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lundi 29 juin 2026

Maigret tend un piège de Jean Delannoy (1958) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Parmi les romans écrits par Georges Simenon, certains ont été davantage adaptés au cinéma et à la télévision que d'autres. On peut notamment citer Le chien jaune, Pietr-le-Letton ou La nuit du carrefour datant tous les trois de 1931 mais celui qui semble avoir eu le plus de succès auprès des cinéastes reste probablement Maigret tend un piège. Et pour cause : ce roman très proche du fait-divers entourant le cas irrésolu de Jack l’Éventreur a connu une première version cinématographique en 1958 réalisée par Jean Delannoy avant d'être adapté en Angleterre par trois fois en 1962, 1992 et 2016 avec The Trap de Terence Williams, Sets A Trap de John Glenister et Maigret Sets a Trap dans lequel l'acteur britannique Rowan Atkinson reprenait le rôle du commissaire Maigret... En Italie, Renato de Maria réalisa en 2004 le téléfilm La Trappola, adaptation transalpine du roman. Les Pays-Bas eux-mêmes se penchèrent dessus à travers cet autre téléfilm que fut Maigret zet een val en 1968 et dont l'auteur fut le réalisateur néerlandais Rob Geraerds. Quant à la France, outre le long-métrage de Jean Delannoy en 1958, le thème fut repris en 1996 au sein de la série Maigret. Placé en vingt-troisième position, l'épisode simplement intitulé Maigret tend un piège fut réalisé par Juraj Herz et tout comme lors des cinquante-trois autres, le rôle principal fut tenu par l'imposant Bruno Cremer...


Mais retour, donc, à la fin des années cinquante et plus précisément en 1958. Si le long-métrage incarné par Jean Gabin et par plusieurs interprètes parmi lesquels certains deviendront de grandes vedettes du cinéma ou de la télévision repose donc en effet sur l'ouvrage de Georges Simenon, la fidélité ne semble pas être à l'ordre du jour dans une adaptation qui fait fi de certaines identités, change le nom de certains quartiers, ajoute des personnages qui n'existaient pas à l'origine et va même jusqu'à ajouter une double activité à l'un des protagonistes les plus essentiels du récit en la personne d'Yvonne Maurin qu'interprète Annie Girardot et qui retrouve Jean Gabin après lui avoir déjà donné la réplique dans Le rouge est mis de Gilles Grangier en 1957. Après avoir interprété de petits rôles, la carrière de l'actrice est ainsi lancée sur des rails grâce au rôle ambigu de cette femme volage, épouse depuis six ans d'un homme qui au lit n'est jamais parvenu à la satisfaire... Notons ensuite parmi les stars du cinéma à venir, la présence de Lino Ventura qui dans le rôle de l'inspecteur Torrence interprète un personnage relativement secondaire auquel le script de Jean Delannoy, Michel Audiard et Rodolphe-Maurice Arlaud n'octroie que quelques rares interventions. Une présence à l'image plus physique qu'orale...


Nous sommes à Paris et depuis quelques mois, un individu sème la terreur dans la capitale en assassinant de jeunes femmes brunes et physiquement plutôt bien charpentées. Toujours le même mode opératoire : des coups de couteau dans le corps et des vêtements lacérés. Le sexe ne semble pas être la raison première puisque le légiste ne constate jamais aucun viol sur les victimes. Rapidement jugé de très orgueilleux, l'assassin prévient le Commissaire Maigret chaque fois qu'il vient de commettre un meurtre. C'est alors qu'intervient Louise (Jeanne Desailly), laquelle émet l'hypothèse selon laquelle le tueur prend de l'assurance au fil des meurtres. Ce qui donne à son mari l'idée de tendre un piège à ce dernier en faisant croire que le coupable vient d'être arrêté... Un concept pas inintéressant mais qui ne donnera pas vraiment ses fruits. Car l'intérêt de Maigret tend un piège est ailleurs. Dans la psychologie du meurtrier, décrite au fil d'un interrogatoire passionnant lors duquel Jules Maigret tend le véritable piège du titre. Celui qui mènera finalement le coupable à avouer indirectement ses meurtres. Cependant, et comme cela arrive parfois chez Georges Simenon et notamment chez celui qui demeure sans conteste le plus célèbre personnage créé par l'écrivain, rien n'est jamais aussi simple ni définitivement acquis... À travers un récit qui mêle amour, adultère, déviance sexuelle et crimes en séries, Jean Delannoy filme un Paris en noir et blanc, nocturne et relativement sombre. Tourné dans le Marais contrairement au roman qui situait l'action à Montmartre, Maigret tend un piège est donc bien une brillante variation sur le thème de Jack l’Éventreur. La scène d'action rappelant bien évidemment le caractère lugubre du quartier de Whitechapel où le célèbre tueur en série britannique commis cinq abominables crimes à la fin du dix-neuvième siècle...

 

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