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mardi 9 juin 2026

Dracula : A Love Tale de Luc Besson (2025) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

''Optio ironiae activata...''

 

Deux heures et neuf minutes plus tard... Cent vingt-neuf minutes, sept-mille sept-cent quarante secondes, sept-mille sept-cent quarante milliards de nanosecondes................ Vu sous cet angle, cela peut paraître une éternité. Mais à l'échelle d'une vie ou d'une année, c'est peu de chose. Par contre, à celle d'une journée, il faut être préparé à n'avoir rien prévu de particulier qu'il s'agisse que l'on prévoie de projeter le film en matinée, dans l'après-midi ou plus ou moins tard dans la soirée... L'important étant tout d'abord de se mettre dans d'excellentes conditions si l'on veut pouvoir bénéficier des qualités qu'il faut pour digérer ce qui semble être non seulement le meilleur film de Luc Besson, la nouvelle référence en matière de vampirisme au cinéma, et donc la plus remarquable adaptation du roman de l'écrivain irlandais Bram Stoker ! Parce que sorti de cette expérience parmi les plus inoubliables dans l'existence d'un cinéphile ou d'un cinéphage, l'on ne peut qu'accorder à Luc Besson le crédit d'avoir renoué avec le meilleur de son art tout en calmant les ardeurs de ses plus virulents détracteurs... Oubliez donc la vision de Francis Ford Coppola qui en 1992 signait Dracula, un authentique navet auquel ressemble il est vrai Dracula : A Love Tale de Luc Besson. Détail qui fut notamment relevé par les fans de l'américain mais qui se justifie ici amplement lorsque l'on découvre devant notre écran l'ampleur du travail accordé aux costumes, aux décors, aux effets-spéciaux, à la mise en scène ou à l'interprétation. Dès les premières minutes et cet épique combat face à l'Empire Ottoman, le Prince Vladimir joue de sa superbe, de sa force, de son courage et d'un charisme indéniable. Chorégraphie au cordeau, maintenant ainsi une lecture simple mais parfaitement lisible des affrontements. L'on devine déjà que le cinéaste français n'est pas là pour rire mais bien pour donner une leçon à toutes celles et ceux qui souvent le critiquent. Gonflé à bloc et produisant une œuvre qui n'a pas peur de s'écarter du roman original, Luc Besson ose tout. Jusqu'à même laisser diffuser des messages très contemporains mais qui pourtant n'avaient pas cours à l'époque où se déroule l'action. Sans évoquer ouvertement le personnage d'Abraham Van Helsing, Luc Besson confie à l'acteur austro-allemand Christoph Waltz le rôle d'un prêtre chasseur de vampires. Plus étonnant, Guillaume de Tonquédec incarne celui du docteur Dumont. Et tandis que Zoë Bleu incarne la Princesse Elisabeta ainsi que Mina Murray et que de son côté Ewens Abid interprète le jeune clerc de notaire Jonathan Harker, l'on s'étonne moins de retrouver Caleb Landry Jones dans le rôle-titre puisque Luc Besson l'avait déjà engagé sur son dernier long-métrage en 2023, Dogman..... S'agi[crssshhh]t, de la bande mus[pschhhhhh] de Danny El[Frrrrrrrr]n...................


''Optio ironiae desactivata... ''


Et merde ! Mon esprit s'était mis en mode ''second degré''... Vu que je n'ai pas l'intention de tout reprendre depuis le début, je vais essayer d'être concis : Dracula : A Love Tale, c'est quoi ? Juste un énième exercice de style engagé par un Luc Besson qui comme souvent n'en fait qu'à sa tête. Résultat, ce film, qui copie de manière éhontée l’œuvre remarquable de Francis Ford Coppola est d'abord un agréable divertissement si tant est que l'on s'accorde sur le fait qu'il n'est rien d'autre qu'un nanar sans doute involontairement drôle pourtant typé ''Premier degré''. Malgré tout, une question subsiste généralement : Luc Besson fut-il conscient au moment de tourner son dernier long-métrage du ridicule qu'il mettait en œuvre lors de séquences aussi remarquablement navrantes que la scène du bal ou celle, justement, de ''l'épique combat'' entre l'armée du Prince Vladimir et celle de l'Empire Ottoman ? Lucas Fabiani... Retenez bien ce nom. Réalisateur d'une tripotée de courts-métrages et de clip musicaux, il est surtout ici le monteur du film de Besson. Et que dire si ce n'est qu'entre le montage lors de l'affrontement dont la lisibilité est presque aussi désastreuse que celle de l'infâme Taken 3 signé de ce tâcheron d'Olivier Megaton en 2015, des fondus et des effets-visuels qui confinent au plus haut grade pour Lucas Fabiani de Maître es de l'archaïsme, Dracula : A Love Tale est surtout l'occasion de voir combien le cinéma de Luc Besson est dépassé, voire ridicule. Passéiste dans son ADN et incapable de se remettre en question, il agit en outre comme un enfant se croyant à l'abri du regard des adultes. Surtout lorsque sans vergogne il ''pique'', allez, on va dire qu'il ''s'inspire'', de l'une des affiches du Nosferatu de Robert Eggers sorti un an auparavant (genre, ça va pas s'voir) ou qu'il emprunte justement au Dracula de Coppola la plus part des idées scénaristiques et esthétiques. Bref, rien de vraiment nouveau sous le soleil puisque Luc Besson continue ponctuellement d'offrir de douces gourmandises. De quoi fournir aux critiques acerbes de ses détracteurs matière à se foutre de lui tout en alimentant la fascination qu'il exerce encore chez certains d'entre nous. D'autant plus dommage que le film profite parfois de décors ou de costumes réellement stupéfiants et d'une bande musicale signée de Danny Elfman en accord avec son sujet...

 

lundi 31 octobre 2022

Plancha d'Eric Lavaine (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Contrairement à quelques réalisateurs qui ''contaminent'' de par leur présence le septième art en général et la comédie française en particulier (à titre d'exemple et pour respecter une certaine parité, citons la totalité des longs-métrages mis en scène par Michèle Laroque et David Charhon), Éric Lavaine est comme certains vins : il se bonifie avec le temps. Alors que le réalisateur a débuté sa carrière par quelques engeances que l'on aimerait oublier (Poltergay en 2006, Protéger et servir en 2010 ou Bienvenue à bord l'année suivante), on ne sait par quel miracle s'est retrouvée en 2014 sur les écrans de cinéma la comédie Barbecue. Un miracle ? Non, sûrement pas. Juste une histoire de gros sous et de budget financé par des producteurs soit inconscients, soit masochistes. Mais le risque payant parfois, l’œuvre de Éric Lavaine s'est avérée de très bonne facture. Depuis, le bonhomme est parvenu à maintenir un certain cap en matière de qualité puisque par la suite on le retrouva aux commandes de Retour chez ma mère, L'embarras du choix, Chamboultout et Un tour chez ma fille. Des comédies plutôt convaincantes et même parfois très touchantes comme celle principalement interprétée par José Garcia en 2019. Cette année 2022 signe le retour des personnages que l'on avait laissé voici maintenant huit ans en arrière. Tous les interprètes de Barbecue se réunissant à nouveau, exceptée Florence Foresti dont l'absence n'aura en la matière, aucune importance ni la moindre conséquence sur la suite des événements. À l'origine, Plancha ne fut pas conçu comme la suite du long-métrage sorti en 2014 mais comme une œuvre indépendante que le réalisateur avait prévu d'intituler 100% Bretagne. Mais au lieu de ce titre ô combien ringard, le scénariste Héctor Cabello Reyes avec lequel il avait déjà signé le script de Barbecue et d'une très grande partie de sa filmographie et lui-même décident finalement de reprendre leurs personnages en leur offrant de nouvelles aventures situées en... Bretagne. Deux semaines de vacances entre amis, sous la pluie, buvant, dévorant, jouant aux jeux de société et parfois, se racontant leurs quatre vérités. Entre aigreur, jalousie, franche amitié et mensonges, Plancha est le digne successeur de Barbecue...


Tout ce qui faisait de la recette de ce dernier un met savoureux et une comédie collégiale entre rire et émotion se retrouve dans ce nouveau long-métrage où, une fois encore, la présence de Jérôme Commandeur apporte une indéniable plus value. Du côté des interprètes masculins l'on retrouve Lambert Wilson en sexagénaire aigri, Franck Dubosc en Baptiste divorcé d'Olivia (Florence Foresti dans Barbecue, donc), Guillaume de Tonquédec dans le rôle d'Yves, le breton, féru de récits légendaires, de traditions et de généalogie, Lionel Abelanski dans celui de Laurent Barthélémy, l'inculte et l'ami jaloux d'Alexandre qui lui semble avoir bien réussi dans la vie et est interprété par Stéphane de Groodt. Et enfin, Jérôme Commandeur qui depuis s'est installé l'étranger où il a rencontré son épouse Valentina. Du côté des interprètes féminines l'on retrouve Sophie Duez dans le rôle de Véronique, l'épouse d'Antoine, Lysiane Meis dans celui d'Yves ou Valérie Crouzet dans celui de Nathalie, la femme de Laurent. Florence Foresti ne faisant plus partie de l'aventure (nous n'en connaissons pas les raisons), c'est donc l'actrice Caroline Anglade qui prend sa place dans les bras de Baptiste/Franck Dubosc dans le rôle d'Ana. Tourné majoritairement dans le Finistère, Plancha enferme ses personnages dans une superbe propriété située en Bretagne où vont se nouer et se dénouer les nœuds de l'amitié. Entre rancœurs, jalousie et mensonges mais également franches rigolades, le film semble avoir bien moins séduit le public que les premières aventures de cette sympathique bande de copains cette fois-ci réunie autour d'un verre de cidre, d'une tranche de Kouign-Amann ou d'une partie de Trivial Pursuit. Sans être déchirant ni larmoyant, le scénario réserve quelque bonnes surprises comme le test ADN dont les résultats dépasseront les espérances de notre dizaine de personnages. S'il est vrai que Plancha est très légèrement inférieur à Barbecue, reconnaissons lui d'indéniables qualités. Tous les personnages s'avèrent toujours aussi attachants et l'on ne s'ennuie pas un seul instant. Il est même possible de trouver du talent à celles et ceux que l'on ne révère habituellement pourtant pas particulièrement (Franck Dubosc). Surtout, Plancha se positionne très au dessus de la production annuelle en matière d'humour sur grand écran. Alors, pourquoi se priver d'une comédie rafraîchissante ?

 

lundi 27 septembre 2021

L'esprit de famille d'Eric Besnard (2020) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Eric Besnard est de ces réalisateurs et scénaristes français dont on pouvait penser que la cause était irrémédiablement perdue. En 2009, il signait le film d'aventures 600 kilos d'or pur. Une purge. Une vraie, une grande, une inégalable daube. Le genre à ruiner la carrière de ses interprètes, qu'ils s'appellent ou pas Clovis Cornillac, Bruno Solo, Audrey Dana... ou même celle de Gérard Klein et Patrick Chesnais. Ceux-là mêmes dont la présence à l'écran n'y a pourtant rien changé. Deux ans après, le réalisateur débarquait à nouveau dans les salles obscures avec Mes héros, cette comédie poussive, molle et surtout pas drôle du tout malgré la présence du duo formé par Josiane Balasko et Gérard Jugnot (un hommage aux Bronzés de Patrice Leconte ?). À leurs côtés, le génial Pierre Richard ainsi que.... Clovis Cornillac... le courageux.... mais peut-être plus encore, l'inconscient ! De quoi être remonté et vouloir gueuler contre le ou la responsable qui dans votre cinéma préféré pris la décision de le programmer en cette année 2012. Trois ans plus tard, nous faisions l'impasse sur Le goût des merveilles, le précédent long-métrage d'Eric Besnard malgré des critiques pas si mauvaises que cela. Pourtant, Ô miracle, on n'y trouvait pas trace de Clovis Cornillac. Plutôt une bonne nouvelle... L'année dernière sortait sur les écrans, l'avant-dernier film en date d'Eric Besnard, L'esprit de Famille. Un titre qui pour une fois colle si bien au récit qu'il a même l'avantage de pouvoir être interprété de deux manières différentes. La première, qui demeure la plus évidente, parle de la solidarité qui existe entre les membres d'une même famille mais qui dans le cas présent n'est tout d'abord pas si évident que cela...


La seconde, et cela ne sera un secret pour personne puisqu'il meurt dès les premières minutes du film, évoque la présence au sein d'une famille composée d'une mère, de ses deux fils, de leur épouse respective et de l'enfant d'un des deux couples, du fantôme du père mort il y a peu d'une crise cardiaque. Alexandre (Guillaume de Tonquédec) est le seul à l'entendre et le voir. Mieux, le père et le fils discutent ensemble, alarmant la mère (Josiane Balasko dans le rôle de Marguerite), le frère (Jérémy Lopez dans celui de Vincent) mais amusant son fils Max (le jeune Jules Gauzelin) tout en attendrissant sa belle-sœur Sandrine (Excellente Marie-Julie Baup) qui tous se demandent si Alexandre n'a pas perdu la tête. Durant un week-end de trois jours, ils vont tous se réunir, se souvenir du père et époux qu'était Jacques et régler les dysfonctions qui règnent au sein de leur famille... si L'esprit de Famille n'est pas la comédie de la décennie et si elle ne fut pas celle de l'année 2020 non plus, force est de reconnaître qu'Eric Besnard a enfin compris que de bons dialogues, de bons interprètes et surtout une direction d'acteurs digne de ce nom pouvait faire la différence. Ici, le réalisateur touche à des sujets sensibles sur le ton de l'humour. La distance entre un fils et son père dont il n'a pas vraiment profité durant son enfance. Ce père, c'est l'acteur François Berléand qui use de son habituel ton narquois pour incarner ce fantôme qui fait sourire mais jamais peur. Josiane Balasko incarne une mère un peu froide, cachant ses émotions mais profondément marquée par l'absence de son époux. Alexandre est un écrivain ''égoïste'' et distant auprès duquel s'invective le frère Vincent, agent sportif....


Si le cadre (une magnifique demeure installée sur le territoire de Locmariaquer dans le Morbihan) est classique bien que lumineusement mise en images par le directeur de la photographie Jean-Marie Dreujou, l'intérêt repose surtout sur la présence d'un casting solide complété par la toujours excellente Isabelle Carré qui interprète Roxane, l'épouse d'Alexandre (son talent étant cependant insuffisamment exploité dans le cas présent) mais aussi et surtout par Marie-Julie Baup, sans doute bien moins connue mais qui tient là le rôle idéal pour une comédie de la belle-sœur atteinte de troubles émotionnels profonds qui l'empêchent de cacher ses émotions. Autant dire que l'actrice s'offre la part belle à certaines répliques explosives (on pense notamment à la réponse apportée à Alexandre qui lui demande en un mot de dire ce qu'elle pense de lui ou plus tard lorsqu'elle exprime sa joie d'avoir gagné un petit match de rugby en famille organisé sur une plage). Sans jamais être totalement bouleversant, les rapports entre les deux frères ou entre Alexandre et son père sont parfois touchants, mais jamais larmoyants. À vrai dire, L'esprit de Famille est plutôt une bonne surprise. Une comédie qui n'interdit pas les rires, interprétée par une belle brochette d'acteurs et d'actrices français...

 

jeudi 1 octobre 2020

Au Bonheur des Ogres de Nicolas Bary (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 



Deuxième partie de soirée en compagnie de l'acteur Guillaume de Tonquédec hier soir avec Au Bonheur des Ogres de Nicolas Bary, auteur de Le Petit Spirou (aïe, aïe, aïe) en 2017. Adapté du roman policier ''presque'' éponyme de l'écrivain français Emile Zola, Au Bonheur des Dames. Mais à y regarder de plus près, le long-métrage, en dehors du fait que le titre donne l'impression que le film de Nicolas Bary semble être effectivement un proche parent du célèbre écrivain, n'a d'abord en réalité que le contexte d'un grand magasin comme véritable lien de parenté. Pour être tout à fait honnête, c'est surtout l'ouvrage à l'origine de ce long-métrage sorti en 2013 qui constitue un rapport avec le roman d'Emile Zola. Premier volet d'une saga en six volumes écrite par Daniel Pennac et éditée entre 1985 et 1999 sous le nom de Saga Malaussène du nom de son principal personnage, son adaptation au cinéma situe son action entre un grand magasin tenu par un directeur très particulier interprété par Guillaume de Tonquédec. Quant au personnage de Benjamin Malaussène, ''tuteur'' des enfants de sa mère partie une fois de plus à l'étranger, c'est l'acteur Raphaël Personnaz qui a la lourde tâche d'assumer les rentrées d'argents afin de pouvoir conserver la cohésion entre ses demi-frères et sœurs dont Mélanie Bernier dans le rôle de Louna qui attend prochainement un bébé...


Drôle de récit que celui de Au Bonheur des Ogres. Drôle d'ambiance également. Un long-métrage qui brasse les genres avec plus ou moins de bonheur et qui fera forcément autant de spectateurs conquis que de spectateurs passablement déçus. L'approche visuelle est irréprochable. Une Seine et les toits d'un Paris dilués par un Patrick Duroux inspiré. Entre rêverie et bande-dessinée. Que les couleurs soient chaudes ou réduites à leur plus simple expression, visuellement, Au Bonheur des Ogres n'a don effectivement pas grand chose à se reprocher. Le mélange des genres a déjà par contre beaucoup plus de mal à convaincre. Entre l'enquête policière menée par les inspecteurs Caregga (Thierry Neuvic) et le commissaire divisionnaire Coudrier (Marius Yelolo), le fertile imaginaire du héros qui conte à ses demi-frères et sœurs son boulot (l'occasion d'assister à une démonstration technique en matière d'effets-spéciaux numériques relativement pathétique), l'aspect forcément enfantin des situations mettant en scène les gamins et la relation qu'entretiennent Benjamin et la journaliste Julia (l'actrice Bérénice Bejo) à laquelle il est difficile d'adhérer, Au Bonheur des Ogres est un improbable salmigondis qui promettait pourtant de nous replonger dans les inoubliables heures du duo anciennement formé par Jean-Pierre Jeunet et Marc Caro.

Malheureusement, si certaines idées ne sont pas totalement à jeter aux oubliettes, le concept finit par rendre l'ambition de l’œuvre caduque. Autant des classiques tels que Delicatessen (dans un autre genre bien entendu) demeurent impérissables et bourrées de trouvailles remarquablement mises en scène, autant dans le cas présent, l'intrigue de Au Bonheur des Ogres demeure assez fade. Sans pour autant laisser totalement indifférent, le film s'avère mineur et anecdotique, alors même qu'il choisit pourtant un angle souvent surréaliste. À dire vrai, on le conseillera d'abord au jeune public qui lui, savourera sans doute cette histoire façon ''Papa Poule'' du vingt et unième siècle. Pour ma part, sans m'y être totalement ennuyé, je suis par contre totalement passé à côté. Une tentative louable, certes, mais inadaptée. Restent quelques seconds rôles marquants à l'image d'Emir Kusturica dans celui du veilleur de nuit Stojil ou la génialissime Marie-Christine Adam dans celui de Miss Hamilton, la ''voix'' du magasin...


Divin Enfant d'Olivier Doran (2013) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 



Il y a des cycles qui involontairement ou non se forment autour d'un réalisateur, d'un acteur ou d'un thème bien précis. La soirée d'hier était non pas réservée au réalisateur Olivier Doran dont nous avons pourtant déjà vu la plupart des travaux (Le Déménagement, Pur Week-end et Le Coach) et duquel il nous semblait découvrir pour la première fois Divin Enfant avant qu'il s'en retourne vers le petit écran. Non, la soirée était tournée vers l'acteur Guillaume de Tonquédec dont la carrière n'est pas vraiment nouvelle puisque débutée au milieu des années quatre-vingt mais que nous découvrions en réalité un quart de siècle plus tard grâce à l'excellente adaptation cinématographique de la pièce de théâtre Le Prénom d'Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte. Un double programme supposé débuter dans la bonne humeur avec cette réunion entre amis censée partir en roue libre lors d'un réveillon de Noël pas comme les autres. C'est dans l'intérieur d'une maison chaleureuse que Jean et Sarah ont décidé de réunir tous les anciens compagnons de cette dernière afin de faire plaisir aux enfants qu'elle a eu avec chacun d'entre eux. Heureuse d'être une nouvelle fois enceinte de Jean, Sarah ne sait cependant pas que celui-ci s'est fait faire une vasectomie afin de ne plus avoir d'enfants. D'où sa grande surprise lorsqu'il apprend en même temps que tous les convives que Sarah est à nouveau enceinte. Très rapidement, ce médecin spécialiste qui a conçu une sorte de sérum de vérité expérimental afin d'aider ses patients à guérir se met à soupçonner les anciens amants de Sarah réunis autour du sapin. D'abord Xavier, le ''Queutard'' de la bande, puis le rappeur Thomas qui rencontre quelques problèmes avec sa carrière après un passage télévisé très remarqué. La soirée promet d'être l'occasion de régler les comptes entre les différents protagonistes...


Et parmi eux, donc, Guillaume de Tonquédec justement. Lequel n'est pas celui auquel le scénario d'Olivier Doran, Monica Rolfner et Philippe Lefebvre offre d'ailleurs forcément le temps de présence le plus important. Dans le rôle d'Eric, il mène auprès de Géraldine Pailhas qui elle interprète celui de Pauline, un couple quelque peu dépressif et menant une vie à trois avec leur jeune fille au pair, la chaude Sophie incarnée par India Hair, laquelle semble attirer les faveurs du toujours génial Pascal Demolon qui comme à d'autres occasions persévère dans une certaine outrance. Aux côtés de ce casting déjà fort intéressant et aux personnages pas tout à fait comme les autres, les hôtes de ce récits Sarah et Jean sont interprétés par Sami Bouajila et la charmante Émilie Dequenne. N'oublions pas non plus le chanteur, compositeur, musicien et acteur Marco Prince dans le rôle du rappeur Thomas, de Natacha Lindinger dans celui de sa froide épouse, de Marie Drion dans la peau de Juliette, la fille de Jean, de Christophe Corsand dans celle du père Noël mais aussi de l'excellent Grégoire Oestermann dans celle, plus discrète, de Christian, le collège de Jean...

Une belle brochette d'interprètes pour une comédie qui ne fera malheureusement pas oublier les grands classiques du genre qui réunissent tout un panel d'actrices et d'acteurs pour un jeu de massacre en famille ou entre amis. Ça n'est pas que l'on s'ennuie devant Divin Enfant, mais le principe, sans être pour autant tout à fait usé, est ici exploité de manière plutôt sommaire. Les conflits vont bon train, les quiproquos également, chaque personnages ayant ses propres personnalité et attitude (ah ! J'oubliais de mentionner l'actrice Linh-Dan Pham, ''impériale'' dans son rôle de concubine bisexuelle aigrie) mais cependant, le long-métrage d'Olivier Doran souffre d'une écriture bien trop légère pour pouvoir prétendre rivaliser avec celles du film d'Alexandre De La Patellière et Matthieu Delaporte évoqué plus haut ou de tout autre film dont le schéma est identique. Divin Enfant est l'exemple type de long-métrage qui se regarde sans déplaisir mais sans véritable passion non plus et qui de plus, s'oublie très vite. La preuve, ça n'est qu'au bout d'une demi-heure et par bribes que je réalisais l'avoir déjà vu il y a quelques années. Divin Enfant est donc une comédie très moyenne à réserver tout d'abord à celles et ceux qui voudraient compléter la longue liste des films portant sur ce type de sujet...


mardi 29 septembre 2020

Belles familles de Jean-Paul Rappeneau (2015) ) - ★★★★★★★☆☆☆

 






Si l’on met de côté le court-métrage « Chronique Provinciale » qu’il réalisa en 1958, le réalisateur français Jean-Paul Rappeneau n’aura réalisé en tout et pour tout que huit longs-métrages entre 1966 et 2015, année de sortie de « Belles Familles », son dernier film à ce jour. Ses quatre-vingt treize printemps n’ont en tout cas pas entamé sa vigueur et sa fraîcheur puisqu’au travers de cette comédie dramatique atteignant presque les deux heuresécrite en compagnie de son fils Julien et de Philippe Le Guay, Jean-Paul Rappeneau signe une œuvre brillante qui repose autant sur l’excellente écriture des trois hommes que sur la mise en scène du réalisateur qui prouve que l’âge n’est parfois qu’une donnée subjective dans l’implacable univers du septième art. Autre facteur important : l’interprétation. Et dans le genre, ce grand cinéaste notamment auteur de « Cyrano de bergerac » en 1990 et du « Hussard sur le Toit » cinq ans plus tard nous a concocté un casting aux petits oignons. A commencer par la véritable vedette de ce huitième long-métrage, Mathieu Amalric qui dans le rôle d’un expatrié vivant en Chine revient en France au moment même où la discorde règne sur la vente de la demeure familiale. Jérôme Varenne est le frère de Jean-Michel (Guillaume de Tonquédec) et le fils de Suzanne (Nicole Garcia) tandis que son père est mort après avoir vécu durant un certain nombre d’années avec une autre femme. Florence Deffe (Karin Viard) et sa fille Louise (Marine Vacth) ont vécu auprès du père de Jérôme durant ses dernières années d’existence. Mais aujourd’hui, chassées de la demeure familiale que le père Varenne semble leur avoir pourtant légué, Florence et Louise ne peuvent plus compter que sur Grégoire Piaggi (Gilles Lellouche) qui promet de racheter la demeure afin de l’offrir ensuite à la mère et à sa fille...


Sans doute vais-je encore me répéter mais « Belles Familles » n’est pas le film dont j’attendais grand chose malgré le pedigree de son auteur. Et pourtant, c’est parfois l’inattendu qui réserve les meilleures surprises. Le script est généreux et survole à peu près tous les cas de figure que l’on peut rencontrer lors de la vente d’une propriété au demeurant, particulièrement luxueuse. Un combat acharné entre deux familles au cœur duquel intervient également la mairie. Le récit est touffu, sans temps morts, drôle, tendre et parfois même tragique. On rit peu mais finalement, l’intérêt réside ailleurs. Dans l’extrême précision de la caractérisation de certains personnages même si d’autres sont quelque peu laissés de côté. Il faut dire qu’en à peine plus d’une heure et cinquante minutes, Jean-Paul Rappeneau nous offre un panel de situations dont le nombre s’explique en partie par la profusion d’interprètes parmi lesquels il ne faudrait surtout pas oublier la présence de l’excellent André Dussollier. Entre nostalgie, amertume, romance et comédie, « Belles Familles » cultive la bonne humeur, certaines séquences apparaissant comme ubuesques dans un contexte qui à l’origine ne s’y prête peut-être guère. On ressort de l’expérience avec le sentiment d’avoir vécu un instant de magie malgré l’apparente simplicité de l’interprétation et de la mise en scène. À quatre-vingt treize ans, Jean-Paul Rappeneau prouve en tout cas qu’il en a encore sous la semelle. Superbe interprétation générale mais une mention spéciale pour Mathieu Amalric, Gilles Lellouche et Karin Viard. Ce qui ne doit bien entendu pas faire oublier le reste du casting. Petit bémol. On regrettera un final versant dans les retrouvailles à l’eau de rose. Une séquence Envisageable mais discutable dans son traitement...



dimanche 11 février 2018

Coexister de Fabrice Eboué (2017) - ★★★★★★★☆☆☆



Si vous survivez à la vague de gags qui submergent les vingts premières minutes de Coexister, vous êtes en bonne voie. Mais tout d'abord, quelques petits conseils : asthmatiques, veillez à vous munir de votre ventoline, quitte à prévoir une recharge supplémentaire. Quant aux cardiaques, inutile de préciser qu'une révision du moteur me semble plus qu'appropriée avant de vous lancer dans cette folle aventure qui, contrairement à ces quelques comédies faussement polémiques qui ont provoqué quelques dégâts collatéraux chez certains critiques, évite toute forme d'hypocrisie et de sous-entendus raciaux et religieux. Vingt minutes donc, et pour être plus précis, dix-neuf plus une poignée de seconde à tenter de reprendre une respiration normale. Des rires en cascade, s'enchaînant à une allure si vive que la sur-ventilation nous guette. Fabrice Eboué signe rien que moins que l'une (ou la) des comédies les plus efficaces de ce début d'année. Dans le genre, il relève le défit haut la main, dépassant de loin, et même de très loin les champions de la catégorie. Acteur, réalisateur et scénariste de son propre long-métrage Coexister (le troisième après Case Départ et Le Crocodile du Botswanga), l'humoriste y jette une idée toute bête mais qui, bizarrement, n'a pourtant jamais semblé traversé l'esprit de quiconque. EA notre époque, évoquer le rassemblement des trois principales communautés religieuses de France pouvait prêter à polémique. Et pourtant, si même cette pensée peut traverser l'esprit durant les premières minutes, elle s'efface au profit de l'humour d'un artiste qui ose parler de tout, sans langue de bois ni pincettes.

Fabrice Eboué débute l'écriture du scénario à partir de l'histoire véridique de Joseph Dinh Nguyen Nguyen, ancien séminariste et chanteur vietnamien du groupe Les Prêtres (aux côtés de Jean-Michel Bardet et Charles Troesch) ayant SEVÎT en France entre 2010 et 2014 (trois albums au total ), lequel abandonna sa vocation de religieux. Fabrice Eboué se questionne sur le choix de l'ancien prêtre puis attaque l'écriture de ce qui deviendra au cinéma Coexister. Soit, non plus la réunion de trois prêtres, mais d'un seul, aux côtés d'un imam et d'un rabbin. Je sais, ça a tout l'air d'une blague mais c'est bien de cette coexistence dont il est question ici. Tout la force du nouveau long-métrage réside sur plusieurs points : l'acteur-réalisateur évite tout manichéisme. Il ne s'érige également pas en grand ordonnateur d'une certaine morale et s'autorise même à rajouter quelques couches de douce provocation à un sujet qui, c'est certain, en fera dès le départ rugir certains. Dans le rôle de Nicolas Lejeune (directeur de la section musicale des entreprises Demanche, dont la présidente n'est autre que l'excellente (et ici, détestable) Mathilde Seigner), Fabrice Eboué est épaulé par un trio (et même un quatuor) d'interprètes totalement acquis à la cause d'un scénario dont l'idée, n'est pas si stupide qu'elle en a l'air.

Ramzy Bédia, Guillaume de Tonquédec et Jonathan Cohen, l'arabe, le français et le juif. Sans oublier l'excellente Audrey Lamy, dans le rôle de la blonde nymphomane. Fabrice Eboué, tout en passant en douce un message à l'attention des plus réfractaires à la fraternisation entre les peuples et les religions, injecte le même humour qu'on lui connaît sur scène. Pourtant, son film et ses personnages n'ont rien de la beauf-attitude que certains dialogues pourraient leur prêter. C'est là, toute l'intelligence de son écriture. Faire grincer les dents des moins ouverts d'esprit à dose si peu thérapeutique que l'on n'a pas vraiment le temps de réfléchir à telle ou telle réplique. Son quatuor d'interprètes fait des étincelles. L'amitié et la bonne humeur qui les lie sur le tournage sont véritablement communicatifs. L'humour, toujours l'humour. Si le message est clair, Fabrice Eboué s'attaque à certaines convenances sans jamais être choquant. Le sourire n'est jamais jaune, lorsque le réalisateur évoque par exemple le faux imam consommant de l'alcool et du saucisson à base de porc, le prêtre se laissant aller au plaisir de la chair, ou encore le rabbin « sniffant » de la cocaïne avant chaque entrée en scène.Il est fort à parier que Coexister demeurera comme l'une des quelques comédies de l'année dont on se souviendra encore longtemps. N'écoutez pas ce qui affirment que "Coexister" se montre timide dans sa critique du monde de la musique, et très insuffisant dans son approche des tensions religieuses, le propos n'est pas là. Regardez-le, tout simplement...

vendredi 9 mai 2014

Barbecue de Eric Lavaine (2014)



Alors qu'il effectue une course à pieds en compagnie de quelques amis, Antoine tombe à terre, foudroyé par un infarctus. Il se réveille à l’hôpital après une période de coma. A son chevet, Yves, Baptiste, Laurent, Olivia, Laure et Jean-Michel ses amis de trente ans. Antoine réalise qu'il s'emmerde dans la vie. Il ne fume pas, ne boit pas, fait du sport et pourtant, cela ne l'a pas empêché de faire un arrêt cardiaque. Il décide alors de changer son mode de vie. Il quitte d'abord l'entreprise familiale dans laquelle il travaille depuis des années. Il fume un peu. Boit beaucoup. Il jette tout ce qui le rattachait à son ancienne vie, une existence faites de privations. Son épouse Véronique veille au bien être d'Antoine et s'assure qu'il évite les excès. Mais Antoine n'en fait qu'à sa tête.

Alors que ses amis et lui se retrouvent pour deux semaines de vacances, Antoine vit avec détachement ce qui lui est arrivé. Au détriment de son entourage, il va s'employer à prendre tout ce qui vient de façon la plus zen possible. Malheureusement, ces changements vont engendrer des conflits qui auront des répercussions sur tout le monde...

Barbecue, la comédie signée Eric Lavaigne ressemble à la trilogie de Marc Esposito, Le Coeur Des Hommes. Bien que le film de Lavaigne leur soit inférieur, le film repose sur des dialogues un peu plus fin que ceux auxquels le cinéma comique français nous habitue généralement ces derniers temps. Beaucoup des situations proposées ici sont téléphonées, mais c'est bien grâce à l'interprétation des différents acteurs et actrices que le spectateur passe un excellent moment. Contrairement à ce que pense une certaines presse, le choix d'introduire des acteurs qui ont l'habitude d'interpréter des rôles dans des registres qui différent les uns des autres n'a rien de contradictoire avec une possible amitié de trente ans.

Ce qui semble avoir façonné cette amitié, c'est justement cette diversité dans les modes de vie et les comportements de chacun. Ces différences qui créent des failles dans lesquelles s'engouffre Antoine et qui finit par incommoder ceux qui l'entourent.

Alors bien sûr, des personnages comme ceux contés dans le film, on en a déjà vu à la pelle. Des situations similaires aussi. C'est peut-être ce qu'attend le public aussi. Dans la salle de cinéma, il suffit d'entendre les rires du public pour reconnaître que l'effet recherché est réussi.

Et pourquoi critiquer l'absence d'explication quand à la raison d'une telle amitié, aussi vieille soit-elle lorsque le sujet est ailleurs. Si Eric Lavaigne avait voulu écrire un film sur la nostalgie d'une vieille amitié entre quelques copains, il aurait saupoudré son film de quelques flash-back bien sentis.

Aucun thème n'est vraiment abouti, c'est vrai. Eric lavaigne introduit quelques ellipses qui permettent d'éviter certains écueils et ainsi éviter la rupture entre les scènes humoristiques qui, ainsi, se succèdent pour la plus grande joie du public. On appréciera le jeu des acteurs et surtout celui de Florence Foresti (qui peut se révéler parfois agaçante) et de Franck Dubosc qui évite, pour une fois, d'endosser le rôle d'un personnage un peu trop similaire à celui que l'on découvre généralement sur scène. Rien que pour découvrir ce dernier dans un rôle qu'il interprète de manière aussi juste, le film vaut le coup d'être découvert. Et puis, Barbecue remplie le rôle qui lui est confié : celui de faire rire petits et grands. C'est bien là tout ce qu'on lui demande...
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