Pour mon premier Gonzalo Suárez, je dois avouer que je n'ai pas tout
à fait saisi où le cinéaste espagnol a voulu en venir. Après une
ouverture des plus envoûtante, nimbée d'une brume quasi mystique,
l'on comprend que le récit nous est conté par Juan, un homme d'âge
apparemment mûr mais qui apparaît à l'image sous les traits du
jeune acteur Óscar Martín, dont il s'agira du premier des trois
seuls rôles qu'il interprétera durant sa courte carrière avant
¡Arriba Hazaña ! de José María Gutiérrez Santos en
1978 et Los Nuevos Extraterrestres de Juan Piquer Simón
en 1983. Si Beatriz
est bien le prénom de l'une des héroïnes de sexe féminin du
long-métrage de Gonzalo Suárez co-produit entre l'Espagne et le
Mexique, son interprète n'en demeure pas pour autant l'actrice
principale. Noyée au cœur d'un tourbillon de personnages dont il
n'est pas toujours aisé de définir les contours psychologiques,
Sandra
Mozarowsky est donc accompagnée lors de cette très curieuse
aventure historico-horrifico-érotico-surnaturelle de Carmen Sevilla
dans le rôle de Doña Carlota, la mère de la jeune femme, de José
Sacristán dans celui de Máximo Bretal, le professeur d'histoire de
Juan, puis de Jorge Rivero dans le rôle de Fray Angel, un moine qui
après avoir survécu à l'attaque dans la forêt d'une bande de
brigands se réfugie chez Doña Carlota et ses deux enfants. Mais
alors que Beatriz a toujours vécu dans une intense et très rigide
éducation religieuse, voilà que l'arrivée de ce beau jeune homme
que Juan confond avec le Diable va mettre en péril la foi de
l'adolescente qui tombe alors amoureuse du nouveau venu. Beatriz
pousse
ainsi ses personnages à entrer en conflit avec la morale religieuse
et les désirs sexuels. Le film peut ainsi s'observer comme une
féroce critique de la foi religieuse et de ses contraintes.
Entièrement raconté à travers le regard et les souvenirs de Juan,
son interprétation du récit est semble-t-il demeurée telle quelle.
La vision d'un enfant qui voit en un homme de Dieu le Mal absolu. Ce
que semble d'une certaine manière confirmer l'histoire dont est à
l'origine Ramón María del Valle-Inclán et que le réalisateur et
le scénaristes Santiago Moncada ont adaptés pour les besoins du
film...
D'ailleurs,
si le film repose effectivement sur le conte romantique éponyme du
romancier espagnol, le film s'inspire également d'un autre ouvrage
de Ramón María del Valle-Inclán intitulé Mi
Hermana Antonia
dans lequel l'auteur évoquait déjà le personnage de Máximo
Bretal, lequel passait un pacte diabolique avec une vieille femme.
Celle-là même que figure le personnage de Saludadora qu'incarne à
l'écran l'actrice Elsa Zabala... Tout comme beaucoup de films
espagnols fantastiques tournés à l'époque, Beatriz
situe son action à un âge reculé et en un contexte
mystico-romantique qui permet au cinéaste de jouer sur l'élément
surnaturel tout en encrant le récit dans une certaine forme de
critique vis à vis de l’Église. Un peu fouillis et désordonné, mais
aussi et surtout aussi étrange que ''fascinant'' tout en mêlant
plusieurs intrigues en un seul élan, le film de Gonzalo Suárez vaut
tout d'abord pour ses superbes décors provenant majoritairement de
séquences tournées dans les paysages ruraux et montagneux de
Monforte de Lemos, situé en Galice. Créant ainsi un climat et une
ambiance pesants, anxiogènes et où la violence est exacerbée à
travers des comportements plus ou moins liés aux croyances
chimériques ou au tribalisme qui semble encore courir à cette
époque plus ou moins déterminée mais qui semble se situer au beau milieu du dix-neuvième siècle... Malédiction, ''fanatisme
religieux'', désir sexuel et amoureux, culpabilité, condition de la
femme, tentation et répression sont au coeur d'un long-métrage qui
aurait pu être traité de manière beaucoup plus élogieuse si son
auteur n'avait pas eu la mauvaise idée d'employer tout un tas de
chemins de traverse qui embrouillent l'ensemble du récit et mènent
ainsi à une incompréhension quasi permanente...
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