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lundi 22 mai 2023

Itoka, le monstre des galaxies (Uchu Daikaijû Girara) de Kazui Nihonmatsu (1967) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 


Le nom de la Toho revient comme un leitmotiv chaque fois qu'un Kaiju Eiga est concerné. Et pourtant, elle n'est pas le seul studio de cinéma japonais à avoir profité du lucratif thème des monstres géants typiques du Pays du Soleil Levant puisque d'autres comme la Shōchiku tentèrent à leur tour de se lancer dans le genre. Mais ça n'est pas parce que l'on est motivé et que les idées éclosent et se bousculent dans le cerveau de certains opportunistes que cela est synonyme de succès et de réussite comme nous l'aura notamment démontré Itoka, le monstre des galaxies (Uchu Daikaijû Girara) de Kazui Nihonmatsu. Tout est dit ou presque dans ce seul titre qui fleure bon le gros nanar qui tâche. Allez savoir pourquoi en France le nom de la créature du film est passé de Girala la géante de l'espace à Itoka, le monstre des galaxies, toujours est-il que dans le genre Kaiju Eiga, nous tenons là un sacré spécimen. Né le 9 avril 1922, le japonais Kazui Nihonmatsu aura réalisé en tout et pour tout quatre longs-métrages. Un film romantique (Lover), une comédie (A Good Guy, A Naughty Genius), un film de science-fiction horrifique (Konchû daisensô) et donc, cet ''Itokatoutentoc'' qui, lui, mêle science-fiction et Keiju Eiga. Le récit démarre sur un projet de vol vers Mars à bord d'un vaisseau spatial nucléaire. Quatre astronautes, le capitaine Sano (l'acteur Shun'ya Wazaki), l'exobiologiste Lisa (l'actrice américaine Peggy Neal), le docteur Sioda (Keisule Sonoi) et le chef des transmissions Miyamoto (Shin'ichi Yanagisawa) sont chargés de réussir là où les précédentes missions ont échouées. Malheureusement, lors du vol, ils sont contraints de stopper net le voyage en raison de la présence d'une soucoupe volante. Après un court passage dans une base implantée sur la Lune, les astronautes reviennent sur Terre mais ont embarqué avec eux de curieuses spores dont l'origine serait une supernova. Analysées en laboratoires, celles-ci disparaissent mystérieusement et donnent naissance à une créature qui va croître et atteindre une hauteur de deux-cent pieds et un poids de quinze-mille tonnes. Semant la terreur sur son passage, causant des mouvements de foules et détruisant des villes entières, les scientifiques vont tenter de trouver un moyen de détruire Girala tandis que l'armée, impuissante, tente de son côté de freiner la lente progression de la créature vers la ville de Tokyo...


Itoka, le monstre des galaxies lorgne très visiblement du côté de la plus mythique créature du genre Keiju Eiga, le bien nommé Godzilla. Un corps de dinosaure et une crête dans le dos qui agit en fonction de ses ressources en électricité et en radioactivité. Kazui Nihonmatsu n'étant pas Ishirō Honda, le film est bien en deçà de ce que l'on pouvait espérer découvrir. Pourtant produit par l'un des studios les plus prestigieux et les plus anciens du Pays (le second à avoir vu le jour huit ans après la naissance de la Nikkatsu en 1912), Itoka, le monstre des galaxies, à défaut d'être magnifiquement mis en scène, propose tout de même un spectacle qui lui, sera parfois à la hauteur des attentes des amateurs du genre. La Shōchiku qui produit donc le long-métrage fera d'ailleurs une nouvelle fois appel à Kazui Nihonmatsu l'année suivante en 1968 afin de mettre en scène son dernier long-métrage en tant que réalisateur, Konchû Daisensô dans lequel les insectes deviendront agressifs et s'attaqueront à l'homme. Écrit par Kazui Nihonmatsu lui-même avec l'aide de Moriyoshi Ishida et de Eibi Motomochi, Itoka, le monstre des galaxies arbore une créature peu aisée à définir d'un point de vue physique. Outre les attributs dorsaux dont il est pourvu, des cuisses saillantes et une queue comparable à l'un des plus célèbres dragons du septième art qui dans sa langue d'origine se nomme Gojira, Itoka est malheureusement affublé d'une tête qui laissera tout loisir au spectateur de se payer une bonne tranche de rigolade ! Qu'est-il donc passé par la tête des concepteurs en effets-spéciaux Kaimai Eizo, Hiroshi Ikeda et Keiji Kawakami pour avoir supposé judicieuse l'idée de fabriquer une tête aussi ridicule ? Même en se concentrant durant de longues minutes sur sa trogne, il demeure difficile d'en faire une description nette et précise : un bec de rapace, deux yeux rouges et globuleux, deux longues antennes surmontées de globes blanc laiteux, une sorte de trompette juchée à l'avant du crâne et un visage qui dans sa globalité et sous un certain angle peu (ou pas) rappeler la forme d'une soucoupe volante...


Niveau effets-spéciaux, ceux concernant les séquences propres à l'approche science-fictionnelle du récit rappellent davantage ceux de la série britannique Les Sentinelles de l'air de Gerry et Sylvia Anderson qui vit le jour deux ans auparavant que ceux de 2011 l'odyssée de l'espace de Stanley Kubrick qui lui, ne sortira sur les écrans que l'année suivante en 1968. Une seule année de différence entre le chef-d’œuvre du réalisateur américain et celui du japonais et pourtant le fossé technologique entre les deux œuvres paraît infranchissable pour ce dernier. D'un côté, un budget de douze millions de dollars (une somme pour l'époque) quand de l'autre l'on imagine que le financement fut rachitique. Ce que compensent fort heureusement les séquences de destruction de masse où les trois spécialistes des effets-spéciaux s'en donnent à cœur joie ! Itoka défonce en effet tout ce qui se trouve sur son chemin. Des maquettes de taille importante qu'il détruit à coups de poings ou en écrasant les structures à l'aide de ses pieds de poule géante (!?!). Visuellement, on a vu pire. Et sans doute mieux il est vrai, mais tout de même, ne boudons pas notre plaisir lors de ce spectacle de pyrotechnie où interviennent tanks et avions de chasse dont l'effort de guerre sera évidemment inutile. Notons que les traumas causés par les bombardements atomiques d'Hiroshima et de Nagasaki semblent à l'époque encore dans tous les esprits puisque leur évocation lors de la recherche d'une solution pour éradiquer Itoka renvoie justement aux événements dramatiques survenus les 6 et 9 août 1945...

 

dimanche 21 mai 2023

Atragon (Kaitei Gunkan) d'Ishirō Honda (1963) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Avec un titre tel que Atragon (ou Kaitei Gunkan dans sa version originale) et vue la réputation du réalisateur japonais Ishirō Honda, on espérait (quand certains, sans doute, craignaient) encore un énième long-métrage incluant un ou plusieurs monstres gigantesques. Et d'une certaine manière, c'est bien le cas. Mais celui dont on parle dans cette œuvre sortie en 1963 et produite par la maison de production de cinéma japonaise Tōhō n'est pas une créature de chair et de sang mais une machine conçue par l'homme : un prototype de sous-marin , ouvrage grandiloquent pensé et conçu par le capitaine de la marine nationale officiellement disparu, Hachiro Jinguji (l'acteur Jun Tazaki). L'une des spécificités de ce sous-marin est entre autres facultés habituelles, de pouvoir voler dans les airs. Mais l'origine de sa conception n'est pas de sauver le monde comme l'entendent celles et ceux qui vont faire appel au soutien du capitaine mais bien de rendre au Japon tout son lustre et lui offrir une arme capable de défier les pays étrangers. Ce que ne parviennent évidemment pas à accepter sa fille Makotto (l'actrice Yôko Fujiyama) qui comme tout le monde le croyait mort depuis vingt ans ou l'ancien amiral de la marine japonaise Kusumi (Ken Uehara). Ils vont devoir ensemble convaincre Hachiro Jinguji d'utiliser son puissant sous-marin face à la menace qui gronde. En effet, l'empire Mu qui depuis douze mille ans n'avait plus fait parler de lui depuis que son continent avait disparu englouti sous les océans, est désormais prêt à anéantir la planète tout entière. Écrit par le scénariste Shinichi Sekizawa, Atragon est à l'origine un roman écrit par Shunro Oshikawa et paru au tout début du vingtième siècle sous le titre de The Undersea Warship: A Fantastic Tale of Island Adventure. Sur la base d'un récit où l'auteur évoquait les ambitions impérialistes des concepteurs du sous-marin, le film se situe, lui, dans le présent. Celui des années soixante puisque le film est alors réalisé en 1963. L'aspect fantastique est propre au long-métrage puisque les antagonistes du récit sont remplacés par le peuple Mu, une vision alternative de la civilisation de l'Atlantide visant le règne à l'échelle mondiale, lequel s'inspire en fait surtout de l’Égypte des Pharaons d'un point de vue architectural et vestimentaire...


Pressé par la Tōhō qui espère que le film sortira dans les salles avant les fêtes de fin d'année, Ishirō Honda partage avec le directeur des effets spéciaux Eiji Tsuburaya la réalisation du film afin de réduire le temps de tournage. Atragon n'est donc pas le Kaiju eiga tant espéré et ne renouvelle pas un genre auquel le réalisateur a de toute manière déjà offert ses lettres de noblesse. Oh, il y a bien une créature gigantesque du nom de Manda dont il s'agira ici de la première apparition à l'écran mais ce serpent des mers demeure sans doute comme l'un des Kaiju les plus ridicules qui aient été présentés sur grand écran et ne sera visible que très peu de temps. On a droit aux sempiternels journalistes, aux enquêteurs de la police nationale japonaise, aux militaires, mais aussi à un espion du peuple Mu qui se fond malheureusement assez mal parmi les hommes, grillant sa couverture auprès des spectateurs après seulement quelques secondes. On a droit à une séquence d'archives expliquant les origines de la civilisation Mu à travers quelques photogrammes maladroit comme l'emploi d'une image montrant très clairement les fameux gardiens de l'Île de Pâques. Rien à voir donc avec ce peuple de muans tout à fait fantaisiste. Côté destructions de masse, Atragon se révèle désespérément rachitique, ne se donnant parfois même pas la peine de mettre en scène les attaques du peuple Mu. Le film emballe l'idée d'une double destruction ayant visé les villes de Hong Kong et de Venise sans autre forme que celle du monologue ! Autant dire que la déception est grande. D'autant plus que Ishirō Honda nous assène encore et toujours ces séquences de célébrations lors desquelles l'on découvre un peuple prier devant la représentation symbolique de la créature qui les protège. Ici, le concept se traîne sur la longueur et devient rapidement pénible malgré le soin apporté aux décors et aux costumes. Bref, en se voulant quelque peu original et en renouvelant vaguement le concept du Kaiju eiga tout en ne lui consacrant qu'une toute petite partie du récit, Atragon s'avère parfaitement anecdotique...

 

mercredi 10 mai 2023

Les envahisseurs de l'espace (Gezora, Ganime, Kameba: Kessen! Nankai no Daikaijû) d'Ishirō Honda (1970) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Autant le savoir tout de suite, Les envahisseurs de l'espace n'est pas l'une des nombreuses variations cinématographiques évoquant le sujet d'une invasion de notre planète par des petits hommes gris ou verts comme le laisse pourtant envisager ce titre trompeur. On se reportera donc sur l'original, si peu évident soit-il à réciter de mémoire. Réalisé en 1970 par Ishirō Honda auquel l'on doit notamment les créations des Kaiju (monstres géants typique du cinéma japonais) Godzilla et Mothra. Le long-métrage n'a donc aucun rapport avec celui que réalisa l'américain Rick Sloane en 1986 et qui porte le même titre français bien que l'original soit The Visitants. Concernant l’œuvre d'Ishirō Honda, il faudra répéter le titre plusieurs fois si l'on veut le retenir histoire d'impressionner son entourage : Gezora, Ganime, Kameba: Kessen! Nankai no Daikaijû. À cette occasion, et comme l'indique le titre, le réalisateur convoque trois nouvelles créatures qui feront leur toute première apparition à l'écran dans ce long-métrage réalisé au tout début des années soixante-dix comme le montrent d'ailleurs relativement bien le style vestimentaire des interprètes ou les couleurs du film. Ici, à part l'évocation d'un satellite ayant quitté son orbite terrestre pour venir s'écraser dans des eaux situées tout proche d'un îlot et l'occupation du corps de l'un des protagonistes par une identité que l'on devine venir d'une autre planète, Les envahisseurs de l'espace démontre que le film n'aborde le thème de la science-fiction telle que l'occident la conçoit qu'avec parcimonie...


En effet, le long-métrage est d'abord et avant tout typique de ce genre initié durant la moitié des années cinquante par Ishirō Honda lui-même. Soit, des créatures gigantesques se référant généralement à une faune existant réellement sur Terre tout en ayant des proportions anormales souvent conséquentes à des radiations nucléaires. L'occasion ici d'en découvrir non pas une, ni deux, mais trois. Et dont la première à apparaître à l'écran, Gezora, demeurera la plus appréciée des trois parmi le public nippon. Hasard ou non, celle-ci bénéficiera d'ailleurs d'un soin particulier dont ne jouiront malheureusement pas Ganime et Kamoebas. C'est une habitude mais là encore, le film se situant comme en partie dans le Mothra de 1961 sur une île, nous découvrirons un peuple indigène vouant un véritable culte à cette créature ressemblant à une pieuvre géante capable de quitter les eaux profondes qui l'abritent pour venir fouler le sol de l'île et ainsi faire des ravages sur la terre ferme. Si l'on devine que sous le costume se cache un acteur (Haruo Nakajima), un soin tout particulier a été apporté à sa conception. Accrochés à des fils invisibles, certains de ses tentacules se saisiront de leur victimes, les projetant ainsi en l'air alors que l'on s'attendait sûrement à voir cette créature aux yeux ''clignotant'' les dévorer en moins en partie. Le crabe Ganime et la tortue Kamēba ne bénéficieront malheureusement pas du même soin. Surtout cette dernière qui à l'écran apparaît hautement ridicule et se mouvant avec la difficulté que l'on reconnaît chez ses congénères, eux, bien réels...


Produit par la Toho, Les envahisseurs de l'espace sera le dernier film réalisé par Ishirō Honda pour cette illustre maison de production de cinéma japonaise et le dernier auquel participera le spécialiste des effets-spéciaux Eiji Tsuburaya qui mourra le 25 janvier de la même année. Si l'on conseillera de découvrir le film dans sa version d'origine, sachez qu'il est disponible en anglais ainsi qu'en français. D'ailleurs, s'agissant de cette dernière, le public français remarquera que le Dr. Kyoichi Mida qu'interprète l'acteur Yoshio Tsuchiya fut doublé par Roger Rudel qui fut souvent la voix française de Kirk Douglas ou de Ross Martin dans divers longs-métrages, téléfilms et séries télévisées dont, concernant ce dernier, le personnage d'Artemus Gordon dans Les mystères de l'ouest. Quant à l'anthropologiste Makoto Obata qu'incarne Kenji Sahara, il est doublé par l'acteur Jacques Deschamps que les amateurs de westerns spaghetti reconnaîtront puisqu'il fut notamment la voix de Clint Eastwood dans plusieurs d'entre eux dont la trilogie du réalisateur Sergio Leone, Pour une poignée de dollars/Et pour quelques dollars de plus/Le Bon, la Brute et le Truand. Parfois dépaysant, doté de quelques séquences plus ou moins volontairement drôles et de scènes de destruction de masse qui sortent des contingences habituelles (ici, pas d'immeubles de vingt étages mais des cases et autres habitations d'indigènes). Les envahisseurs de l'espace est dans la droite lignée de ses prédecesseurs. Tout juste le public français pourra-t-il regretter que le titre n'évoque pas véritablement le spectacle qui se déroule devant ses yeux. Un sympathique Kaiju eiga signé par l'un des maîtres du genre...

 

vendredi 28 avril 2023

Godzilla contre Mekanik Monster (Gojira tai Mekagojira) de Jun Fukuda (1974) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Tout débute par une prophétie. Lors d'une cérémonie, la jeune Nami, descendante des Azumi, est en proie à une vision : Un monstre gigantesque descendra du ciel et mettra le feu en ville, écrasant sur son chemin constructions et habitants. Ce jour là, la Lune s'habillera de rouge et le Soleil se lèvera à l'ouest. Mais deux autres créatures d'origine terrestre viendront combattre le monstre afin de l'empêcher de détruire notre planète... Huit ans après avoir réalisé son premier kaiju eiga en 1966 avec Godzilla, Ebirah et Mothra : Duel dans les mers du sud (Gojira, Ebirā, Mosura: Nankai no Daiketto), et sept après Godzilla : La Planète des monstres (Gojira: Kaijū Wakusei), le réalisateur japonais Jun Fukura allait une nouvelle fois apporter sa contribution à l'univers de ces créatures gigantesques typiques du cinéma fantastique japonais initié en 1954 par Ishirō Honda avec son mythique Godzilla (Gojira). Mieux, il allait introduire deux nouvelles créatures qui jusqu'à maintenant n'étaient jamais apparues sur grand écran. L'une d'elles demeurant sans doute parmi les plus grandes menaces qu'ait connu le Japon et qui contrairement à la plupart des Kaijū n'est pas constituée de chair et de sang mais s'avère être une création d'origine extraterrestre. Car en effet, Godzilla contre Mekanic Monster (Gojira tai Mekagojira) met en scène non seulement trois immenses créatures mais également une base secrète installée dans une grotte située près de la ville d'Okinawa. Un complexe ultra moderne investit par des extraterrestres à forme humaine. C'est là que leur dirigeant a choisit de s'installer afin de mettre à jour un plan diabolique : détruire tout trace de l'espèce humaine, voire, de l'asservir ! Mais heureusement, certains terriens se soucient très rapidement des enjeux et concluent qu'il existe un rapport entre la fameuse prophétie et les événements qui très bientôt vont se dérouler. Les valeureux héros de cette aventures forment deux groupes : l'un est constitué du journaliste Keisuke Shimizu (l'acteur Masaaki Daimon) et de l'archéologue Saeko Kaneshiro (l'actrice Reiko Tajima) Le second est formé autour des professeurs Wagura (Hiroshi Koizumi) et Hideto Miyajima (Akihiko Hirata) et de la fille de ce dernier Ikuko (Hiromi Matsushita)...


Pour revenir aux Kaijū présents dans le film, outre le fameux Godzilla (qui dans le cas de Godzilla contre Mekanic Monster ressemble à un ersatz du Casimir de L'île aux enfants passé au chalumeau !!!) nos héros auront fort à faire avec la version boite de conserve du plus effrayant ''dragon'' terrestre que l'un des protagonistes choisira d'emblée de renommer Mechagodzilla. Première apparition pour cette créature qui donnera beaucoup de fil à retordre à Godzilla, mais aussi et surtout à King Seeser (ou King Caesar à l'internationale). Ancien gardien de la famille royale Azumi originaire d'Okinawa, King Seeser est typiquement le genre de Kaijū bienveillant envers l'humanité. C'est pourquoi les extraterrestres tentent durant l'intrigue de dérober une statuette, seule capable de réveiller King Seeser de son sommeil afin de combattre Mechagodzilla. Enfin... en théorie vu que cet étrange hybride ressemblant vaguement à une immense chauve-souris va se prendre une taule de légende. Deux zéros pour Mechagodzilla qui, j'oubliais de le préciser, s'était déjà farci un Godzilla depuis, laissé pour mort. Bon, on va pas se mentir : Godzilla contre Mekanic Monster est tout d'abord à conseiller aux fans du genre kaiju eiga. Car à moins d'aimer les ''peluches'' mesurant en moyenne dans les cent mètres, crachant divers lasers et détruisant tout sur leur passage ou d'adorer les séries télévisées de type Sentai que projetaient dans les années soixante-dix et quatre-vingt les premières chaînes nationales françaises, il faut avouer que le genre demeure quand même très particulier. Mais alors, lorsque l'on est un adepte de kaiju eiga, Godzilla contre Mekanic Monster s'avère être un pur régal, bien rythmé, doté d'effets-spéciaux très recommandables pour l'époque (et pour le Japon). La reconstitution d'une usine et sa destruction étant un bon exemple de ce qu'étaient capables de produire les maquettistes japonais dans le courant des années soixante-dix. On passera à côté de certaines incohérences. Comme le journaliste mettant en danger sa vie à bord d'un paquebot lorsqu'un extraterrestre lui vole une statuette qu'il sait pourtant fausse. Tiens ! Au sujet des extraterrestres. Les amateurs auront le plaisir de découvrir qu'il s'adonnent à certains vices typiquement humains comme le cigare ! Notons également le choix curieux de leur faire revêtir une apparence originale qui aurait tendance à remettre en question la théorie de l'évolution darwin : en effet, pour des êtres censés être plus évolués que nous ne le sommes, une fois tués, ceux-ci montrent leur vrai visage : celui de primates à la peau verte ! Culte !



 

mercredi 26 avril 2023

Invasion Planète X (Kaijū Daisenso) d'Ishirō Honda (1965) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Quel rapport peut-il y a voir entre les séries L'âge de cristal et V ? Un long-métrage tout droit sorti du pays du Soleil Levant réalisé par le japonais Ishirō Honda. Un Kaiju Eiga comme le pays en produisit énormément dans le courant des années soixante et parmi lesquels Invasion Planète X (Kaijū Daisenso) fait figure de curiosité. Une œuvre fantastique s'accouplant à la science-fiction tout en ne demeurant pas forcément aussi passionnant que les films précédents de son auteur. Ponctué de maladresses aussi visibles qu'un furoncle au beau milieu du visage, le long-métrage d'Ishirō Honda convie les spectateurs à un voyage par delà les nuages, dans l'espace infini et plus particulièrement aux abords de Jupiter où une mission dirigée par deux cosmonautes fait la découverte d'un satellite auquel ils donneront le nom de Planète X. Glenn Amer (l'acteur américain Nick Adams) et Fuji (le japonais Akira Takarada) découvrent rapidement qu'une civilisation vit sous la surface et craint la présence d'une créature qui menace à tout instant de détruire ses représentants : King Ghidorah qui, doté de ses trois têtes, et après avoir quitté la Terre l'année précédente à la fin de Ghidorah, le monstre à trois têtes (San daikaijû: Chikyu Saidai no Kessen) lui-même réalisé par Ishirō Honda, frôle invariablement la surface de la Planète X en tirant un triple faisceau laser !


La vie souterraine de ses habitants est régie par un ordinateur. D'où le rapport ténu qu'entretient le long-métrage avec L'âge de cristal, série qui verra le jour la décennie suivante sur le territoire américain et dans laquelle, là aussi, la vie des descendants d'une population ayant survécu à un holocauste nucléaire allait vivre selon les préceptes érigés par une machine surpuissante que l'on nommerait Le Penseur. Première gifle : les effets-spéciaux et autres décors. Oui, en effet, c'est bien une gifle que l'on se prend devant ce Invasion Planète X visuellement régressif. Alors qu'Ishirō Honda nous avait jusque là habitués à des présentations très convaincantes et qui depuis ont relativement bien vieillies (terme à prendre avec des pincettes), ce film financé à hauteur de cent-trente deux millions de yens (soit environ huit-cent quatre-vingt six milles euros) ne bénéficie pas des décors de qualités de Mothra qui lui, bénéficia d'un budget de deux-cent millions de yens (environ un million et trois-cent quarante-cinq mille euros). Des décors délicieusement cheap de ce dernier, on passe à des environnements parfois franchement ringards. Des décors de carton-pâte qui ne sont pas sans faire parfois penser à l'une des plus célèbres séries de science-fiction américaines de la fin des années soixante (je vous laisse deviner laquelle). Quant à l'intrigue, elle se positionne presque comme proportionnellement inverse à celle de Mothra, justement. Dans celui-ci, l'usage voulait que ''l'appel de la bête'' soit bénéfique à l'homme (et plus précisément aux jumelles Shobijin) tandis que dans le cas de Invasion Planète X (sorti sur le territoire américain sous le titre plutôt délirant de Invasion of Astro-Monster), l'on découvre bientôt que Godzilla et Rodan n'auront pas comme unique but de combattre King Ghidorah mais de débarrasser la Terre de leur présence et ainsi permettre aux habitants de la Planète X de coloniser la notre...


Là s'imposent alors quelques invraisemblances de taille qu'il serait trop long à énumérer dans le détail. Mais pour faire simple, pourquoi les habitants de la Planète X se donneraient-il par exemple la peine de demander de l'aide aux humains alors même qu'une partie de sa population semble être déjà implantée sur le sol de notre planète ? Certaines idées seront reprises beaucoup plus tard par la série V de Kenneth Johnson diffusée pour la première fois les 1er et 2 mai 1983 sur le réseau américain NBC. Une race hostile venue s'implanter sur Terre avec a priori de bonnes intentions... lesquelles seront très rapidement contredites puisque les extraterrestres se montreront finalement hostiles dans un cas comme dans l'autre. La résistance faisant face à l'envahisseur, le sujet est forcément bien moins exploité que lors de la série en raison d'une durée qui ne permettait pas de développer la thématique aux mêmes extrémités que l'excellente V. Les stricts amateurs de Kaiju Eiga risquent en outre de faire grise mine vu le peu d'usage que fait étonnamment Ishirō Honda des créatures mythiques dont il fut le créateur en 1954 (Godzilla), 1956 (Mothra) et 1964 (Ghidrah, le monstre à trois têtes). On a droit à l'idylle entre un humain et une extraterrestres (OUI, comme le lézard Willie et l'humaine Harmony Moore de la série V). Ici, les extraterrestres ne diffèrent de l'homme qu'à travers leurs uniformes, leur teint blême et leurs étranges lunettes qui leur barrent les yeux. Nous retrouvons l'intervention de l'armée, des politiques et des scientifiques chers à ce genre de productions. Mais au final, si Invasion Planète X demeure plaisant à regarder, il s'agit tout de même d'une œuvre mineure dans la filmographie d'Ishirō Honda et dans le genre Kaiju Eiga... Bon... Et puis, il n'est tout de même pas impossible que le dieu Godzilla vous arrache quelques éclats de rire. Non mais sérieux, c'est quoi cette façon de sautiller sur place ou de s'agiter comme si une souris s'était glissée dans le costume de Haruo Nakajima... ?

 

mardi 25 avril 2023

Mothra (モスラ, Mosura) d'Ishirō Honda (1961) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Si le Livre de la Genèse évoquait la création de la femme et de l'homme par Dieu, les cinéastes et scénaristes japonais imaginèrent des créatures à l'allure nettement moins élégante. Contrairement à certains personnages héroïques issus des mangas, le kaijū eiga est né sur grand écran, en 1954, à travers l'impulsion du réalisateur Ishirō Honda et de son mythique Gojira. Depuis, ils sont nombreux à avoir voulu se partager les parts d'un immense gâteau en créant leur propre créature. Gamera apparu pour la première fois dans l’œuvre éponyme de Noriaki Yuasa en 1965, Barugon dans Daikaijū kettō: Gamera tai Barugon de Shigeo Tanaka en 1966, Gyaos dans Daikaijū kūchūsen: Gamera tai Gyaosu de Noriaki Yuasa en 1967 ou bien Yongary dans Taekoesu Yonggary du sud-coréen Kim Ki-duk la même année. Les occidentaux eux-mêmes s'étant très rapidement érigés en copieurs puisque rien qu'en 1961, l'américain Sidney W. Pink et le français d'origine suisse Eugène Lourié réalisèrent respectivement Reptilicus le monstre des mers et Gorgo. De cette légion de longs-métrages et de créatures, pratiquement seules créés par le fondateur du genre peuvent se targuer d'être demeurées dans les mémoires... 



Godzilla, donc, mais aussi Rodan ou dans le cas présent, Mothra, qui donne son nom à un long-métrage qui mettra en scène pour la première fois la célèbre et monumentale femelle lépidoptère. Dans ce Mothra légendaire, Ishirō Honda nous la présente tout d'abord sous sa forme originelle. Soit, une larve aux proportions gargantuesques, bien moins fragile que les formes de vie que l'on rencontre en général dans la nature et qui de son poids que l'on peut supposer être de plusieurs centaines de tonnes écrase tout sur son chemin. C'est face à cette créature qui s'éveille à l'appel des habitants d'une île tout à fait imaginaire créée à l'occasion du film sur la base d'un ouvrage littéraire de Yoshie Hotta, Takehiko Fukunaga et Shin'ichirô Nakamura adapté à l'écran par Shin'ichi Sekizawa que le spectateur se retrouve tout d'abord. Mais le monstre du film, celui que l'on croit reconnaître devant l'imposante masse qui lentement progresse vers la ville pour y tout détruire, n'est pas celui auquel on pense. Non, car la représentation du mal dans Mothra prend les apparences d'un homme a priori tout à fait banal qu'incarne le businessman Clark Nelson, un individu originaire de Rolisica, un pays imaginaire créé à l'occasion du film. Un homme à la gâchette facile et aux mauvaises intentions comme nous le découvrirons très rapidement. En effet, découvertes sur l'île Infant, deux jumelles à la taille proportionnellement inverse à celle de la créature qu'elle abrite vont être kidnappées puis utilisées dans des spectacles à des fins pécuniaires par Nelson... 



Le long-métrage d'Ishirō Honda demeure l'un des meilleurs de sa catégorie et montre avec quel soin le réalisateur japonais et quel soucis du détail il parvient à mettre en scène des séquences de destruction massive. Changeant régulièrement son équipe en charge des effet visuels et spéciaux, l'élargissant même lorsque cela se révèle nécessaire. Produit par l'une des plus grandes et plus célèbres maisons de productions japonaise, la Tōhō (ou Tōhō kabushiki gaisha sous son nom complet), Mothra met notamment en scène les sœurs Emi et Jerri Itô, véritables jumelles qui accompagneront le mythe du papillon géant à travers divers longs-métrages avant d'être remplacées. Ishirō Honda laisse libre cours aux artificiers qui s'en donnent à cœur joie dans un festival pyrotechnique auquel le réalisateur nous avait déjà habitué par le passé. Visuellement, Mothra est somptueux. Visite d'une forêt tropicale habitée par une faune endémique, voyage en bateau et catastrophes en tous genres, le spectacle est total. Bien que les jumelles du film possèdent d'indéniables charmes et un véritable talent pour la chanson, on regrettera cependant que le long-métrage s’appesantisse parfois un peu trop longuement sur la représentation de ces deux miniatures lors des spectacles imposés aux deux jeunes indigènes par le méchant Nelson. Contrairement à beaucoup de  kaijū où la créature figure l'antagoniste du récit, Mothra ne représente donc ici pas le mal mais le seul et unique moyen pour les deux jumelles Shobijin et Kurâruku Neruson de retourner chez elles. Mothra est une brillante réussite et l'un des meilleurs films de son auteur, dépassant de loin le sympathique mais néanmoins dispensable Rodan que réalisa Ishirō Honda cinq ans en arrière...


lundi 24 avril 2023

Rodan (Sora no Daikaijū Radon) d'Ishirō Honda (1956) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Alors là, nous nous attaquons à du très, très lourd. Parce que l'air de rien, avec un nom pareil, qui ne signifie sans doute pas grand chose pour les nouvelles générations et celles à venir, traiter d'un sujet tournant autour du réalisateur japonais Ishirō Honda, c'est un peu comme de toucher du doigt le sacré. Non content d'avoir réalisé près de quatre-vingt longs-métrages en une quarantaine d'années, le bonhomme fut tout simplement à l'origine de l'un des plus grands mythes du cinéma fantastique japonais. En effet, Godzilla, c'est lui. Créée dans le milieu des années cinquante aux côtés du producteur Tomoyuki Tanaka, la plus célèbre créature du bestiaire issue du ''Pays du Soleil Levant'' fut la première à apparaître sur les écrans japonais en 1954 sous l'impulsion d'Ishirō Honda qui donc d'emblée offrit au genre ses lettres de noblesse avec Godzilla. Depuis, des dizaines de longs-métrage mettant en vedette ce gigantesque dragon (que l'on confond souvent avec un animal préhistorique de type tyrannosaure) ont vu le jour. Mieux : le réalisateur japonais a, au fil de sa carrière, amené d'autres créatures à se réveiller de leur profond sommeil. Qui pour détruire notre espèce, qui pour lui venir en aide. C'est donc avec d'infinies précautions que nous traiterons chacun de ses films, et notamment Rodan (Sora no Daikaijū Radon) dont il est question ici et qu'il réalisa en 1956...


Il s'agissait là de la première apparition de ce ptéranodon originaire du crétacé supérieur. Dès le départ, on comprend mieux la différence qui existe entre le cinéma d'Ishirō Honda et celui de ses compatriotes. Le soucis du détail visuel qui transforme un sujet absurde en une ''vérité'' qui se concrétise moins dans l'apport d'éléments fabriqués par des maquettistes que par d'authentiques décors ou le sérieux de ses protagonistes. Alors que nombreux seront ceux qui habitueront les amateurs de Kaijū à voir des cités, des établissements modernes et leurs occupants être piétinés, détruits, mis à feu et à sang, Rodan propose un contexte plutôt original puisqu'il s'intéresse au monde des ouvriers d'une petite localité vivant près du volcan Mont Aso situé dans la préfecture de Kumamoto Des mineurs de charbon dont certains ne vont pas tarder à connaître un triste sort au contact de Meganulons... Hein ! Quoi ? Késako ? Si le terme ne vous est pas familier, pas d’inquiétude, c'est normal puisqu'il s'agit d'un mot fantaisiste définissant des larves de libellules préhistoriques géantes. Sous couvert d'un message écologique rapprochant le réchauffement climatique (et oui, déjà à l'époque certains se souciaient de notre environnement) de l'exploitation intensive de mines de charbon, on pourrait quasiment cataloguer Rodan dans le genre ''horreur'' puisqu'au delà des créatures invoquées, certaines séquences se situant dans les mines s'avèrent relativement anxiogènes (merci au fidèle compositeur japonais, Akira Ifukube). Et j'insiste bien sur le terme ''relativement''. Le film joue sur une certaine valeur morale quant à la préservation de créatures pourtant très hostiles envers l'homme, arguant ainsi dans ce sens du fait qu'elles étaient présentes sur Terre bien avant l'apparition de l'homme...


Question que ne se pose pas très longtemps l'armée qui prend très vite la décision d'une offensive envers le ptéranodon qu'elle attaque à grands coups de missiles qui se révéleront pourtant inefficaces. En matière d'effets-spéciaux, il va falloir séparer le bon grain de l'ivraie car en dépit du fait que le travail méticuleux sur les maquettes et notamment lors de l'assaut de Rodan au cœur de la ville soit pour l'époque parfois remarquable, la créature elle-même est plutôt lourdaude. Qu'il s'agisse de l'équipe en charge des effets-spéciaux formée autour de Kaimai Eizo, Ziji Tsubutaya et Akira Watanabe ou de celle qui fut responsable des effets visuels, constituée de Sadao Iizuka, Hiroshi Mukoyama et Sadamasa Arikawa, il y a donc à boire et à manger. Très véloce dans les airs, capable de provoquer des souffles d'air à l'image des pires ouragans grâce à de simples battements d'ailes ou de parcourir de grandes distances en très peu de temps, Rodan est un poids dès qu'il pose le pied sur terre. Comme le démontrera cette séquence inutilement longue lors de laquelle il stagnera au sol au beau milieu des ruines qu'il viendra de provoquer, absorbant le tir nourri de l'armée. Bien qu'avec Rodan Ishirō Honda ait mit cette année là au monde l'une des futures grandes figures du Kaijū, le japonais semble parfois très peu inspiré, étirant ainsi parfois jusqu'à l'ennui certaines séquences, allant même jusqu'à proposer une conclusion absolument absurde lorsque l'on sait la capacité de voler de la créature. Reste que le film est visuellement plutôt réussi, d'autant plus, faut-il le préciser, que Rodan fit entrer le Kaijū dans l'aire de la couleur puisqu'il fut le premier film du genre à abandonner le noir et blanc...

 

dimanche 23 avril 2023

Ebirah contre Godzilla (Gojira, Ebirâ, Mosura: Nankai no daiketto) de Jun Fukuda (1966) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Jun Fukuda qui jusque là n'avait jamais réalisé le moindre kaijū eiga mettant en scène des monstres à échelle inhumaine tout en ayant déjà une solide carrière de réalisateur avec pas moins de dix-neuf longs-métrages éparpillés entre 1959 et 1966 allait s'intéresser au genre en incluant dans Ebirah contre Godzilla (Gojira, Ebirâ, Mosura: Nankai no daiketto) non pas une, ni deux, mais trois créatures monstrueuses aux dimensions plus qu'imposantes. D'abord, la plus célèbre d'entre toutes : Godzilla. Bien que cette légendaire créature du bestiaire fantastique japonais ait toutes les apparences d'un dinosaure, il s'agirait en fait d'un dragon. Et cela même alors que la ''contraction'' japonaise des deux mots Gorira et Kujira se référerait d'un côté à un gorille et de l'autre à une baleine. Dans le cas de Ebirah contre Godzilla, celui-ci est coincé sur une île entre deux rochers. Mais avant lui apparaissent tout d'abord à l'écran, Ebirah et Mothra. Le premier est un immense crustacé comparé à un énorme homard. Au vu de la qualité plus que moyenne des effets-spéciaux employés dans ce long-métrage, nous demeurerons nettement plus humbles en le comparant davantage à une très grosse crevette ! Nageant dans les eaux profondes attenantes à l'île où va se dérouler la quasi-totalité de l'intrigue, sa présence empêchera nos héros de fuir les antagonistes humains du récit. Puis apparaît enfin à l'écran Mothra, autre légendaire créature du bestiaire fantastique japonais qui n'a rien à envier au roi des kaijū eiga puisqu'il apparu dans une quinzaine de longs-métrage et dans de nombreux de jeux vidéos. Dans le cas présent, ce lépidoptère aux dimensions fort généreuses est endormi et fait l'objet d'un véritable culte de la part des habitants de l'île qui voient en lui LA solution contre l'armée du Bambou Rouge dirigée par un général tyrannique ayant le contrôle total de l'île et de ses indigènes qu'il traite en esclaves. C'est alors que débarquent sur l'île quatre hommes dont Ryota Kane (l'acteur Toru Watanabe) dont le frère semble avoir disparu en mer lorsqu'une habitante de l'île qui vient d'échapper aux hommes du Bambou Rouge lui signale que son frère est toujours en vie et qu'il vit au milieu de ses congénères. Accompagné de deux amis et d'un cambrioleur spécialisé dans l'effraction de serrures, Ryota va tout mettre en œuvre pour d'une part retrouver son frère et d'autre part, libérer les habitants de l'île du joug imposé par le commandant du Bambou Rouge.


L'on retrouve donc dans Ebirah contre Godzilla certaines des créatures les plus célèbres des kaijū eiga typiques du cinéma japonais. La première pour son auteur qui par la suite réitérera l'expérience à plusieurs occasions. Dans ce long-métrage filmé en pleine période yé-yé où ce courant musical est alors aussi populaire là-bas que dans notre pays qu'en Espagne ou au Québec, le ton change dès que nos protagonistes foulent le sol de cette île où sont menées des recherches dans ce qui paraît être une centrale nucléaire. Le sujet principal est donc partagé entre la solution à envisager afin de combattre Ebirah et celle de stopper net les expériences menées par le commandant du bambou rouge et des hommes en blouse blanche qui évoluent dans un contexte ultra-moderne (pour l'époque s'entend), lesquels ''s'amusent'' avec l'atome tandis que dans les fondations de l'établissement, les habitants de l'île sont asservis. Comme dans tout bon ou mauvais kaijū eiga, le long-métrage du réalisateur japonais fait la part belle aux effets-spéciaux, lesquels traînent leur cortège de maquettes, de décors de carton-pâte, de créatures légendaires à l'intérieur desquelles sont emmitouflés des acteurs (Haruo Nakajima pour Godzilla et Hiroshi Sekita pour Ebirah) et de fonds verts plus ou moins bien intégrés aux personnages. Sur un ton parfois humoristique personnifié par ce personnage un peu bêta qui suit les aventures de ses deux compagnons, de la jolie sauvageonne et du valeureux cambrioleur, Ebirah contre Godzilla est loin d'atteindre des sommets dans l'art du kaijū eiga tout en demeurant très agréable à regarder. Visuellement, on est plus proche d'une série télévisée japonaise du genre Sentai que du long-métrage cinématographique. Les effets-spéciaux sont cheap et l'interprétation caricaturale. Et pourtant, il demeure dans Ebirah contre Godzilla ainsi que dans bon nombre de kaijū eiga un certain charme propre à ce courant spécifique du cinéma japonais fantastique...

 

mercredi 16 février 2022

Le sixième continent (The Land That Time Forgot) de Kevin Connor (1974) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Les amateurs de cinéma d'horreur et d'épouvante connaissent bien le réalisateur Kevin Connor. Il débuta en effet sa carrière en réalisant l'anthologie Frissons d'outre-tombe (From Beyond the Grave) en 1974 dans lequel nous retrouvions notamment les acteurs Vincent Price et Donald Pleasence mais fut surtout l'auteur de Nuits de cauchemar (Motel Hell) en 1980 dans lequel un fermier et sa sœur kidnappaient des touristes afin de les transformer en viande fumée particulièrement appréciée dans la région. L'année de ses débuts en tant que réalisateur, Kevin Connor ne se contenta pas de tourner son premier film d'horreur mais s'attaqua au premier volet d'une trilogie de films d'aventures fantastiques dans l'esprit d'un certain Jules Verne. En effet, Le sixième continent (dont le titre original The Land That Time Forgot éclaire très largement sur son contenu) nous transporte dans un monde qui se veut merveilleux où le temps semble s'être figé à l'époque de la Préhistoire. C'est ainsi donc que des sous-mariniers Allemands et des touristes anglais vont être contraints de collaborer une fois arrivés sur une île habitée par toutes sortes de créatures préhistoriques : ptérodactyles, tricératops, tyrannosaures et même, une peuplade d'hommes (homo-erectus ? Homme de Neandertal ? Homo sapiens sapiens?), toute forme de crédibilité historique étant ici bannie puisque nos plus anciens congénères n'apparurent sur Terre que soixante-cinq millions d'années après la disparition des dinosaures. De toute manière, en terme de réalisme, le film de Kevin Connor n'étant jamais pourvu de la moindre technologie récente en matière d'effets-spéciaux (on est encore loin, très loin des formidables visuel de Jurassic Park de Steven Spielberg), ses dinosaures sont à peine dignes des Kaijū japonais façon Godzilla, Mothra, King Kong ou Rodan !


Le film démarre par une longue séquence d'exposition située en mer, lieu de confrontations entre un sous-marin de l'armée allemande et l'équipage d'un bateau constitué de civils britanniques. Après avoir réussi à monter à bord du sous-marin, les anglais en prennent le contrôle, avant de le perdre au profit des allemands, pour ensuite en redevenir les maîtres ! Contraints de collaborer, allemands et britanniques se retrouvent donc sur une île hostiles Il faut dire que les dangers sont en nombre car outre les dinosaures et la peuplade de sauvages, l'anglais Doug McClure, le capitaine Von Schoenvorts et leurs hommes respectifs vont devoir faire face à une éruption volcanique. Financé à hauteur de un million et cinq-cent mille dollars, Le sixième continent fait peine à voire. Sur un scénario de James Cawthorn et Michael Moorcock librement inspiré de la nouvelle The Land That Time Forgot du romancier américain Edgar Rice Burroughs, le long-métrage de Kevin Connor fut notamment produit par le célèbre Samuel Z. Arkoff auquel on doit hormis la production de dizaines de série B, celles de Amityville, la maison du Diable (The Amityville Horror) de Stuart Rosenberg en 1979, celle de Pulsions (Dressed to Kill) de Brian De Palma l'année suivante ou encore de Hantise (The Haunting) de Jan de Bont en 1999. Il est à noter également que le film fut en partie distribué par la société de production cinématographique britannique Amicus qui fut la principale concurrente de la célèbre Hammer...


Principale vedette de ce Sixième continent, l'acteur Doug McClure, l'un des principaux interprètes des séries Échec et mat et Le Virginien participera également aux deux autres volets de la trilogie complétée ainsi par Centre Terre : 7ᵉ Continent (At the Earth's Core) en 1976 et Le Continent oublié (The People That Time Forgot) l'année suivante. Mais jusque là, et aux côtés de John McEnery, de Susan Penhaligon ou de Keith Barron, l'acteur traîne sa célèbre trogne dans des décors touffus, habités par des créatures de caoutchouc peu crédibles, communiquant avec de lointains ancêtres qui eux demeurent encore les plus réussis en matière d'effets-spéciaux. Bloqués par manque de carburant, voici que nos allemands et nos anglais découvrent qu'en raffinant un gisement de pétrole brut présent sur l'île (quelle chance), ils pourront s'échapper de l'île. S'ensuit une éruption, la découverte que les habitants de l'île évoluent grâce à la migration vers le nord de l'île à la surface de laquelle nos britanniques seront abandonnés lors d'une mutinerie, devenant ainsi les seuls survivants. Le film se concluant ainsi, c'est avec circonspection que l'on détaillera cette œuvre à laquelle manque sans doute en partie tout le génie d'un Ray Harryhausen qui bien avant l'existence du sixième continent était en mesure de proposer des animations en stop-motion absolument remarquables (Les Voyages de Gulliver de Jack Sher en 1960, Jason et les Argonautes de Don Chaffey en 1963, et bien plus tard, Le Septième Voyage de Sinbad de Nathan Juran en 1977 et Le Choc des Titans de Desmond Davis en 1981). Le sixième continent est, lui, le film d'aventures fantastiques du pauvre. Visuellement laid et nanti d'un scénario vraiment mince, il s'agit surtout d'un objet de curiosité que l'on conseillera d'abord et avant tout aux fans fous furieux de récits merveilleux auxquels Jules Verne et Edgar Rice Burroughs offrirent notamment leurs lettres de noblesse. Pour le reste, le long-métrage de Kevin Connor fleure bon la série Z... !

 

samedi 30 octobre 2021

Gappa le descendant de Godzilla de Hiroshi Noguchi (大巨獣ガッパ) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Dans la série des films, nombreux, mettant en scène le plus célèbre des Kaijū du cinéma japonais, voici Gappa le descendant de Godzilla. Un Kaijū eiga (film de monstres) SANS Godzilla, mais AVEC Gappa, qui n'est ni physiologiquement, ni génétiquement le descendant du plus menaçant des Kaijū (lorsqu'il ne décide pas au contraire de venir en aide à l'humanité lorsqu'une autre créature que lui se réveille d'un long sommeil pour tout détruire autour d'elle) mais celui d'un couple de dinosaures apparemment de type reptilien endormis dans les profondeurs d'une grotte située sur l'île (imaginaire) de l'obélisque. Un sommeil qui va très vite laisser la place à une fureur sans nom. Pourquoi ça ? Parce qu'un homme, le directeur d'un journal populaire avide, croit pouvoir se faire un maximum de pognon en exploitant les créatures vivant sur l'île qu'il imagine déjà sortir de l'ordinaire. Mais plus que sa faune animale, ce qui sort de l'ordinaire, c'est ce peuple indigène qui vit sur place depuis des générations et n'a pas l'intention de déménager. Le directeur du journal a bien l'intention de s'accaparer les lieux afin d'en faire un parc d'attraction nommé Playmate Land dans lequel les touristes du monde entier pourront côtoyer crocodiles, oiseaux exotiques et autres animaux sauvages en liberté. Cela ne vous rappelle rien ? Si je vous dis, dinosaures... Ou Steven Spielberg... Cela ne vous évoque rien ? C'est amusant mais ni lui, ni l'auteur du roman original Jurassic Parc Michael Crichton n'évoquent le réalisateur japonais Hiroshi Noguchi. Pas plus que Gappa le descendant de Godzilla qu'il réalisa en 1967. Bon, après, c'est vrai que le Kaijū eiga prend par la suite une direction différente, mais tout de même...


Pour revenir aux indigènes installés sur l'île depuis des lustres, l'homme noir n'étant apparemment qu'en petite minorité dans ce pays de l'Asie de l'est, la production fait un choix au pire étonnant, au mieux, très rigolo. Car en effet, l'homme de couleur, le sauvage tel qu'il est décrit dans le récit, a les yeux bridés. Un détail morphologique qui s'explique par le fait qu'aucun noir n'apparaisse à l'écran. Et pour pallier à ce manque, vingt ou trente figurants seront peints histoire de donner le change. D'où l'apparition à l'image de sauvages que l'on pourrait éventuellement décrire comme étant afro-asiatiques. Je me poile, me bidonne, me marre... Pas très original puisque démarrant à la manière d'un certain King Kong dans lequel un peuple d'indigènes vouait un culte à un énorme gorille, la simple évocation de Gappa fait trembler le peuple de l'île. Une immense statue protège l'entrée de la grotte jusqu'à ce que, ô mystère de la déesse ''Coïncidence'' qui s'immisce dans le récit, une éruption volcanique (et non pas une Irruption dont le sens est tout autre) survient au moment même où des scientifiques à la solde de George Inoue (le boss du journal qu'interprète l'acteur Tatsuya Fuji) débarquent sur l’île... Humpf ! Alors, on n'assume pas ses actes et on prend un prénom européen... ? La séquence se déroulant sur l'île est on ne peut plus kitsch avec ses cases constituées majoritairement de paille ou les vêtements des autochtones aux riches couleurs. Ces dernières étant totalement anachroniques, au demeurant...


Promenade en forêt, découverte d'une grotte renfermant un œuf immense (celui de la créature qui nous intéresse), tremblement de terre et au final, naissance impromptue de Gappa... ou de sa progéniture d'ailleurs puisque tout ceci n'est pas très clair. Après avoir rapidement proposé aux villageois de les accompagner sur leur bateau, les scientifiques pressent le pas pour repartir. Il faut dire que le volcan s'avère de plus en plus menaçant et que les parents du bébé reptilien (qui s'avérera en fait être de type dinosaure à plumes ou dinosaure avien) sont bien décidés à reprendre possession de leur enfant. De retour à la civilisation, les scientifiques et leur hargneux commanditaire enferment le ''rejeton'' dans une cage tandis que ses parents, lentement mais sûrement, remontent jusqu'au Japon afin de retrouver leur bébé... quitte à tout détruire sur leur passage. Ce qui donne lieu à des séquences de destruction de masse qui pour l'époque, avouons-le, ne sont pas si mal fichues que ça. Un tout petit peu moins carton-pâte qu'à l'habitude, les villes sont d'ampleur et la miniaturisation parfois convaincante. Il faudra attendre pour cela, presque quarante minutes mais alors, la séquence suivante durera bien sept ou ou huit minutes avant que le calme ne revienne, amenant ainsi un peu de tranquillité et une certaine morale à l'ensemble. Pas de véritable amourette même si les sentiments se rejoignent parfois par le toucher, une happy end convenue, des effets-spéciaux parfois maladroits mais qui démontrent l'ambition du projet, mais aussi, malheureusement, des créatures visuellement grotesques. Demeure alors un Kaijū eiga honnête mais pas très original. À noter que l'invraisemblance du titre qui fait référence à une créature en réalité absente du film est due à la responsabilité des distributeurs français puisque dans sa version originale, 大巨獣ガッパ signifie en réalité Gappa la bête géante...

 

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