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mercredi 17 juin 2026

The Furious (Huo Zhe Yan) de Kenji Tanigaki (2026) - ★★★★★★★★☆☆




The Furious de Kenji Tanigaki..... Vous l'aurez compris, comme je l'imagine, qu'avec un titre pareil, faut pas s'attendre à assister à la réunion d'un club du troisième âge dont les membres seraient passionnés de macramé ou de mots fléchés ! Ici, ça cogne dur. Mais pas comme dans une cours d'école où durant l'interclasse deux élèves ou deux clans opposés se frotteraient l'un à l'autre à coups de pieds désordonnés dans les jambes et de coups de poings dans le visage. Pas raisonnable pour un sou et se fichant totalement du manque de vraisemblance des chorégraphies dont il s'est probablement chargé lui-même lors des combats, le réalisateur japonais signe en 2026 avec ce qui à Hong-Kong est sorti sous le titre originale Huo Zhe Yan, l'un de ces thrillers d'action et d'arts-martiaux asiatiques très attendus cette année. Il faut dire que la bande annonce avait de quoi nous réjouir tout en étant la promesse d'une nouvelle référence en la matière après les excellents Taken de Pierre Morel en 2008, The Raid de Gareth Evans en 2012 ou encore le récent et extraordinaire City of Darkness signé du réalisateur hongkongais Soi Cheang en 2024... S'agissant du second, les spectateurs auront tout loisir de découvrir que l'acteur indonésien qui à l'époque campait le rôle de Mad Dog est de retour cette année dans le rôle de l'un des personnages antagonistes. Un individu prénommé Tak, grand amateur d'arc, lequel est son arme favorite, traînant toujours à l'écran son démoniaque faciès rendu encore plus sinistre désormais lorsqu'il se met à sourire ! Pas très bavard mais déjà beaucoup plus que l'un des deux héros de cette histoire somme toute banale écrite à quatre mains par Mak Tin-shu, Lei Zhilong, Shum Kwan-sin et Frank Hui et qui se trouve être muet. Un scénario entretenant d'ailleurs un rapport ténu avec Taken puisque ce même personnage prénommé Wang et incarné par Xie Miao se lance à la recherche de sa fille Rainy (Yang Enyou) qui a été enlevée devant ses yeux. D'emblée, et avant que le drame ne vienne bousculer l'existence du père et de sa fille, Kenji Tanigaki parvient à instaurer une complicité entre les personnages qui se ressent énormément à l'écran, rendant ainsi le duo très attachant. Mais le drame n'étant jamais très loin de succéder au bonheur, Wang se lance dans une course effrénée et va à cette occasion croiser la route de Navin, homme dont l'épouse journaliste enquêtait sur des disparitions d'enfants avant de s'évaporer elle-même dans la nature. Enquêtant à son tour sur un réseau supposé de kidnapping et de vente de jeunes enfants, Navin s'est infiltré voilà deux mois mais l'arrivée de Wang va tout foutre en l'air. Lorsque l'un et l'autre comprennent qu'ils ont un intérêt commun, ils décident de s'allier et de démanteler l'organisation criminelle...


C'est sans la moindre hésitation que mon choix s'est porté sur The Furious plutôt que sur Disclosure Day de Steven Spielberg que j'ai décidé de reporter d'un ou deux jours. Parce qu'entre l'hypothèse de vivre une expérience humaine probablement très profonde, avec ses questionnements sur les différentes formes de croyances qu'il s'agisse de Dieu ou de l'existence même des extraterrestres et vivre une aventure toute aussi intense faisant davantage appel à la bête sommeille en tout homme afin d'atteindre un but ici évidemment légitime, mon choix s'est donc porté sur celle-ci... The Furious est le digne descendant de ses prédécesseurs et confirme une nouvelle fois qu'en matière de cinéma d'action et d'arts-martiaux l'Asie n'a pas de compte à rendre à quiconque et reste seule maîtresse d'un art qu'elle maîtrise de bout en bout. Doté d'un budget estimé à environ vingt millions de dollars, le long-métrage de Kenji Tanigaki réunit différentes nations : Japon, Chine, Indonésie et Thaïlande où sera d'ailleurs tourné le film. Et plus précisément à Bangkok, dès le mois d'avril 2024 et ce, durant une période de trois mois. Ville tentaculaire et donc anxiogène, théâtre de nombreux enlèvements d'enfants dont ne semble d'ailleurs pas trop se préoccuper le chef du commissariat. Corrompu ? Pleutre ? Nous le découvrirons beaucoup plus tard lors du récit. On ne s'étonnera pas d'apprendre que Kenji Tanigaki a participé voilà deux ans en arrière à l'élaboration des cascades de City of Darkness du hongonkongais Soi Cheang tant les chorégraphies de son tout dernier long-métrage semblent produites dans le même esprit en terme d'inventivité et de création. Des combats opposants les acteurs Miao Xie (Wang Wei) et Joe Taslim (Navin) à des antagonistes très résistants incarnés par Brian Le (Ho), Yayan Ruhian (Tak), Sahajak Boonthanakit (Mr. Song) ou encore Joey Iwanaga (Paklung, l'un des richissimes pontes de l'organisation criminelle). N'oublions pas la jeune Enyou Yang qui interprète la fille de Wang, très investie dans le récit puisque kidnappée et motivée ensuite à s'échapper et à faire libérer tous les enfants qui comme elle sont enfermés dans un établissement du nom de Snake Pit...


Mais bien évidemment, ce que l'on vient chercher ici en priorité, ce sont les combats. Et à ce titre, on en prend plein les yeux. Un show quasi permanent, des affrontements souvent dantesques, périlleux (on se demande comment certains acteurs n'ont pas fini à l’hôpital) et millimétrés. Quelques séquences émouvantes entre le père et sa fille, un duo de choc entre Wang et Navin, mais aussi, quelques séquences absurdes et sans doute moins pertinentes que d'autres. L'on pense notamment à la libération des enfants durant laquelle l'on découvre encore une fois l'étrange attitude du commissaire de police qui refuse à ses subalternes d'intervenir. Longue séquence qui oppose nos deux héros à une armada de criminels dans un couloir. Une séquence étonnamment tournée, brouillonne, répétitive et surtout, dénuée de toute maestria chorégraphique. Étrange... Kenji Tanigaki manquerait-il alors d'imagination ? Son inspiration se serait-elle envolée en fumée ? Pas vraiment puisque le final confirme ensuite qu'il en avait encore sous le pied et que la scène de la libération des enfants était sans doute traitée sous forme ''d'entracte'' afin de rendre encore plus intense ce qui allait suivre. Notons ensuite que le film verse parfois dans le grand-guignol avec des scènes extrêmement gore agrémentées de bruitages qui accentuent l'horreur de la situation. Kenji Tanigaki se lâchant alors durant une séquence ma foi totalement invraisemblable durant laquelle Paklung libère toute la folie qu'il contenait jusque là au point de commettre un acte irréparable... Ce passage est sans doute celui de trop. Une surenchère qui fait plus rire qu'elle n'engendre l'épouvante. Heureusement, le final, grandiose, viendra remettre un peu d'ordre dans toute cette histoire. Un combat à quatre opposant Wang et Navin à Tak et Paklung avant qu'un cinquième élément en la personne de Ho ne vienne s'ajouter au combat. Bref, The Furious, c'est du très grand spectacle visuel à défaut de nous proposer un défi intellectuel. Un scénario basique mais une réalisation, une interprétation et des chorégraphies magistrales...


lundi 3 décembre 2018

Gokudō Daisensō de Takashi Miike (2015) - ★★★★★★☆☆☆☆



Alors qu'en 2015, année de sortie de Gokudō Daisensō (Yakuza Apocalypse), se profilait pas très loin de là la production du 100ème long-métrage du cinéaste japonais hyper-prolifique Takashii Miike, Blade of the Immortal, il était temps de réinvestir l'univers trop souvent ignoré de l'un des réalisateurs asiatiques les plus incroyables de l'histoire du cinéma tous territoires confondus. Et lorsque je dis ignoré, je veux bien entendu dire en ces pages, celles de Cinémart qui se sont arrêtéés sur trois de ses œuvres parmi les plus folles. Koroshiya 1 et Bijita Q dans un double-article en 2012, et Tera Fômâzu l'année dernière. Lorsque l'on tourne à la vitesse d'un cheval au galop, on prend forcément le risque de produire autant de bons films que de nanars, et malheureusement, Takashi Miike ne déroge pas à cette règle immuable. Avec Yakuza Apocalypse, le japonais se situe juste à la limite entre les deux. Pas un navet, mais pas le meilleur de ce que ses fans sont en droit d'attendre de la part d'un cinéaste qui une fois encore brasse une légion de genres pour un résultat iconoclaste.
Véritable festival regroupant tout ce dont est capable Takashi Miike, pour le meilleur et pour (dans une moindre mesure) le pire, Gokudō Daisensō aborde l'une des thématiques préférées de l'auteur Crow Zero, Sabu ou encore MDP Psycho. Son personnage principal, au même titre que bon nombre de second rôles est un yakuza, qui comme son nom ne l'indique pas forcément au premier abord pour les occidentaux que nous sommes, signifie qu'il est un membre d'une organisation criminelle s'apparentant à la Mafia japonaise. Fasciné par son maître et plus puissant yakuza de Tokyo (lequel est tout d'abord décrit comme le bienfaiteur d'un quartier pauvre de la ville), Genyo Kamiura (incarné à l'écran par Lily Franky), Akira Ichihara est l'un de ses plus fidèles lieutenants. Lorsque Genyo Kamiura est abattu par des membres du Syndicat du Crime qui voulait que ce dernier les rejoigne, Akira est mordu par son maître juste avant que celui-ci ne meure. Genyo Kamiura était non seulement le plus respecté des yakuzas, mais il était surtout un vampire qui se nourrissait du sang de certains des habitants du quartier. Trahi par les siens, Genyo Kamiura transmet donc son pouvoir à Akira qui ne cherche alors plus qu'à venger sons maître...

Et alors là, attention : on ne sait trop ce qui est passé par la tête du cinéaste ou quel stupéfiant il a pu absorber pour nous pondre un film aussi fou, mais Takashi Miike y mêle thriller, action épouvante, fantastique, horreur, comédie et même Kaijū. Face au héros, une armada d'ennemis constituée de personnages parfois improbables. Tel des villageois attendant leur mort, faisant don de leur sang à un Genyo Kamiura pas encore mort mais précédant cet acte en pratiquant le tricot dans un sous-sol où ils sont enfermés. Tel aussi ce Kaijū prenant la forme d'une peluche de grenouille, dont Takashi Miike ose affirmer qu'elle est la plus puissante ayant jamais existé. Tel cet hybride, croisement d'un homme et d'un canard dont personne ne parvient à soutenir la mauvaise haleine. Tel, encore, ce croque-mort du Syndicat du Crime portant sur son dos un minuscule cercueil enfermant un fusil-électrique ou celui qui l'accompagne généralement, un maître es combat d'une brutalité hors-norme, incarné ici par l'une des stars du cinéma indonésien, Yahan Ruhian notamment vu dans The Raid et sa suite.

Bien qu'étant parfois mou du genou avec de très graves baisses de régime, Gokudō Daisensō ne peut que réjouir les fans du cinéaste japonais et en rameuter, pourquoi pas, de nouveaux parmi ses aficionados. Takashi Miike ne faisant rien comme les autres, il nous propose en outre un final en queue de poisson précédé d'un duel très largement en dessous de celui auquel nous aurions aimé assisté. Un jeu de baffes que l'on aurait préféré être au moins à la hauteur d'un combat opposant plus tôt le héros Akira au personnage de Mad Dog, Kyoken. Une œuvre en demi-teinte mais pourtant fidèle à l'univers de son géniteur...
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