lundi 17 juillet 2017

George Romero is... dead !






Comme ce grand monsieur du cinéma d'épouvante et même du cinéma tout court méritait mieux qu'une simple stèle à son effigie, je reviens donc fort logiquement sur sa carrière qui depuis mon adolescence n'a jamais cessé de me poursuivre. Cinémart lui a consacré plusieurs articles dont la majorité fut consacrée à la saga qui le fit connaître à travers le monde. C'est grâce à George Romero que j'ai découvert que le cinéma d'horreur et d'épouvante pouvait refléter autre chose qu'un simple spectacle grand-guignolesque à l'attention exclusive des amateurs de gore et de frissons. Le sien, le cinéaste New-yorkais s'en est servi pour charger presque chacune de ses œuvres d'un message politique, sociologique ou environnemental percutant allant à l'encontre de l'image propre et lisse que pouvaient déjà véhiculer bon nombre de longs-métrages à l'époque de leur diffusion. George Romero et les morts-vivants est une vieille histoire qui remonte à près de cinquante ans. Le 1er octobre 1968, la sortie de The Night of the Living Dead révolutionne le genre en faisant du mort-vivant un individu anthropophage (un 'détail' qui deviendra par la suite monnaie courante). Cette fois-ci, le zombie n'est plus un être victime d'une malédiction ou d'un empoisonnement le condamnant à errer simplement dans la campagne environnante mais une créature à la recherche exclusive de nourriture. De la viande humaine dont il se repaît jusqu'à ronger sa victime jusqu'à l'os. Le succès du film est phénoménal mais en raison d'une absence de copyright, The Night of the Living Dead tombe directement dans le domaine public (n'importe qui pouvant ainsi l'exploiter d'une manière ou d'une autre sans avoir recours à la moindre permission). Fort du succès de son premier long-métrage, on aurait pu supposer que George Romero donnerait une suite immédiate à son chef-d’œuvre (comme il est coutume de faire de nos jours) mais non. 
Trois ans plus tard, il consacre son deuxième long-métrage, There's Always Vanilla, au drame. Puis en 1972, le voilà qu'il revient avec un petit téléfilm consacré à la sorcellerie, Season of the Witch. L'année suivante sort The Crazies (que les distributeurs français ont l'opportunité (et surtout la bêtise) de traduire chez nous sous le titre La Nuit des Fous Vivants. Un budget deux fois plus conséquent que celui de son premier film et qui pourtant offre un résultat à presque similaire. Une œuvre fauchée, pas toujours très bien interprétée mais, dans un sens, assez visionnaire de ce à quoi ressemblera le cinéma post-zombies des années deux-mille puisque l'on y assiste à la première véritable pandémie cinématographique mettant en scène des infectés. De ceux que l'on rencontre communément dans le cinéma d'horreur qui ceux qui se définissent comme les enfants illégitimes de George Romero. The Crazies ayant toujours fait figure de brouillon au phénoménal Dawn of the Dead, il faudra cependant attendre cinq années avant de découvrir sur nos écrans le second volet de la saga consacrée aux morts-vivants.

Entre temps, George Romero aura eu le temps de réaliser Martin, un petit film que beaucoup d'amateurs considèrent alors comme l'un de ses meilleurs films, et en tout cas, comme une approche du vampirisme assez personnelle et originale puisque l'on s'éloigne ici très sensiblement de l'ouvrage de Bram Stoker, Dracula en ancrant le récit tournant autour de son personnage, un jeune homme malade, persuadé d'être un vampire, dans un univers urbain et contemporain.
1978, soit dix ans après son tout premier long-métrage, George Romero signe l’œuvre phare de sa filmographie. LE film de zombies par excellence, ou du moins, l'un des très rares (avec son ancêtre The Night of the Living Dead ), à servir encore aujourd'hui de source d'inspiration au genre (qu'il s'agisse de bande-dessinée, de cinéma ou de télévision). Ici, le cinéaste y laisse s'exprimer tous les obsessions dont il a déjà émaillé une partie de sa filmographie : on y parle d'armée, de racisme, de consommation et de médiatisation. A l'origine, film-fleuve de plus de deux heure-trente, le cinéaste italien Dario Argento a œuvré ou que Dawn of the Dead gagne en puissance et en vélocité là où il perdait en longueurs. La bande-son est revue et corrigée par l'excellent groupe de rock progressif italien Goblin (lequel a signé bon nombre de bandes-originales) et de sévères coupes sont imposées par Dario Argento. Des coupes nécessaires, surtout si l'on a eu la chance de comparer les deux versions. A la suite de Zombie, George Romero tourne Knightriders (un film de bikers déguisés en chevaliers!!!) puis, en 1982, il s'attaque à Creepshow.
Une excellente anthologie de courts-métrages horrifiques tous réalisés par le maître lui-même mais scénarisés par l'écrivain Stephen King. Constitué d'un prologue et de cinq segments, Creepshow est un petit chef-d’œuvre d'humour macabre dans lequel on découvre notamment les acteurs Ed Harris, Ted Danson et Leslie Nielsen, mais également Stephen King lui-même, ainsi que le maquilleur Tom Savini, responsable des effets-spéciaux de plusieurs longs-métrages de Romero dont ceux de Day of the Dead, le prochain volet du cycle consacré aux morts-vivants. Le film sort en 1985 et donne l'occasion au cinéaste de se lâcher en terme de critique et à Tom Savini en terme d'effets-spéciaux. Le spectacle est total. L’œuvre confronte armée et scientifiques dans une base souterraine commandée d'une main de fer par l'inflexible Capitaine Henry Rhodes (l'acteur Joseph Pilato). Pour la première fois, George Romero évoque la possibilité de dompter les morts grâce à l'étude d'un savant fou effectuée sur le spécimen nommé Bub. Le sujet relance le thème et le film demeure parmi l'un des meilleurs de son auteur. En 1988, Romero réalise Monkey Shines dont le sujet lui vaudra notamment l'Antenne d'or au festival d'Avoriaz en 1989.
En 1990, George Romero débarque avec Deux Yeux Maléfiques conjointement réalisé avec Dario Argento, une vieille connaissance, chacun réalisant l'un des deux uniques segments constituant le film. Romero retrouve également Stephen King deux ans plus tard en adaptant son excellent ouvrage La Part des Ténèbres. Si le résultat n'est pas à la hauteur du roman dont il s'inspire, le film n'est pas mauvais, loin de là. Bruiser, lui, évoque l'histoire assez étrange d'un individu dont la particularité est de se réveiller un matin sans visage. Le cinéaste introduit ici la notion de perte d'identité et le film réserve quelques bonnes surprises.

Dès 2005, le cinéaste new-yorkais ne semble plus vouloir se consacrer à autre chose qu'à sa fameuse saga des morts-vivants puisqu'entre 2005 et 2009, il réalisera respectivement, Land of the Dead, Diary of the Dead, ainsi que Survival of the Dead, la qualité s'en ressentant peu à peu. En nous quittant le 16 juillet dernier, le grand bonhomme (par le talent et par la taille) a laissé un immense vide. Un trou comme diront sans doute certains d'entre nous. Depuis 2010, deux projets demeurèrent en jachère et avec la mort de leur auteur, difficile de croire que nous les découvriront un jour. Solitary Isle, dans lequel un groupe d'individus échoués sur une île devaient être confronté à des forces obscures (Allociné). Puis Diamond Dead, une comédie musicale matinée d'horreur... R.I.P George. Nous nous reverrons dans l'Enfer terrestre si bien décrit dans Dawn of the Dead...


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