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mardi 30 juin 2026

Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Un an après avoir tourné ensemble Maigret tend un piège, le réalisateur et scénariste Jean Delannoy et l'acteur Jean Gabin se retrouvent sur le tournage de Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre. Affecté à la police judiciaire du onzième arrondissement de Paris au 132, boulevard Richard-Lenoir, le Commissaire Divisionnaire Jules Maigret se rend cette fois-ci à Saint-Fiacre, dans l'Allier où il est né en 1987. L'occasion pour lui de retrouver bien des années après son départ pour la capitale française certains des habitants de ce petit village imaginaire qui n'a donc rien à voir avec ceux situés en Seine-et-Marne, en Loire-Atlantique ou dans les Côtes-d'Armor. C'est sur la demande de la comtesse de Saint-Fiacre interprétée par l'actrice Valentine Tessier qu'il se rend donc dans le village qui l'a vu grandir. En effet, la vieille dame qui connaît bien Jules pour l'avoir côtoyé durant son enfance a reçu une lettre anonyme qui annonce sa mort prochaine lors de la messe du Mercredi des Cendres. Chargé de sa sécurité, le Commissaire ne parvient cependant pas à éviter le drame et le jour annonçant la mort de la Comtesse, celle-ci est retrouvée morte à l'église tenue par l'abbé Jodet (Michel Vitold). Maigret fait la connaissance de son fils Maurice (Michel Auclair), de son secrétaire, le critique d'art Lucien Sabatier (Robert Hirch) et retrouve de vieilles connaissances, tel le docteur Bouchardon (Paul Frankeur) ainsi que le régisseur du château de la Comtesse, Gautier (Camille Guérini), son épouse Adèle (Hélène Tossy) et leur fils Émile (Serge Rousseau)... Très rapidement, le Commissaire remarque l'attitude plus qu’ambiguë de certains d'entre eux. Le fils de la Comtesse, grand amateur d'humour noir se révèle très dépensier et ne venait rendre visite à sa mère qu'à la seule occasion de lui soutirer de l'argent. Quant à Lucien Sabatier, il semble avoir participé à la vente d'un nombre incalculable de tableaux de grande valeur ayant appartenu à la vieille dame...


L'intrigue se déroulant dans un petit village et le Commissaire Maigret ayant fait seul le voyage jusqu'au lieu où se déroule l'action, les personnages qui orbitent généralement autour de lui son absents du récit. Ici, comme il le souligne d'ailleurs très rapidement, les intérêts financiers sont l'une des premières raisons qui poussent un individu à commettre un meurtre. Ce qui laisse entendre que ses deux premiers suspects en les personnes du fils et du secrétaire pourraient l'un comme l'autre avoir ''planifié'' la mort de la Comtesse qui, en outre, était atteinte de graves problèmes de cœur. Ce que savait son médecin, le docteur Bouchardon, lequel vient alors s'ajouter à la liste des suspects ! Au fil de l'intrigue l'on découvre que les hypothétiques responsables de la mort de la Comtesse qui pour l'instant passe pour une mort naturelle consécutive à une crise cardiaque sont plus nombreux qu'il n'y paraît. Changeant totalement d'atmosphère en comparaison des lugubres artères de la capitale filmées tel le quartier de Whitechapel dans Maigret tend un piège, Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre a pourtant été majoritairement tourné à Paris. Le village tel que le décrit à l'origine Georges Simenon dans son roman éponyme qu'adaptent donc ici Jean Delannoy, le scénariste et journaliste Rodolphe-Maurice Arlaud ainsi que le dialoguiste Michel Audiard (déjà présent à l'écriture des dialogues dans Maigret tend un piège) lui fut inspiré par celui de Paray-le-Frésil, lui-même situé dans l'Allier, à une courte distance de Moulins qu'il cite d'ailleurs à de nombreuses reprises puisque l'un des suspects, le critique d'art et secrétaire de la Comtesse Lucien Sabatier, affirme qu'il s'y trouvait au moment même où une fausse information envoyée au journal qui l'emploie désignait la mort du fils de la Comtesse...


Si à travers cet élément l'on comprend comment la vieille dame est morte, il reste encore à savoir comment elle a appris la fausse nouvelle et surtout, qui est l'auteur de la lettre anonyme et de l'information mensongère... Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre repose plus ou moins sur un concept semblable à celui instauré par la britannique Agatha Christie. D'un côté comme de l'autre de la Manche, l'anglaise et le français attachent une grande importance à la psychologie des personnages. C'est ainsi que dans Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre, une grande place est réservée à l'étude comportementale des principaux protagonistes. D'ailleurs, le Commissaire Maigret ira jusqu'à réunir un total de six suspects lors d'un dîner organiser au sein du château même de la Comtesse de Saint-Fiacre. Immense bâtisse à l'étage duquel repose toujours la dépouille de la victime et aux pieds de laquelle sera déposé l'un des éléments essentiels du récit. Autre piège ici tendu par Maigret afin de tromper le coupable et ainsi mettre à terme à cette difficile enquête policière. Comme précédemment avec Maigret tend un piège, Jean Delannoy fait appel à une importante partie de l'équipe technique employée lors du tournage un an en arrière. Concernant le casting, s'il diffère du précédent, actrices et acteurs ici présents s'avèrent tout aussi remarquable. En commissaire débonnaire mais inflexible, Jean Gabin est parfait. L'acteur reviendra une troisième et dernière fois sous les traits du Commissaire Maigret en 1963 dans Maigret voit rouge, cette fois-ci réalisé par Gilles Grangier...




 

lundi 29 juin 2026

Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les romans écrits par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le chien jaune, Pietr-le-Letton ou La nuit du carrefour datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret tend un piège. Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The Trap de Terence Williams, Sets A Trap de John Glenister et Maigret Sets a Trap dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le téléfilm La Trappola, adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret zet een val en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret. Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé Maigret tend un piège fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...


Mais retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le rouge est mis de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy, Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques rares interventions. Une présence à l'image plus physique qu'orale...


Nous sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode opératoire : des coups de couteau dans le corps et des vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes. Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre. C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté... Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend un piège est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du dix-neuvième siècle...

 

vendredi 26 juin 2026

Maigret et le mort amoureux de Pascal Bonitzer (2026) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Créé au tout début des années trente par l'écrivain français Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité d'origine française même si quelques productions internationales virent le jour entre la fin des années quarante et les années soixante avec la production franco-américaine L'homme de la Tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à Pigalle de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les enquêtes du Commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis, l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant, d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016 et 2017 endossa le costume du flic français dans une série britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus ''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret et le mort amoureux. Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies dont l'excellent Rien sur Robert en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire pour ce tout nouveau film du roman Maigret et les Vieillards qu'éditèrent les Presses de la Cité en 1960...


Un titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la quatrième après les téléfilms Voices From The Past de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et l'Ambassadeur de Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la Princesse de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes de la part de notre héros, la présence de téléphones portables signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des principaux atouts de Maigret et le mort amoureux est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte (Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et la présence sur grand écran de Maigret et le mort amoureux peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse tient en deux mots : dialogues et interprétation...

 

dimanche 19 juin 2022

Maigret de Patrice Leconte (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Alors que le Royaume-Unis et les États-Unis ont récemment ressuscité l’œuvre de la romancière Agatha Christie à travers deux Remakes/Adaptations des classiques Le Crime de l'Orient-Express en 2017 et Mort sur le Nil en 2022 tout deux signés du réalisateur britannique Kenneth Branagh, en France l'on a choisi de faire revivre celle de l'écrivain Georges Simenon. Le pantagruélique univers du Commissaire Maigret dont le tour de taille de son dernier représentant Gérard Depardieu est égal à la somme incroyable d'ouvrages littéraires et de fictions cinématographico-télévisuelles qui depuis presque un siècle nourri l'imaginaire des amateurs d'enquêtes policières à la française. Ici, pas de police scientifique vêtue de combinaisons intégrales blanches relevant poils, cheveux ou fluides corporels à des fins de recherche d'ADN. Nous sommes encore dans les années cinquante et il faudra attendre encore trois décennies avant que le laboratoire du chercheur britannique Alec Jeffreys qui en compagnie de son équipe travaillait sur la transmission héréditaire de certaines maladies génétiques ne découvre tout à fait par hasard, le concept d'empreinte génétique ! Oui, pantagruélique que la carrière de ce personnage de fiction qui naît timidement en 1929 à travers quatre romans avant de devenir le héros de plus de soixante-dix romans et d'une trentaine de nouvelles tous écrits de la main de Georges Simenon. Le premier des romans sort en mai 1931 sous le titre Pietr-le-Letton tandis que le dernier Maigret et Monsieur Charles sera édité pour la première fois en juillet 1972. Le plus célèbre des commissaires français de fiction fait alors ses adieux sur le papier tandis que sa carrière au cinéma et à la télévision a déjà à cette époque débuté il y a quarante ans en arrière avec La Nuit du carrefour de Jean Renoir en 1932. Interprété par Pierre Renoir qui n'est autre que le frère du réalisateur, il sera le premier interprète de Maigret. Suivront sur grand écran Abel Tarride, Harry Baur, Albert Préjean, Michel Simon, Maurice Manson mais aussi et surtout Jean Gabin qui à trois reprises acceptera de porter la célèbre gabardine du commissaire dans Maigret tend un piège et Maigret et l'Affaire Saint-Fiacre de Jean Delannoy en 1958-159 et Maigret voit rouge de Gilles Grangier en 1963...


L'hexagone coopérera également trois fois avec l'étranger afin de réaliser autant de projets. L'Homme de la tour Eiffel de Burgess Meredith en 1949, Maigret à Pigalle de Mario Landi en 1967 et Maigret fait mouche d'Alfred Weidenmann l'année suivante, les trois longs-métrages ayant été respectivement et principalement interprétés par Charles Laughton (acteur, mais également réalisateur de l'immense chef-d’œuvre La nuit du chasseur en 1955), l'italien Gino Cervi ainsi que l'allemand Heinz Rühmann, tous dans le rôle du commissaire... Concernant le petit écran, compiler la présence de Maigret à travers ses différentes apparitions semble être encore plus hasardeux puisque le personnage apparu dans des pays aussi étonnants que le Japon (Tôkyô Megure Keishi, en 1978), l'Union Soviétique (avec quatre téléfilms dont Megre i Chelovek na Skameyke en 1973) ou la Tchécoslovaquie (trois téléfilms dont Obavy komisare Maigreta en 1971). Mais chez nous, l'on se souviendra bien évidemment tout d'abord des brillantes incarnations de Jean Richard dans Les Enquêtes du commissaire Maigret entre 1967 et 1990 et du charismatique Bruno Cremer dans Maigret entre 1991 et 2005. Entre sa dernière apparition sur les écrans de cinéma sous les traits de l'allemand Heinz Rühmann en 1968 et son tout récent retour, il aura fallut patienter cinquante-quatre ans avant de retrouver le commissaire et sa célèbre pipe. Oui, plus d'un demi-siècle. Et pour fêter son retour sur grand écran quatre ans après que l'acteur britannique Rowan Atkinson ne l'ait incarné à quatre reprises sur le petit, il fallait un acteur de ''poids''. L'un des plus grands d'entre tous : Gérard Depardieu. Et à la mise en scène, le réalisateur aux vingt-neuf longs-métrages cinématographiques, Patrice Leconte. Sobrement intitulé Maigret, ce long-métrage de 2022 est l'adaptation du roman Maigret et la Jeune Morte qui fut publié pour la première fois en 1954 par Les presses de la cité et qui sera ensuite adapté à quatre reprises sur le petit écran entre 1959 et 1973 par les britanniques Gilchrist Calder et Campbell Logan, dans une version néerlandaise sous le titre Maigret en de blauwe avondjurk et en France par Claude Boissol avec Jean Richard dans l'une des plus célèbres incarnations du commissaire...


Vue l'austérité qui règne en général dans l'univers de ce flic débonnaire mais bienveillant, un climat qui notamment transpirait littéralement dans la série interprétée par Bruno Cremer, sous la houlette du réalisateur français, la capitale française n'a jamais parue aussi triste et belle. Cette beauté froide et hivernale, ces rues presque désertes traversées par quelques silhouettes dont le statut social ne se distingue jamais des autres à travers les tenues vestimentaires. Qu'elle soit de mœurs légères ou de la Haute, la femme ici reste toujours séduisante et distinguée. Les quais des bords de Seine donnent envie de s'y promener la main de son (ou sa) conjoint(e) enfermée dans la notre. Il demeure quelque chose de rassurant dans les décors de Loïc Chavanon ou la Photographie d'Yves Angelo. Pourtant, un meurtre a bien été commis. Mais par qui ? Et pourquoi ? Seule la seconde question semble vraiment intéresser le réalisateur qui aux côtés du scénariste Jérôme Tonnerre imprime à Maigret le même rythme que celui des versions télévisées. Se pose alors la question de la pertinence d'aller découvrir la chose sur grand écran alors même que le film, en comparaison des séries et téléfilms, n'a d'autre attrait que la seule présence de Gérard Depardieu à l'écran. Et encore, celui-ci s'économise tant qu'il faut parfois tendre l'oreille pour percevoir cette petite note d'humour qu'il assène aux trois quart du récit, faisant ainsi pour les connaisseurs, référence à la peinture à l'huile de René Magritte, ''La trahison des images''... Sous ses faux airs d'anachronisme, Maigret distille pourtant une aura fascinante et une émotion palpable transmises par le jeu tout en finesse mais parfois essoufflé de Gérard Depardieu. Revenu de tout, l'acteur en impose physiquement et dans ses silences, son personnage touché lui-même par la mort de cette gamine révèle une part d'ombre de sa propre existence. Notons qu'outre les quelques personnages féminins interprétés par Jade Labeste, Mélanie Bernier, Aurore Clément ou Clara Antoons apparaît à l'écran l'acteur André Wilms, fameux second rôle au nom si peu évoqué mais à la présence tant appréciée dans des dizaines de longs-métrages. Incarnant le personnage de Kaplan, l'acteur n'aura pas eu le temps de découvrir le film sur grand écran puisqu'il décédera le 9 février 2022, soit deux semaines exactement avant la sortie de Maigret dans les salles...

 

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