Créé au tout début des années trente par l'écrivain français
Georges Simenon, le commissaire Maigret est apparu dans nombre de
longs-métrages cinématographiques, à commencer par La Nuit
du carrefour
de Jean Renoir en 1932. En près de quatre-vingt dix ans, le
personnage apparaîtra dans une vingtaines de films, en majorité
d'origine française même si quelques productions internationales
virent le jour entre la fin des années quarante et les années
soixante avec la production franco-américaine L'homme
de la Tour Eiffel de
Burgess Meredith en 1949, franco-germano-italo-autrichienne Maigret
fait mouche d'Alfred
Weidenmann en 1966 ou franco-italienne Maigret à
Pigalle
de Mario Landi l'année suivante. Lister ensuite tout
ce qui fut produit et réalisé pour la télévision s'avère déjà
beaucoup plus problématique. Si dans notre pays le personnage est
d'abord connu à travers les incarnations de Jean Richard dans Les
enquêtes du Commissaire Maigret
entre 1967 et 1990 et de Bruno Cremer dans Maigret
à partir de 1991 et jusqu'en 2005, l'Angleterre, les États-Unis,
l'Italie, le Canada et plus étonnant encore, le Japon, les Pays-Bas
et l'Union Soviétique se sont emparés à leur tour du
personnage.... Concernant ses divers interprètes, si l'on s'en tient
aux acteurs français, le choix de certains d'entre eux respecta le
portrait physique du commissaire tel que décrit dans les différents
ouvrages de Georges Simenon. Un homme relativement impressionnant,
d'une stature imposante, de grande taille et aux épaules larges. Une
silhouette que l'on retrouvera notamment chez Bruno Cremer, Jean
Gabin ou encore chez Gérard Depardieu.... mais déjà beaucoup moins
chez l'acteur originaire de Newcastle Rowan Atkinson qui entre 2016
et 2017 endossa le costume du flic français dans une série
britannique créée par Stewart Harcourt ! Une physionomie plus
''chétive'' qu'à l'accoutumée et à laquelle semble se rapprocher
celle du tout nouvel interprète du personnage. En effet est sorti en
février dernier sur les écrans de cinéma la toute dernière
adaptation du Commissaire Maigret qui cette fois-ci est incarné par
l'acteur Denis Podalydès. Acteur, scénariste, écrivain et
sociétaire de la Comédie-Française, il campe désormais un
commissaire beaucoup moins impressionnant physiquement dans Maigret
et le mort amoureux.
Auteur de quelques longs-métrages étalés sur plusieurs décennies
dont l'excellent Rien sur Robert
en 1999, le réalisateur et scénariste Pascal Bonitzer s'inspire
pour ce tout nouveau film du roman Maigret
et les Vieillards qu'éditèrent
les Presses de la
Cité
en 1960...
Un
titre qui vaut pour les diverses rencontres du commissaire avec des
personnes âgées ! Alors que Jules Maigret y évoluait dans le
courant des années soixante, sa toute nouvelle adaptation (la
quatrième après les téléfilms Voices From The
Past
de de Gerard Glaister en 1962, Maigret et
l'Ambassadeur de
Stéphane Bertin en 1980 et Maigret et la
Princesse
de Laurent Heynemann en 2003) s'inscrit dans un contexte beaucoup
plus contemporain puisque malgré des habitudes parfois vieillottes
de la part de notre héros, la présence de téléphones portables
signifie bien que l'action se déroule dans le présent. L'un des
principaux atouts de Maigret et le mort amoureux
est l'excellence des interprètes. De la domestique Jacqueline
Larrieu (Anne Alvaro) dont l'employeur vient de mourir, à la
Princesse Isabelle de Vuynes (Dominique Reymond) dont l'époux est
lui-même décédé trois jours plus tôt, en passant par le
commissaire Janvier (Manuel Guillot), l'épouse de Maigret (Irène
Jacob), l'antiquaire Mazeron (Micha Lescot), son épouse Charlotte
(Julia Faure) ou encore le Procureur (Olivier Rabourdin), l'on a
droit à un casting cinq étoiles. Et puisque Denis Podalydès ne
peut évidemment pas compter sur son physique, sa verve à l'écran
annihile à peu près tout ce qui faisait jusqu'à maintenant
certaines des spécificités du personnage. Si la mise en scène et
la présence sur grand écran de Maigret et le
mort amoureux
peut paraître parfois aussi anachronique que celle du Maigret
que réalisa Patrice Leconte en 2022 avec Gérard Depardieu, les
dialogues valent bien ceux des meilleures comédies françaises même
s'il est bien évident que le thème ici ne prête jamais vraiment à
rire ou même simplement sourire. Avec son rythme lent propre aux
adaptations télévisuelles du personnage de Georges Simenon l'on
pourrait se demander quel put valoir l'intérêt de découvrir cette
nouvelle itération sur grand écran en février dernier. La réponse
tient en deux mots : dialogues et interprétation...

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