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mercredi 12 février 2020

Midsommar de Ari Aster (2019) - ★★★★★★★★★★



Dani et son compagnon Christian vivent un moment délicat de leur vie de couple. Alors que Dani n'a jamais eu autant besoin de lui que depuis le terrible drame qu'elle vient de subir, poussé par ses trois amis Josh, Mark et Pele, Christian est contraint de rompre avec Dani. Cependant, un voyage en Suède au sein d'une communauté qui doit fêter un rituel n'ayant lieu qu'une fois tous les quatre-vingt dix ans va bouleverser les certitudes des uns et des autres. Bienvenue au ''Midsommar''... la philosophie qui se dégage de ces pratiques ancestrales est tout d'abord rassurante. Entièrement vêtus de blanc, les membres de cette étrange communauté en lien avec la nature expriment une certaine idée de la pureté, voire, de la virginité. Accueillis à bras ouverts, Dani, ses compagnons ainsi qu'un autre couple sont invités à participer aux différents rituels qui durant trois jours vont ponctuer la cérémonie. Ari Aster nous plonge tout d'abord dans un univers en suspension, calme et lumineux. Après avoir encaissé un triple suicide visuellement étouffant, le réalisateur s'attarde beaucoup sur la caractérisation des personnages avant de les envoyer tout droit dans un Enfer qui rappelle sensiblement le cas du sergent Neil Howie de The Wicker Man de Robin Hardy en 1973...

Une communauté qui peu à peu livre son vrai visage et ses réelles intentions lors de climax absolument glaçants. Par petites touches, Ari Aster distille un effroi qui culmine lors de rituels étranges allant d'un double sacrifice volontaire du haut d'une falaise, jusqu'au final dantesque, en passant par un accouplement ''sabbatique'' comme ne l'aurait sans doute pas renié un certain Alejandro Jodorowsky. Tout en développant l'idée du piège se renfermant peu à peu sur ses ''invités'', le réalisateur n'en oublie cependant pas de développer les rapports qu'entretiennent Dani, Christian et les autres en maintenant une tension permanente qui culmine lors de séquences en apparence anodines (Josh et et Christian s'expliquant avec virulence sur leur thèse respective). Sur une musique déviante collant à la perfection au contexte de Midsommar signée du britannique The Haxan Cloak, Ari Aster exploite à merveille l'antinomie opposant un décor lumineux à un univers qui peu à peu s'assombrit pour repousser parfois les limites du soutenable...

D'une profondeur déjà abyssale, on comprend qu'Ari Aster ait déjà pensé à livrer une version ''Director's Cut'' rallongeant l'éprouvante initiation de Dani et de ses compagnons (Florence Pugh, Jack Reynor ; William Jackson Harper, Will Poulter, Vilhelm Blomgren, tous absolument remarquables) d'une demi-heure environ. Cet article n'étant basé que sur la version de deux heures et vingt-sept minutes, il semblerait qu'une version longue approchant les trois heures propose d'approfondir la caractérisation des personnages et notamment celles de Dani et de Christian. Maîtrisant parfaitement l'outil horrifique, Ari Aster mérite désormais d'être considéré comme un grand auteur dans le domaine de l'horreur quand un an plus tôt, certains s'étaient évertués à faire de son Hérédité, LE film d'horreur de l'année 2018, une réputation largement surestimée qui poussa finalement certains à relativiser quelques mois plus tard. Midsommar, lui, mérite par contre toutes les attentions et tout le bien que l'on pense de lui. Bien que dépassant largement les normes en matière de durée, l’œuvre de Ari Aster est tellement ample que l'on ne s'y ennuie pas un seul instant. Magistralement mis en scène, formidablement interprété (il faudrait citer l'intégralité du casting), parfois beau comme un éloge à la nature, lyrique, lumineux, poétique mais aussi, étouffant, morbide, angoissant et très sanglant, Midsommar est sans conteste l'une œuvres les plus marquantes de l'année 2019. Le plus grand film d'horreur ne fut donc pas un... film d'horreur cette année là. Un choc !

mercredi 31 juillet 2019

Malevolent de Ólafur Jóhannesson (2018) - ★★★☆☆☆☆☆☆☆



Directement sorti chez nous sous le titre Les Mauvais Esprits, Malevolent est le dernier long-métrage du cinéaste islandais Ólafur Jóhannesson qui jusqu'à maintenant avait partagé sa carrière entre fictions et documentaires. Pour son dernier film, il choisit de s'intéresser au thème des maisons hantées à travers le portrait de quatre jeunes adultes, Jackson, sa sœur Angela et leurs amis Beth et Elliot, qui ont monté une arnaque afin de soutirer de l'argent à de pauvres individus persuadés que leur demeure est hantée. Jackson organise chaque expédition tandis qu'Angela se fait passer pour une médium capable de capter la présence de fantômes. Elliot quant à lui est cameraman et Beth, l'assistante technicienne du groupe. Depuis quelques jours, Angela ressent réellement la présence d'esprits autour d'elle. Une sensation qui se matérialise par des saignements de nez. Alors qu'elle refuse d'aller plus loin dans les investigations et de laisser tomber les arnaques, le groupe est convié par une certaine mademoiselle Green de se rendre en sa demeure afin d'y traquer l'esprit de jeunes filles mortes dans des conditions atroces. Se refusant d'abord d'y participer, c'est sur l'insistance de Jackson que la jeune femme accepte de s'y rendre en compagnie des trois autres. Mais alors que le groupe s'apprête à faire de leur hôte la nouvelle victime de leur escroquerie, Angela commence à ressentir dès sa visite des lieux, la présence des petites filles mortes assassinées voilà des années...

Avec un tel pitch, mieux vaut être un inconditionnel du genre ''maisons hantées'' si l'on ne veut pas avoir l'effroyable sensation de vivre et revivre encore ce même récit qui depuis des décennies encombre les genres fantastique, horreur et épouvante. Malevolent est donc un long-métrage de plus à mettre sur le compte des poltergeist, fantômes, esprits, ectoplasmes et j'en passe. Si l'intérêt repose tout d'abord sur les origines islandaises du réalisateur Ólafur Jóhannesson, que le film se déroule en écosse, et que son auteur a choisi de situer l'intrigue au beau milieu des années quatre-vingt, inutile d'espérer autre chose qu'un film relativement médiocre. Pour commencer, les personnages et leurs interprètes. Si ces derniers sont passablement convaincant, la caractérisation des personnages qu'ils incarnent est très largement en dessous des exigences que pourrait avoir le spectateur pour lequel celle-ci a au moins autant d'importance que la mise en scène, le scénario ou l'interprétation. Difficile de s'intéresser à Angela, son frère Jackson ou leurs deux compagnons, la palme de l'inactivité revenant à Beth (l'actrice Georgina Bevan) que le réalisateur et le scénariste Ben Ketai semblent avoir totalement oublié.

Autre originalité : la demeure. Plutôt que le classique château, Ólafur Jóhannesson opte pour une immense demeure de style internat. Ce qui n'aura malheureusement pas de répercussion sur l'ambiance du film qui ne génère à aucun moment le moindre sentiment d'angoisse. Même l'insistance de l'islandais à vouloir faire sursauter les spectateurs à grands renforts de ''Jump Scares'' est totalement inefficace. En tentant de remédier à l'absence totale de fantaisie concernant le reste de l'intrigue, Ólafur Jóhannesson transforme son film de maison hantée en torture-porn indigeste. Mais alors que le film aurait pu prendre une forme sordide et dérangeante, le fait même que le cinéaste ne soit pas spécialement attaché à ses personnages se ressent dès lors que le spectateur demeure indifférent au sort qui est accordé à ses jeunes adultes. Et je ne parle même pas des invraisemblances qui émaillent l'intrigue comme cette séquence lors de laquelle le jeune Elliot est victime de plusieurs coups de hachette auxquelles il survit malgré tout ou l'absence de hurlements de la part d'Angela et de son frère Jackson lorsque la ''fêlée'' de l'intrigue leur coud les lèvres. Bref, même si Ólafur Jóhannesson n'en est pas à sa première réalisation, Malevolent a tout du film de débutant. Ennuyeux et inutile...

mardi 6 février 2018

Lady Macbeth de William Oldroyd (2016) - ★★★★★★★★☆☆



N'entretenant que de très exigus rapports avec la tragédie éponyme du dramaturge et écrivain britannique William Shakespeare, Lady Macbeth (ou The Young Lady) n'use donc pas de l'outil cinématographique afin de pallier au manque de culture des profanes en littérature anglaise mais s'adresse plutôt à celle et ceux qui se passionnent pour ces faits divers qui même aujourd'hui défraient la chronique judiciaire. Nous sommes pourtant en 1865 dans la campagne anglaise. Quelque part dans une luxueuse demeure y vit Katherine, jeune et séduisante femme vendue avec un lopin de terre à un homme riche et deux fois plus âgé qu'elle dénommé Alexander Lester, lequel l'épouse et l'installe chez Boris, son père.
La vie de Katherine y est rude, monotone, sans amour. Il lui est interdit de sortir, de sourire, et de parler sans l'accord de son époux et doit se plier à des règles stricts avec lesquelles la jeune femme a de plus en plus de mal à s'accorder. Épuisée par des contraintes quotidiennes qui la minent telle une fleur qui se fane, Katherine profite de la longue absence de son époux et de son beau-père pour se reposer et surtout, faire la connaissance de Sebastian, le nouveau palefrenier. Après un premier contact plutôt viril, la châtelaine et le responsable des écuries vont éprouver de violents désirs l'un envers l'autre. Ils vont s'aimer et se retrouver chaque fois qu'ils en auront l'occasion sous l’œil indiscret d'Anna, une jeune domestique noire. Les amants devront vivre leur amour le plus intensément possible car le retour du beau-père, puis de l'époux de katherine est déjà programmé...

Un film en costumes... le thème est suffisamment rare en ces pages pour qu'il mérite d'être évoqué. Si d'une certaine manière le cinéaste William Oldroyd aurait pu intégrer ses personnages dans un cadre contemporain, il y a dans la rigueur apportée à l'interprétation de certains des actrices et acteurs un certain rapport entre celle-ci et l'époque dans laquelle elle s'inscrit. Corsetée de force, Katherine vit dans une prison dorée, une cage fermée à double tours d'où ce joli oiseau n'a nulle possibilité de fuir. Du moins jusqu'à ce que ces deux monstrueux individus que sont son mari et son beau-père (les impeccables Paul Hilton et Christopher Fairbank) fichent le camp et laissent le champ libre à la jeune femme d'ouvrir la cage et parcourir un monde dont les frontières n'iront pas au delà des champs qui entourent la propriété.
Lady Macbeth s'emploie à décrire le lent cheminement d'une jeune femme épousée à seule fin de procréer et ainsi, donner naissance à la descendance d'un individu austère et indifférent. Inspiré du scénario écrit par Alice Birch à partir du roman Lady Macbeth du district de Mtsensk de l'écrivain russe Nikolai Leskov, le long-métrage de William Oldroyd fait tout d'abord état de la condition de la femme au dix-neuvième siècle, entretenue mais réduite à sa plus simple utilisation : servir son époux et lui donner des enfants. Ensuite, l’œuvre du britannique s'attache à développer son intrigue autour des amours adultères entre la bourgeoise Katherine et le domestique Sebastian. Une relation violente et passionnée mais forcément compromise par le retour prévu du beau-père d'abord, puis plus tard de son époux. Pourtant, contre ce désagrément, Katherine trouvera une solution radicale à ce problème en assassinant les uns après les autres tous ceux qui se mettront en travers de leur chemin à Sebastian et elle. Un Sebastian se révélant d'ailleurs excessivement farouche, puisqu'ayant de plus en plus de difficultés à accepter de participer à des homicides dont le point d'orgue interviendra vers la fin d'un long-métrage s'inscrivant davantage au fil de l'intrigue, dans l'horreur moralement la plus abjecte.

Lady Macbeth est l'incarnation de l'émancipation d'une jeune femme s'extrayant de sa chrysalide dans la douleur. Pour un premier long-métrage, William Oldroyd tape dans le mille avec un film historique finalement peu ambitieux en terme de décors et de costumes d'époque, forçant ainsi le trait d'une vie sacrifiée à l'élément patriarcal. Son œuvre est parfois d'un esthétisme offrant à certains plans la beauté d’œuvres picturales saisissant dans leur absence de mouvement, des témoignages vifs d'une époque aujourd'hui révolue mais dont certains comportements ont survécus à l'évolution des mœurs dans certaines contrées. L'actrice originaire d'Andalousie Florence Pugh, car il s'agit bien d'elle, porte littéralement le film sur ses épaules. D'abord douce et fragile, puis glaçante comme la Faucheuse, l'actrice est accompagnée d'un Cosmo Jarvis incarnant un Sebastian sauvage et prisonnier de son désir. Pour un premier long-métrage, Lady Macbeth frise le statut de chef-d’œuvre et se pose en concurrent sérieux au long-métrage La Comtesse de l'actrice et réalisatrice française Julie Delpy, cette fois-ci inspiré par la célèbre comtesse hongroise Élisabeth Báthory renommée pour avoir été parmi les plus connues des meurtrières du dix-septième siècle de son pays...
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