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samedi 14 février 2026

Bad Lieutenant : Tokyo de Takashi Miike (202?)

 


 

Aussi insensé que cela ait pu paraître, le film culte d'Abel Ferrara Bad Lieutenant eut droit à une ''variation'' que certains évoquèrent soit comme une séquelle, soit comme un remake de l’œuvre originale. Et pourtant, de l'aveu même de son auteur, l'allemand Werner Herzog, The Bad Lieutenant: Port of Call New Orleans n'a officiellement rien à voir. Le cinéaste aurait même confié à l'époque n'avoir pas vu le long-métrage d'Abel Ferrara avant de mettre en scène le sien. Dont acte... Mais ce qui nous intéresse aujourd'hui est ce très excitant projet de relecture ''japonaise'' du concept de flic corrompu déplaçant désormais l'action au Pays du Soleil Levant. Celui de Takashi Miike, cinéaste génial mais aussi et sans doute un peu ''fou'', ultra-productif, et qui parmi ses œuvres les plus marquantes signa les cultissimes Visitor Q et Ichi the Killer au début du siècle. Alors que le projet semblait avoir été abandonné dans le courant des années 2000, Bad Lieutenant : Tokyo en serait en réalité dans sa phase de post-production. Ce qui, pour éclairer le profane en matière de création d'un film veut dire que le tournage est terminé et qu'il s'agit désormais de confier le montage, le mixage audio ainsi qu'une série d'opérations aux techniciens concernés... Couplé à la noirceur et au nihilisme d'Abel Ferrara, la violence et l'approche délirante inhérente à l'univers du japonais ont de quoi attiser la curiosité tandis qu'une version prétendument signée Werner Herzog avec Nicolas Cage en vedette avait eut de quoi inquiéter ! Long-métrage d'origine britannico-américano-japonaise, on sait d'ors et déjà que Bad Lieutenant : Tokyo réunira l'acteur japonais Shun Oguri, les britanniques Lily James et Harmeet Obhrai ainsi que la catcheuse américaine Gionna Daddio. Alors, doit-on s'inquiéter de voir débouler un jour en salle une nouvelle itération du classique d'Abel Ferrara trente-six ans après sa création ? S'il est difficile d'imaginer de quelconques interprètes capables de reproduire les intenses séquences tournées à l'époque autour de Harvey Keitel et Zoë Lund, connaissant le style totalement barge et décomplexé de Takashii Miike, il n'est pas impossible que Bad Lieutenant : Tokyo devienne au final aussi culte que l’œuvre originale. Patience...

 

jeudi 27 juin 2024

Lumberjack the Monster de Takashi Miike (2023) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

2023. Alors que le réalisateur Takashi Miike a déjà signé cette année là huit épisodes de la série Keibuho daimajin et huit autres pour Onimusha en partenariat avec Shinya Sugai, l'un des chiens fous du cinéma japonais revenait avec un seul long-métrage. Et lorsque l'on connaît la productivité du bonhomme, la chose peut paraître étonnante. Autre détail amusant, la sortie chez nous de Lumberjack the Monster directement sur la plate-forme de streaming Netflix. Fait assez rare pour être souligné, le film est considéré par certains comme un retour au cinéma extrême pour Takashi Miike mais si l'on regarde vraiment le contenu de ce thriller composé de quelques éléments de science-fiction, le cinéaste donne l'impression d'avoir cette fois-ci choisi de rouler sur une route de campagne tranquille plutôt que sur une autoroute bondées de véhicules filant à toute allure... Car si dans le fond, avec ses psychopathes dotés d'un implant dans le cerveau assassinés les uns après les autres par un mystérieux inconnu Lumberjack the Monster promet un spectacle comme seul ou presque le réalisateur japonais est capable d'en produire, au final l'on se retrouve devant une œuvre sinon plate, du moins beaucoup plus raisonnable que d'habitude. Quelques meurtres lors desquels des geysers de sang typiques du cinéma asiatique jaillissent, certes, mais ne font pas forcément un bon film. C'est d'autant plus dommage que le fond, toujours lui, illustre la volonté de mettre en scène des personnages plus profonds qu'ils n'y paraissent habituellement dans ce genre de faux délire gore. Comparé à l'outrancier Ichi the Killer, Lumberjack the Monster fait pâle figure mais intègre bien le concept de la chasse au tueur en série tout en accordant à une partie des personnages une psychologie très particulière liée à un passé traumatique. Car dans ce tout dernier long-métrage de Takashi Miike (qui depuis a signé en 2024 le court Midnight), l'acteur Kazuya Kamenashi incarne l'arriviste avocat Akira Ninomiya.


Tellement ambitieux d'ailleurs qu'il n'a pas hésité a jeter celui qui aurait dû être son futur beau-père du haut du toit de sa société afin de prendre sa place. Face à lui, la détective Ranko Toshiro (Nanao) enquête sur une série de meurtres perpétrés par un individu qui s'en prend exclusivement à d'anciens orphelins auxquels furent implantés il y a des décennies en arrière, des puces modifiant le comportement. C'est donc sur cette base reposant sur le roman Kaibutsu no Kikori de l'écrivain Mayusuke Kurai que Takashi Miike et son scénariste Hiroyoshi Koiwai développent une intrigue au départ relativement complexe de part la multiplication des personnages. Avec son gore festif, Lumberjack the Monster ne risque pas de choquer grand monde. Ce qui par compte peut s'avérer relativement étonnant est cette petite part accordée à l'émotion par son auteur car il faut bien l'avouer, au delà de son strict statut de thriller, le film s'inscrit également dans un cadre dramatique assez poignant. Takashi Miike semble donc s'être assagit avec ce tout nouveau long-métrage qui a d'abord parcouru les festivals du monde entier avant d'échouer sur Netflix. Un signe qui pour certains demeurera sans doute de mauvais aloi, laissant les autres sans doute indifférents aux quolibets, bien trop fans de l'artiste pour se laisser influencer par l'idée que ce seul support est un indicateur raisonnable quant à l'intérêt d'une œuvre qui y est rattachée. Foutaises. Car si Lumberjack the Monster paraît parfois plutôt pépère (surtout après que le hongkongais Soi Cheang ait définitivement assis sa suprématie en Asie dans le domaine du thriller avec son extraordinaire et insurpassable Limbo en 2021), ses deux heures passent à vive allure, Takashi Miike parvenant à rendre ses personnages attachants même si ceux-ci cultivent en général une attitude relativement mauvaise. Bref, pas le meilleur du réalisateur japonais mais pas le pire non plus, loin de là...

 

dimanche 2 mai 2021

Taiyō no kizu de Takashi Miike (2006) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Capable du meilleur comme du pire, le réalisateur japonais Takashi Miike revenait en grande forme en 2006 avec l'un de ses meilleurs longs-métrages intitulé Sun Scarred. Ici, pas de lycéens rebelles, de yakuzas ou de super-héros inspirés de mangas mais un salaryman (terme utilisé au Japon pour évoquer les employés d'une entreprise). Traduction anglaise du titre japonais Taiyō no kizu qui signifie chez nous Soleil cicatrisé, Sun Scarred est un drame poignant mettant donc un homme tout ce qu'il y a de plus commun face à une bande d'adolescents particulièrement violents qui s'en prennent un soir à un sans domicile fixe tandis que Katayama (le salaryman en question) rentre chez lui. C'est en voulant aider le vieil homme que l'employé de bureau va bouleverser sa vie ainsi que celle de ses proches. En effet, le chef de la bande, un certain Akira Kamiki (l'acteur Satochi Morimoto dont ce long-métrage est pour le moment le seul auquel il a participé), est bien décidé à se venger. Et pour ce faire, il kidnappe la fille de Katayama et la tue. Condamné à une peine de prison jugée insuffisante par le père de la gamine, Akira Kamiki est traqué par Katayama qui à son tour est bien décidé à se venger. Quant à son épouse, incapable de se remettre de la mort de leur fille, elle choisit de mettre fin à ses jours en se jetant du toit de leur l'immeuble...


Comme on le voit, le sujet de Sun Scarred s'avère particulièrement sinistre. Un thème qui s'inscrit d'ailleurs très nettement dans notre époque et qui surtout, se révèle être universel puisque dépassant largement les frontières du Japon. On disait le Orange Mécanique de Stanley Kubrick visionnaire, Sun Scarred est de ces longs-métrages qui trente-cinq ans plus tard le confirment. De l'ultra violence que s'injectent dans les veines les adolescents du monde entier profitant parfois d'une certaine impunité puisque comme le signifie l'un des plus jeunes antagonistes du récit lors d'une séquence particulièrement marquante, '' Si tu tues quelqu'un à l'âge treize ans, la loi ne peut pas te punir'' ! Une séquence qui fait véritablement froid dans le dos et qui montre combien certains sont prêts à passer le cap, simplement par plaisir sadique ou par absence totale de moralité. Takashi Miike oppose Katayama (qu'interprète l'acteur Show Aikawa) à toute une galerie de personnages dont des autorités contraintes de le prévenir qu'il pourrait avoir des problèmes si seulement il osait s'en prendre à celui qui tua sa petite fille. Démarrant sous des augures déjà peu joyeux, Sun Scarred s'enfonce de plus en plus dans une certaine noirceur, le réalisateur japonais badigeonnant son œuvre d'une pleine couche de violence contenue et de l'obsession d'un homme à se venger du bourreau de sa fille et par extension, de la mort de son épouse...


Si Takashi Miike ne titille jamais vraiment les sommets qu’atteignirent jusque là certains de ses longs-métrages (au hasard, Ichi the Killer, Audition ou Gozu), on est ici plus proche des meilleures tentatives de ce réalisateur très prolifique que des nanars qu'il produit parfois à la chaîne. Pour autant, Sun Scarred se révèle malheureusement parfois ennuyeux. La faute à une succession de séquences qui tournent parfois en boucle. Approchant les deux heures, celui que l'on peut considérer approximativement comme étant le soixante-dixième long-métrage de Takashii Miike aurait mérité d'être débarrassé de quelques séquences redondantes. Délayé dans une accumulations de scènes qui se répètent parfois ad nauseam, Sun Scarred met effectivement un peu trop de temps à se réveiller et nous offrir un final à la hauteur de la vengeance de son héros et des attentes du public. Mais ne boudons pas notre plaisir car le film fait partie de ces excellentes surprises que le cinéaste japonais est capable de parfois nous offrir...

 

samedi 1 mai 2021

Yōkai daisensō de Takashi Miike (2005) - ★★★★★☆☆☆☆☆




Yōkai daisensō de l’électron libre du cinéma japonais Takashi Miike est décidément un très étrange long-métrage. Quatrième volet tardif d'une saga de quatre films dont le premier éponyme fut réalisé en 1968 par le réalisateur Yoshiyuki Kuroda, le second Yôkai hyaku monogatari par Kimiyoshi Yasuda lui aussi en 1968, avant que Yoshiyuki Kuroda ne revienne dans cet univers l'année suivante avec un troisième épisode intitulé Tôkaidô obake dôchû. Réalisé trente-sept ans après l’œuvre originale, le long-métrage de l'auteur de plus de quatre-vingt films Takashi Miike est une œuvre étonnante à l'attention du jeune public même si bon nombre de séquences pourraient se révéler cauchemardesques pour les enfants les plus sensibles. Le film démarre par une vision particulièrement sinistre de notre planète puisque celle-ci semble avoir été entièrement dévastée. C'est donc quelques temps avant cet événement qu'intervient le jeune héros Tadashi Ino (l'acteur Ryûnosuke Kamiki), personnage central d'une aventure fantastique conviant comme le précise le titre, des créatures fantastiques parfaitement intégrées dans l'univers décrit ici. Du moins dans celui des jeunes interprètes, les adultes étant apparemment condamnés à ne pas être mis en relation avec cette galerie de monstres très particulière qui rappellera de loin, l'étrange faune du Cabal que l'écrivain et réalisateur britannique Clive Barker mis en scène seize ans auparavant...


Signifiant en japonais Société, le terme Yokai fait ici sans doute référence à celles qui s'opposent de part leurs différentes natures. L'homme, bien évidemment, ainsi que les Yokai, cette faune incroyablement bigarrée, fruit de la formidable imagination d'une poignée d'artistes évoluant dans le domaine des effets-spéciaux visuels et de maquillage... Mais également le diabolique Kato Yasunori (l'acteur Etsushi Toyokawa) et son armée constituée de créatures organométalliques. Le message ici est très clair. Il fait front face au gâchis et à l'absence de conscience des hommes concernant le traitement des déchets qui dans le cas présent prennent vie sous la forme de monstres mécaniques (et donc sous les ordres de Kato) et de créatures diverses qui elles vont se lier à notre jeune héros pour combattre le mal. C'est ainsi que l'on découvre notamment parmi ces dernières, un mur, un parapluie, une geisha au cou extensible et diverses créatures toutes dotées d'une existence propre. Un univers délirant qui rappellera le formidable travail du réalisateur Hitoshi Matsumoto, auteur entre autres des hallucinants Dai Nippon-jin en 2007 et Shinboru deux ans plus tard.


Bien entendu, avec Yōkai daisensō, Takashi Miike a beaucoup de mal à s'aligner sur la concurrence et son conte horrifique pour petits et grands ne décolle jamais vraiment malgré sa grande générosité en terme d'effets-spéciaux. On connaît le goût prononcé du réalisateur japonais pour les mangas auquel semble se référer parfois son long-métrage. C'est ainsi que parfois Yōkai daisensō transpire le kaiju eiga en y faisant référence lors d'apparitions de créatures gigantesques. Détail amusant : à plusieurs occasions le spectateur pourra apercevoir parmi les créatures proches de notre jeune héros désormais transformé en chevalier Kirin (y aurait-il un rapport avec le qilin, cette créature cosmogonique issue cette fois-ci de la mythologie chinoise?), une version alternative de ce qui deviendra l'année suivante le pale Man du chef-d’œuvre du réalisateur mexicain Guillermo Del Toro, El laberinto del fauno. Si Yōkai daisensō se regarde sans réel déplaisir, sa trop longue durée (presque deux heures) est rédhibitoire. Et même si la profusion d'effets-visuels et de maquillage tente de cacher le trop grand fouillis scénaristique, le long-métrage de Takashi Miike est souvent indigeste. Ce qui en soit n'étonne pas, le réalisateur étant capable de produire des œuvres tellement délirantes qu'elles en deviennent pesantes. Et pour celles et ceux qui ont gardé leur âme d'enfant et qui voudraient vivre une expérience sensiblement similaire mais nettement mieux maîtrisée d'un point de vue scénaristique, quoi de mieux que de redécouvrir The NeverEnding Story de Wolfgang Petersen ?


dimanche 15 mars 2020

Je n'aime pas les super-héros donc j'adore : Zebraman de Takashi Miike (2004) - ★★★★★★☆☆☆☆



Shin'ichi Ichikawa, petit instituteur sans envergure, discret, vivant dans une banlieue japonaise aux côtés d'une épouse adultère, une fille qui couche avec des hommes plus âgés qu'elle et un fils perpétuellement harcelé par ses petits camarades, cet homme insignifiant, méprisé et à l'existence monotone est cependant fan de Zebraman, le super-héros d'une vieille série télévisée japonaise. Tellement fasciné par ce personnage de fiction qu'il s'est lui-même fabriqué un costume à son effigie. Assez gauche et pas vraiment rassuré, Shin'ichi sort parfois la nuit afin de tester discrètement sa nouvelle tenue. Un jour, il fait la connaissance d'un nouvel élève qui comme lui se passionne pour Zebraman. Se déplaçant en chaise roulante depuis qu'il a vu son père se jeter du haut d'un immeuble, Shinpei (Naoki Yasukochi) accepte de devenir ami avec son instituteur. En ville, les choses se compliquent. Une étrange substance extraterrestre de couleur verte se propage et contamine certains habitants qui se comportent alors très violemment. L'un d'eux viole des femmes puis les tue. C'est lors de son nouveau méfait qu'il croise la route de Shin'ichi vêtu de son costume de Zebraman. Alors que les choses démarrent plutôt mal pour ce super-héros du dimanche, Shin'ichi se découvre des pouvoirs qui lui permettent de vaincre son ennemi. Dès lors, le petit instituteur se sent pousser des ailes et décide de venir en aide aux habitants en combattant contre le fléau vert qui s'abat sur la ville...

On aurait pu croire Zebraman et son super-héros sortis tout droit d'un quelconque manga japonais mais cependant, le scénario et le personnage ne semblent devoir leur existence qu'à l'imagination de l'acteur, scénariste et réalisateur japonais Kankurō Kudō. Le prolifique Takashi Miike signe ainsi un manga live qui, s'il n'est pas foncièrement relevé en terme de rythme (beaucoup de passages inutiles auraient pu être coupés et des séquences trop longues raccourcies), Zebraman est, au delà du message profondément humain qu'il tente de véhiculer, un hommage aux super-héros des séries télévisées japonaises des genres Sentai et Metal Hero parmi lesquelles les plus connues dans nos contrées demeurent Bioman et X-Or. C'est ainsi que le héros incarné à l'écran par l'acteur Shō Aikawa se fabrique lui-même son costume et se crée en arrière-plan, une nouvelle image. Une peau toute neuve de super-héros allant à l'encontre même de celle qu'il portait jusqu'à maintenant lourdement sur ses épaules. Car en trouvant le courage de s'attaquer aux vilains, Shō Aikawa se découvre une qualité qu'il ne faisait sans doute que couver jusqu'à maintenant : le courage.

Takashi Miike évoque également plusieurs faits de société. Comme le harcèlement à l'école, l'adultère, et ce besoin permanent de se créer des icônes délivrant le peuple des nombreux jougs qui polluent la société. Devant l'inefficience des autorités, il fallait bien un super-héros, quels que soient la crédibilité ou le ridicule de son costume, quels que soient ses pouvoirs ou les ennemis auxquels il aura à se frotter. Ici, on est loin, et même très loin des univers chers à Marvel ou DC. Takashii Miike nous convie davantage à un retour aux sources japonaises, ''fabriquant'' même de fausses séquences nostalgiques censées représenter le Zebraman d'origine à travers des documents audio-visuels abîmés par le temps. Si l'illusion fait mouche dans ces quelques exemples qui montrent une certaine fascination, sinon un véritable amour du cinéaste pour ces manga-live, le reste n'est cependant pas toujours du même niveau. Les effets-spéciaux sont comme à son habitude chez le cinéaste japonais, d'une crédibilité toute relative et leur conséquences plus amusantes (le mélange crustacés/humain reste intéressant) que réellement dramatiques. Volontairement ou pas, l’œuvre de Takashi Miike évoque quelques classiques de la science-fiction américaine avec en première ligne, le Ghostbusters de 1984 (l'ectoplasme de la séquence finale de Zebraman rappelle sensiblement le bibendum de celle du long-métrage d'Ivan Reitman) ou Men in Black de Barry Sonenfeld sorti en 1997. Reste que le film de Takashi Miike demeure dans sa maladresse et son évident manque de budget, une approche plutôt touchante même si le film aurait gagné d'être raccourci de quelques séquences...

mardi 4 décembre 2018

Sukiyaki uesutan Jango de Takashi Miike (2007) - ★★★★★★★★☆☆




Le western est un genre aussi vieux que le cinéma puisque quelques années près l'apparition du cinématographe, au tout début du vingtième siècle, plusieurs cinéastes se sont penchés dessus à travers des longs-métrages qui à l'époque étaient encore muets. Au beau milieu de ce même siècle, le genre connaît son apogée avec des acteurs tels que John Wayne et Gary Cooper, deux des plus grandes figues d'un western épique laissant une large place à l'Ouest Américain, profitant des superbes décors offerts par le site naturel Monument Valley situé à la frontière séparant l'Utah de l'Arizona. Le western ne pouvant définitivement demeurer lettre morte en Europe, c'est sans aucun doute en Italie qu'il faut se rendre afin d'y découvrir les fameux Westerns Spaghettis dont certains auteurs se nomment Giuseppe Colizzi, Ferdinando Baldi, Lucio Fulci, Sergio Corbucci, mais dont le plus célèbre demeure pour le grand public le cinéaste Sergio Leone qui avec des classiques tels que Le Bon, la Brute et le Truand, Pour une Poignée de Dollars ou encore Il Était une Fois dans l'Ouest a véritablement donné ses lettres de noblesses à cette excroissance transalpine. L'Espagne elle aussi s'y attélera jusqu'à récemment, le cinéaste Alex de la Iglesia avec son film-hommage au genre, 800 Balas réalisé en 2002. Aux États-Unis, l'acteur américain rentre avec dans ses valises l'expérience acquise auprès de Sergio Leone, puis interprète pour d'autres cinéastes américains et réalise lui-même quelques classiques du genre spaghettis dont l'extraordinaire L'Homme des Hautes Plaines en 1973, que certains considèrent comme faisant partie d'un autre sous-groupe du western, dit, le Western Crépusculaire, au même titre que Pendez-les Haut et Court de Ted Post, La Horde Sauvage de Sam Penckinpah, ou Impitoyable que réalisa une fois encore Clint Eastwood en 1992 et qui signa le retour flamboyant du western « tout court » sur grand écran. On connaît la suite...

Sans doute moins connus du grand public, l'Union Soviétique fut à l'origine du sous-genre Ostern, ou Western Rouge avec notamment Jo Limonade du tchécoslovaque Oldrich Lipsky en 1964, Le Soleil blanc du désert du soviétique et biélorusse Vladimir Yakovlevitch Motyl, ou encore L'Homme du boulevard des Capucines de l'ukrainienne Alla Sourikova en 1987, ainsi que le Japon, auquel le genre demeure assez peu rattaché puisqu'en dehors de quelques co-productions (américano-germano-japonaise avec Dead Man de Jim Jarmusch et américano-japonaise avec Mort ou Vif de Sam Raimi, tous les deux sortis la même année en 1995), et ce malgré quelques brillantes sources d'inspiration ayant elles-mêmes élevé le genre outre-Atlantique (Les Sept Mercenaires de John Sturges ayant été grandement inspiré par Les Sept Samouraïs d'Akira Kurosawa et Pour une Poignée de Dollars de Sergio Leone l'ayant été par Le Garde du Corps, lui-même également réalisé par ce même cinéaste japonais), eouvres japonaises étant davantage ancrées dans la mythologie des Samouraïs.

Un oubli que tentera d'effacer le cinéaste japonais multi-facettes Takashi Miike en 2007 avec, si je ne me trompe pas (mais n'hésitez pas à me le faire savoir dans le cas contraire), le seul véritable exemple de Western Takoyakis (terme inventé par mes soins, veuillez m'en excuser). Forcément meilleur film dans sa catégorie puisque unique représentant, Sukiyaki uesutan Jango. pourra selon l'humeur du spectateur, être également considéré comme le moins bon. Logique ! S'il demeure une certitude qu'il sera peu aisé de défaire, c'est l'hommage rendu de la part de Takashi Miike, auteur de plus d'une centaine de longs-métrage en trente ans, au western... spaghetti. Celui-ci, et aucun autre. Surtout pas celui de Cooper, de Wayne ou de Ford. L'entame, d'ailleurs, permet de s'en rendre compte très rapidement avec son décor de carton-pâte théâtrale signifiant ses origines asiatiques (Un soleil couchant énorme figurant aux côtés du Mont Fuji). Mais que les réfractaires au théâtre Nô se rassurent dès à présent. Après un préambule mettant en scène un Quentin Tarantino sous forme d'hommage plus que de véritable personnage à part entière, les choses sérieuses commencent dans un décor réel d'une beauté crasse qui siéra forcément aux amateurs de westerns spaghettis en général, et au classique de Sergio Leone Pour une Poignée de Dollars en particulier. Takashi Miike transpose deux de ses domaines de prédilection (Yakuza-eiga et Chanbara) et surtout, permet à sa nation la réappropriation d'une idée originale datant de 1954 et œuvre des scénaristes Akira Kurosawa, Shinobu Hashimoto et Hideo Oguni.

Car effectivement, Sukiyaki uesutan Jango n'est rien moins que le remake, du remake des Sept Samouraïs d'Akira Kurosawa. Le cinéaste japonais y réinvente le sous-genre à la sauce teriyaki. Quoique le côté sucré de la chose ait été remplacé par le goût cuivré du sang. Celui que versent des dizaines de figurants, les uns à la solde des blancs (Genjis), les autres à celle des rouges (heike). Deux clans rivaux s'opposant depuis des années, le premier à la tête duquel trône Yoshitsune (l'acteur Yusuke Iseya), le second durement dirigé par Kiyomori (Koichi Sato). Au milieu des deux, un pistolero sans nom (incarné par Hideaki Ito quarante-trois ans après Clint Eastwood), la légendaire pistolero « Bloody Ruriko Benten », et un gamin rendu muet après la tragique disparition de son père. Western oblige, Takashi Miike demande à ses personnages de remiser leur sabre au second plan, les préférant voir faire parler la poudre. Si le spectacle est très souvent jouissif, on regrette qu'il n'ait pas davantage soutenu cet aspect exotique, surtout que lors des rarissimes démonstration du savoir-faire de certains interprètes en matière de maniement d'arme blanche, l'aspect cérémonieux de la chose pousse l'envie d'en contempler davantage.

Takashi Miike opte pour une western spaghetti relativement violent même si on l'a connu plus radical encore. Comme à son habitude, il oppose des individus solitaires ou des regroupements très restreints face à des hordes de soldats dirigés par des personnages hyper-charismatiques. Gros grain, couleurs délavées, village de far west déserté par la plupart de ses villageois, shérif poltron, décor terminant sous un épais manteau de neige, et duel final... Takashi Miike remet les choses dans leur contexte et produit avec Sukiyaki uesutan Jango, l'un des meilleurs westerns de ces trente ou quarante dernières années. On rêve de l'y voir refaire un tour dans les années à venir...

lundi 3 décembre 2018

Gokudō Daisensō de Takashi Miike (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Alors qu'en 2015, année de sortie de Gokudō Daisensō (Yakuza Apocalypse), se profilait pas très loin de là la production du 100ème long-métrage du cinéaste japonais hyper-prolifique Takashii Miike, Blade of the Immortal, il était temps de réinvestir l'univers trop souvent ignoré de l'un des réalisateurs asiatiques les plus incroyables de l'histoire du cinéma tous territoires confondus. Et lorsque je dis ignoré, je veux bien entendu dire en ces pages, celles de Cinémart qui se sont arrêtéés sur trois de ses œuvres parmi les plus folles. Koroshiya 1 et Bijita Q dans un double-article en 2012, et Tera Fômâzu l'année dernière. Lorsque l'on tourne à la vitesse d'un cheval au galop, on prend forcément le risque de produire autant de bons films que de nanars, et malheureusement, Takashi Miike ne déroge pas à cette règle immuable. Avec Yakuza Apocalypse, le japonais se situe juste à la limite entre les deux. Pas un navet, mais pas le meilleur de ce que ses fans sont en droit d'attendre de la part d'un cinéaste qui une fois encore brasse une légion de genres pour un résultat iconoclaste.
Véritable festival regroupant tout ce dont est capable Takashi Miike, pour le meilleur et pour (dans une moindre mesure) le pire, Gokudō Daisensō aborde l'une des thématiques préférées de l'auteur Crow Zero, Sabu ou encore MDP Psycho. Son personnage principal, au même titre que bon nombre de second rôles est un yakuza, qui comme son nom ne l'indique pas forcément au premier abord pour les occidentaux que nous sommes, signifie qu'il est un membre d'une organisation criminelle s'apparentant à la Mafia japonaise. Fasciné par son maître et plus puissant yakuza de Tokyo (lequel est tout d'abord décrit comme le bienfaiteur d'un quartier pauvre de la ville), Genyo Kamiura (incarné à l'écran par Lily Franky), Akira Ichihara est l'un de ses plus fidèles lieutenants. Lorsque Genyo Kamiura est abattu par des membres du Syndicat du Crime qui voulait que ce dernier les rejoigne, Akira est mordu par son maître juste avant que celui-ci ne meure. Genyo Kamiura était non seulement le plus respecté des yakuzas, mais il était surtout un vampire qui se nourrissait du sang de certains des habitants du quartier. Trahi par les siens, Genyo Kamiura transmet donc son pouvoir à Akira qui ne cherche alors plus qu'à venger sons maître...

Et alors là, attention : on ne sait trop ce qui est passé par la tête du cinéaste ou quel stupéfiant il a pu absorber pour nous pondre un film aussi fou, mais Takashi Miike y mêle thriller, action épouvante, fantastique, horreur, comédie et même Kaijū. Face au héros, une armada d'ennemis constituée de personnages parfois improbables. Tel des villageois attendant leur mort, faisant don de leur sang à un Genyo Kamiura pas encore mort mais précédant cet acte en pratiquant le tricot dans un sous-sol où ils sont enfermés. Tel aussi ce Kaijū prenant la forme d'une peluche de grenouille, dont Takashi Miike ose affirmer qu'elle est la plus puissante ayant jamais existé. Tel cet hybride, croisement d'un homme et d'un canard dont personne ne parvient à soutenir la mauvaise haleine. Tel, encore, ce croque-mort du Syndicat du Crime portant sur son dos un minuscule cercueil enfermant un fusil-électrique ou celui qui l'accompagne généralement, un maître es combat d'une brutalité hors-norme, incarné ici par l'une des stars du cinéma indonésien, Yahan Ruhian notamment vu dans The Raid et sa suite.

Bien qu'étant parfois mou du genou avec de très graves baisses de régime, Gokudō Daisensō ne peut que réjouir les fans du cinéaste japonais et en rameuter, pourquoi pas, de nouveaux parmi ses aficionados. Takashi Miike ne faisant rien comme les autres, il nous propose en outre un final en queue de poisson précédé d'un duel très largement en dessous de celui auquel nous aurions aimé assisté. Un jeu de baffes que l'on aurait préféré être au moins à la hauteur d'un combat opposant plus tôt le héros Akira au personnage de Mad Dog, Kyoken. Une œuvre en demi-teinte mais pourtant fidèle à l'univers de son géniteur...

jeudi 29 novembre 2018

Mugen no Jûnin de takashi Miike (2017) - ★★★★★★★★☆☆




A l'origine, le manga L'Habitant de l'Infini créé par l'auteur de bandes-dessinées japonaises, Hiroaki Samura. Au final, une épopée cinématographique de deux heures trente environs réalisée par l'un des cinéastes asiatiques les plus prolifiques. Parmi les plus déjantés également, penseront sans doute ceux qui découvriront l’œuvre de Takashi Miike par l'entremise de quelques-uns de ses films les plus fous. En moins de trente ans, ce cinéaste de génie, capable du meilleur comme du pire aura signé plus de cent longs-métrages, ses fans espérant très certainement qu'il en signera autant durant les trois décennies à venir. Mugen no Jûnin marque la centième réalisation du japonais et montre avec une certaine classe, que l'auteur de Bijitā Q et de Koroshiya 1 est parfois capable d'une délicatesse infinie. Sans doute moins nerveux et moins décalé qu'un Gokudô Daisensô sous perfusion de Kaiju eiga, de Yakuza eiga et de vampirisme, Mugen no Jûnin est une œuvre profonde à laquelle Takashi Miike injecte une forte dose de lyrisme, lequel transpire à travers quelques plans-séquences d'une effarante beauté. Ainsi donc, grâce aux visions d'un cinéaste capable de donner vie à des estampes japonaises, aidé par la sublime photographie de Nobuyasu Kita, Mugen no Jûnin revêt les qualités que tout amateur d’œuvre picturale recherche une fois installé devant un tableau de maître. Sauf qu'ici, Takashi Miike parfait le principe avec une précision infinie et bouleverse par sa maîtrise du cadre et de la mise en scène.

Impossible d'oublier en effet cette séquence filmée en travelling latéral opposant Manji (Takuya Kimura) et Rin Asano (Hana Sugisaki), dans un décor à la colorimétrie atténuée, vaste étendue naturelle composée d'arbres orphelins lointainement plongés sous une brume n'en laissant deviner qu'une vague silhouette. Et puis, ce mouvement de va et vient entre les deux protagonistes évoluant dans un monde de silence concentrant l'attention du spectateur sur ces images d'une beauté à peine concevable. Travail d'orfèvre pour une œuvre qui souffre malheureusement parfois de grosses baisses de régime enracinées entre deux duels magnifiquement orchestrés. De l'esprit et de la matière dont est peut-être fait l’œuvre originale (dont j'ignore malencontreusement le contenu), Mugen no Jûnin applique le principe du combat un contre un, ou bien, sans demi-mesure, de celui du un contre mille.

La mystique qui entoure chaque duel opposant Manji l'immortel et ces boss à la solde de l'ennemi juré de Rin Asano, l'ambitieux Anotsu Kagehisa incarné par l'androgyne et charismatique Sôta Fukushi, rappelle vaguement, mais avec la même force, celle qui entourait déjà l'oeuvre toute entière du chilien Alejandro Jodorowsky. Fidèle au cinéaste, le compositeur japonais Kōji Endō accorde formidablement son œuvre aux mouvements éthérés de la caméra. Le caractère parfois léthargique de certaines séquences fera sans doute passer Mugen no Jûnin pour un pensum relativement ennuyeux (surtout au regard de certaines œuvres de son auteur) tandis que les grandes batailles opposant nos héros à des centaines de guerriers samouraïs relèvent du divertissement absolu. Des séquences qui donnent le tournis. De part l'incroyable maîtrise de Takashi Miike en terme de mise en scène et de placement des figurants, mais également en terme de spectacle qui dans la durée, frise la même agonie que celle de ses personnages. Mugen no Jûnin est une œuvre dantesque. Un long-métrage que l'on rapprochera du cultissime Kozure Ōkami: Sanzu no Kawa no Ubaguruma que le cinéaste Kenji Misuma réalisa quarante-cinq ans plus tôt ou de l'immense saga constituée de vingt-six longs-métrages Zatōichi, là encore, créée à l'origine par ce même Kenji Misuma. Tiens, justement, une saga dont Takashii Miike proposa une alternative théâtrale en 2007.

Comme très souvent chez Takashii Miike, Mugen no Jûnin confronte un héros solitaire (ici, immortel et accompagné d'une jeune fille dont le père a été assassiné) à des hordes d'ennemis. Si le cinéaste propose une succession de tableaux vivants de toute beauté, il n'en oublie cependant pas d'y injecter une forte dose de sang. En tout cas, l'un des meilleurs films de Takashi Miike qui fêtait là avec brio, sa centième réalisation...

lundi 8 janvier 2018

Terraformars de Takashi Miike (2017) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



Le très prolifique japonais Takashi Miike revenait en 2016 avec l'adaptation au cinéma du seinen manga Terafōmāzu du scénariste Yū Sasuga et du dessinateur Kenichi Tachibana. Terraformars est donc l'un des innombrables longs-métrages de ce cinéaste capable de réaliser le meilleur comme le pire. Fécond puisqu'en vingt-cinq ans de carrière environs, il a réalisé plus de cent films dont certains sont devenus cultes. On pense notamment aux très trash Ichi The Killer et Visitor Q, ou a ses sagas Dead or Alive et Crow Zero.Alors qu'un relent d'amateurisme transpire d'une bonne partie de son œuvre, le cinéaste est parfois capable d'une belle maîtrise esthétique, même lorsque celle-ci s'inscrit dans le domaine de l'horreur avec, par exemple, son esthétisant et traumatisant Audition. Concernant Terraformars, la donne demeure pourtant en total décalage avec ce dernier. Comme son nom le laisse entendre, ce film de science-fiction qui dans l'esprit rappelle forcément les mangas japonais, fait d'un point de vue visuel, l'effet d'un véritable choc traumatique. Et pas dans le bon sens du terme, car Terraformars demeure une torture permanente pour la fragile rétine des spectateurs nourris aux blockbusters.
Si l'on a l'habitude de pardonner à Takashi Miike certaines de ses errances scénaristiques, qui font heureusement le bonheur de certains spectateurs, et ce, grâce à des intrigues souvent totalement biscornues (voir les films cités plus haut), on aura beaucoup plus de mal à excuser la bouillie de pixel qu'est Terraformars.

Une indigence que ne parvient malheureusement pas à contrebalancer une intrigue, au demeurant intéressante, mais qui entre les mains de ce touche à tout de takashi Miike réserve bien plus de mauvaises surprises que de bonnes. Soyons clairs, Terraformars est un nanar. Un long-métrage de science-fiction proprement ringard. De sa conception à l'interprétation des acteurs majoritairement masculins ( seinen manga oblige), le film est un ratage complet qui n'assouvira les fantasmes que des amateurs de séries Z purs et durs à la recherche de la perle à côté de laquelle ils sont passés.

Entre l'interprétation donc, le scénario, et les effets-spéciaux, l'éventail d'atrocités est tellement large que l'on pourrait y plonger une main à l'aveuglette tout en demeurant certain de pouvoir en extraire plusieurs exemples :
Passionné de mangas, Takashii Miike nous offre quelques portraits de personnages fort absurdes mais logiques lorsque l'on connaît le goût du bonhomme en la matière. L'un des dirigeants de la mission BUG 2 n'est-il pas, à ce propos, attiré par les tenues vestimentaires féminines ? Quant aux autres interprètes, ne comptez pas sur eux pour donner un coup de fouet à des dialogues qui appesantissement l'intrigue. Chacun échange avec son congénère sur un ton et un rythme qui finissent de décourager les plus résistants. Le scénario, lui, s'il peut être envisagé en tant qu'anime ou manga, a bien du mal à faire son chemin sur grand écran. Ultra répétitif, on espère atteindre sans s'endormir les portes du vaisseau donnant sur la planète Mars sur la surface de laquelle vont s'enchaîner moult combats. Formé d'un groupe de repris de justice envoyés sur Mars afin d'éradiquer la présence de cafards envoyés cinq-cent ans auparavant afin de terraformer la planète rouge, ces hommes (et les quelques femmes très vite dézinguées) vont devoir faire face en réalité à des Blattodea qui en un demi-millénaire ont muté pour devenir d'énormes créatures humanoïdes.

Et c'est là qu'interviennent les effets-spéciaux numériques. La bouillie numérique évoquée plus haut. La planète Mars n'a jamais parue aussi laide et irréaliste. Et pourtant, la vision qu'en aura le spectateur ne sera rien en regard des créatures que combattront les membres de la mission. Leur apparence est en tout point ridicule. De gros organismes humanoïdes aux muscles sur gonflés au sommet desquels des têtes d'insectes aux yeux globuleux généreront involontairement des rires étouffés. Concernant leur animation, le travail accompli est d'une pauvreté désarmante et n'est même pas digne des modèles en trois dimensions que l'on pu découvrir à l'époque des premiers jeux vidéos en 3D. Face aux cafards mutants, des repris de justice auxquels sont injectées différentes substances permettant de modifier génétiquement leur organisme et de leur conférer les pouvoirs de différents insectes terrestres. Si Takashi Miike s'est visiblement amusé à mettre en scène un spectacle de débauche où même la couleur de l'hémoglobine n'est pas respectée, le spectateur risque de finir sur les genoux face à tant de déception. Terraformars est une véritable purge. A éviter.

vendredi 6 juillet 2012

Takashi Miike en deux films Koroshiya 1 (2001) et Bijitā Q (2001)


Ichi The Killer:


"Koroshiya 1" du timbré mais génial Takashi Miike est pratiquement impossible à résumer ou presque. Partant d'une trame finalement assez classique il offre une vision du cinéma japonais totalement contraire de ce à quoi nous étions habitués jusqu'alors. Une histoire de Yakuza comme il en existe tant dans le cinéma asiatique mais traitée comme un manga live (le sujet s'inspire d'ailleurs d'une bande dessinée très populaire au Japon). Un chef de gang, Boss Anjo, disparaît ainsi qu'une très grosse somme d'argent et alors que ses hommes, menés par Kakihara se mettent à sa recherche, persuadés que le coup a été monté par un gang ennemi, ils comprennent vite que tout a été manigancé par un tueur professionnel nommé Ichi.

Classique donc en ce qui concerne le scénario, son traitement, lui, est résolument original. L'énergie déployée par le cinéaste empêche l'ennui de s' installer dès les premiers instants du film . Il faut dire que la force des images le dispute à la folie du personnage campé par Tadanobu Asano (Kakihara) qui à chacune de ses apparitions promet un déluge de violence et de perversion. Avec son visage balafré, ses cheveux blond platine et la folie permanente qu'il exprime à travers des jeux toujours plus dangereux (auto-mutilations, tortures, etc...) il personnifie à lui seul la vision que semble avoir le cinéaste d'un Japon moderne et décadent.
Autre personnage pittoresque, le fameux Ichi (le tueur du titre). D'abord petit homme insignifiant et témoin des maltraitances subies par une jeune prostituée, il se transforme la nuit en tueur grotesque mais efficace et va un soir, tel un super héros de manga, sauver la jeune femme avant de malencontreusement la tuer d'un coup de "botte secrète" poussant encore plus loin son image de défenseur de la veuve et de l'orphelin totalement à coté de la plaque.
Ichi et Kakihara finiront pas se rencontrer dans une joute à mort qui ne sera pas sans rappeler certains duels au pistolet vus dans de nombreux western, chacun usant de son arme de prédilection. Lame affûtée camouflée à l'intérieur de la semelle du pied gauche pour le premier, aiguilles effilées pour le second.

Takashi Miike filme tout cela avec une joie communicative passant ainsi de l'humour à l'horreur et tout ceci de façon pourtant très homogène. Quelques scènes languissantes tempèrent parfois l'énergie débordante du cinéaste sans doute parfois trop exubérant. Même si Miike n'a rien à voir avec le Jodorowski de la période El Topo les délires visuels se succèdent souvent à un rythme d'enfer, ce qui donnera sans doute le tournis aux non avertis. Et même peut-être la nausée à beaucoup qui ne verront dans cette pellicule qu'une succession d'atrocités sans queue ni tête et parfaitement indigestes. Pourtant, avouons-le, Miike, avec son style particulier qui fait indéniablement penser à un travail amateur, possède l'aura des plus grands pourvoyeurs d'étrangetés cinématographiques et peut être déjà considéré comme un cinéaste culte.



Visitor Q:


Avec "Bijitā Q", Takashi Miike nous offre sa vision toute personnelle de l'amour, qu'il soit familial, sentimental ou encore physique. Un film qui provoquera sans aucun doute possible l'enthousiasme des anticonformistes de tous poils comme le rejet prévisible et définitif des biens pensants. Film tourné seulement deux ans après "Audition", autre film braque dans lequel un homme dont la femme vient de décéder assiste au casting qui lui permettra de trouver celle qui remplacera sa bien aimée disparue et qui tombera entre les griffes d'une jolie jeune femme aux penchants S.M particulièrement hard et la même année que "Koroshiya 1", film de Yakuzis totalement absurde et déjanté , "Bijitā Q" n'est pas le film de commande qu'il semble être ni une production à petit budget qu'une vidéo numérique tournée à l'épaule pousse à ranger aux cotés d'innombrables navets tournés avec deux francs six sous. Il est difficile de croire pourtant que le film reflète de manière réaliste la vie d'une famille japonaise moyenne tant la caricature semble grossière et parfaitement fantaisiste. 

La famille Yamazaki, (dé)composée du père, de la mère et de leurs deux enfants vit dans une de ces nombreuses maisons traditionnelles japonaises qui font l'un des charmes du pays. Dès le départ on constate un goût démesuré chez le réalisateur pour les situations les plus abracadabrantes et subversives lorsque par exemple il fait de la jeune Miki Yamazaki une prostituée des bas quartiers qui contre une certaine somme d'argent accepte d'avoir son père comme client. Un père que l'on déteste donc très vite puisqu'il semble n'avoir pour sa famille qu'un profond mépris puisqu'afin de tourner LE reportage qui lui permettra de lancer sa carrière de journaliste, il n'hésite pas un instant à filmer les maltraitances dont est victime son fils auprès de ses camarades de classe sans jamais lui venir en aide. Un fils qui semble prendre un malin plaisir à reporter toute sa haine sur sa mère puisqu'il la bat régulièrement. A l'image du père, le fils est parfaitement détestable dans son comportement même si sa condition de souffre-douleur essaie tant bien que mal de nous faire avaler la pilule.
La mère elle, tout comme sa fille, se prostitue afin de se pourvoir en came. Elle est, dans cette famille atypique, la seule à avoir un semblant d'âme et d'ailleurs, plus loin dans le film, au contact du fameux Bijitā Q dont finalement nous n'apprendront rien mais qui fera le ménage en grand dans la famille Yamazaki, elle finira par nous émouvoir........de façon relative malgré tout.

"Bijitā Q" qui déjà semblait aller très (trop?) loin dans le trash et la provocation mettra un coup d'accélérateur dans l'existence de nos personnages voyant le spectateur halluciner à chaque plan devant un tel étalage d'horreurs. La mère se découvrira une passion démesurée pour le lait maternelle, le sien,et, debout au beau milieu de la cuisine et vêtue de sacs poubelle, elle pressera ses "mamelles" pour en extraire le divin breuvage et finira presque noyée sous des litres et des litres de fluide lacté. Le père lui, finira par devenir fou et, toujours à la recherche du scoop, il tuera par accident son ancienne maîtresse croisée par hasard sur une route puis emportera son cadavre chez lui afin de pratiquer dessus de bien inavouables méfaits. Et des délires tels que ceux-ci, le film en possède à la pelle. On ne pourra pas reprocher à Takashi Miike de manquer d'imagination mais sans doute d'être franchement graveleux lorsqu'il aborde des sujets aussi divers que la nécrophilie ou l'inceste...

Nouveau roi du trash asiatique et même mondial, Takashi Miike avec des films tels que "Bijitā Q" ou encore "Koroshiya 1" donne un sacré coup de vieux aux spécialistes du genre, John Waters en tête.
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