Parmi les romans écrits
par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma
et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le
chien jaune,
Pietr-le-Letton
ou La nuit du
carrefour
datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus
de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret
tend un piège.
Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant
le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version
cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être
adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The
Trap
de Terence Williams, Sets A Trap
de John Glenister et Maigret Sets a Trap
dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du
commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le
téléfilm La Trappola,
adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se
penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret
zet een val
en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob
Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy
en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret.
Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé
Maigret tend un piège
fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois
autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...
Mais
retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément
en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs
interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes
du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage
de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du
jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change
le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient
pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à
l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne
d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean
Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le
rouge est mis
de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits
rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails
grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans
d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons
ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino
Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un
personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy,
Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques
rares interventions. Une présence à l'image plus physique
qu'orale...
Nous
sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur
dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et
physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode
opératoire : des coups de couteau dans le corps et des
vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première
puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes.
Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le
Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre.
C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet
l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des
meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce
dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté...
Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses
fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège
est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un
interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le
véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable
à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive
parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans
conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien
n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un
récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en
séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et
relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman
qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend
un piège
est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack
l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le
caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur
en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du
dix-neuvième siècle...
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