dans le survival que dans n'importe quel autre domaine. Auteur des excellents Wolf Creek 1 & 2, de Rogue ou encore du piètre The Darkness en 2016, il revenait l'année passée en abordant une fois de plus son thème de prédilection tout en abandonnant relativement le côté horrifique de ses précédentes réalisations. Il s'attaque dans son dernier long-métrage à l'adaptation de la biographie « Back From Tuichi: the Harrowing Life-and-Death Story of Survival In The Amazon Rainforest » de l'aventurier d'origine israélienne Yossi Ghinsberg qui vécu pendant trois semaines en 1981, une aventure hors du commun qui faillit cependant lui coûter la vie. Alors en voyage en Bolivie, cet aventurier qui dans l’œuvre de l'australien est admirablement interprété par l'acteur britannique Daniel Radcliffe y fit la connaissance de deux autres baroudeurs habitués à voyager à travers la planète.
Kevin Gale et Marcus Stamm se connaissent et s'apprécient depuis bon nombre d'années. Lorsque Yossi leur parle de Karl Ruchprecter dont il vient tout juste de faire la connaissance, il tente d'intéresser ses nouveaux amis en leur évoquant la proposition que vient de lui faire Karl de l'emmener faire la connaissance d'une tribu demeurée inconnue et vivant au fin fond de la jungle amazonienne bolivienne. En insistant un peu, Yossi parvient à convaincre Kevin et Marcus de faire le voyage en compagnie de Karl. Si dans un premier temps tout se passe bien, les premières difficultés font très vite leur apparition. Marcus paraît malheureusement bien moins préparé que les autres à cette expédition. Il rencontre très rapidement des problèmes aux pieds qui ralentissent l'évolution du groupe. Après avoir passé quelques jours dans la forêt amazonienne, après y avoir construit un radeau afin de descendre le fleuve, enfin, après avoir décidé de scinder le groupe en deux, l'aventure va se concentrer sur le personnage de Yossi Ghinsberg. Et autant dire que l'on va avoir droit à un véritable dépaysement. Mais pas de ceux qui donnent envie de quitter son chez soit. Mieux vaut porter des gants si vous avez fait un détour chez la manucure avant de vous plonger dans cette aventure de presque cent-vingt minutes car sinon, vous risquez de vous ronger les doigts.

Même s'il demeure un je ne sais quoi qui empêche le spectateur d'être totalement imprégné des événements qui se déroulent à l'écran (certaines scènes sont trop longues ou inutiles, et les plans larges rendant compte de l'immensité de la forêt amazonienne, pas assez nombreux à mon goût), le résultat n'est tout de même pas si mal. Le long-métrage de Greg McLean semble rendre assez fidèlement le calvaire qu'a dû endurer Yossi Ghinsberg en 1981. Jungle rend compte des difficultés liées à un manque évident de préparation (les héros se jettent dans l'aventure sans jamais savoir ce qui les attend vraiment et ce, tout en laissant les guider un homme qu'il ne connaissent que depuis moins de vingt-quatre heures). Le film démontre aussi et surtout que face à la nature, et même avec des années de pratique derrière soit, rien ne préserve l'homme d'un quelconque danger. Jungle entretient d'une certaine manière un rapport concret avec l'étouffant et remarquable Vinyan que le belge Fabrice Du Welz réalisa en 2008. l'exploration d'un monde demeuré jusqu'ici inconnu, recelant ses mystères et une forme d'évocation nous renvoyant aux origines de l'humanité. Personnages à part entière, les paysages servant de décors au long-métrage sont parfois saisissants. Entre le Mont Tamborine, un plateau de vingt-huit kilomètres carré situé dans la région de la Scenic Rim en Australie, et le Parc national Madidi en Bolivie, le tournage a donc eu lieu dans des décors naturels sur une durée de six semaines.
Jungle offre à ses interprètes, Daniel Radcliffe donc, mais également Alex Russel, Thomas Kretschmann et Joel Jackson l'opportunité de donner toute la mesure de l'âme humaine lorsqu'elle est confrontée aux dangers d'une nature hostile et indomptable. L'amitié s'y délit, se décomposant au grès des échecs. Chacun y fait alors montre de sa véritable personnalité. Les plus forts, comme dans n'importe quel lieu géographique, l'emportant sur les plus faibles. Il manque cependant une chose qui dans ce genre d'hommage à la Mère Nature et à ce type de témoignage paraît essentiel. C'est l'aspect initiatique que revêt l'expérience. Si l'on sent bien que le héros, à la fin, s'en sort avec un regain d'humilité, il manque une certaine profondeur qui empêche le film de s'extraire parfois du simple survival. Malgré tout, l'expérience vaut le coup d'être vécue. Ne serait-ce que pour la beauté de certaines séquences (les rapides), des paysages, ou plus simplement pour son interprétation...

samedi 31 août 2013

Présumé Coupable de Vincent Garenq (2011)



Le 14 Novembre 2001, Alain Marécaux et son épouse Edith sont arrêtés par la police et leurs enfants séparés et confiés à des familles d'accueil. Lorsqu'il apprend qu'il est accusé de viol sur enfants, l'huissier est abasourdi. Lui qui porte une attention toute particulière aux siens, il ne comprends pas qu'il puisse être le sujet de telles accusations. Il apprend bientôt qu'une dizaine d'autres personnes ont été arrêtées pour les mêmes raisons.

Il est très vite contacté par Maître Hubert Delarue, avocat et proche collaborateur de celle qui aurait normalement dû défendre Alain Marécaux. C'est donc cet homme d'expérience qui va tout tenter pour faire libérer son innocent client. Mais le combat risque d'être rude car entre la police qui le pousse à bout afin d'obtenir des aveux et Burgaud, le jeune et ambitieux juge qui instruit l'affaire, Alain n'est pas sorti d'affaire.

En effet, Burgaud choisit de traiter le dossier à charge en ne prenant en compte que les témoignages des accusateurs Myriam Badaoui, Aurélie Grenon et leurs compagnons respectifs. Le jeune huissier est incarcéré dans la prison de Bauvais. Là, il reçoit la visite régulière de sa sœur et de son avocat.

Lorsque Alain Marécaux apprend le décès de sa mère, c'est la chute. Son étude ayant des difficultés, il est obligé de la revendre à un prix dérisoire. Quand à Édith, sa femme, elle est enfin libérée. Un espoir pour le condamné qui espère obtenir lui aussi une libération. Mais la demande de Maître Hubert Delarue est rejetée. De plus, Alain apprend que sa femme l'a finalement quitté pour un autre homme. N'y pouvant plus, l'huissier tente de se suicider par voie médicamenteuse. Et comme il n'y parvient pas, il décide de se lancer dans une grève de la faim...

Basé sur le livre écrit par Alain Marécaux lui-même, le scénario s'inspire donc évidemment de la terrifiante mésaventure qu'une quinzaine de personnes et lui ont vécu entre 2001 et 2005. Il ne pouvait rien arriver de pire pour un père respectable que d'être reconnu coupable de pédophilie.
Présumé Coupable décortique le processus qui mène un homme innocent derrière les barreaux, ainsi que tout les éléments qui en découlent.

La plupart des gens qui se sont intéressés à l'affaire d'une oreille distraite n'ont pu finalement que relever les grandes lignes de cette affaire. L’œuvre signée Vincent Garenq permet de la découvrir sous un jour nouveau. En effet, le film s'attarde sur la personnalité exclusive de Alain Marécaux. Son vécu en prison, l'éloignement de certains de ses proches, les conséquences sur sa vie professionnelle. La mort de sa mère surtout. Le départ de son épouse et l'impossibilité pour lui de revoir ses enfants jusqu'à son acquittement. Mais tout aussi difficile que la perte de sa mère, ce qui semble avoir le plus affecté le condamné, c'est la suspicion qui planait au dessus de lui sur les éventuels attouchements perpétrés sur l'un de ses fils dont il était accusé.

Philippe Torreton donne la pleine mesure de son immense talent dans ce difficile rôle. Il ira jusqu'à perdre plus de vingt kilos pour appuyer la lente agonie vécue par son personnage lors de la grève de la faim. Wladimir Yordanoff campe lui un avocat remarquable à tous les égards. Humanité, soutien et réconfort sont peut-être parmi les éléments essentiels (outre la présence de la sœur et du père de l'accusé) qui ont permis à l'huissier de survivre au milieu hostile que représente la prison. A propos d'hostilité, on reviendra également sur la performance de Raphaël Ferret qui interprète le rôle du juge Burgaud. La ressemble et la froideur de ces deux personnages (réels et fictifs) sont saisissants, et l'on comprend un peu mieux le piège infernal duquel l'accusé à tort à eut tant de mal à se dépêtrer.

Présumé Coupable est donc un excellent film, témoignage d'une sordide histoire d'erreur judiciaire dans laquelle beaucoup ont laissé des plumes. Remarquable...

Pour en savoir plus, je vous conseille de visionner l'émission Faites Entrer L'accusé consacrée à L'Affaire Outreau. Tout simplement effarant!


Ainsi que le témoignage des victimes, quelques années plus tard:
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