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mercredi 17 avril 2024

Damaged de Terry McDonough (2024) - ★★★★☆☆☆☆☆☆

 


 

Si l'affiche du dernier long-métrage du réalisateur de télévision britannique Terry McDonough met en avant les personnages incarnés à l'image par l'acteur américain Samuel L. Jackson et le français Vincent Cassel, le véritable héros du récit reste bien le flic écossais Glen Boyd qu'interprète de son côté l'écossais Gianni Capaldi. Étant beaucoup moins connu que ses deux partenaires, on peut comprendre ce choix qui de base se veut judicieux mais qui au final ne renversera absolument pas la vapeur puisque Damaged n'en demeure pas moins un piètre thriller immédiatement sorti en Direct to Video. Si l'intrigue démarre à Chicago, l'inspecteur Dan Lawson (Samuel L. Jackson) se retrouve très vite contraint de se rendre en Écosse lorsque six ans après une série de meurtres abominables, le tueur qui les commit semble s'être déplacé jusqu'en Europe pour y accomplir de nouveaux massacres. Mis en relation avec l'un des meilleurs flics de la région qui enquête sur cette nouvelle série de meurtres, Dan Lawson retrouve en outre son ancien partenaire Bravo (Vincent Cassel) qui va les aider lui et Glen Boyd à élucider cette sordide affaire... Tourné en deux mois entre mars et mai 2023, Damaged bénéficie d'un casting plutôt alléchant qui laissait présager un thriller de qualité. Malheureusement, on se rend bien vite compte que le long-métrage de Terry McDonough n'atteindra jamais les cimes d'un genre dont il reprend énormément de clichés. Durant plus d'une heure et trente minutes, le spectateur a l'impression d'assister à un long épisode de série télévisée policière du genre Londres, police judiciaire tout en demeurant d'une qualité moindre. Concernant les clichés en question, ils sont à profusion : Samuel L. Jackson incarne un flic alcoolique qui a perdu sa femme dans d'horribles circonstances (celle-ci fut la première victime du tueur en série qu'il traque depuis des années). Quant à Glen Boyd, son épouse et lui ont perdu leur jeune enfant de trois ans l'année passée et depuis, leur relation est devenue très compliquée. Derrière le côté délétère de leur propre existence, l'un et l'autre n'en demeurent pas moins d'excellents représentants de la loi même si parfois ils se laissent aller à quelques libertés afin d'accélérer leur enquête.


Tourné en Écosse, Damaged ne se démarque pourtant pas vraiment des thrillers américains en raison de son approche visuelle relativement déplorable. Seul l'accent d'une partie de ses interprètes apporte un semblant ''d'exotisme'' à ce DTV de qualité très moyenne. Écrit par Paul Aniello, Gianni Capaldi et Koji Steven Sakai, le film tente bien de se fondre dans un univers irrespirable avec ses flics marqués par des démons intérieurs plutôt classiques dans le genre ainsi que ses quelques meurtres relativement sanglants. En effet, les scènes de crime s'avèrent relativement sanguinolentes à travers ces victimes féminines tuées de manière apparemment rituelles. L'on se prend alors à rêver de crimes commis sous l'impulsion de rites liés à une communauté religieuse mais la réalité, aussi invraisemblable qu'elle puisse paraître, sera d'un tout autre ordre. Entre un tueur en mode ''Copycat'' qui découpe ses victimes en morceaux, fait disparaître les abdomens, prélève sur chacune d'entre elles un objet, se montre monstrueusement arrogant avec les autorités et un suspect qui très longtemps permettra au récit de détourner l'attention du spectateur et de l'éloigner de l'authentique machiavélisme dont fait preuve l'écriture des trois scénaristes, Damaged ne parvient jamais à égaler les grands classiques du thriller crapoteux dont il se distingue malgré tout par un climax et un twist finaux absolument abracadabrantesques. C'est bien simple, on ne croit pas un seul instant à cette vérité qui nous est délivrée dans les derniers instants et qui voudrait [Attention Spoil] que tout ne tourne qu'autour d'une vengeance perpétrée par le flic incarné par Samuel L. Jackson. Car la vérité est bien là : trompé par son épouse avec son ancien partenaire Bravo, celui-ci aurait accidentellement tué son épouse lors d'une dispute. Une mort involontaire qu'il aurait transformé en scène de crime sordide qu'il aurait tenté de mettre sur le compte d'un hypothétique tueur en série, le poussant ainsi à commettre une série de meurtres voilà six ans afin de noyer le poisson. Mou et finalement peu passionnant, Damaged est donc une déception, faisant de la collaboration entre Samuel L. Jackson et Vincent Cassel, rien de moins qu'un pétard mouillé...

 

samedi 10 février 2024

TROMA : Def by Temptation de James Bond III (1990) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆

 


 

Chouette, une distribution Troma Entertainment (Toxic Avenger, la franchise Class of Nuke'em High, Poultrygeist: Night of the Chicken Dead, Combat Shock, Blood Sucking Freaks, etc...) qui compte en outre ici dans ses rangs, un film de Blaxploitation ! Lorsque l'on aime l'un et l'autre, forcément, on cherche par tous les moyens à mettre la main sur la chose dans l'espoir de passer parmi les quatre-vingt dix minutes les plus excitantes de notre vie de cinéphage... Plus étonnante est la présence au casting de Samuel L. Jackson. Mais que les fans de l'acteur afro-américain ne s'emballent pas trop rapidement car son temps d'acting est ici drastiquement réduit. Car le (ou les) véritable(s) protagoniste(s) du récit n'est (ne sont) pas interprété(s) par ce très célèbre acteur originaire de Washington D.C. mais bien James Bond III ainsi que Kadeem Hardison. Le premier signe ici également son premier long-métrage. Nous sommes en 1990 et ce sera d'ailleurs sa seule réalisation. Alléluia mes frères car dans le rôle de l'étudiant en théologie prénommé Joel, celui-ci signe avec Def by Temptation (''connu'' chez nous sous le titre Succube), ce qu'il peut y avoir de pire dans le genre. Et pas que... La Troma Entertainment ayant participé au financement du long-métrage, on pouvait espérer que l'empreinte de son fondateur Lloyd Kaufman transpire littéralement. Ou du moins, en partie. Mais non, James Bond III semble avoir gardé le contrôle de son bousin jusqu'au bout. Le titre original n'étant pas vraiment parlant quant au contenu du projet, c'est donc vers son alternative que se pencheront les amateurs de longs-métrages d'épouvante qui espéreront alors sans doute découvrir à travers Def by Temptation, un film de vampire s'écartant des carcans du genre. Une chose est sûre : le contrat est de ce point de vue là, parfaitement rempli. Pourtant, rarement nous aura été offerte l'occasion de nous faire chier au point d'avoir envie d'abandonner la projection après seulement dix ou quinze minutes. Ce qui en outre s'avère déjà un exploit si l'on tient compte du fait que d'emblée, Def by Temptation montre de très profondes lacunes en matière d'écriture. Alors, imaginez qu'il puisse exister sur terre des femmes et des hommes capables de tenir jusqu'au bout...


Aux côtés de son ami K qu'il part rejoindre à New York, Joel fait la connaissance d'une séduisante jeune femme qui a ses habitudes dans un bar. Interprétée par l'ancienne actrice Cynthia Bond devenue depuis romancière dont je serais bien incapable de dire si elle entretient une quelconque filiation avec le réalisateur (j'ai eu beau chercher, je n'ai rien trouvé à ce sujet), la tentatrice et donc succube du titre use de ses charmes (lesquels sont réels, je vous assure) sur des hommes pour les attirer chez elle, leur faire l'amour et pour ensuite s'en prendre à leur intégrité physique ! Là dessus, on est d'accord, rien de vraiment très original. Car en dehors du fait que le film soit exclusivement interprété par des artistes afro-américains (d'où le statut de film de Blaxploitation), Def by Temptation applique une telle redondance que l'on pourrait presque le comparer à un Running gag de très mauvais goût s'il n'apparaissait pas aussi pathétique. En gros, le principe est toujours le même. Un type se laisse séduire et tombe donc entre ses griffes (au sens propre). La belle emmène sa proie jusque dans sa couche (un lit à baldaquin au drapé d'un blanc jusqu'ici immaculé). Cette dernière tire son coup et finit par se faire mordre, griffer et j'en passe. Et hop, on recommence avec la prochaine victime. Tout cela sous un halo blanchâtre du plus mauvais effet. À dire vrai, je n'avais pas ressenti une telle envie de m'échapper de cette insoutenable épreuve depuis le Raiders of the Living-Dead de Samuel M. Sherman ou le Attack of the Giant Blurry Finger de ce véritable terroriste du septième art qu'est Cody Clarke ! Car non seulement Def by Temptation est chiant comme une soirée diapositives, interprété avec les pieds, étouffé par une bande musicale FM déprimante (les BO des pornos soft diffusés à l'époque sur M6 mériteraient à côté de celle de Paul Laurence de figurer dans le top 100 des plus remarquables créations musicales de tous les temps), mais le style ''Clip Vidéo'' typique des années 80/90 de l'ensemble (genre éclairage en couleurs primaires et criardes) termine de donner à l'ensemble un cachet ''Kitsch'' qui confirme que l’œuvre (un bien grand mot pour cette épouvantable chiure) est une erreur contre-nature qui n'a absolument pas sa place sur les étagères des collectionneurs qui voudraient ajouter un dernier totem à leur amas de VHS, de DVDs ou de Blu-ray estampillés Troma Entertainment. Bref, sur une échelle de dix, le film mérite un bon gros 1 que l'on accordera malgré tout à la charmante Cynthia Bond. Pour le reste, direction le vide-ordures...

 

jeudi 31 août 2023

Unthinkable de Gregor Jordan (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Avant de commencer à parler de Unthinkable de Gregor Jordan, une petit anecdote. Les plus anciens que se rivèrent devant la télé dans les années quatre-vingt se souviennent sans doute de l'acteur Dayo Ade qui dans les saisons 3,4 et 5 de la série télévisée canadienne Les années collège interpréta le rôle de Bryant Lister Thomas dit ''BLT''. Plus de vingt ans après, le voilà qui réapparaît donc dans ce film sous tension sous l'uniforme militaire de l'agent Winston. Voilà, c'est dit. Concernant le long-métrage de Gregor Jordan, il aurait fallut au réalisateur patienter une année de plus pour que corresponde Unthinkable avec l'anniversaire des dix ans des attentats du 11 septembre 2001 et ainsi ''fêter en grandes bombes'' la sortie de ce qui s'apparente avant tout à un DTV de moyenne facture. Visuellement, le film est aussi laid que les œuvres signées d'Edward Drake, John Sterfeld, Mike Burns, Jesse V. Johnson ou Jared Cohn, lesquelles mirent en outre en scène l'acteur Bruce Willis. TIENS ! Justement celui qui côtoya Samuel L. Jackson qui est l'un des principaux personnages de Unthinkable et qui aux côtés de l'ancienne gloire du cinéma d'action des années 80/90 avait interprété l'un des deux rôles titres de l'excellent Une journée en enfer de John McTiernan en 1995. Quinze années plus tard, l'afro-américain apparaît à l'image sous les traits d'un agent du FBI instable auquel les autorités font appel en dernier recours lorsque tout type de négociations ne mène à rien. C'est ainsi que Henry Harold Humphries surnommé ''H'' (ce qui tombe plutôt bien compte tenu du fait que le film repose sur le dépistage de trois bombes atomiques disséminées sur le territoire américain) est approché afin de résoudre un très épineux problème : en effet, un certain Steven Arthur Younger qui désormais préfère se faire appeler Yusuf vient d'affirmer à travers une inquiétante vidéo qu'il a posé trois bombes nucléaires dans trois villes des États-Unis. Mis aux arrêts et acheminé vers un entrepôt protégé par l'armée, il est enfermé dans une pièce afin d'y être interrogé. ''H'' est dépêché sur les lieux au même titre que l'agent Helen Brody. Si l'objectif de l'un et de l'autre est le même, leurs méthodes vont par contre drastiquement être opposées. En effet, l'agent Brody préfère tenter d'amadouer le supposé terroriste en discutant tandis que ''H'', lui, opte pour une méthode nettement plus radicale.


Unthinkable n'a pas vraiment fait de vague à sa sortie sur le territoire français en 2010 tandis que dans son propre pays, le film semble avoir fait un carton, jouant ainsi sans doute sur le patriotisme américain et sur le drame qui neuf ans auparavant causa des milliers de morts et qui probablement en 2010 hante encore ses habitants. Comme je l'indiquais un peu plus haut, esthétiquement, le long-métrage de Gregor Jordan est relativement laid. Rien ne sauve en effet visuellement le film et surtout par la photographie ni les décors qui se résument en grande partie à un entrepôt dans lequel est installée une salle d'interrogatoire. S'il on aurait pu supposer découvrir Samuel L. Jackson dans le rôle du sympatrique patriote américain, il n'en est rien puisque à l'image il apparaît sous les traits d'un individu méprisable, sadique, voire même atteint de troubles psychiatriques. Face à lui, une Carrie-Anne Moss (le personnage de Trinity dans la trilogie Matrix) presque totalement effacée en dehors des quelques séquences durant lesquelles elle tente d'agir face aux horreurs perpétrées par ''H''. Probablement que le film aurait été de bien meilleure facture si le réalisateur ne s'était pas essentiellement contenté de filmer ses interprètes dans une seule et unique pièce et avait élargi son horizon en multipliant des séquences extérieurs lors desquelles nous aurions pu découvrir, par exemple, des agents du FBI lancés à la recherche des fameuses bombes atomiques. Avec ses quinze petits millions de dollars de budget, Unthinkable a malheureusement bien du mal à convaincre. Surtout lorsqu'il s'agit de faire exploser une bombe en ville à grands renforts d'effets-spéciaux de médiocre qualité. Écrit par Peter Woodward, le rôle du terroriste est interprété par l'acteur gallois Michael Sheen dont le patronyme n'a aucun rapport avec l'acteur Martin Sheen ou tout autre membre de sa famille. Michael Sheen est quant à lui littéralement habité par son personnage et l'acteur demeure sans doute le plus convainquant des interprètes. Bref, Unthinkable est surtout difficile à soutenir du regard pour des raisons purement techniques. Pour le reste, le récit se suit sans véritables embûches...

 

jeudi 17 juin 2021

Glass de M. Night Shyamalan (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Les super-héros/super-vilains existent-ils, veulent-ils être reconnus et plus encore, le méritent-ils ? Quel apport peuvent-il avoir sur notre société ? Incassable, Split et Glass forment un ensemble, un tout, mais cet état des choses est-il immuable ? Glass est peut-être le volet de trop. Celui d'une trilogie qui aurait dû se contenter de n'être qu'un diptyque. Une œuvre qui impose la même posture que Split tout en cherchant à l'améliorer. Rendre le spectacle plus exaltant encore, quitte à démultiplier ad nauseam un même concept. Là où James McAvoy/Kevin Wendell Crumb et ses multiples personnalités étaient parvenus à nous surprendre, nous séduire et nous terrifier, la grandiloquence avec laquelle évolue désormais le personnage en font une caricature qui peine trois ans plus tard à faire sursauter dans son fauteuil un spectateur déjà sevré à ce type d'exercice. Attristé par certaines critiques assassines, M. Night Shyamalan s'est-il remis en question ? La bande-annonce de son prochain long-métrage Old à sortir en juillet sur les écrans de cinéma semble aller dans ce sens. Mais avant cela, Glass n'est qu'une coquille scénaristiquement vide qui se complaît dans des affrontements vains et faussement sophistiqués. Le film dure plus de deux heures. Et durant plus d'une heure trente, le réalisateur américain d'origine indienne balade sa caméra entre les murs d'un institut psychiatrique et ses environs. Tout ça pour quelle raison ? Faire des lieux une arène certes parfois très belle à regarder (la pièce rose où la pourtant très talentueuse Sarah Paulson/le docteur Ellie Staple peine à vouloir élever le débat avec autant de profondeur que Louise Fletcher/l'infirmière en chef Mildred Ratched du formidable Vol au dessus d'un nid de coucou de Miloš Forman) mais dont l'intérêt s'éteint dès lors que l'on a intégré le principe.


Cela peut paraître anodin, mais la seule différence d'intensité entre le personnage du docteur Ellie Staple et celui du docteur Karen Fletcher (un hommage au long-métrage de 1975 et à sa formidable interprète?) qu'interprétait avec force et conviction l'actrice Betty Buckley dans Split suffit à démontrer les carences de Glass en matière d'écriture et de dialogues. M. Night Shyamalan semble à ce point se reposer sur ses lauriers que Glass peut dès lors s'envisager comme ces œuvres qui par leur incompétence à s'aligner sur le meilleur du cinéaste, le contraignent par la suite à mûrir son œuvre à venir. Glass marque alors un cycle. Le début et espérons-le, la fin très rapide d'un second dont la nocivité ne peut finalement lui être que bénéfique. Une étape sans doute essentielle pour M. Night Shyamalan mais qui n'épargnera malheureusement pas celles et ceux qui rêvaient d'un épilogue à la hauteur des deux premiers volets. Le film est d'autant plus rageant que l'on fantasmait la réunion de James McAvoy, de Bruce Willis et de Samuel L. Jackson. Glass souffre d'une écriture trop simpliste. Tellement que l'on en arrive même à se demander si quelque chose ne nous a pas échappé. Si cette simplicité qu'on lui reproche ne cacherait pas une complexité qui nous dépasse. Mais non : une, deux, trois ou quatre visions offriront le même résultat. À vrai dire, tel un virus, il faudrait sans doute isoler Glass de ses aînés. Refuser de s'offrir une soirée ''M. Night Shyamalan'' durant laquelle seraient projetés à la file les trois volets de la saga. Car dès lors, la déperdition en terme de qualité s'en trouverait par trop importante.


Pour en extraire même un infinitésimal intérêt, mieux vaut-il sans doute écarter Incassable et Split, ou mieux les oublier pour pouvoir un tant soit peu profiter du spectacle de Glass comme d'un matériau original dans son concept et dans son élaboration. Mais là encore, faut-il que M. Night Shyamalan ait une histoire à nous raconter. Autre exemple significatif de ''fuite d'inspiration'' qui englue littéralement le récit : ces twists qui habituellement sont la marque de fabrique du réalisateur et qui ici, après cent minutes d'une œuvre poussive, prennent la forme d'un cheveu tombant négligemment dans la soupe. Le genre de twist que l'on aurait attendu de la part d'un débutant mais certainement pas d'un homme comme M. Night Shyamalan ! Une demi-heure ou presque, c'est ce qu'il reste à ce moment très précis de Glass dont les quatre-cinquième viennent de s'écouler, confirmant notre lassitude et au moins une certitude : Glass est trop long d'une heure... au moins ! Bonne interprétation générale malgré la redondance de certains rôles et de leur attitude respective (James McAvoy/Kevin Wendell Crumb, fameux mais tournant en boucle), mise en scène classieuse, expérience trop longue sur la durée et semée d’embûches consécutives à un scénario besogneux, décors de Chris Trujillo voguant entre sinistre et style ''déco arty rose bonbon'', et pour la seconde fois, le compositeur américain West Dylan Thordson aux commandes de la partition et qui nous resserre à peu de chose près la même chose que pour Split. Efficace mais parfois superflu. En bref, Glass est une déception...

 

mardi 15 juin 2021

Incassable de M. Night Shyamalan (2000) - ★★★★★★★★☆☆


Oublions très rapidement les deux premiers longs-métrages du réalisateur américain d'origine indienne M. Night Shyamalan pour nous pencher sur la suite de sa carrière. Dès 1999, il nous offre le premier d'une série de très grands films avec Le sixième sens. Une chance supplémentaire pour l'acteur Bruce Willis de retrouver la grâce sur grand écran avec ce scénario conçu par le réalisateur lui-même et qui ne souffre d'aucune imperfection jusqu'à son incroyable dénouement. Regarder l'oeuvre toute entière de M. Night Shyamalan, c'est un peu comme de monter à bord d'un grand huit. Il y a autant de bonnes choses à découvrir que de mauvais choix artistiques. Parmi le pire, on évoquera par exemple Phénomènes en 2008 et plus encore After Earth en 2013 qui reste sans doute le plus mauvais d'entre tous. Plus tard, M. Night Shyamalan devait renaître de ses cendres à travers l'étonnant The Visit qui, justement, ''revisitait'' le concept du found footage sous un angle inédit. Le début d'une série de longs-métrages remarquables. Mais bien avant eux, il fut un temps où déjà, le réalisateur était capable d'aligner des œuvres en tout point remarquables. L'extraordinaire The Village, son récit passionnant et son final plus que surprenant comme avait déjà l'habitude d'en proposer M. Night Shyamalan. Avec Incassable notamment. Quatrième long-métrage du réalisateur et second exploit après Le sixième sens. On ne l'imaginait sans doute pas à l'époque, mais Incassable allait, sinon demeurer l'un des plus grands films de leur auteur, du moins le premier volet d'une future trilogie prolongée avec Split en 2016 et conclue trois ans plus tard avec Glass en 2019...


Mais pour le moment, retour en 2000. En cette fin de siècle dernier (car oui, le vingt et unième siècle n'a débuté que le 1er janvier de l'année suivante) où rien ne semble avoir vraiment changé, sauf peut-être pour David Dunn (Bruce Willis qui retrouve donc M. Night Shyamalan un an après Le sixième sens) dont l'existence va être tout d'abord bouleversée par le déraillement d'un train dont il a été le seul survivant (de surcroît, sans blessures, aucunes), puis par sa rencontre avec Elijah Price (l'acteur Samuel L. Jackson), qui souffre depuis sa naissance d''ostéogenèse imparfaite de type I, une forme légère de la maladie qui le contraint cependant à prendre de vives précautions s'il ne veut pas que ses os se brisent au moindre choc. Passionné de bandes dessinées et de comics consacrés aux super-héros, Elijah a développé la thèse selon laquelle les comics sont le témoignage d'événements ayant trait à l'Histoire. Dans son esprit, les super-héros ont donc existé. Et par conséquent, il y a de fortes chances pour qu'il en existe encore. Lorsqu'il apprend que David est le seul survivant d'un déraillement de train qui a fait plus de cent-trente victimes, il ressent le besoin de le contacter pour savoir s'il ne serait pas lui-même l'un de ces héros de bandes dessinées qui le fascinent depuis toujours...


et d'une certaine manière, Incassable s'avère être un film de super-héros. Ces individus atypiques, sauveurs de l'humanité, de la veuve et de l'orphelin pullulent d'ailleurs ici. Car , c'est bien grâce à eux qu'Elijah n'a pas abandonné tout espoir de vivre, théorisant sur le rapport que peuvent entretenir les comics avec, au hasard, les hiéroglyphes égyptiens. Un fou, semble-t-il. Un homme désemparé qui se raccroche à l'espoir, pourquoi pas, de rencontrer un jour l'un de ses héros. À sa manière, Samuel L. Jackson en incarne un lui-même. De ces êtres presque ordinaires qui trouvent assez de force pour tenir coûte que coûte. M. Night Shyamalan l'affuble d'ailleurs d'une gabardine et d'une canne en verre qui permettent immédiatement de l'identifier. Contrairement à Bruce Willis dont le personnage est d'un commun presque caricatural. ''Jumeau'' pourtant bien vivant du docteur Malcolm Crowe qu'il interpréta l'année précédente dans Le sixième sens, M. Night Shyamalan définie à l'origine son personnage comme un individu des plus banal. Époux (infidèle ?) d'une Audrey (superbe Robin Wright) avec laquelle David connaît des heures difficiles, ce dernier est aussi le père d'un enfant qui le rêve lui-même en super-héros. Incassable est un bel hommage à ces lectures, véritable phénomène qui depuis presque un siècle (les origines remonteraient en 1934) fait fureur aux États-Unis. Phénomène qui s'étend depuis quelques décennies bien au delà des frontières américaines. Une œuvre qui retrouve sans doute un retentissement vingt ans plus tard avec le Joker de Todd Philips et la naissance du mythe du personnage du même nom. Samuel L. Jackson et Bruce Willis incarnent un duo antinomique qui se complète pourtant merveilleusement bien et qui trouve sa justification lors d'un dénouement explicatif incroyablement censé. Incassable joue avec le cadre de manière fort ingénieuse, comme lors du dialogue entre David et une passagère du train juste avant que celui-ci ne déraille, séquence précédent une scène au fort potentiel dramatique lors de laquelle il est en conversation avec un médecin en arrière-plan tandis qu'au premier plan, le seul qui avec lui a survécu agonise sur son lit d’hôpital. M. Night Shyamalan nous offre un spectacle tantôt intimiste, et même parfois proche du serial killer à tendance ''slasher'' ou ''giallo'' comme lors de cette séquence située autour d'une piscine que la seule utilisation d'une bâche comme élément rend terriblement angoissante. De la narration jusqu'au visuel impeccable magnifié par la photographie d'Eduardo Serra en passant par la bouleversante partition musicale de James Newton Howard, Incassable pourra ou pas être jugé comme le meilleur film de son auteur. À défaut de quoi, il reste parmi ce qu'a réalisé, écrit et produit de plus puissant M. Night Shyamalan...

dimanche 13 juin 2021

Cell Phone de Tod Williams (2016) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆

 


 

S'agissant du romancier Stephen King dont Cell Phone est l'adaptation de l'un de ses nombreux ouvrages, cela ne m'arrivant pas souvent (je crois même qu'il s'agit de la première fois), j'ai eu très envie de quitter la projection au bout d'une demi-heure. Fidèle de l'écrivain, spécialiste de l'épouvante et de l'horreur, au moins jusqu'au début des années 2002 et la parution chez nous du roman Territoires co-écrit en collaboration avec l'écrivain Peter Straub, je suis totalement passé à côté du roman Cellulaire (Cell) paru en 2006. Quant à son adaptation, il aura fallut que je patiente jusqu'en cette année 2021 et ce samedi de forte chaleur pour me lancer dans sa projection. Difficile de croire que derrière ce film se cache effectivement l'auteur à l'origine des Evadés, de La ligne verte, du Fléau ou de Ça... Je me souviens de cette époque qui peut-être (sans doute?) a perduré au delà des années 80/90 où le King était critiqué, voire détesté pour son approche descriptive poussée à son paroxysme. Tel que certaines intrigues ne débutaient véritablement qu'après la lecture de plusieurs dizaines de pages (lire notamment Cujo pour comprendre). Cell Phone, c'est tout l'inverse. On parle évidemment ici du film et non pas du roman qui en est à l'origine. Caractérisation résumée à sa plus simple expression, il s'agit du cas typique de long-métrage qui ne donne absolument pas envie de découvrir le roman. Mais comme cela paraissait essentiel pour La tour sombre face à son abominable transposition sur grand écran, il semblerait que le roman Cell est bien plus intéressant à lire que son adaptation à voir...


D'entrée de jeu, et alors que l'on ne sait rien du personnage interprété par l'acteur John Cusack, la quasi totalité des individus présents dans l'enceinte d'un aéroport sont victimes d'un mal étrange qui les transforme littéralement en enragés, écume aux lèvres, hurlant pour certains, tuant et dévorant leurs congénères pour d'autres et gesticulant tout en arborant un rire de dément pour les derniers. Volontairement ou pas, le réalisateur Tod Williams, ce tâcheron de triste mémoire s'étant rendu coupable de la purge Paranormal Activity 2 en 2010, fait de cette séquence d'introduction un acte d'une drôlerie visiblement incontrôlée. Ses dizaines de figurants courent dans tous les sens dans une attitude tellement grotesque qu'il devient difficile pour le spectateur de réagir autrement que par le rire... lorsqu'il ne lui arrivera pas simplement de se montrer affligé par tant de ridicule. On a bien du mal à retrouver la patte de Stephen King dans ce qui demeure sans doute comme l'un des pires films d'infectés qui par delà son originalité (un virus se propage à travers des signaux transmis par téléphones mobiles interposés) est vraiment trop caricatural pour que l'on y adhère ne serait-ce qu'un seul instant. Dommage car si le film compte sur la présence de John Cusack, il repose également sur celle de Samuel L. Jackson...


Mais la présence des deux hommes n'y fait rien. Cell Phone est une engeance. En dehors des séquences où ils sont poursuivis par une horde de dégénérés dont les grognements finissent par devenir insupportables, le film est de plus, me semble-t-il, parfaitement incohérent. Alors que le ''virus'' n'a débuté ses ravages que quelques minutes, voire quelques heures auparavant, Tod Williams dépeint à certaines occasions un territoire post-apocalyptique dont la décrépitude est parfois bien trop avancée par rapport au temps qui sépare celui d'avant à celui du présent. Le plus compliqué pour Cell Phone est qu'il arrive beaucoup trop tard. Après les classiques du genre que sont 28 jours plus tard de Danny Boyle et sa séquelle réalisée par Juan Carlos Fresnadillo, et bien plus tard que l'une des œuvres séminales du genre, The Crazies que George Romero réalisa quarante-trois ans auparavant en 1973. Faites comme nos héros, fuyez devant cette indigeste hordes d'infectés...

 

lundi 18 mai 2020

Deep Blue Sea de Renny Harlin (1999) - ★★★★★★☆☆☆☆



Quand on dit que de se prendre pour Dieu peut avoir des conséquences dramatiques. Une leçon que n'a pas retenu la biologiste Susan McAlester qui sur la base maritime Aquatica travaille avec son équipe sur un remède contre la dégénérescence du cerveau humain. Drôle d'idée que d'avoir choisi pour cela de manipuler les petites cellules grises de trois gros requins blancs. Si les résultats de leurs recherches s'avèrent positifs lorsqu'ils prélèvent des tissus cérébraux sur l'un des spécimens, l'un des chercheurs, Jim Whtilock est attaqué, par le requin à son réveil. L'un des deux bras arraché, c'est en tentant de le faire évacuer par hélicoptère que le véhicule s'écrase sur la base mettant en péril la structure même de Aquatica mais aussi et surtout la vie des rescapés. Susan, le chasseur de requins Carter Blake, Janice Higgins, Tom Scoggins, le cuisinier Sherman Dudley mais également l'investisseur du projet Russel Franklin ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour tenter de remonter à la surface alors que l'eau envahie peu à peu la base. Mais plus encore que le risque de périr noyés, ils vont devoir faire face à des requins qui après avoir été manipulés génétiquement, s'avèrent de redoutables machines à tuer extrêmement rusées...

Autant, avec The Reef, le réalisateur australien Andrew Traucki avait opté pour une certaine sobriété... Autant, le finlandais Renny Harlin, d'abord célèbre parmi les amateurs de films d'horreur pour avoir réalisé en 1988 Prison et Le Cauchemar de Freddy et deux ans plus tard l'excellent film d'action 58 Minutes pour Vivre ainsi que Cliffhanger : Traque au sommet en 1993, a lui, choisi de balancer la sauce. À ce titre, Deep Blue Sea en met plein la vue et affirmer que l'on se sera ennuyé devant les aventures de cette bande de chercheurs aux prises avec tout un tas de problèmes serait faire preuve de malhonnêteté. Question action, le contrat est donc rempli. Autre chose qui différencie grandement l’œuvre de Renny Harlin de celle de l'australien : La crédibilité. Ici, ne rêvons pas. Rien à voir avec le sujet inspiré d'un fait divers qui servi de trame à The Reef. Avec Deep Blue Sea, le spectateur nage en plein fantasme. Et même, en plein délire. Imaginez : comme si le simple fait de croiser l'ADN de deux requins pouvait suffire à résoudre les soucis de dégénérescence cérébrales chez l'homme. Mieux : comme si cela pouvait accentuer l'intelligence des squales. Mieux (bis) : comme si cela pouvait leur permettre de se déplacer à reculons. Plus résistant que nos monstres marins et plus improbable encore, l'endurance physique de certains personnages. Croqué et se vidant de son sang, devinez qui survivra jusqu'à la fin de l'histoire ? Le rappeur New-yorkais LL Cool J qui incarne un sympathique cuistot. Même pas mal...

Même pas mal non plus pour l'acteur Thomas Jane qui incarne Carter Blake, l'équivalent d'un chasseur de la savane mais en milieu aquatique. Une belle gueule de héros et un corps en acier si l'on tient compte du fait qu'il survit à la fin lui aussi à l'issue d'une terrible explosion qui aurait normalement dû le laisser sur le carreau. La magie du cinéma... Mais une magie qui n'aura aucune pitié pour la gente féminine représentée par les actrices Saffron Burrows et Jacqueline McKenzie. Les scénaristes ont en effet opté, chose rare, pour une fin entre hommes. Duncan Kennedy, Donna Powers et Wayne Powers trouvant sans doute plus judicieux de débarrasser de l'intrigue la pleureuse/gueularde de service avant que le spectateur ne pète littéralement un câble, ainsi que la responsable de tout ce remue-ménage. À dire vrai, Deep Blue Sea fait beaucoup rire. Plus qu'il n'effraie en réalité. Il n'y a qu'à voir comment Renny Harlin traite la disparition du toujours excellent Samuel L. Jackson pour s'en convaincre. À mourir de rire. Tiens, puisque l'on évoque les ''guests'', précisons que parmi les principaux interprètes, le spectateur aura le plaisir de retrouver également l'acteur suédois Stellan Skarsgård dans le rôle de Jim Whtilock...

Action effrénée, morts nombreuses, rires (involontaires), effroi (aux abonnés absents), Deep Blue Sea bat le chaud et le froid et ne retient en réalité l'attention du spectateur que grâce à l'énergie déployée par la mise en scène et l'interprétation. L'une des originalités du long-métrage de Renny Harlin est d'avoir exclusivement concentré son action autour de la base aquatique. L'incongruité de certaines séquences est telle que tout sentiment d'angoisse est balayé d'un revers de caméra. Et ne parlons même pas de certains effets-spéciaux... Ou plutôt si, parlons-en. Si les décors de Joseph Bennett et William Sandell participent grandement à une certaine oppression qu'il faut leur reconnaître, les effets-spéciaux à base d'images de synthèse sont très souvent imbuvables. Le déplacement des requins, leurs attaques ainsi que les victimes qu'ils tiennent entre leurs puissances mâchoires sont visuellement rédhibitoires. L'action, dans ces cas là, sonne terriblement faux. N'oublions pas que six ans auparavant sortait sur les écrans de cinéma Jurassik Park de Steven Spielberg et ses fabuleux effets-spéciaux. Aucune excuse, donc. À part, peut-être, un budget insufifisant ? Quoique, soixante-millions de dollars... 
 

jeudi 24 octobre 2019

Chambre 1408 de Mikael Håfström (2007) - ★★★★★★★☆☆☆



Inspiré d'une nouvelle écrite par Stephen King en 2002 succédant à une première parution deux ans auparavant au format audio, Chambre 1408 aborde le thème de la maison hantée, sujet peu courant chez le plus célèbre des écrivains de romans et de nouvelles d'épouvante. Mais plus que le banal produit des investigations d'un écrivain (personnage cher à Stephen King qui en fait régulièrement le héros d'un certain nombre d'ouvrages), le long-métrage est surtout pour Mike Enslin qu'incarne à merveille l'acteur américain John Cusack, l'occasion d'être confronté une bonne fois pour toute à son passé, et notamment au drame le liant à son épouse Lily et leur fille Katie. Le cadre plutôt restreint servant à l'intrigue ''condamne'' l'acteur principal et presque unique du film à déployer tout son talent. Et dans le domaine, on ne peut pas dire que John Cusack ait fait preuve de laxisme. En effet, l'acteur déjà entrevu dans une lointaine adaptation de Stephen King vingt et un ans auparavant (Stand bye Me de Rob Reiner dans lequel il incarnait le grand frère de l'un des jeunes héros) s'en donne à cœur joie. Entre cabotinage, cynisme, démence et peur réelle, son personnage passera par toutes les étapes. Autant de paliers qui, espérons-le, lui permettront enfin de mettre un nom définitif sur le mal qui l'étreint depuis des années...

À moins qu'il ne s'agisse du Mal avec une majuscule. Comme celui qu'évoque le rôle le plus important tenu après celui de John Cusack par le toujours excellent Samuel L. Jackson qui n'aura besoin que de quelques minutes lors du premier acte pour nous convaincre de l'utilité de l'affrontement entre l'écrivain/chasseur de fantômes et le directeur de l'hôtel Dolphin, Gerald Olin. Une séquence follement réjouissante opposant le sceptique et le convaincu lors d'un échange d’opinions mémorable. Puis arrive le moment tant attendu et tant redouté (comment tenir une intrigue en haleine lorsque celle-ci se contente d'être narrée entre les quatre murs d'une chambre d'hôtel?). Première étape : la visite des lieux. Le héros parcourt chaque pièce, de la chambre en passant par les commodités, certains détails participant déjà à travers leur étrange présence aux événements qui interviendront par la suite. Un tableau, un robinet, un rouleau de papier toilette, un réveil... Bref, rien que de très anodin, mais qui sous la direction du réalisateur et scénariste suédois Mikael Håfström (qui confie ici l'adaptation de la nouvelle 1408 aux scénaristes Scott Alexander, Matt Greenberg et Larry Karaszewski) prennent une envergure inattendue.

Car ça n'est pas tant dans les scènes impliquant les effets visuels les plus... ''grandiloquents'' que Chambre 1408 recèle son potentiel horrifique que dans ces petits détails apparemment insignifiants. Petits mais qui lors de leur ''éveil'' par la présente manifestation d'une entité dont le spectateur sera tout de même en droit de rétorquer qu'elle n'est que l'expression physique d'un mal-être chez le héros, élèvent chacun d'entre eux au rang de monument de l'épouvante. Au delà des quelques sursauts engendrés par de très peu convaincants Jump Scares (au bout de deux fracas sonores, l'effet ne fonctionne plus), le film renferme quelques situations pour le moins angoissantes dont l'une, peut-être consciemment (ou pas) inspirée par le chef-d’œuvre de Roman Polanski Le Locataire (Mike Enslin confronté à son double maléfique situé dans l'immeuble d'en face), reste l'une des plus efficaces. Si le cadre exigu et l'idée générale paraissent bien faibles pour pouvoir prétendre tenir le spectateur en haleine durant plus d'une heure quarante (dans sa version courte puisque le film existe dans une version d'une quinzaine de minutes supplémentaires à découvrir en priorité), en réalité, on ne s'y ennuie que très rarement. Peut-être la fin s'avère-t-elle un peu longue et surtout répétitive dans son procédé. Force est de reconnaître que l'on tient là une adaptation relativement fidèle de la nouvelle de Stephen King et surtout, une excellente interprétation de la part de John Cusack. À voir...

jeudi 25 juillet 2019

Old Boy de Spike Lee (2013) - ★★★★★★★☆☆☆



Gonflé, Spike Lee... Dix ans après que le cinéaste sud-coréen Park Chan-Wook ait asséné à la face du monde son mythique Old Boy, voilà qu'en 2013, les États-Unis s'emparaient encore d'un classique venu d'Asie pour en proposer une version occidentale. Osé si l'on considère que Park Chan-Wook avait signé en 2003 une œuvre parfaite, qui n'avait certainement pas besoin, ni d'être retouchée, ni d'être relue. Un long-métrage monumental qui allait permettre à l'Asie en général et à la Corée du Sud en particulier, de voir s'ouvrir devant elle, les portes du cinéma mondial. Combien de films et de cinéastes venus d'Asie de l'Est doivent à Old Boy ? Impossible à chiffrer, et pourtant, les Bong Joon-Ho, les Kim Jee-Woon, les Na Hong-Jin, les Gareth Evans ou les Pinkaew Prachya lui doivent tout. Certains diront sûrement : et John Woo ? Pas moi, non.

Ceux qui crièrent sans doute à l'infamie dès la première annonce de la mise en chantier du remake en 2007 ont pourtant échappé au pire. Car avant que Futabasha, l'entreprise qui édita le manga original, n'intente un procès auprès des producteurs de la version sud-coréenne pour avoir illégalement vendu les droits aux États-Unis, il était prévu que Steven Spielberg réalise lui-même ce remake !!! Steven Spielberg réalisant le remake de Old Boy !!! et avec dans le rôle principal, pourquoi pas Will Smith puisque celui-ci était particulièrement attaché au projet !!! On a donc échappé au pire même si avant d'avoir pu découvrir la version occidentale du classique de Park Chan-Wook, on aurait eu tendance à s'avérer plutôt méfiants. C'est que l'on ne touche pas à un monument sans s'attirer les foudres des cinéphiles.

Et pourtant, même si le miracle n'a pas réellement eu lieu (surtout dans sa version doublée en français, une catastrophe!) ? Spike Lee sauve les meubles grâce à une approche personnelle qui, si elle aura sans doute fâché les puristes de voir le scénario original si consciencieusement allégé, ménage tout de même de sacrés moments d'anthologie. A commencer par ce combat monumental qui opposait l'incroyable acteur sud-coréen Choi Min-sik à une horde de malfrats constituée d'une cinquantaine d'individus lors d'un plan-séquence MO-NU-MERN-TAL !!! Comment Spike Lee allait-il pouvoir gérer cette séquence ? En l'expurgeant purement et simplement ou en la réactualisant à sa sauce ? C'est cette seconde option que choisissait le cinéaste américain, et après quelques secondes de fébrilité, le spectateur ressortait dix ans plus tard, totalement essoré comme il le fut déjà en 2003. Spike Lee intègre donc bien ce combat d'un seul homme contre cinquante, mais plutôt que de se contenter d'observer la scène sur un seul plan, le cinéaste a l'idée ingénieuse d'un combat en deux actes et sur deux niveaux différents.

Porté par un Josh Brolin (No Country for Old Men de Joel et Ethan Coen) plus que convaincant, Old Boy cuvée 2013 n'est peut-être pas le remake idéal du point de vue du fan de l'original qui de toute manière est insurpassable, mais tout de même, on est loin de l'insipide plagiat qu'il aurait pu devenir dans les mains d'un autre cinéaste beaucoup moins expérimenté. À dire vrai, ceux qui pourraient se satisfaire amplement de ce remake sont ceux-là même qui n'ont pas connaissance de l’œuvre originale. Sans compter sur celle-ci, le Old Boy de Spike Lee demeure un excellent film d'action, porté par un interprète principal charismatique et des seconds rôles de haute volée (Samuel L. Jackson toujours fabuleux)...

lundi 22 juillet 2019

Kingsman: The Secret Service de Matthew Vaughn (2015) - ★★★★★★★★★☆



A certains égards, il arrive parfois que la frontière qui définit la collaboration entre différentes nations ayant participé à un même long-métrage soit floue. Dans le cas présent, elle n'a jamais été aussi clairement définie. Après notamment Kick-Ass en 2010 et X-men : le Commencement l'année suivante, le réalisateur britannique Matthew Vaughn revenait en 2015 avec les premières aventures de Gary « Eggsy » Unwin, tout jeune homme issu des quartiers défavorisés de Londres, en Angleterre. C'est là-bas qu'il vit auprès de ses rares amis, de sa mère, son frère, et son beau-père alcoolique et violent. Sans emploi et prêt à faire les cent coups, Eggsy se retrouve au commissariat après avoir pris la fuite au volant d'une voiture volée. Depuis que tout petit, il a reçu des mains d'un ancien ami et collègue de travail de son père mort en mission alors qu'il était employé pour l'agence d'espionnage Kingsman, une médaille, le jeune homme en profite pour composer le numéro de téléphone inscrit à l'arrière de celle-ci. Un numéro que l'homme qui lui confia lui avait conseillé de composer le jour où il en aurait réellement besoin. C'est ainsi que dix-sept ans plus tard, et alors qu'un membre de Kingsman vient de mourir, Eggsy fait la connaissance de Harry. Celui-là même qui lui offrit la médaille. Prenant le jeune homme sous son aile, il va l'imposer lors de la sélection obligatoire qui veut que chaque membre de l'agence ayant perdu la vie soit remplacé par une jeune recrue...

Ce premier Kingsman intitulé Kingsman: The Secret Service, et donc sorti il y a quatre ans en arrière, est sans doute dans cette forme d'hybridation qui mêle action, espionnage et blockbuster, ce qui se fait de mieux. De plus scénarisé, de plus divertissant, de mieux interprété et scrupuleusement mis en scène. Impossible en effet de rester de marbre devant ces aventures qui réunissent un casting impeccable. Jugez plutôt : les acteurs britanniques Colin Firth dans le rôle de Harry Hart, Taron Egerton dans celui-ci de Gary « Eggsy » Unwin, Mark Strong incarnant Merlin, ou encore l'immense Michael Caine dans la peau d'Arthur, le grand patron de la société Kingsman. Et parmi eux, le tout aussi prestigieux acteur américain Samuel L. Jackson (nanti d'une casquette de rappeur vissée sur le crâne et d'un ''sssseuveux'' sur la langue). Sans oublier les petites touches féminines personnifiées à l'écran par l'anglaise Sophie Cookson qui interprète ici Roxanne "Roxy" Morton et par la franco-algérienne Sofia Boutella que l'on verra par la suite dans Star Trek : Sans Limites en 2016 ou dans Climax de Gaspar Noé l'année dernière...

Film d'espionnage contenant tous les codes inhérents au genre (armement, flegme britannique, costumes taillés sur mesure, action), Kingsman: The Secret Service est surtout un formidable spectacle mené tambour battant par un Matthew Vaughn qui maîtrise parfaitement la bête, adaptant le scénario qu'il écrivit à quatre mains aux côtés de Jane Goldman et inspiré du comic book The Secret Service de Dave Gibbons et Mark Millar. Personnages attachants, nombreuses séquences survoltées, appuyées par la formidable partition musicale composée par Henry Jackman et Matthew Margeson. C'est à la naissance d'un héros à l'ancienne, sans pouvoirs surnaturels qu'il est question pour le spectateur d'assister. Une œuvre formatée pour devenir un blockbuster mais qui contrairement à beaucoup d'autres ne mise pas tout sur ses effets-spéciaux. Ici, c'est plutôt sur les relations qu'entretiennent les différents personnages auquel s'est attaché le réalisateur. Impossible de rester indifférent à Harry, à Eggsy, à Merlin, Roxy, et même, dans un certain sens, à Richmond Valentine, cet excentrique milliardaire américain qui sur un postulat à l'origine fort honorable, a choisi de se lancer dans un projet mégalomaniaque et génocidaire à l'échelle de la planète.

Sous ses dehors de pur divertissement, Kingsman: The Secret Service oppose également des milieux sociaux s'opposant de manière absolument écrasante. Entre la vie ''crasse'' d'un Eggsy pas encore ''Kingsmanisé'' et un Richmond Valentine vivant dans une extravagante opulence, le film démontre le perpétuel combat entre le Bien et le Mal, ce dernier étant relativement bien retranscrit à travers ce personnage de milliardaire américain auquel tous les pouvoirs sont acquis. Ce que le spectateur retiendra également de cet effarant spectacle aussi délirant qu'inventif, ce sont ces combats chorégraphiés au cordeau d'une classe absolue. La magie du cinéma tient ici dans le placement de LA ou LES caméras. Dans ce choix presque interactif de placer à quelques occasions les spectateurs en mode First Person Shooter pour un confort ultime et au cœur du conflit. Parfois, l'on y songe : lorsque nous reviennent en tête ces purs moment de plaisir coupables venus d'Asie, combats à mains nues et destructions de décors à l'appui, devant ces réjouissantes aventures de Harry, Eggsy et toute la clique, on aurait presque le honteux désir de hurler que les sud-coréens, les philippins ou les japonais peuvent aller se rhabiller. Kingsman: The Secret Service atteint la quintessence en matière de film d'action. Ceux qui baillent devant James Bond mais rêvent de découvrir un vrai bon film d'espionnage, mais assez léger pour ne pas se montrer rébarbatif, peuvent d'ors et déjà se rassurer : une séquelle est sortie sous le titre Kingsman : Le Cercle d'or deux ans plus tard histoire de faire durer le plaisir. En espérant voir débouler un jour les troisièmes aventures de Gary « Eggsy » Unwin sur grand écran...

jeudi 10 mai 2018

Des Serpents dans l'Avion de David Richard Ellis (2006) - ★★★★★★☆☆☆☆



On ne peut pas dire que la carrière du cinéaste américain David Richard Ellis brilla par sa filmographie. Mort à seulement soixante ans à Johannesburg, en Afrique du Sud, il se sera surtout fait remarquer pour avoir signé deux volets de la saga Destination Finale (le 2 et le 4), Cellular, à partir d'un scénario écrit par le cinéaste Larry Cohen (It's Alive, Q, The Ambulance), ou Shark 3D en 2013. Sept ans auparavant, il signe Snakes on a Plane, traduit chez nous sous le titre Des Serpents dans l'Avion. Un film catastrophe mineur mais qui contre toute attente, offre beaucoup d'action. Le long-métrage échappe en effet à l'avarice et propose, sur les cent-dix minutes que représente sa durée, plus d'une heure trente de combats entre les passagers d'un vol en partance pour Los Angeles et des serpents parmi les plus dangereux de la planète. Comme dans une grande majorité de films traitant d'attaques animales sortis ces vingt dernières années, Des Serpents dans l'Avion met en scène une majorité d'interprètes inconnus dans nos contrées mais parmi eux, on reconnaîtra l'acteur Samuel L. Jackson, illustre interprète de plusieurs dizaines de longs-métrages depuis ses début dans les années soixante-dix, ainsi que l'actrice Julianna Margulies, surtout connue pour avoir endossé la blouse blanche de Carol Hathaway de l'immense succès télévisé, Urgences (1994-2000).
Comme je l'écrivais ci-dessus, Snakes on a Plane n'est jamais avare en terme d'action. Par dizaines, les attaques de serpents font autant de victimes humaines. Morsures au visage, au cou, au bras ou à la jambe, l'oeuvre de David Richard Ellis est totalement décomplexée lorsqu'il s'agit d'imaginer des morsures originales et parfois, avouons-le, plutôt impertinentes. Un couple baise dans les toilettes de l'avion, et voilà que la blonde pourvue d'une belle (et naturelle) poitrine se fait mordre le téton. Un autre, toujours aux chiottes, se fera, lui, mordre le sexe. Le serpent prenant ainsi durant une poignée de secondes, valeur d'appendice phallique démesuré.

Ces quelques passages qui maintiennent un climat de débauche à la lisière de l'inconvenant ne dureront fort heureusement, qu'une petite demi-heure. Soit, de la présentation des passagers dont certains montrent à l'image, une avidité pour le sexe carrément complaisante, jusqu'à ces quelques exemples de meurtres déjà cités. Pas vraiment le genre de scènes que l'on conseillera à des parents d'offrir à leurs enfants un samedi soir, calés devant la télé. Lourdingue, Snakes on a Plane ? Ouais, carrément. Plus que de coutume d'ailleurs, les places de ce vol pour Los Angeles semblent avoir été presque entièrement réservées par des pouffes surexcitées, mouillant leur culotte devant une star montante du rap US affligé d'haptophobie. Un comble pour un type qui joue de son apparence physique et serait donc amené à profiter de son statut de star lors de bains de foules. Mais passons. Outre l'éternel emmerdeur de service (ici, un homme d'affaire englué entre la propriétaire d'un roquet et la mère d'un bébé dont la première des passions est de brailler), les représentantes de la gente féminine sont toutes pourvues de carrosseries avantageuses, mais de cervelles ne leurs servant à appliquer que des préceptes de base: prendre soin de son apparence, et faire les yeux doux aux beaux jeunes hommes qui hantent les lieux.

Mais au fait, pourquoi Des Serpents dans l'Avion ? Pour une raison très simple. Un jeune homme ayant assisté au meurtre d'un procureur durant ses vacances à Hawaï est sommé de venir témoigner contre son meurtrier. Mais ce dernier ayant décidé qu'il en serait autrement, demande à des contacts d'installer dans la soute à bagages du vol pour Los Angeles (à bord duquel a pris place le témoin) des dizaines de serpents venimeux. D'où le prodigieux bordel qui va s'en suivre, parfois plongé dans une désagréable obscurité servant sans doute à cacher la piètre qualité des serpents animés en images de synthèse (tandis que 450 de leurs congénères se révèlent être de véritables reptiles). Le film de David Richard Ellis est heureusement sauvé du naufrage grâce à l'énergie qu'y déploient la majorité des interprètes avec à leur tête, un Samuel L. Jackson efficace. A final, Des Serpents dans l'Avion se révèle être une honnête petite série B...
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