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lundi 24 août 2026

Warlock Moon de William Herbert (1973) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Voici un bien bel et bien étrange objet que ce Warlock Moon signé du réalisateur et scénariste américain William Herbert. Seul long-métrage à son actif et dont il a écrit le script sous le pseudonyme de John Sykes, Warlock Moon a beau être méconnu dans nos contrées, s'arrêter dessus quelques instants paraît indispensable. Car officiellement ou non, nous verrons un peu plus loin qu'il semble avoir inspiré l'un des plus grands (si ce n'est LE plus grand) film d'horreur de tous les temps. Mais avant cela, évoquons d'abord l'étrangeté du récit. William Herbert n'est sans doute pas le premier ni le dernier à s'être amusé à mélanger les concepts même si son unique long-métrage dépasse de loin tout ce que l'on peut imaginer en terme de mix improbable. Dans cette histoire où se croisent tout d'abord une jeune étudiante et l'employé subalterne d'un journal local qui vont sympathiser, le réalisateur imagine tout un tas d'événements qui mis bout à bout transforment le récit en un gloubiboulga pas toujours très cohérent. Si tant est, bien entendu, que l'on puisse adhérer à certains concepts comme celui des fantômes... Jenny Macallister sort de cours lorsqu'elle aperçoit Joe Spano, un inconnu assis sur un banc et affublé d'un masque de Groucho Marx. Amusée, la jeune femme le laisse la suivre et se laisse même convaincre d'accepter de déjeuner avec lui. Vision très optimiste des relations humaines qui n'ont évidemment plus cours de nos jours. Tandis qu'ils sont en voiture, ils se perdent en chemin et tombent sur une grande bâtisse apparemment désaffectée qui fut une ancienne station thermale fermée après qu'ait été révélé un scandale interne. Persuadés que l'établissement est abandonné, Jenny et Joe pénètrent à l'intérieur mais sont rapidement interpellés par la propriétaire des lieux, une certaine Agnes Abercrombi (Edna MacAfee). Laquelle se montre tout d'abord assez froide avant de comprendre que le couple n'a aucune mauvaise intention... Le soir-même, Joe propose à Jenny de revenir dès le lendemain afin d'y déjeuner. Plutôt réfractaire à l'idée de s'y rendre à nouveau puisque après avoir exploré les lieux la veille la jeune femme avait ressenti de drôles de sensations, celle-ci accepte finalement d'y retrouver Joe. Arrivée en avance, Jenny découvre que tout le mobilier a disparu. Tout comme la propriétaire des lieux. C'est alors qu'elle rencontre un chasseur (Harry Bauer) qui lui révèle le passé trouble de l'établissement... Bon, comme indiqué un peu plus haut, il est tout d'abord question ici de fantômes. Ou plutôt d'UN fantôme.


Celui d'une jeune femme qui était au cœur du scandale en question et qui apparaît désormais sous la forme d'une Dame Blanche. Plutôt bienveillante d'ailleurs puisqu'elle paraît vouloir prévenir Jenny des dangers qu'elle encourt en demeurant sur place même si lors de sa dernière apparition à l'écran, le rire sinistre qui sortira d'entre ses lèvres aura tendance à démontrer le contraire. Ensuite, le film présente deux frères en mode ''culs-terreux'' (interprétés par Steve Solinsky et Richard Vielle), assez creepy il faut dire et qui agressent et tuent à coups de haches ceux qui font l'erreur de pénétrer la propriété d'Agnes qui est donc ici présentée comme leur ''charmante'' maman ! Sans parler enfin du revirement sataniste sur lequel l'intrigue se conclut... Maintenant, revenons sur ce qui semble être une certitude même si aucun document officiel ne vient entériner ce fait : Réalisé un an plus tard par Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse a beau être connu pour être tout d'abord et en partie inspiré du tueur Ed Gein, il y a bien des éléments dans Warlock Moon auxquels semblera se référer un an plus tard Tobe Hooper. La demeure de la ''Famille Tronçonneuse'' rappelant évidemment cette grande bâtisse. Ces deux rejetons, exemples parfaits de dégénérescence, évoquant quant à eux, Leatherface même si contrairement à lui, ni l'un ni l'autre ne portent de masque. Et puis, il y a Agnes, chez qui il devient difficile de ne pas voir la version féminine du futur Drayton Sawyer, paternel de Leatherface et de son frangin ''l'auto-stoppeur'', incarné dans Massacre à la tronçonneuse par Jim Siedow. Ensuite, il faut bien connaître l’œuvre de Tobe Hooper et surtout son acte final débutant par le repas familial et se terminant pas la fuite de l'héroïne Sally Hardesty (Marilyn Burns) pour ne pas y voir quelques menus détails qu'avait déjà imaginé mettre en scène un an auparavant William Herbert. Pour terminer, s'agissant de Joe et de Janny, le premier est incarné par l'acteur Joe Spano dont la carrière s'est essentiellement déroulée à la télévision tandis que la seconde, elle, est interprétée par Laurie Walters que les plus vieux d'entre nous connaissent pour l'avoir découverte au milieu des années quatre-vingt dans la série culte Huit, ça suffit ! Elle y apparaissait en effet sous les traits de Joanie, l'une des sept enfants du clan Bradford...

 

mercredi 29 avril 2026

Beatriz de Gonzalo Suárez (1976) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Pour mon premier Gonzalo Suárez, je dois avouer que je n'ai pas tout à fait saisi où le cinéaste espagnol a voulu en venir. Après une ouverture des plus envoûtante, nimbée d'une brume quasi mystique, l'on comprend que le récit nous est conté par Juan, un homme d'âge apparemment mûr mais qui apparaît à l'image sous les traits du jeune acteur Óscar Martín, dont il s'agira du premier des trois seuls rôles qu'il interprétera durant sa courte carrière avant ¡Arriba Hazaña ! de José María Gutiérrez Santos en 1978 et Los Nuevos Extraterrestres de Juan Piquer Simón en 1983. Si Beatriz est bien le prénom de l'une des héroïnes de sexe féminin du long-métrage de Gonzalo Suárez co-produit entre l'Espagne et le Mexique, son interprète n'en demeure pas pour autant l'actrice principale. Noyée au cœur d'un tourbillon de personnages dont il n'est pas toujours aisé de définir les contours psychologiques, Sandra Mozarowsky est donc accompagnée lors de cette très curieuse aventure historico-horrifico-érotico-surnaturelle de Carmen Sevilla dans le rôle de Doña Carlota, la mère de la jeune femme, de José Sacristán dans celui de Máximo Bretal, le professeur d'histoire de Juan, puis de Jorge Rivero dans le rôle de Fray Angel, un moine qui après avoir survécu à l'attaque dans la forêt d'une bande de brigands se réfugie chez Doña Carlota et ses deux enfants. Mais alors que Beatriz a toujours vécu dans une intense et très rigide éducation religieuse, voilà que l'arrivée de ce beau jeune homme que Juan confond avec le Diable va mettre en péril la foi de l'adolescente qui tombe alors amoureuse du nouveau venu. Beatriz pousse ainsi ses personnages à entrer en conflit avec la morale religieuse et les désirs sexuels. Le film peut ainsi s'observer comme une féroce critique de la foi religieuse et de ses contraintes. Entièrement raconté à travers le regard et les souvenirs de Juan, son interprétation du récit est semble-t-il demeurée telle quelle. La vision d'un enfant qui voit en un homme de Dieu le Mal absolu. Ce que semble d'une certaine manière confirmer l'histoire dont est à l'origine Ramón María del Valle-Inclán et que le réalisateur et le scénaristes Santiago Moncada ont adaptés pour les besoins du film...


D'ailleurs, si le film repose effectivement sur le conte romantique éponyme du romancier espagnol, le film s'inspire également d'un autre ouvrage de Ramón María del Valle-Inclán intitulé Mi Hermana Antonia dans lequel l'auteur évoquait déjà le personnage de Máximo Bretal, lequel passait un pacte diabolique avec une vieille femme. Celle-là même que figure le personnage de Saludadora qu'incarne à l'écran l'actrice Elsa Zabala... Tout comme beaucoup de films espagnols fantastiques tournés à l'époque, Beatriz situe son action à un âge reculé et en un contexte mystico-romantique qui permet au cinéaste de jouer sur l'élément surnaturel tout en encrant le récit dans une certaine forme de critique vis à vis de l’Église. Un peu fouillis et désordonné, mais aussi et surtout aussi étrange que ''fascinant'' tout en mêlant plusieurs intrigues en un seul élan, le film de Gonzalo Suárez vaut tout d'abord pour ses superbes décors provenant majoritairement de séquences tournées dans les paysages ruraux et montagneux de Monforte de Lemos, situé en Galice. Créant ainsi un climat et une ambiance pesants, anxiogènes et où la violence est exacerbée à travers des comportements plus ou moins liés aux croyances chimériques ou au tribalisme qui semble encore courir à cette époque plus ou moins déterminée mais qui semble se situer au beau milieu du dix-neuvième siècle... Malédiction, ''fanatisme religieux'', désir sexuel et amoureux, culpabilité, condition de la femme, tentation et répression sont au coeur d'un long-métrage qui aurait pu être traité de manière beaucoup plus élogieuse si son auteur n'avait pas eu la mauvaise idée d'employer tout un tas de chemins de traverse qui embrouillent l'ensemble du récit et mènent ainsi à une incompréhension quasi permanente...

 

vendredi 27 mars 2026

Mal de Ojo d'Isaac Ezban (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Éternelle jeunesse, rites païens, magie blanche, sorcellerie et héritage génétique, des thématiques chères au cinéma d'horreur et fantastique auxquelles s'attaquait en 2022 le réalisateur, scénariste, monteur et producteur mexicain Isaac Ezban, lequel nous a récemment habitué à mieux (Párvulos : Hijos del Apocalipsis en 2024). Pourtant, la carrière du cinéaste tente à démontrer l'instabilité de son œuvre d'un point de vue qualitatif. Car si même celui-ci est capable du meilleur, El Incidente en 2014 et Los Parecidos réalisé l'année suivante prouvent que l'on ne peut pas vraiment lui faire confiance au point de se lancer dans l'une de ses œuvres, les yeux fermés. Et malheureusement, comme une malédiction s'accrochant fermement à lui, Mal de Ojo pèse dans la balance du côté des longs-métrages que l'on aura très rapidement oublié après les avoir découvert... Développant les liens familiaux avec si peu de finesse que les prétendus twists qui émaillent l'intrigue n'en sont plus vraiment, l'antépénultième long-métrage d'Isaac Ezban démarre comme un conte pour enfant que l'on prendra malgré tout le soin d'interdire aux plus jeunes d'entre nous. Passant du cadre de la Dark Fantasy à celui du Folk Horror sans complexes ni même objectivité lorsqu'il s'agit de restituer d'un côté comme de l'autre, les bons et les mauvais points du film, le cinéaste se perd dans des circonvolutions floues et labyrinthiques qui participent de ce désir de marquer d'une forte ambiguïté, l'un des personnages centraux de l'histoire. Un récit qui suit les aventures de Nala (Paola Miguel) et de sa petite sœur Luna ((Ivanna Sofia Ferro), laquelle s'avère être victime d'une maladie dont nous ne connaîtrons pas les origines exactes mais qui la condamne à une mort certaine. Les parents des deux jeunes filles Rebecca (Samantha Castillo) et Guillermo (Arap Bethke) les confient alors à Josefa ( Ofelia Medina), leur grand-mère. Une femme que l'on trouvera très rapidement peu avenante. Le visage marqué par le temps, des lunettes aux verres opaques qui lui dévorent le visage et surtout, un comportement qui très vite va laisser planer le doute sur ses ''origines''. Non pas celles d'une vieille femme perpétuant des traditions familiales plus que discutables mais celles qui voudraient qu'elle est une sorcière...


Isaac Ezban bâtit d'ailleurs un parallèle entre les histoires que racontera à Nala et à Luna la domestique de Josefa (Paloma Almavar dans le rôle d'Abigail) et les événements qui se produiront par la suite. Si Mal de Ojo possède un petit quelque chose qui le rapproche de The Visit du cinéaste américano-indien M. Night Shyamalan qui lui est antérieur de sept années, la comparaison s'arrête à quelques menus éléments tant Isaac Ezban ne parvient absolument pas malgré tout le mal qu'il se donne, à donner du crédit à sa mise en scène ou aux personnages. Au mieux l'on appréciera une Nala jusque là méprisable, en pleine adolescente et butant donc avec l'autorité maternelle même lorsqu'il s'agit d'aider sa jeune sœur et qui par la force des choses entrera de plain-pied dans une certaine forme de maturité contrainte par l'arrivée d'un danger imminent. D'un autre côté, et malgré une ''gueule'' qui vaut bien tous les effets-spéciaux prosthétiques ou même les CGI qui parfois s'invitent au récit, la surenchère dont fait preuve Ofelia Medina, sans doute sous les recommandations du réalisateur, ruine tout effet de surprise. Des outrances qui passent parfois à l'image comme la volonté d'abrutir le spectateur supposé incapable de réflexion et auquel Isaac Ezban impose une vision simpliste du personnage ! À contrario, celui-ci semble se désintéresser totalement du reste du casting, à commencer par les parents ou bien même d'Abigail et son compagnon Pedro (Mauro González). Des personnages secondaires malheureusement abandonnés au profit du duo que forment donc Ofelia Medina et Paola Miguel. Passons sur la mise en scène et le scénario brouillons, sur le montage parfois chaotique ou sur la bande musicale parfois abusivement épique et inadaptée pour évoquer les effets-spéciaux numériques. Quelques apparitions sympathiques mais n'ayant aucune conséquence directe sur le rythme cardiaque du spectateur. Agrémentées en outre de Jumpscare dont le tour de force est là encore de n'avoir absolument aucune chance de créer le moindre sentiment d'effroi. Bref, Mal de Ojo est un coup d'épée dans l'eau qui vient rejoindre la très longue liste des petits films d'horreur sans presque aucun intérêt qui voient le jour chaque année...

 

jeudi 8 janvier 2026

Unwelcome de Jon Wright (2022) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Après avoir récemment abordé The Long Night de Rich Ragsdale, Fréwaka d'Aislinn Clarke ainsi que The Damned de Þórður Pálsson, j'ai choisi pour ce nouvel article de traiter de Unwelcome, le dernier long-métrage en date du réalisateur et scénariste britannique Jon Wright qui comme les trois autres s'inscrivent dans le Folk Horror. Un sous-genre du cinéma d'horreur et d'épouvante qui s'approprie des composantes propre au folklore du monde entier. Et comme cela est souvent le cas, l'intrigue investit comme lieu d'action, un contexte rural, voire plus ou moins arriéré et qui dans le cas présent se penche sur des créatures issues des légendes celtes. Connues sous le nom de Bonnets-rouges, ces petits êtres physiquement proches des gobelins sont connus pour être malveillants. L'intrigue démarre alors que les londoniens Maya (Hannah John-Kamen) et son époux Jamie (Douglas Booth) ont dû faire face à un événement traumatisant. Attaqués chez eux par trois hommes qui s'en sont pris à la jeune femme alors enceinte sans que son époux ait pu lui venir en aide, ce dernier apprend que sa grand-tante Maeve vient de mourir. Héritant d'une très belle maison de campagne, le couple en profite pour quitter la capitale anglaise afin de fuir la violence qui la gangrène et d'oublier ce qui leur est arrivé. Mais pour Jamie, n'ayant pu aider Maya lors du tragique événement, sa fierté d'homme en a pris un sacré coup et il n'arrive absolument pas à remonter psychologiquement la pente. À leur arrivée, ils sont accueillis par Niamh (Niamh Cusack) qui très vite leur conseille de respecter un rite que pratiquait la tante de Jamie. En effet, sur son conseil, Maya doit accepter de déposer chaque jour devant la porte du jardin donnant sur une forêt, une offrande afin de tenir à distance des créatures qui y vivent. Les fameux Bonnets-rouges ! Lors de son installation, le couple constate que la demeure a besoin de travaux. C'est ainsi qu'ils font appel à Papa Whelan (interprété par l'acteur Colm Meaney qui dans les séries Star Trek : La Nouvelle Génération et Star Trek : Deep Space Nine incarna le rôle du Sous-Officier Premier Maître, Miles O'Brien) et à ses trois enfants. Si l'imposant Eoin (Kristian Nairn) se comporte de manière étrange et inquiétante, Killian (Chris Walley) et leur sœur Aisling (Jamie-Lee O'Donnel) se montrent carrément hostiles envers les nouveaux venus...


Si la présence de cette étrange famille au sein de la demeure nouvellement acquise par Maya et Jamie devient rapidement un problème, un autre soucis va se présenter à eux. Car si tout comme le couple d'anglais certains villageois remettent en question l'existence des Bonnets-rouges, plusieurs événements vont mettre en évidence leur présence dans la forêt... Unwelcome est un film d'horreur assez curieux. À commencer par la caractérisation de Jamie, toujours traumatisé et donc incapable d'intervenir directement chaque fois que son épouse, la famille Whelan ou les créatures interviennent lors de situations délicates, voire périlleuses. L'un des points forts du long-métrage de Jon Wright est ce portrait d'un quatuor de culs-terreux dont aucun ne semble être véritablement en mesure d'apaiser les tensions naissantes. Pas même Papa Whelan dont l’ambiguïté est presque aussi flippante que l'attitude radicale de ses trois enfants. Surtout Killian et Aisling qui prennent très rapidement en grippe le couple et surtout Jamie dont ils saisissent vite les faiblesses pour s'en prendre directement à lui. Outre le côté Folk Horror, Unwelcome s'inscrit peu ou prou dans la thématique du Home Invasion à travers ces rejetons du cru franchement hostiles. D'ailleurs, l'actrice Jamie-Lee O'Donnel n'est parfois pas sans rappeler l'américaine Audrie Neenan qui dans Le Retour de l'inspecteur Harry de et avec Clint Eastwood incarnait le rôle de la très vulgaire Ray Parkins, la complice d'un viol collectif à la suite duquel l'une des deux victimes se retrouva dans un état végétatif permanent tandis que sa sœur allait impitoyablement se venger sur leurs bourreaux ! Si parfois Jon Wright parvient à créer un certain malaise lors d'affrontements entre le couple Maya/Jamie et la fratrie de ''rednecks'', le film prend une tournure presque inattendue en ce sens où l'on découvre que les tant redoutés bonnets-rouges interviendront en faveur du couple lors de l'affrontement final ! Plutôt sympathique, violent mais ayant parfois l'allure d'un conte pour adultes, Unwelcome se clôt par contre par un final inutile et voire même parfaitement ridicule...

 

mercredi 31 décembre 2025

The Burned Over District de James et Vincent Coleman (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Depuis dix ou quinze ans, le sous-genre du cinéma d'horreur appelé Folk-Horror semble avoir le vent en poupe. Et parfois même, malheureusement, le ''Pet'' et poupe tant certains de ses représentants semblent ne s'être inspirés que de très loin de certaines légendes et mythes ancestraux régurgités telles des structures osseuses vidées de toute matière organique ! C'est ce dont souffre malheureusement The Burned Over District des frères James et Vincent Coleman. Une œuvre dont les ambitions sont pourtant réelles et même parfois visibles à l'image. Il s'agit là de leur second long-métrage après Book of Evil en 2018 et après toute une série de courts-métrages réalisés entre 2015 et 2023. On pourrait alors penser que les deux frangins possèdent assez d'expérience pour nous offrir au bout de dix ans de carrière, de quoi satisfaire notre appétit en matière d'horreur, de fantastique ou de croyances mystico-religieuses... Que nenni ! Et quand bien même The Burned Over District ne souffre ni d'être un navet, ni d'être un nanar, il serait hypocrite de considérer le film comme une perle du genre Folk-Horror dans lequel il s'inscrit. Au risque d'être traité de grossophobe (néologisme prétendument discriminatoire issu de l'anglicisme fatphobia se référant à la Peur du Gras que ne reconnaît pas ma suite bureautique préférée, Open Office, tenez-le vous pour dit !), The Burned Over District met en scène un groupe d'individus souvent bien en chair, atteints de ventripotence et culturellement ancrés dans une croyance pseudo-religieuse apocalyptique. L'objet de cette dévotion étant produite par un gouffre qui sert depuis des siècles à expier le Mal en y jetant ses représentants lors de sacrifices plutôt douteux. Tout individu se prétendant cartésien s'amusera de la corrélation entre le trou en question et l'hypothèse selon laquelle il pourrait s'agir d'une ouverture menant tout droit en Enfer mais il faut savoir que le script de James et Vincent Coleman s'appuie sur le Burned-over district ou, Région Brûlée que le pasteur presbytérien Charles Grandison Finney vulgarisa en 1876 à travers l'ouvrage Autobiography of Charles G. Finney et dans lequel il considérait que la région en question, située entre l’ouest et une partie du centre de l’État de New York, était en proie à un éveil religieux totalement utopique mais de grande ampleur...


Les frères Coleman imaginent alors un concept selon lequel ce fanatisme religieux qui semble-t-il s'est éteint entre les années 1830 et 1840 aurait perduré, avec les conséquences que l'on connaît une fois mis en images leur scénario. Malgré quelques indices qui confirment que The Burned Over District se déroule dans le temps présent, l'on comprend que les habitants, des rednecks ou ''Culs-terreux'' du cru, vouent un culte au mythe qu'entretient au sein de la communauté un certain Daniel Danson (interprété par Michael Ciesla, sorte de sosie de l'écrivain Stephen King en mode ''propriétaire de station-essence ''mystique''). Mais tout commence par un accident. Celui dont est victime Will Pleasance (l'acteur John Harvey Sheedy). Traumatisé par la mort de sa compagne, il part s'installer dans une demeure isolée et reçoit la visite de sa sœur Katie (Amy Zubieta), laquelle est très préoccupée par la santé mentale de son frère. Ces deux là vont être directement confrontés à la secte. Et si la jeune femme va être kidnappée par ses membres, Will va mettre de côté ses mauvais démons pour venir en aide à sa sœur avant qu'il ne soit trop tard..... L'une des bonnes idées du script des frères Coleman est d'entretenir une certaine ambiguïté vis à vis des croyances de Danson et de ses disciples. Jusqu'au terme d'un récit où quelques indices laissent entendre que tout n'est peut-être pas que le fruit d'une obsession maladive pour des croyances remontant aux temps anciens, The Burned Over District n'est pourtant pas un très bon film. On peut même le considérer comme l'un des pires en matière de Folk-Horror. Les deux cinéastes s'empêtrent dans un récit mou, flasque, qui en outre dépasse inutilement les cent minutes. Si John Harvey Sheedy et Amy Zubieta sauvent les meubles, la tronche de Michael Ciesla est plus amusante que réellement effrayante. Et si les amateurs de gore en auront plus ou moins pour leur argent, les autres feront probablement grise mine devant ce film qui bénéficie de quelques jolis plans et d'une sympathique photographie mais qui pour le reste flirte avec la petite production fauchée. Et c'est bien dommage...

vendredi 26 décembre 2025

The Long Night de Rich Ragsdale (2022) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Très sincèrement, si The Long Night de Rich Ragsdale n'avait pas tendance à se prendre si promptement au sérieux avec le plus raffiné des scrupules, nous pourrions penser que nous tenons là une parodie de film d'horreur ! Et pourtant non. C'est bien de premier degré dont il s'agit ici. L'expérience fut pour moi assez particulière puisque après avoir bossé toute la nuit et plutôt que d'aller me coucher au sortir d'une douche bien chaude, j'ai choisi l'option de garder l’œil ouvert quatre-vingt dix minutes supplémentaires, tout à fait concerné par cette histoire de couple et de secte. C'est ainsi donc qu'à intervalles réguliers je me suis endormi, ne sachant plus vraiment à quel Saint scénaristique me vouer. Complètement perdu au beau milieu d'une histoire et d'une nuit brumeuse (celles des deux principaux protagonistes) et incapable de me repérer d'un point de vue temporel et parfois géographique. Bref, je décidais de mettre sur le compte du sommeil cette idée persistante que j'avais de The Long Night : que j'avais devant les yeux l'une des pires propositions de film d'horreur et même, de film tout court ! Si je m'étais pas retenu, il y aurait eu du «'Tain » toutes les deux lignes. « 'Tain, que c'est long ». « 'Tain, que c'est nul ». « 'Tain, que c'est ridicule ». « 'Tain, que c'est invraisemblable » ! Et puis, en bon ''professionnel'' qui veut que l'on n'ait rien à lui reprocher et surtout de n'avoir pas vu le long-métrage dans son intégralité, je me suis contraint à une seconde projection. Et croyez-le ou non très chers camarades. Entre la première et la seconde, aucune différence s'agissant de l'impression d'avoir donc effectivement assisté à l'une de ces séances véritablement marquantes. L'histoire ? Grace (Scout Taylor-Compton) et Jack (Nolan Gerard Funk) forment un couple très amoureux, qui après avoir fait un détour chez les parents du second (séquence du script des scénaristes Mark Young et Robert Sheppe que le réalisateur a d'ailleurs choisi d'ignorer) se rendent ensuite là où la jeune femme vivait du temps de son enfance afin d'y retrouver la trace de ses parents biologiques. Force à Grace de vouloir découvrir qui étaient ses véritables géniteurs vu que l'endroit en question est l'un de ces très nombreux trous perdus de l'Amérique profonde qui avant de se définir par l'attitude pas toujours très nette de ses autochtones se détermine tout d'abord par leur très étrange accent ! Arrivés devant une ferme où ils devaient être accueillis par un certain Calvern (enfin, je crois), Grace et Jack s'y introduisent et attendent que leur hôte surgisse....


Mais en lieu et place du maître des lieux, et alors que la nuit et le brouillard viennent de tomber, une dizaine d'individus masqués et attifés de longues robes sombres se plantent devant la baraque en attendant que le couple se jette littéralement dans la gueule du loup ! Pour quelle raison ? On l'apprendra comme on s'en doute au fil d'un récit dont l'accumulation de faits et d'événements incohérents transforme The Long Night en un authentique cas d'école. Si bien que l'on se demande ce qui est passé par la tête des deux scénaristes, du réalisateur ou bien même de l'équipe technique car dès lors que le tournage a débuté pour s'achever, on le devine, quelques jours plus tard, y'en pas eu un seul pour dire aux autres : ''Hé, les gars ! Je sais pas vous mais j'ai la nette impression qu'on est en train de faire de la merde !''. Pourtant, les intentions sont au départ réelles et plutôt honnêtes de la part de Rich Ragsdale. Le réalisateur ainsi que le directeur de la photographie Pierluigi Malavasi ou la compositrice Sherri Chung (si l'on ne tient pas compte des quelques chansons musicalement hors sujet) tentent d'instaurer une ambiance sombre et délétère. Malheureusement, les différentes situations décrites lors de cette aventure nocturne sont systématiquement ruinées par l'apport, je l'espère involontaire, de nombre d'orientations narratives totalement ridicules ! Scout Taylor-Compton se prend pour Marilyn Burns (Massacre à la tronçonneuse) et hurle parfois pour on ne sait quelle raison. Les antagonistes restent plantés comme des piquets et attendant patiemment que leurs victimes se jettent dans leurs bras. Des situations stupides, le long-métrages en compte par brassées entières. Un exemple ? Alors qu'ils sont assiégés, les portables de Grace et Jack ont mystérieusement disparus. Fort heureusement, l'on découvre bientôt qu'un téléphone fixe est présent dans l'une des pièces de la demeure. Et il fonctionne parfaitement, comme en témoigne l'appel qu'ils reçoivent. Le spectateur se dit alors que l'un ou l'autre va bien finir par avoir l'idée d'appeler les flics ? Penses-tu ! Même pas en rêve. En fait, The Long Night est un catalogue d'incongruités et d'erreurs grossières qui en font finalement un monument du genre ! Et s'il n'était pas aussi mou et répétitif, sûr que les amateurs de nanars en feraient leur prochaine projection entre amis... !

 

mercredi 24 décembre 2025

Fréwaka d'Aislinn Clarke (2025) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Spécialisée dans l'horreur, le surnaturel et le thriller, la plateforme de streaming américaine Shudder propose souvent du contenu inédit. Et parmi ses dernières acquisitions l'on peut notamment découvrir l'étrange Fréwaka, le second long-métrage de la réalisatrice originaire de Dundalk dans le comté de Louth en Irlande, Aislinn Clarke. Auteure d'un premier film d'horreur en forme de Found Footage en 2018 avec The Devil's Doorway, l'irlandaise prouve une nouvelle fois son intérêt vis à vis de la religion chrétienne même si de son propre aveu elle n'est pas religieuse et n'a pas la foi même si elle respecte celle des autres. Si son premier long-métrage fut pour elle l'occasion d'aborder l'influence sociétale de l’Église catholique ainsi que ses pouvoirs institutionnels, Fréwaka qui lui-même aborde la religion sous une forme en revanche beaucoup plus archaïque, s'inscrit dans un sous-genre du cinéma d'horreur connu sous le nom de Folk Horror. Un type de cinéma qui convoque en général des traditions païennes cultivées par des communautés refermées sur elles-mêmes. Des œuvres qui confrontent ainsi en général un certain atavisme ancestral au monde moderne. L'un des grands classiques, du moins celui que tout le monde nomme systématiquement lorsqu'il s'agit d'évoquer le Folk Horror demeure bien évidemment The Wicker Man que réalisa en 1973 le cinéaste britannique Robin Hardy. Le film n'est peut-être pas le premier du genre mais aucun autre que lui ne soutient mieux la thèse selon laquelle l'horreur et une certaine idée des rites anciens peuvent parfaitement s'allier et ainsi donner naissance à une œuvre authentiquement culte ! Depuis, beaucoup s'y sont essayé. Avec plus ou moins de bonheur. Et parmi ceux-ci, nous citerons par exemple les excellents Black Death de Christopher Smith en 2010, Le bon apôtre de Gareth Evans en 2018 ou encore le stupéfiant Midsommar d'Ari Aster l'année suivante... Fréwaka est donc la dernière ''engeance'' d'un sous-genre riche de chefs-d’œuvre mais ne rejoint malheureusement toutefois pas la liste de ces quelques trop rares exceptions. Notamment soutenu par Screen Ireland, TG4 et Cine4, le second long-métrage d'Aislinn Clarke a semble-t-il bénéficié d'un petit budget ne lui permettant pas de déployer au delà de ses maigres moyens un sujet pourtant fort passionnant. Car au delà des traditions qui persévèrent au sein d'un village isolé et situé en Irlande, la cinéaste s'intéresse aussi et surtout à l'histoire personnelle de son héroïne prénommée Shoo....


Personnage féminin incarné par l'actrice originaire de Dublin Clare Monnelly, celle-ci est accompagnée durant toute l'aventure par Peig qu'interprète de son côté Bríd Ní Neachtain, née à Rosmuc dans le comté de Galway, situé lui aussi en Irlande. L'occasion pour Aislinn Clarke de faire interpréter les deux rôles principaux ainsi que les personnages secondaires en langue gaélique ! Avec Fréwaka, la réalisatrice et scénariste opère un méticuleux travail de mémoire collective. Prenant ainsi des formes diverses dont la plus obscure et ancestrale représentation sera dévoilée en fin de récit lors d'un festival qu'Aislinn Clarke n'aura malheureusement pas eu le temps, le goût, l'envie ou les moyens financiers et techniques de traiter à sa juste valeur. Et c'est bien dommage puisque les quelques sorties extérieures de Shoo permettent de découvrir des autochtones au comportement parfois étrange. De cet exotisme qui justement fait toute la différence avec le monde civilisé tel qu'on le connaît dans les grandes villes. Un vent froid s'abat alors sur le récit sans que pour l'instant rien de vraiment surnaturel ne s'invite au sein de la relation entre Peig, cette vieille femme légèrement impotente et prétendument sénile et Shoo, c'est jeune aide à domicile dont la mère s'est récemment suicidée... Fréwaka se déroule en majorité à l'intérieur de la demeure de Peig. Personnage qui aura ouvert le récit en disparaissant durant des années le jour même de son propre mariage. Si Aislinn Clarke réunit ces deux personnages féminins, c'est pour une raison bien précise qui évidemment nous sera dévoilée en toute fin de récit. Si le long-métrage n'est pas foncièrement mauvais, il lui manque en revanche une donnée fondamentale : la peur. En effet, même si Aislinn Clarke tente certaines choses, chaque tentative est malheureusement vouée à l'échec. Pour une raison d'ailleurs difficile à définir puisque les actrices sont plutôt convaincantes et que la mise en scène est typique de ce que l'on a l'habitude de voir depuis au moins deux décennies en matière d'horreur et d'épouvante.......... Tiens ! La voici donc sûrement, la véritable raison : cette répétitivité qui à force de redondance ne parvient plus à générer le moindre frisson chez le spectateur. Visible désormais sur Arte, Fréwaka est au final un sympathique petit film qui se regarde sans déplaisir mais qui risque cependant de terminer son existence dans les tréfonds de l'oubli...

 

lundi 8 septembre 2025

The Damned de Þórður Pálsson (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Alors qu'avec un titre pareil l'on aurait été en droit de penser que The Damned abordait pour une énième fois un cas de possession avec comme conclusion, son exorcisme, le récit n'a en fait aucun rapport. À vrai dire, le tout premier long-métrage du réalisateur et scénariste islandais Þórður Pálsson s'inscrit dans un sous-genre de l'horreur appelé Folk Horror. Un type de long-métrage auquel certaines œuvres lui ont offert ses plus belles lettres de noblesse. Et parmi elle, le mythique The Wicker Man de Robin Hardy qui demeure plus de cinquante ans après sa sortie comme l'un de ses plus remarquables représentants. Plus récemment, nous citerons les excellents The VVitch de Robert Eggers en 2015, Apostle de Gareth Evans en 2017 et Midsommar d'Ari Aster l'année suivante. Pour ses premiers pas au cinéma après avoir réalisé quatre courts-métrages puis autant d'épisodes de la série Les meurtres de Valhalla, Þórður Pálsson se repose sur un script écrit de sa propre main ainsi que celle du scénariste Jamie Hannigan, lequel a également débuté dans l'écriture et la réalisation de courts-métrages avant de scénariser son premier film cinéma avec Pilgrimage de Brendan Mudlowney en 2017. D'une durée de quatre-vingt neuf minutes qui lui aurait sans doute permis de gagner en intensité s'il avait été écourte de dix ou quinze d'entre elles, The Damned demeure pourtant une œuvre très intense. L'action se déroule lors de l'équinoxe et dans un village de pêcheurs retenus sur place par les rigueurs d'un hiver particulièrement rude. Neige et glace recouvrent le paysage tandis qu'Eva, la gouvernante Helga, la timonier Ragnar et une poignée d'hommes s'inquiètent de n'avoir sans doute pas de quoi tenir jusqu'à la fin de l'hiver. Tandis que le groupe de pêcheurs s'apprête à reprendre le chemin de la mer pour tenter de trouver du poisson, au large un bateau a chaviré et les survivants demandent qu'on vienne les sauver. Mais selon Ragnar (l'acteur écossais Rory McCann), aller les secourir est la certitude de condamner tout le groupe à une mort certaine. Et pour cause : les ressources diminuent dangereusement et ajouter des bouches à nourrir serait selon lui une erreur. La décision appartient alors à Eva de choisir s'ils doivent aider les naufragés qui risquent de mourir de froid ou non. Suivant les conseils de Ragnar, la jeune femme doit se contraindre à suivre son conseil, condamnant ainsi les naufragés à une mort certaine par le froid...


Un soir, alors qu'ils décident tous de se rendre sur le lieu de l'accident afin de récupérer des vivres qui se seraient échouées, Eva, Ragnar et les autres tombent sur des rescapés qui les supplient de les aider. Mais là encore, nos pêcheurs s'y refusent et la scène tourne mal. L'un des naufragés se retrouve la mâchoire fracassée avant de s'enfoncer sous les flots. Attaqué, Ragnar est lui-même attiré par le fond et disparaît sous les eaux. De retour à la station, Eva et le reste des pêcheurs, désarçonnés, s'apprêtent alors à vivre les pires moments de leur existence... The Damned n'ayant donc aucun rapport avec une quelconque emprise démoniaque, le long-métrage de Þórður Pálsson nous plonge dans une ambiance éthérée, glaçante, parfois effroyable (la vision de ce corps qui disparaît sous les flots ou la vomitive éviscération pratiquée sur la plage) mais aussi et surtout d'un esthétisme absolument remarquable. Éclairé semble-t-il à la bougie, le film est une succession de tableaux dont la magnificence est due au remarquable travail effectué par le directeur de la photographie islandais Eli Arenson auquel on doit une enluminure, une colorimétrie et un grain très particuliers. Austère et anxiogène, mais d'une beauté à couper le souffle. Un long-métrage qui prend son temps, sur un rythme langoureux mais non dénué de mystère, avec une Odessa Young très convaincante dans le rôle d'Eva, jeune veuve qui va être au cœur d'une malédiction qui ne sera pas sans rappeler un certain The Fog de John Carpenter signé trente-cinq ans auparavant. En effet, The Damned ressemble à ce qui pourrait figurer comme étant les préliminaires de l'aventure que vécurent les personnages du film culte du cinéaste américain alors assiégés par les fantômes d'un capitaine de navire et par ses hommes qui selon la légende auraient été abandonnés à leur triste sort alors qu'ils désiraient se réfugier à Antonio Bay, petit village de pêcheurs où se situait l'action de The Fog. Ajoutant d'autres similitudes comme le pillage du navire en question, l'Elizabeth Dane, la proximité entre les deux récits est troublante. Cependant, le traitement est radicalement différent. Malgré un brouillard là encore similaire à celui que l'on pouvait remarquer durant le récit de The Fog, visuellement, The Damned ne doit ses qualités artistiques à personne d'autre que son directeur de la photographie. Þórður Pálsson signe avec son premier long-métrage, une véritable œuvre d'art. Angoissante, ancrée dans le folklore islandais et superbement interprété par Odessa Young, Rory McCann, Siobhan Finneran, Joe Cole et le reste du casting...

 

mercredi 12 février 2020

Midsommar de Ari Aster (2019) - ★★★★★★★★★★



Dani et son compagnon Christian vivent un moment délicat de leur vie de couple. Alors que Dani n'a jamais eu autant besoin de lui que depuis le terrible drame qu'elle vient de subir, poussé par ses trois amis Josh, Mark et Pele, Christian est contraint de rompre avec Dani. Cependant, un voyage en Suède au sein d'une communauté qui doit fêter un rituel n'ayant lieu qu'une fois tous les quatre-vingt dix ans va bouleverser les certitudes des uns et des autres. Bienvenue au ''Midsommar''... la philosophie qui se dégage de ces pratiques ancestrales est tout d'abord rassurante. Entièrement vêtus de blanc, les membres de cette étrange communauté en lien avec la nature expriment une certaine idée de la pureté, voire, de la virginité. Accueillis à bras ouverts, Dani, ses compagnons ainsi qu'un autre couple sont invités à participer aux différents rituels qui durant trois jours vont ponctuer la cérémonie. Ari Aster nous plonge tout d'abord dans un univers en suspension, calme et lumineux. Après avoir encaissé un triple suicide visuellement étouffant, le réalisateur s'attarde beaucoup sur la caractérisation des personnages avant de les envoyer tout droit dans un Enfer qui rappelle sensiblement le cas du sergent Neil Howie de The Wicker Man de Robin Hardy en 1973...

Une communauté qui peu à peu livre son vrai visage et ses réelles intentions lors de climax absolument glaçants. Par petites touches, Ari Aster distille un effroi qui culmine lors de rituels étranges allant d'un double sacrifice volontaire du haut d'une falaise, jusqu'au final dantesque, en passant par un accouplement ''sabbatique'' comme ne l'aurait sans doute pas renié un certain Alejandro Jodorowsky. Tout en développant l'idée du piège se renfermant peu à peu sur ses ''invités'', le réalisateur n'en oublie cependant pas de développer les rapports qu'entretiennent Dani, Christian et les autres en maintenant une tension permanente qui culmine lors de séquences en apparence anodines (Josh et et Christian s'expliquant avec virulence sur leur thèse respective). Sur une musique déviante collant à la perfection au contexte de Midsommar signée du britannique The Haxan Cloak, Ari Aster exploite à merveille l'antinomie opposant un décor lumineux à un univers qui peu à peu s'assombrit pour repousser parfois les limites du soutenable...

D'une profondeur déjà abyssale, on comprend qu'Ari Aster ait déjà pensé à livrer une version ''Director's Cut'' rallongeant l'éprouvante initiation de Dani et de ses compagnons (Florence Pugh, Jack Reynor ; William Jackson Harper, Will Poulter, Vilhelm Blomgren, tous absolument remarquables) d'une demi-heure environ. Cet article n'étant basé que sur la version de deux heures et vingt-sept minutes, il semblerait qu'une version longue approchant les trois heures propose d'approfondir la caractérisation des personnages et notamment celles de Dani et de Christian. Maîtrisant parfaitement l'outil horrifique, Ari Aster mérite désormais d'être considéré comme un grand auteur dans le domaine de l'horreur quand un an plus tôt, certains s'étaient évertués à faire de son Hérédité, LE film d'horreur de l'année 2018, une réputation largement surestimée qui poussa finalement certains à relativiser quelques mois plus tard. Midsommar, lui, mérite par contre toutes les attentions et tout le bien que l'on pense de lui. Bien que dépassant largement les normes en matière de durée, l’œuvre de Ari Aster est tellement ample que l'on ne s'y ennuie pas un seul instant. Magistralement mis en scène, formidablement interprété (il faudrait citer l'intégralité du casting), parfois beau comme un éloge à la nature, lyrique, lumineux, poétique mais aussi, étouffant, morbide, angoissant et très sanglant, Midsommar est sans conteste l'une œuvres les plus marquantes de l'année 2019. Le plus grand film d'horreur ne fut donc pas un... film d'horreur cette année là. Un choc !

samedi 16 février 2019

Black Death de Christopher Smith (2010) - ★★★★★★★☆☆☆



J'avais un peu perdu du vue le réalisateur et scénariste britannique Christopher Smith qui avait pourtant su me séduire une première fois en 2004 avec son tout premier long-métrage, Creep. Un petit film d'horreur assez glauque tourné dans l'une des stations les plus profondes du métro londonien. Puis cinq ans plus tard en 2009 avec Triangle, un sympathique slasher maritime doublé du thème de la boucle temporelle, manquant de peu son deuxième long-métrage intitulé Severance qu'il me faudra bien découvrir un jour. Parce que comme pour les deux films que j'ai découvert jusqu'ici, le Black Death dont il s'agit de faire la critique est sans doute parmi les meilleurs films de leur auteur. Du moins, celui des trois que j'ai vu jusqu'à maintenant qui m'a le plus convaincu. Ici encore, l'horreur est au rendez-vous. Mais comme cela semble être l'habitude chez le britannique, elle s'inscrit dans un contexte qui au départ n'apparaît pas forcément compatible bien que d'autres cinéastes aient depuis profité de l'essor de l'héroic-fantasy ou du récit historique pour s'y engouffrer.

Sous ses airs de groupe de black metal, le titre du quatrième long-métrage de Christopher Smith se réfère en fait au tout premier nom sous lequel était nommée la peste noire au milieu du dix-neuvième siècle. Un anachronisme sur lequel nous ne nous éterniserons pas au delà de cette brève information sur laquelle je me sens contraint de revenir : en effet, le terme apparaît pour la première fois en 1843 dans un ouvrage anglais destiné au jeune public alors que le récit du film qui nous préoccupe ici se situe dans le courant du quatorzième siècle ! Un détail... sans importance. Car ce qui en a, d'importance, c'est le contenu du film, adapté d'un scénario de Dario Poloni.

Nous sommes donc au beau milieu du quatorzième siècle. Celui qui précéda la naissance des fameuses chasses aux sorcières (encore un anachronisme?). On y découvre le jeune moine Osmund (Eddie Redmayne) écouter, selon lui, les conseils de Dieu le jour où débarquent au monastère un groupe de mercenaires conduits par Ulric (le toujours impeccable Sean Bean). Acceptant de les mener au delà d'un marais environnant un village épargné par la maladie, le jeune homme espère profiter de cette occasion pour retrouver celle qu'il aime en secret. La jolie Averill (Kimberley Nixon) qui a promis de l'attendre patiemment durant une semaine à l'extérieur du monastère, après quoi, elle quittera les lieux définitivement. Rencontrant la mort sur leur chemin, Osmund et les mercenaires finissent par trouver le fameux village épargné par la peste noire. Mais à la recherche d'un nécromancien, ce qu'ils vont y découvrir sera bien plus terrible encore...

Visuellement, Black Death est absolument irréprochable. Entre le monastère et les villages jonchés de cadavres, victimes de la maladie, des forêts et des champs à perte de vue, un marais enfumé, et le village dans lequel sera située une bonne partie de l'intrigue, le travail effectué par John Frankish sur les décors et par Sebastian Edschmid sur la photographie est remarquable. C'est sombre, poisseux, aussi sale et pestilentiel que le sujet et l'époque traités laissent supposer. Les costumes ne dépareillent jamais dans ce contexte relativement brutal où légendes religieuses (la peste noire y est vécue par certain comme une création de Dieu) et sorcellerie tiennent une place importante dans le cœur des habitants d'un village totalement dévoué à la parole de Langiva, incarnée par l'impressionnante Carice Van Houten).
On s'attache très facilement à cette bande de mercenaires durs en paroles mais étonnamment soudés autour d'Ulric. Autour de Sean Bean ou encore de John Lynch (qui incarne Wolfstan, l'un de ses compagnons de route), on découvre des individus à la personnalité déconcertante, tenant des propos souvent rudes, mais dont la croyance en Dieu est indéfectible. Face à eux, la néerlandaise Carice Van Houten, donc. Blafarde et particulièrement effrayante, accompagnée par un Tim McInnerny (dans la peau de Hob) dont le sourire est carrément inquiétant, elle dirige son village comme un gourou. Sorcière ou manipulatrice, ce sera aux spectateurs de le découvrir dans un film où les brutalités demeurent finalement assez rares. Bien que Black Death comporte plusieurs scènes de combats à l'arme blanche... et lourde, les seuls rares moments où les spectateurs les plus sensibles risquent de tiquer demeurent les scènes durant lesquelles la prêtresse/sorcière/gourelle, appelons-là comme on veut, tentera de convaincre les membres du groupe d'abandonner leur foi. Black Death n'est pas une bonne surprise, mais une EXCELLENTE surprise. Ceux qui apprécièrent le récent et plutôt rude Apostle de Gareth Evans peuvent se ruer sur Black Death. Ils ne seront pas déçus. Les autres non plus d'ailleurs...

samedi 27 octobre 2018

Apostle de Gareth Evans (2018) - ★★★★★★★★☆☆



Lorsque habituellement je découvre apposé à la date de sortie d'un film le nom de la plate-forme Netflix, il m'arrive d'avoir parfois deux types de réactions : soit je pense à ces quelques navrants long-métrages qu'il m'est arrivé de suivre avec plus ou moins d'intérêt, soit je me remémore l'agréable surprise d'avoir découvert une œuvre qui n'a pas eu les honneurs d'une sortie sur grand écran. Apostle (traduit chez nous sous le titre un peu naze, Le Bon Apôtre) m'a fait l'effet d'une gifle que l'on m'aurait administré sans même que je m'y attende. Toujours à cause d'un titre français un peu ronflant et ne laissant à aucun moment envisager le contenu du dernier film de Gareth 'The Raid' Evans, maître es combats au corps à corps, Apostle, aussi inenvisageable que cela puisse paraître pour une partie du public qui ne jure sans doute que pour les films d'horreur adoubés par la presse spécialisée ( A Quiet Place, meilleur film d'horreur de l'année ? Laissez-moi rire), est sans doute la perle que les plus âgés d'entre nous qui refusèrent de se laisser initier par les sagas Saw, Hostel et compagnie vont adorer...
J'ai laissé retomber le soufflet quelques heures. Mais pas trop non plus. Juste pour être certain de ne point écrire avec l'engouement précipité du bonhomme qui vient d'assister à une œuvre dantesque deux plus de deux heures. Situé en un temps reculé, sur une île lointaine, Apostle possède tout ce qu'il faut pour construire une œuvre solide qui rappellera aux plus anciens de formidables expériences cinématographiques ne se laissant pas avoir par les quelques exemples cités juste au dessus et qui ne se révèlent au final que de la poudre aux yeux. Gareth' Evans l'a sans doute bien compris. Lui qui auparavant plongeait ses personnages directement dans l'action sans même envisager d'écrire plus de deux ou trois lignes de script a choisi cette fois-ci d'instaurer une véritable trame au cœur d'une île sur laquelle vont se jouer des intrigues multiples. Le cinéaste aurait tout aussi bien pu choisir notre époque, et signer ainsi une œuvre sans âme véritable. Avec Apostle il choisit tout d'abord d'installer son intrigue dans un contexte religieux fanatique. Une secte vouée à un Dieu dont le cinéaste semble tout d'abord vouloir cacher l'existence pour mieux nous happer dans cette folie (in)humaine qui va peu à peu prendre de plus en plus de place au fil de l'histoire. Un récit qui d'ailleurs laisse de manière fort discrète envisager la présence d'éléments fantastiques.

Incarné par un (anti)héros ayant perdu la foi, sauf envers l’absinthe qu'il consomme comme pour apaiser la douleur des stigmates qu'il prote gravés dans le dos, Apostle, c'est d'abord un film à l'atmosphère unique. Tourné dans le sud du Pays de Galles à Neath Port Talbot, le film instaure un climat dépressif immédiat. De nombreuses scènes nocturnes mêlées à des décors construits sur un terrain boueux, il arrive parfois à Gareth Evans de promener sa caméra jusque dans les entrailles de la Terre où niche une monstruosité. Du moins, l'une de celles dont le scénario multiplie les apparences. Le cinéaste convoque le Fred Abberline des frères Hughes (From Hell) dans un contexte hystérique proprement hallucinant faisant parfois référence au chef-d’œuvre de Ken Russell (The Devils). A bien y regarder, les références s'étendent bien au delà de ces deux exemples puisqu'en fouillant au plus profond de nos mémoires de cinéphiles, ne retrouvons-nous pas quelque part un soupçon du court-métrage The Grandmother que réalisa David Lynch au tout début des années soixante-dix à travers la bête qui sommeille sous des champs de blé fertiles ?

Œuvre policière, fantastique, flirtant parfois avec le torture-porn durant des scènes inquisitrices parfois insoutenables, Apostle joue non seulement avec les nerfs du spectateur mais également avec les limites qu'il est capables d'endurer en matière de scènes d'horreur. Sans doute pas aussi épouvantable que certaines séquences proprement gerbantes de La Passion du Christ de Mel Gibson, l'hystérie, contrairement au film de Ken Russell cité plus haut y est contenue. Comme hypnotisés et incapables de faire la part entre le bien et le mal, les adeptes de cette secte dévouée au prophète Malcom (génial Michael Sheen), lequel a survécu en compagnie de deux amis à un naufrage il y a des années de cela, acceptent le sort des leurs sans même percer la psychopathie de l'un d'entre eux. Des moutons !
Grandiloquents diront certains. Outrageusement Z osèrent d'autres. Une pépite, en réalité. Peut-être l'un des rares films jonglant avec intelligence entre divers genres : policier, horreur, fantastique, drame, ne laissant jamais (ou presque) la voie au ridicule. On pourrait même envisager Apostle comme une œuvre à la gloire du Bien et du Mal: entre un antihéros sans plus d'autre fois que la drogue mais conservant l'espoir de revoir sa sœur retenue prisonnière. Un prophète que le cinéaste hésite à rendre tout noir, ou tout blanc (à ce sujet, on ne saura jamais vraiment si l'enlèvement de la sœur du héros et la demande de rançon ne furent uniquement qu'à but lucratif), un Quinn (impressionnant Mark Lewis Jones) en sociopathe redoutablement inquiétant, et une déesse rebutante mais peut-être pas si nocive que cela... Les ambivalences et les contradictions se donnent la réplique dans un contexte brut de décoffrage en matière de morale et d'applications des lois religieuses instaurées par la communauté.

Visuel austère de toute beauté, donc. Interprétation habitée. Ambiance lourdement chargée. Séquences dantesques avec ce petit quelque chose qui rappellera parfois l'excellente adaptation cinématographique du jeu vidéo éponyme Silent Hill par le réalisateur Christopher Gans. Gratuit pourront s'inquiéter les plus frileux cachant derrière cette observation la peur de l'inconnu qui se cache aux tréfonds de l'âme humaine. Oubliez un moment l'hyper surévalué A Ghost Story, et le bon mais jamais vraiment flippant A Quiet Place, deux exemples de longs-métrages qui ne méritent certainement pas l'engouement dont a fait preuve une certaine presse avide de citer son comptant de références annuelles. Oubliez également The Poughkeepsie Tapes, dont la légende surpasse très, très, très largement ses qualités d’œuvre horrifiques (en bref, il s'agit d'une belle merde!!!). Retenez plutôt ces trois mots : Le Bon Apôtre. Sans doute possible l'une des œuvres commerciales les plus 'nihiliste-ment' intelligentes de l'année. A noter que Gareth Evans a opté pour la participation de Aria Prayogi et Fajar Yuskemal Tamin à la composition de la bande musicale après leur avoir confié celles de Raid 1 & 2. résultat, une ambiance pesante faites de violons stridents et d'incantations fascinantes... Un Choc !!!
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