samedi 3 février 2018

1732 Høtten de Karin Julsrud (1998) - ★★★★★★★☆☆☆



Høtten, un petit village norvégien, sert de cadre au premier (et seul?) long-métrage de la productrice et réalisatrice norvégienne Karin Julsrud, 1732 Høtten. Une œuvre policière, dramatique, différente de tout ce que l'on a pu voir jusqu'à maintenant sur le sujet du vigilantisme. Sous ses airs de petit téléfilm maladroitement réalisé, ce long-métrage qui sera plus communément connu sous le titre Bloody Angels aura donc été la seule expérience de réalisatrice de son auteur. Et c'est bien dommage car si l'on dégage les quelques défauts qui émaillent son œuvre, Karin Julsrud a réalisé un film particulièrement efficace, glissant d'un humour noir plutôt mal venu vu le sujet abordé, au thriller quasi-nihiliste avec son flic torturé que l'on comparera dans une moindre mesure au Harry Angel incarné par Mickey Rourke dans le superbe Angel Heart d'Alan Parker.

1732 Høtten, c'est le récit d'un flic débarquant d'Oslo afin d'enquêter sur la mort d'un adolescent et sur la disparition de son frère survenues six mois après le viol et le meurtre d'une jeune handicapée mentale prénommée Katarina. La première partie se concentre sur l'accueil plutôt froid et distant des habitants de Høtten envers l'inspecteur Nicholas Ramm. Chambré par ses collègues et bousculé par la quasi-totalité des habitants du bourg, Ramm ne sait pas encore qu'il met les pieds dans une affaire qui dépassera de loin l'enquête habituelle. Incarné par l'acteur Reidar Sørensen, l'inspecteur Ramm n'est pas le seul personnage à en voir de toutes les couleurs. En ce sens, 1732 Høtten est dérangeant dans le portrait que fait la réalisatrice des habitants du village, soudés face à la famille de deux adolescents qu'elle soupçonne d'avoir violé et tué la jeune Katarina. Face aux rires lors de la découverte du cadavre de l'un d'eux, c'est ce décalage entre humour et fait divers sordide qui perturbe la perception du spectateur qui ne sait plus s'il se trouve face à une comédie noire au goût plutôt douteux.

D'une logique tordue qui se révélera pourtant implacable lors de la révélation finale, Karin Julsrud ne se gêne pas pour asséner aux spectateurs des scènes inconfortables. Face à l'esprit de communauté de ses habitants, c'est une guerre toute personnelle que va mener le flic d'Oslo, mettant ainsi sa propre existence en danger. Danger personnifié par un groupe s'autoproclamant « Anges Bleus » et que les spectateurs identifieront comme des individus prônant l'auto-justice.
Noir c'est noir diront certain à la vision d'un 1732 Høtten hautement pessimiste. Le récit d'un fait divers sordide traité à la manière scandinave, en plein hiver rigoureux. L’œuvre de la norvégienne semble également traiter de la transmission des gênes, des coutumes et des habitudes de ses habitants. Les gamins, comme les adultes, décidant par eux-mêmes de se faire justice. L'une des grandes forces de 1732 Høtten est d'abord de générer du dégoût de la part du spectateur pour ces habitants dont le comportement est généralement des plus odieux avant que le twist final n'explique (sans pour autant les excuser totalement) celui-ci.

L'acteur norvégien Reidar Sørensen porte presque à lui seul l’œuvre sur ses épaules, aidé en cela par le jeune Gaute Skjegstad dans le rôle de Niklas Hartmann, Si la mise en scène ne souffrait pas d'une photographie parfois navrante auréolant 1732 Høtten d'un aspect « téléfilmique » particulièrement ingrat, le long-métrage de Karin Julsrud aurait sans doute gagné ses gallons d’œuvre culte. A voir...

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