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mercredi 20 août 2025

Silent Hill : Revelation de M.J. Bassett (2012) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

En 2006, le réalisateur français Christophe Gans signait l'adaptation du Survival-Horror vidéoludique Silent Hill sorti tout d'abord en 1999 sur la console de salon Playstation de Sony. Une œuvre beaucoup moins flippante que le jeu mais qui avait néanmoins le mérite d'être l'une des rares adaptations à réellement demeurer fidèle à l'esprit d'origine et à ne pas être qu'un insipide portage bénéficiant simplement de l'aura du concept initial. Alors que l'issue laissait planer un certain doute quant à l'avenir de la franchise, Christophe Gans abandonne l'idée de réaliser la suite alors même qu'il semblait excité par le projet. En cause, son implication dans l'adaptation d'un autre jeu vidéo, Onimusha, série vidéoludique développée et publiée par le principal concurrent de Konami, Capcom. Bien mal lui a pris puisque le long-métrage ne vit finalement jamais le jour. En cause, le décès de l'acteur australien Heath Ledger à l'âge de 28 ans d'une surdose médicamenteuse alors qu'il devait participer au projet. Du moins est-ce la version qu'invoqua l'auteur du Pacte des loups... Finalement remplacé par la réalisatrice, scénariste et productrice britannique M.J. Bassett dont la carrière fut notamment marquée par l'excellent Wilderness six ans auparavant, le titre de la séquelle riche de promesse permet à la nouvelle héroïne du récit de prendre la place de sa mère au sein de la fameuse et cauchemardesque ville de Silent Hill. N'ayant aucun rapport avec Silent Hill 2 développé par Konami CE Tokyo en 2001 et sorti sur la Playstation 2, Silent Hill : Revelation met principalement en scène l'actrice australienne Adelaide Clemens que l'on a pu notamment découvrir dans X-Men Origins: Wolverine de Gavin Hood trois ans plus tôt. La jeune interprète incarne le personnage de Sharon qui dans Silent Hill était une toute jeune enfant interprétée par la canadienne Jodelle Ferland alors âgée de seulement douze ans. Dans cette séquelle qui fait à nouveau appel à l'acteur britannique Sean Bean dans le rôle tout aussi insignifiant de Christopher Da Silva, sa fille et lui fuient depuis les précédents événements.


Six années à déménager chaque fois qu'il leur semble que les adeptes de l'Ordre de Valtiel sont sur leurs traces. Avoir changé d'identité ne leur a servi à rien puisqu'une fois de plus, ils sont rattrapés. Mais alors que Christopher vient d'être kidnappé et ramené au sein du Culte installé à Silent Hill, Sharon décide de s'y rendre afin de le retrouver. La jeune femme pourra en outre compter sur l'aide de Vincent Cooper qui tout comme elle est nouvel élève dans l'école de la nouvelle ville où elle et son père se sont installés... Jouissant d'une réputation on ne peut plus catastrophique, Silent Hill : Revelation n'est pourtant pas l'engeance à laquelle l'on pourrait s'attendre. Forcément moins intéressant que son prédécesseur, doté d'un budget revu à la baisse puisque passant de cinquante à trente millions de dollars, le long-métrage de M.J. Bassett contient malgré tout quelques bonnes surprises. L'on retrouve en effet l'ambiance cauchemardesque du premier Silent Hill même si cette fois-ci, et sans doute en raison d'un plus petit budget, la réalisatrice a dû faire des choix artistiques qui ont permis de réduire les frais. Et notamment au niveau des effets-spéciaux. Car même si les protagonistes continuent d'évoluer dans des décors monstrueusement évocateurs de ce que peut être l'Enfer, concernant la transition d'un monde à l'autre (de celui que l'on pourrait citer, à défaut de pouvoir le décrire autrement, comme étant le notre, à celui des ténèbres), le déclenchement de la fameuse sirène n'aura lieu qu'une fois pour un résultat visuel très décevant en comparaison de ce que l'on pouvait voir six ans plus tôt dans la première adaptation du jeu vidéo.


Notons que la présence d'un parc d'attraction et l'apparition d'un détective privé du nom de Douglas Cartland raccorde directement le long-métrage de M.J. Bassett au troisième opus de la saga vidéoludique sobrement intitulé Silent Hill 3. Faisant ainsi l'impasse sur le deuxième, cette seconde incarnation cinématographique fait de nouveau appel à quelques iconiques créatures découvertes précédemment dans les différents jeux et lors de la première adaptation. L'on redécouvre donc l'impressionnant Pyramid Head ainsi que les Nurses. Des infirmières au cœur d'une séquence lors de laquelle le jeune Vincent Cooper est transporté sur une civière par deux adeptes du culte jusqu'à une pièce remplie de ces créatures. Lesquelles réagissent désormais non plus à la lumière mais au bruit ! Une scène totalement incohérente puisqu'en pénétrant dans la salle, les deux adeptes du culte connaissant forcément la nature belliqueuse des Nurses, comment ne pas trouver absurde cette plongée directe dans la gueule du loup qui les condamnera à une mort certaine ? Comme son titre l'indique, Silent Hill : Revelation permet d'en apprendre beaucoup sur les différents personnages qui évoluent durant le récit. Et même, aussi insignifiant que cela puisse paraître, l'on apprend enfin pourquoi les adeptes du Culte portent un masque. Une réponse à l'imparable question que l'on pouvait se poser lors du premier Silent Hill lorsqu'ils sortirent masqués tandis que la responsable du Culte Christabella sortait le visage découvert. Bref, pas aussi mauvais qu'on aimerait nous le faire croire mais moins bon que le précédent, Silent Hill : Revelation n'est pas tout à fait désagréable à regarder...

 

mardi 19 août 2025

Silent Hill de Christophe Gans (2006) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Mais par quel moyen Christophe Gans est-il parvenu à manipuler mon esprit ? Quel subterfuge a-t-il employé pour m'endormir et me faire croire voilà près de vingt ans que son Silent Hill n'était rien moins que LA référence en matière d'adaptation cinématographique d'un jeu vidéo ? Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai obtenu une réponse à ma question : le réalisateur et scénariste français peut d'ors et déjà être rassuré : Toutes les charges que j'avais fait peser sur lui sont tombées. Je sais bien que derrière cette formule se cache un esprit qui pourrait paraître singulièrement narcissique. Car à vrai dire, qui se soucie réellement de ce que peut penser un petit cinéphile inconnu ? Certainement pas Monsieur Gans qui a d'autres chats à fouetter ! La vérité est enfouie beaucoup plus profondément que dans les fondations de cette ville perpétuellement plongée sous une pluie de cendres causée à l'origine par un incendie déclenché en 1962 dans la ville fantôme de Centralia, située dans le comté de Columbia en Pennsylvannie. Un drame bien réel qui sert de base à un récit totalement fictif dont les premiers soubassements purent être découverts par les fans d'univers vidéoludiques à la toute fin du siècle dernier lorsque sortait en 1999, le jeu Silent Hill développé et édité par Konami. L'un des plus grands effrois, tenu entre les mains des possesseurs de la toute première version de la Playstation et créé par l'esprit fertile et ô combien ''tordu'' du concepteur de jeux vidéos japonais, Keiichiro Toyama. Il faut donc remonter à plus d'un quart de siècle, lorsque les amateurs de Survival se faisaient jusque là, la main sur Resident Evil.


Déboulant alors comme le principal rival du jeu édité par la société japonaise de développement et d'édition de jeux vidéos Capcom, Silent Hill aura tout d'abord marqué les esprits par son atmosphère hautement anxiogène. Un manteau de cendres recouvrant la ville du même nom, une population qui semblait avoir subitement disparu et un homme lancé à la recherche de son fils lui-même évaporé dans la nature. Combien d'entre nous se sont laissés happer par cette atmosphère brumeuse, ces créatures cauchemardesques auxquelles pas même Clive Barker et ses cénobites ne parvinrent à se hisser à la cheville ? Pinhead et sa cohorte d'adeptes du sado-masochisme peuvent aller se rhabiller ! Le Pyramid Head, les nurses, les Lying Figures et autres entités provenant du plus profond des entrailles de l'Enfer demeurent encore aujourd'hui l'une des plus remarquables représentations de la Souffrance extraites des abîmes pour surgir à la surface de notre planète. Et puis, survint cette sirène, signe du délabrement. D'une ville déjà peu en accord avec ce que l'on peu concevoir comme étant un havre de paix, voilà que Silent Hill mutait en un terrain de jeu effroyable où seul notre héros évoluait... La manette tenue entre des mains tremblantes chaque fois que se profilait au loin une étrange créature, l'on rêvait une fois l'aventure arrivée à son terme que quelqu'un ose franchir la frontière vidéoludique pour en proposer une relecture cinématographique. Ce que fit donc Christophe Gans sept ans plus tard...


Alors que le Mouvement #MeToo ne commencera à faire parler de lui qu'un an après la sortie du film Silent Hill dans les salles et bien avant que le néo-féminisme ne vienne griller les neurones d'une partie de la population mondiale, Christophe Gans offre le rôle principal à une femme. Actrice, réalisatrice et productrice d'origine australienne, Radha Mitchell incarne donc le rôle de Rose Da Silva. Cette jeune femme fort jolie, épouse de Christopher (Sean Bean) et mère de Sharon, part donc accompagnée de sa fille jusqu'à Silent Hill afin de percer le mystère qui entoure les visions qui accablent la gamine lors de ses crises de somnambulisme. Poursuivie en chemin par une policière à moto (Cybil Bennett), Rose manque de peu de renverser une enfant dès son arrivée à Silent Hill. Après un dérapage fort heureusement contrôlé, son visage frappe le volant et la jeune femme perd connaissance. À son réveil, la portière passager de son véhicule est ouverte et Sharon a disparu. Commence alors une aventure que l'on espère aussi riche que celle pleine de frissons et de sursauts que causa à son époque le jeu vidéo. Tout commence d'ailleurs assez bien. Une ambiance lourde. Un visuel opaque. Et puis, cette fameuse sirène que l'on redoutait tant d'entendre résonner sept ans plus tôt lorsque l'on allumait notre console de salon pour nous plonger une énième fois dans l'univers de Silent Hill. Une Rose imprudente qui s'enfonce alors dans les entrailles de la ville alors que dehors la lumière laisse la place à l'obscurité tandis que dans les profondeurs, les fondations mutent en l'une des visions de l'Enfer les plus crédible qui soit !


Passée cette séquence qui rappelle d'excellents souvenirs, Silent Hill pèche par un choix qui opposera une fin de non recevoir de la part des fans de la première heure. Alors que le jeu abandonnait son personnage au triste sort de devoir vivre son aventure en solo, voici que notre héroïne est accompagnée de la fliquette ! Transformant le matériau de base en une expérience évidemment moins flippante qu'à l'origine. Et puis, comment envisager le film de Christophe Gans comme une expérience aussi tendue et effroyable que celle du jeu vidéo quand le spectateur n'a plus la vie du personnage entre les mains ? Silent Hill se vivra alors avant tout comme une expérience visuelle et sensorielle unique. Un voyage en enfer, où la rencontre avec des créatures sans commune mesure avec ce que l'on a l'habitude de voir sur grand écran est parfois véritablement palpable. Mais aussi, parfois, un brin ridicule. Comme lorsque Rose croise la route des Nurses. Une petite touche de gore (à l'entrée de l'église tenue par une secte, l'une des adeptes se retrouve en effet atrocement écorchée), des décors qui mettent tout le monde d'accord, mais aussi, malheureusement, une cruelle absence de peur. Trop long (le film dépasse les deux heures) et donc victime de quelques ventres mous, Silent Hill n'est finalement pas le grand film et la grande adaptation cinématographique à laquelle on pouvait s'attendre. Le film de Christophe Gans rappelle surtout qu'à l'origine de son projet fut l'un des plus grands Survival. Un classique vidéoludique qui depuis n'a émotionnellement pas pris une ride. Bref, le film déçoit et ce, même s'il demeure l'une des rares adaptations d'un jeu vidéo à être parvenu à tenir la route face à une cohorte d'autres ''relectures'' cinématographiques totalement foireuses...

 

mardi 28 février 2023

Possessor [Uncut] de Brandon Cronenberg (2020) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Avec son second long-métrage Possessor, le réalisateur Brandon Cronenberg poursuit son chemin sur les traces de son père David Cronenberg. Après une très courte série de courts-métrages, il réalise Antiviral qui sort en 2012 mais ne fait pas l'unanimité au sein de la critique même s'il s'avère déjà très prometteur. Il faudra attendre huit ans pour que sorte enfin sur grand écran son second long-métrage. Une œuvre dans la lignée de la précédente et mettant en scène une organisation secrète chargée de perpétrer des meurtres par personnes interposées. S'ouvrant sur une séquence particulièrement gratinée, celle-ci suit les pas d'une femme connectée au système neurologique de Tasya Vos (l'actrice britannique Andrea Riseborough) dont le visage est recouvert par un appareil permettant d'associer le cerveau de deux individus. S'ensuit alors une scène particulièrement gore lors de laquelle la première est sous ''l'emprise'' de la seconde et commet un meurtre au couteau. Mais alors que l'assassinat doit être logiquement suivi du suicide de la jeune femme, celle-ci est abattue par des agents de sécurité. Ce qui permet ensuite à Tasya de se déconnecter et de reprendre le cours normal de sa propre existence. Une mise en bouche qui permet d'emblée de comprendre les enjeux d'un récit qui va toutefois s'avérer relativement complexe...


En effet, si le concept se montre éventuellement abordable par le commun des mortels, les dialogues de Possessor seront en général construits autour d'un charabia scientifique parfois très flou. Alors que le récit semble presque exclusivement tourner autour de Tasya, la prochaine ''mission'' de l'organisation visant le riche PDG d'une grande entreprise (l'acteur Sean Bean dans le rôle de John Parse) met en scène l'acteur Christopher Abbott dans le rôle de Colin Tate, lequel est fiancé à Ava (Tuppence Middleton) qui n'est autre que la fille de l'homme à abattre. Brandon Cronenberg décortique alors toutes les phases menant de l'emprise cérébrale du ''cobaye'' jusqu'à l'exécution du meurtre. Mais l'implication de Colin ne va pas se dérouler comme prévu. Aussi froid que pouvait l'être Antiviral à l'époque, Possessor est une œuvre qui ne se digère que très lentement. La présence de personnages secondaires apparemment dénués de tout intérêt (le fils de Tasya ainsi que son ancien compagnon) précède une conclusion qui loin de satisfaire les spectateurs qui accordent énormément d'intérêt aux liens familiaux démontrera ce que d'autres auront compris dès le départ. Car si Brandon Cronenberg filme une cité aux mornes architectures, c'est pour mieux démontrer que l'environnement dans lequel l'on vit a forcément des répercussions sur la manière d'envisager son existence. Ajoutant à celui un dédain vis à vis de ces personnages secondaires, le réalisateur et scénariste canadien positionne le spectateur sur un même plan émotionnel que son ''héroïne''...


Détachée et indifférente à la mort d'autrui, Tasya ne se montrera pas davantage prise d'effroi lorsqu'elle-même sera visée par Colin. Échouant dans sa mission et demeurant toujours en vie, Colin se lance alors sur les trace de Tasya qui ne peut se déconnecter ni sortir de la machine sans risquer sa vie afin de quitter l'emprise qu'a la jeune femme sur son système neurologique. Possessor évoque le thème du dédoublement de personnalité lors de séquences particulièrement troublantes renvoyant notamment au court-métrage Please Speak Continuously and Describe Your Experiences as They Come to You que Brandon Cronenberg réalisa l'année précédente et dont on pouvait espérer une adaptation sur grand écran. C'est chose faite et autant dire que le film brille non seulement par son scénario et ses effets gore (rares mais terriblement efficaces) mais aussi et surtout par ses divers environnements. En effet, le spectacle offert par le décorateur Rupert Lazarus demande une acuité permanente de la part du spectateur qui se ravira des architectures ne s'éloignant quant à elles pas vraiment des premiers travaux de Papa Cronenberg (on pense notamment à Stereo qu'il réalisa en 1969 ou à Crimes Of The Future qu'il tourna l'année suivante). Et que dire également de l'incroyable travail de photographie de Karim Hussain, entre monochromes et visuels automnaux. Une fois de plus, l’œuvre nous replonge à l'époque des premiers longs-métrages de David Cronenberg et de rage en particulier. À tel point que Possessor aurait pu lui-même être tourné au milieu des années soixante-dix. Si l'ombre écrasante de David Cronenberg plane encore au dessus de la tête de son réalisateur de fils, ce dernier parvient cependant à se démarquer au fil de ses projets personnels... Saisissant...

 

mercredi 30 mars 2022

Red Riding : In the Year of Our Lord 1974 de Julian Jarrold (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Red Riding : In the Year of Our Lord 1974 est le premier volet d'une trilogie de téléfilms d'origine britannique dont on ne rencontre en général le ton que sur grand écran. Un thriller poisseux et désespéré qui navigue très loin des séries à succès du type Inspector Morse ou Midsomer Murders. À vrai dire, plus proche d'un récit à la Broadchurch mais en beaucoup plus sombre et direct. Ici, le script se résume à peu de chose si on le compare à l'excellente série de Chris Chibnall qui, elle, aura pris le temps en trois saisons de développer un univers fait de personnages et d'intrigues passionnants. Bien que se résumant à une enquête réduite à sa plus simple expression et préférant surtout confronter son personnage principal à une autorité véreuse et à des rapports parfois fugaces, le réalisateur anglais Julian Jarrold nous assène un uppercut en plein visage. Une ambiance, un climat inattendu pour ce qui semble être à l'origine une affaire sordide comme malheureusement les médias en charrient trop souvent. Des disparitions multiples de jeunes filles qu'un tout jeune et ambitieux journaliste va joindre entre elles contre l'avis des autorités elles-mêmes et de sa hiérarchie. Cet enfer que va vivre Eddie Dunfor, déjà affligé par le décès récent de son père, c'est l'acteur britanico-américain Andrew Garfield qui l'incarnera. Un journaliste loin de se douter dans quel merdier il va s'enfoncer. Une sympathique descente aux enfers inspirée de l'ouvrage de l'écrivain anglais David Peace et dont le final sera presque digne de celui d'un certain... Taxi Driver signé en 1976 par le réalisateur américain Martin Scorsese. Mais si chez ce dernier l'espoir renaissait à travers le personnage de Travis Bickle qu'incarnait le formidable Robert De Niro, sauvant la jeune prostituée Iris (Jodie Foster) de son proxénète (Harvey Keitel), dans Red Riding: In the Year of Our Lord 1974, Eddie Dunford arrive après la bataille. Un champ de ruines situé dans une Angleterre à l'époque où la Dame de Fer Margaret Tatcher quitte son emploi de secrétaire d'État à l'Éducation et aux Sciences pour rejoindre bientôt le Parti Conservateur dès 1975...


La future Première Ministre du Royaume-Uni débarque dans un pays en situation d'instabilité qui se caractérise dans le premier volet de la trilogie par un contexte social moribond. Le directeur de la photographie Rob Hardy imprime à l'image une colorimétrie atténuée par la sensation qu'un orage prochain risque de s'aventurer sur les territoires de cette tragédie qui n'épargnera personne. Andrew Garfield incarne un jeune journaliste se décomposant physiquement et intellectuellement au fil de l'aventure. Rencontrant des parents de victimes parmi lesquels, une certaine Paula Garland, mère d'une gamine qui n'a jamais été retrouvée, interprétée par la superbe Rebecca Hall, Eddie et la jeune femme vont finir par s'attacher l'un à l'autre. Si les flics sont bien plus flippants et corrompus que purent l'être les anciens ''Drougs'' du Alex d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick un fois convertis à sa sortie du traitement Ludovico, on ne s'étonnera pas outre mesure d'y retrouver l'acteur Warren Clarke qui en 1971 incarnait le personnage de Dim. Jusqu’au-boutiste dans sa cruelle conclusion, le scénario du britannique Tony Grisoni n'épargne donc personne et favorise même un temps, la corruption entre policiers et riche homme d'affaire (Sean Bean dans le rôle de John Dawson). Et surtout pas le spectateur lambda qui pensait sûrement lors de sa première diffusion en 2009 sur Channel 4, passer une soirée tranquille, confortablement installé dans son fauteuil. La même année seront réalisés et diffusés les seconds et troisième volets de la trilogie sous les titres de Red Riding: In the Year of Our Lord 1980 et Red Riding: In the Year of Our Lord 1983. Le second sera réalisé par James Marsh et le troisième par Anand Tucker...

 

samedi 16 février 2019

Black Death de Christopher Smith (2010) - ★★★★★★★☆☆☆



J'avais un peu perdu du vue le réalisateur et scénariste britannique Christopher Smith qui avait pourtant su me séduire une première fois en 2004 avec son tout premier long-métrage, Creep. Un petit film d'horreur assez glauque tourné dans l'une des stations les plus profondes du métro londonien. Puis cinq ans plus tard en 2009 avec Triangle, un sympathique slasher maritime doublé du thème de la boucle temporelle, manquant de peu son deuxième long-métrage intitulé Severance qu'il me faudra bien découvrir un jour. Parce que comme pour les deux films que j'ai découvert jusqu'ici, le Black Death dont il s'agit de faire la critique est sans doute parmi les meilleurs films de leur auteur. Du moins, celui des trois que j'ai vu jusqu'à maintenant qui m'a le plus convaincu. Ici encore, l'horreur est au rendez-vous. Mais comme cela semble être l'habitude chez le britannique, elle s'inscrit dans un contexte qui au départ n'apparaît pas forcément compatible bien que d'autres cinéastes aient depuis profité de l'essor de l'héroic-fantasy ou du récit historique pour s'y engouffrer.

Sous ses airs de groupe de black metal, le titre du quatrième long-métrage de Christopher Smith se réfère en fait au tout premier nom sous lequel était nommée la peste noire au milieu du dix-neuvième siècle. Un anachronisme sur lequel nous ne nous éterniserons pas au delà de cette brève information sur laquelle je me sens contraint de revenir : en effet, le terme apparaît pour la première fois en 1843 dans un ouvrage anglais destiné au jeune public alors que le récit du film qui nous préoccupe ici se situe dans le courant du quatorzième siècle ! Un détail... sans importance. Car ce qui en a, d'importance, c'est le contenu du film, adapté d'un scénario de Dario Poloni.

Nous sommes donc au beau milieu du quatorzième siècle. Celui qui précéda la naissance des fameuses chasses aux sorcières (encore un anachronisme?). On y découvre le jeune moine Osmund (Eddie Redmayne) écouter, selon lui, les conseils de Dieu le jour où débarquent au monastère un groupe de mercenaires conduits par Ulric (le toujours impeccable Sean Bean). Acceptant de les mener au delà d'un marais environnant un village épargné par la maladie, le jeune homme espère profiter de cette occasion pour retrouver celle qu'il aime en secret. La jolie Averill (Kimberley Nixon) qui a promis de l'attendre patiemment durant une semaine à l'extérieur du monastère, après quoi, elle quittera les lieux définitivement. Rencontrant la mort sur leur chemin, Osmund et les mercenaires finissent par trouver le fameux village épargné par la peste noire. Mais à la recherche d'un nécromancien, ce qu'ils vont y découvrir sera bien plus terrible encore...

Visuellement, Black Death est absolument irréprochable. Entre le monastère et les villages jonchés de cadavres, victimes de la maladie, des forêts et des champs à perte de vue, un marais enfumé, et le village dans lequel sera située une bonne partie de l'intrigue, le travail effectué par John Frankish sur les décors et par Sebastian Edschmid sur la photographie est remarquable. C'est sombre, poisseux, aussi sale et pestilentiel que le sujet et l'époque traités laissent supposer. Les costumes ne dépareillent jamais dans ce contexte relativement brutal où légendes religieuses (la peste noire y est vécue par certain comme une création de Dieu) et sorcellerie tiennent une place importante dans le cœur des habitants d'un village totalement dévoué à la parole de Langiva, incarnée par l'impressionnante Carice Van Houten).
On s'attache très facilement à cette bande de mercenaires durs en paroles mais étonnamment soudés autour d'Ulric. Autour de Sean Bean ou encore de John Lynch (qui incarne Wolfstan, l'un de ses compagnons de route), on découvre des individus à la personnalité déconcertante, tenant des propos souvent rudes, mais dont la croyance en Dieu est indéfectible. Face à eux, la néerlandaise Carice Van Houten, donc. Blafarde et particulièrement effrayante, accompagnée par un Tim McInnerny (dans la peau de Hob) dont le sourire est carrément inquiétant, elle dirige son village comme un gourou. Sorcière ou manipulatrice, ce sera aux spectateurs de le découvrir dans un film où les brutalités demeurent finalement assez rares. Bien que Black Death comporte plusieurs scènes de combats à l'arme blanche... et lourde, les seuls rares moments où les spectateurs les plus sensibles risquent de tiquer demeurent les scènes durant lesquelles la prêtresse/sorcière/gourelle, appelons-là comme on veut, tentera de convaincre les membres du groupe d'abandonner leur foi. Black Death n'est pas une bonne surprise, mais une EXCELLENTE surprise. Ceux qui apprécièrent le récent et plutôt rude Apostle de Gareth Evans peuvent se ruer sur Black Death. Ils ne seront pas déçus. Les autres non plus d'ailleurs...
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