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jeudi 31 août 2023

Unthinkable de Gregor Jordan (2010) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Avant de commencer à parler de Unthinkable de Gregor Jordan, une petit anecdote. Les plus anciens que se rivèrent devant la télé dans les années quatre-vingt se souviennent sans doute de l'acteur Dayo Ade qui dans les saisons 3,4 et 5 de la série télévisée canadienne Les années collège interpréta le rôle de Bryant Lister Thomas dit ''BLT''. Plus de vingt ans après, le voilà qui réapparaît donc dans ce film sous tension sous l'uniforme militaire de l'agent Winston. Voilà, c'est dit. Concernant le long-métrage de Gregor Jordan, il aurait fallut au réalisateur patienter une année de plus pour que corresponde Unthinkable avec l'anniversaire des dix ans des attentats du 11 septembre 2001 et ainsi ''fêter en grandes bombes'' la sortie de ce qui s'apparente avant tout à un DTV de moyenne facture. Visuellement, le film est aussi laid que les œuvres signées d'Edward Drake, John Sterfeld, Mike Burns, Jesse V. Johnson ou Jared Cohn, lesquelles mirent en outre en scène l'acteur Bruce Willis. TIENS ! Justement celui qui côtoya Samuel L. Jackson qui est l'un des principaux personnages de Unthinkable et qui aux côtés de l'ancienne gloire du cinéma d'action des années 80/90 avait interprété l'un des deux rôles titres de l'excellent Une journée en enfer de John McTiernan en 1995. Quinze années plus tard, l'afro-américain apparaît à l'image sous les traits d'un agent du FBI instable auquel les autorités font appel en dernier recours lorsque tout type de négociations ne mène à rien. C'est ainsi que Henry Harold Humphries surnommé ''H'' (ce qui tombe plutôt bien compte tenu du fait que le film repose sur le dépistage de trois bombes atomiques disséminées sur le territoire américain) est approché afin de résoudre un très épineux problème : en effet, un certain Steven Arthur Younger qui désormais préfère se faire appeler Yusuf vient d'affirmer à travers une inquiétante vidéo qu'il a posé trois bombes nucléaires dans trois villes des États-Unis. Mis aux arrêts et acheminé vers un entrepôt protégé par l'armée, il est enfermé dans une pièce afin d'y être interrogé. ''H'' est dépêché sur les lieux au même titre que l'agent Helen Brody. Si l'objectif de l'un et de l'autre est le même, leurs méthodes vont par contre drastiquement être opposées. En effet, l'agent Brody préfère tenter d'amadouer le supposé terroriste en discutant tandis que ''H'', lui, opte pour une méthode nettement plus radicale.


Unthinkable n'a pas vraiment fait de vague à sa sortie sur le territoire français en 2010 tandis que dans son propre pays, le film semble avoir fait un carton, jouant ainsi sans doute sur le patriotisme américain et sur le drame qui neuf ans auparavant causa des milliers de morts et qui probablement en 2010 hante encore ses habitants. Comme je l'indiquais un peu plus haut, esthétiquement, le long-métrage de Gregor Jordan est relativement laid. Rien ne sauve en effet visuellement le film et surtout par la photographie ni les décors qui se résument en grande partie à un entrepôt dans lequel est installée une salle d'interrogatoire. S'il on aurait pu supposer découvrir Samuel L. Jackson dans le rôle du sympatrique patriote américain, il n'en est rien puisque à l'image il apparaît sous les traits d'un individu méprisable, sadique, voire même atteint de troubles psychiatriques. Face à lui, une Carrie-Anne Moss (le personnage de Trinity dans la trilogie Matrix) presque totalement effacée en dehors des quelques séquences durant lesquelles elle tente d'agir face aux horreurs perpétrées par ''H''. Probablement que le film aurait été de bien meilleure facture si le réalisateur ne s'était pas essentiellement contenté de filmer ses interprètes dans une seule et unique pièce et avait élargi son horizon en multipliant des séquences extérieurs lors desquelles nous aurions pu découvrir, par exemple, des agents du FBI lancés à la recherche des fameuses bombes atomiques. Avec ses quinze petits millions de dollars de budget, Unthinkable a malheureusement bien du mal à convaincre. Surtout lorsqu'il s'agit de faire exploser une bombe en ville à grands renforts d'effets-spéciaux de médiocre qualité. Écrit par Peter Woodward, le rôle du terroriste est interprété par l'acteur gallois Michael Sheen dont le patronyme n'a aucun rapport avec l'acteur Martin Sheen ou tout autre membre de sa famille. Michael Sheen est quant à lui littéralement habité par son personnage et l'acteur demeure sans doute le plus convainquant des interprètes. Bref, Unthinkable est surtout difficile à soutenir du regard pour des raisons purement techniques. Pour le reste, le récit se suit sans véritables embûches...

 

samedi 27 octobre 2018

Apostle de Gareth Evans (2018) - ★★★★★★★★☆☆



Lorsque habituellement je découvre apposé à la date de sortie d'un film le nom de la plate-forme Netflix, il m'arrive d'avoir parfois deux types de réactions : soit je pense à ces quelques navrants long-métrages qu'il m'est arrivé de suivre avec plus ou moins d'intérêt, soit je me remémore l'agréable surprise d'avoir découvert une œuvre qui n'a pas eu les honneurs d'une sortie sur grand écran. Apostle (traduit chez nous sous le titre un peu naze, Le Bon Apôtre) m'a fait l'effet d'une gifle que l'on m'aurait administré sans même que je m'y attende. Toujours à cause d'un titre français un peu ronflant et ne laissant à aucun moment envisager le contenu du dernier film de Gareth 'The Raid' Evans, maître es combats au corps à corps, Apostle, aussi inenvisageable que cela puisse paraître pour une partie du public qui ne jure sans doute que pour les films d'horreur adoubés par la presse spécialisée ( A Quiet Place, meilleur film d'horreur de l'année ? Laissez-moi rire), est sans doute la perle que les plus âgés d'entre nous qui refusèrent de se laisser initier par les sagas Saw, Hostel et compagnie vont adorer...
J'ai laissé retomber le soufflet quelques heures. Mais pas trop non plus. Juste pour être certain de ne point écrire avec l'engouement précipité du bonhomme qui vient d'assister à une œuvre dantesque deux plus de deux heures. Situé en un temps reculé, sur une île lointaine, Apostle possède tout ce qu'il faut pour construire une œuvre solide qui rappellera aux plus anciens de formidables expériences cinématographiques ne se laissant pas avoir par les quelques exemples cités juste au dessus et qui ne se révèlent au final que de la poudre aux yeux. Gareth' Evans l'a sans doute bien compris. Lui qui auparavant plongeait ses personnages directement dans l'action sans même envisager d'écrire plus de deux ou trois lignes de script a choisi cette fois-ci d'instaurer une véritable trame au cœur d'une île sur laquelle vont se jouer des intrigues multiples. Le cinéaste aurait tout aussi bien pu choisir notre époque, et signer ainsi une œuvre sans âme véritable. Avec Apostle il choisit tout d'abord d'installer son intrigue dans un contexte religieux fanatique. Une secte vouée à un Dieu dont le cinéaste semble tout d'abord vouloir cacher l'existence pour mieux nous happer dans cette folie (in)humaine qui va peu à peu prendre de plus en plus de place au fil de l'histoire. Un récit qui d'ailleurs laisse de manière fort discrète envisager la présence d'éléments fantastiques.

Incarné par un (anti)héros ayant perdu la foi, sauf envers l’absinthe qu'il consomme comme pour apaiser la douleur des stigmates qu'il prote gravés dans le dos, Apostle, c'est d'abord un film à l'atmosphère unique. Tourné dans le sud du Pays de Galles à Neath Port Talbot, le film instaure un climat dépressif immédiat. De nombreuses scènes nocturnes mêlées à des décors construits sur un terrain boueux, il arrive parfois à Gareth Evans de promener sa caméra jusque dans les entrailles de la Terre où niche une monstruosité. Du moins, l'une de celles dont le scénario multiplie les apparences. Le cinéaste convoque le Fred Abberline des frères Hughes (From Hell) dans un contexte hystérique proprement hallucinant faisant parfois référence au chef-d’œuvre de Ken Russell (The Devils). A bien y regarder, les références s'étendent bien au delà de ces deux exemples puisqu'en fouillant au plus profond de nos mémoires de cinéphiles, ne retrouvons-nous pas quelque part un soupçon du court-métrage The Grandmother que réalisa David Lynch au tout début des années soixante-dix à travers la bête qui sommeille sous des champs de blé fertiles ?

Œuvre policière, fantastique, flirtant parfois avec le torture-porn durant des scènes inquisitrices parfois insoutenables, Apostle joue non seulement avec les nerfs du spectateur mais également avec les limites qu'il est capables d'endurer en matière de scènes d'horreur. Sans doute pas aussi épouvantable que certaines séquences proprement gerbantes de La Passion du Christ de Mel Gibson, l'hystérie, contrairement au film de Ken Russell cité plus haut y est contenue. Comme hypnotisés et incapables de faire la part entre le bien et le mal, les adeptes de cette secte dévouée au prophète Malcom (génial Michael Sheen), lequel a survécu en compagnie de deux amis à un naufrage il y a des années de cela, acceptent le sort des leurs sans même percer la psychopathie de l'un d'entre eux. Des moutons !
Grandiloquents diront certains. Outrageusement Z osèrent d'autres. Une pépite, en réalité. Peut-être l'un des rares films jonglant avec intelligence entre divers genres : policier, horreur, fantastique, drame, ne laissant jamais (ou presque) la voie au ridicule. On pourrait même envisager Apostle comme une œuvre à la gloire du Bien et du Mal: entre un antihéros sans plus d'autre fois que la drogue mais conservant l'espoir de revoir sa sœur retenue prisonnière. Un prophète que le cinéaste hésite à rendre tout noir, ou tout blanc (à ce sujet, on ne saura jamais vraiment si l'enlèvement de la sœur du héros et la demande de rançon ne furent uniquement qu'à but lucratif), un Quinn (impressionnant Mark Lewis Jones) en sociopathe redoutablement inquiétant, et une déesse rebutante mais peut-être pas si nocive que cela... Les ambivalences et les contradictions se donnent la réplique dans un contexte brut de décoffrage en matière de morale et d'applications des lois religieuses instaurées par la communauté.

Visuel austère de toute beauté, donc. Interprétation habitée. Ambiance lourdement chargée. Séquences dantesques avec ce petit quelque chose qui rappellera parfois l'excellente adaptation cinématographique du jeu vidéo éponyme Silent Hill par le réalisateur Christopher Gans. Gratuit pourront s'inquiéter les plus frileux cachant derrière cette observation la peur de l'inconnu qui se cache aux tréfonds de l'âme humaine. Oubliez un moment l'hyper surévalué A Ghost Story, et le bon mais jamais vraiment flippant A Quiet Place, deux exemples de longs-métrages qui ne méritent certainement pas l'engouement dont a fait preuve une certaine presse avide de citer son comptant de références annuelles. Oubliez également The Poughkeepsie Tapes, dont la légende surpasse très, très, très largement ses qualités d’œuvre horrifiques (en bref, il s'agit d'une belle merde!!!). Retenez plutôt ces trois mots : Le Bon Apôtre. Sans doute possible l'une des œuvres commerciales les plus 'nihiliste-ment' intelligentes de l'année. A noter que Gareth Evans a opté pour la participation de Aria Prayogi et Fajar Yuskemal Tamin à la composition de la bande musicale après leur avoir confié celles de Raid 1 & 2. résultat, une ambiance pesante faites de violons stridents et d'incantations fascinantes... Un Choc !!!

mardi 3 janvier 2017

Un réveillon au ciné: Passengers de Morten Tyldum (2016)




Premier des deux articles consacrés à ce qui est devenu pour Anna et moi une tradition: passer le réveillon du Nouvel An dans une salle de cinéma...

Avant que ne s'éteigne à tout jamais l'année 2016, le cinéaste norvégien Morten Tyldum a réussi l'exploit de nous éblouir (vraiment?) une dernière fois. Son œuvre ? Passengers. Un teaser qui annonçait le pire mais une séance cinéma qui nous a offert le meilleur, ou presque, de l'année en matière de science-fiction. J'allais presque dire en matière « d'effets-spéciaux ». Car même dans cette catégorie, nous avons eu droit à du très beau spectacle. Un space opera faisant office d'île déserte pour un Robinson Crusoé des temps modernes. Pas de plage, de crabes, de palmier ou de grotte comme refuge de fortune. Pas de tempête non plus, mais une ceinture d’astéroïdes dont l'un parviendra tout de même à traverser le champ de force du Starship Avalon, un vaisseau spatial de croisière en route pour la planète Homestead II, une terre promise sur laquelle pourront bientôt vivre ses cinq mille passagers en hibernation. Bientôt ? Pas vraiment, car sur les cent vingt ans que doit durer le voyage, il en reste encore quatre-vingt neuf.
C'est à ce moment très précis que se déroule le drame. Ce « put... » d'astéroïde qui va bouleverser la vie de James Preston, l'un des cinq-mille passagers en question. Sa capsule tombe en panne et le voilà réveillé d'un sommeil de trente ans. Sauf qu'il aurait du passer les quatre-vingt neuf années suivantes dans le même état que ses compagnons. Jim est donc voué à mourir bien avant son arrivée sur Homestead II.

La vie rêvée pour certains d'entre nous (nourriture à foison, salle de jeux, salle de sport, et surtout, la possibilité de pénétrer l'espace extérieur du vaisseau), mais pas pour lui. Les jours, les semaines, les mois passent. Plus d'un an à vivre seul, à marcher le long des coursives, à pénétrer des salles désespérément vides. Son seul compagnon, c'est Arthur. Le barman androïde. Mais en parcourant les différents niveaux où se situent les corps des 4999 autres passagers endormis, une idée lui passe par la tête. Un cas de conscience qui va le chambouler. LUI, mais pas seulement...

Alors que la bande-annonce m'avait quelque peu effrayé (je reviendrai PEUT-ÊTRE sur ce sujet), tous mes doutes se sont évanouis dès les premiers instants. Si Passengers ne laissera sans doute pas le public avec une foule de questions métaphysiques en tête (on est tout de même loin du Kubrick de 2001, l'Odyssée de l'Espace), le film n'est pas le blockbuster auquel je m'attendais. Au contraire, les amateurs de musique pétaradante et de visuels explosifs incessants risquent d'être déroutés. Relégués dans une salle de cinéma qui ne devait pas compter davantage que deux-cents places et un écran aux dimensions à peine raisonnables pour une œuvre de science-fiction au budget de cent-dix millions de dollars, pratiquement tous ceux qui ont partagé l'expérience en notre compagnie sont demeurés interdit devant le choix du Mega CGR de Narbonne d'avoir opté pour des conditions que nous ne jugerons alors pas « optimales ».
Une 3D imposée pour une œuvre qui n'avait pas forcément besoin d'employer un tel procédé. Je me suis même parfois demandé où elle se situait. Si habituellement, je n'ai pas conscience de sa présence, c'est parce que l’œuvre projetée a suffisamment d'impact sur moi pour que je n'en relève pas autre chose que son intérêt principal. Ici, je me suis parfois demandé d'où pouvait provenir l'intérêt de subir le port de lunettes imprimant à l'image un certain degré d'assombrissement, chose que j'ai toujours jugé de navrant.

Mais au delà de cet aspect technique contraignant, que vaut le récit de Passengers ? Avec le recul, et après n'en avoir pensé que du bien, l’œuvre de Morten Tyldum demeure un bon film de science-fiction. Un space opera efficace, bien rôdé, quelque peu conventionnel dans son approche. Car au delà des formidables effets-spéciaux (décors, CGI, et des sorties dans l'espace qui donnent le tournis), de l'interprétation de Jennifer Lawrence et Chris Pratt, de celle de Michael Sheen dans le rôle d'Arthur, et du plaisir toujours renouvelé de retrouver l'excellent acteur Laurence Fishburne, Passengers ne serait-il pas en fait qu'une simple histoire d'amour entre deux êtres laissés à l'abandon dans un vaste univers dont les limites qui leur sont imposées prennent la forme d'une boite de métal aux formes élégantes ? Passengers est en fait un joli spectacle pour grand public. On ne s'ennuie pas une seule seconde, mais les amateurs de hard science-fiction risquent de ne pas y trouver leur compte. Pour les autres, le voyage se passera sans encombres... 

Anna: 
 J'y repense encore à ce huis clos intergalactique et quand je me remets à la place de nos deux héros, un certain vertige m'envahit... Cette solitude dans l'immensité de l'espace, les choix cornéliens qu'ils se posent, l'instinct de vie, plus fort que tout, même devant l'effrayant et inacceptable destin qui s'impose à eux.... je ne peux pas en dire plus, de crainte de spoiler.
En fait, ce vertige et cette émotion, je les avais ressentis dans certains épisodes de la série Voyager quand, propulsé dans l'espace, les membres de l'équipage de vaisseau réalisent qu'ils sont si loin qu'il leur faudra au moins 70 ans pour retrouver la Terre... autant dire qu'ils ne la retrouveront jamais.....
 
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