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mercredi 30 mars 2022

Red Riding : In the Year of Our Lord 1974 de Julian Jarrold (2009) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Red Riding : In the Year of Our Lord 1974 est le premier volet d'une trilogie de téléfilms d'origine britannique dont on ne rencontre en général le ton que sur grand écran. Un thriller poisseux et désespéré qui navigue très loin des séries à succès du type Inspector Morse ou Midsomer Murders. À vrai dire, plus proche d'un récit à la Broadchurch mais en beaucoup plus sombre et direct. Ici, le script se résume à peu de chose si on le compare à l'excellente série de Chris Chibnall qui, elle, aura pris le temps en trois saisons de développer un univers fait de personnages et d'intrigues passionnants. Bien que se résumant à une enquête réduite à sa plus simple expression et préférant surtout confronter son personnage principal à une autorité véreuse et à des rapports parfois fugaces, le réalisateur anglais Julian Jarrold nous assène un uppercut en plein visage. Une ambiance, un climat inattendu pour ce qui semble être à l'origine une affaire sordide comme malheureusement les médias en charrient trop souvent. Des disparitions multiples de jeunes filles qu'un tout jeune et ambitieux journaliste va joindre entre elles contre l'avis des autorités elles-mêmes et de sa hiérarchie. Cet enfer que va vivre Eddie Dunfor, déjà affligé par le décès récent de son père, c'est l'acteur britanico-américain Andrew Garfield qui l'incarnera. Un journaliste loin de se douter dans quel merdier il va s'enfoncer. Une sympathique descente aux enfers inspirée de l'ouvrage de l'écrivain anglais David Peace et dont le final sera presque digne de celui d'un certain... Taxi Driver signé en 1976 par le réalisateur américain Martin Scorsese. Mais si chez ce dernier l'espoir renaissait à travers le personnage de Travis Bickle qu'incarnait le formidable Robert De Niro, sauvant la jeune prostituée Iris (Jodie Foster) de son proxénète (Harvey Keitel), dans Red Riding: In the Year of Our Lord 1974, Eddie Dunford arrive après la bataille. Un champ de ruines situé dans une Angleterre à l'époque où la Dame de Fer Margaret Tatcher quitte son emploi de secrétaire d'État à l'Éducation et aux Sciences pour rejoindre bientôt le Parti Conservateur dès 1975...


La future Première Ministre du Royaume-Uni débarque dans un pays en situation d'instabilité qui se caractérise dans le premier volet de la trilogie par un contexte social moribond. Le directeur de la photographie Rob Hardy imprime à l'image une colorimétrie atténuée par la sensation qu'un orage prochain risque de s'aventurer sur les territoires de cette tragédie qui n'épargnera personne. Andrew Garfield incarne un jeune journaliste se décomposant physiquement et intellectuellement au fil de l'aventure. Rencontrant des parents de victimes parmi lesquels, une certaine Paula Garland, mère d'une gamine qui n'a jamais été retrouvée, interprétée par la superbe Rebecca Hall, Eddie et la jeune femme vont finir par s'attacher l'un à l'autre. Si les flics sont bien plus flippants et corrompus que purent l'être les anciens ''Drougs'' du Alex d'Orange Mécanique de Stanley Kubrick un fois convertis à sa sortie du traitement Ludovico, on ne s'étonnera pas outre mesure d'y retrouver l'acteur Warren Clarke qui en 1971 incarnait le personnage de Dim. Jusqu’au-boutiste dans sa cruelle conclusion, le scénario du britannique Tony Grisoni n'épargne donc personne et favorise même un temps, la corruption entre policiers et riche homme d'affaire (Sean Bean dans le rôle de John Dawson). Et surtout pas le spectateur lambda qui pensait sûrement lors de sa première diffusion en 2009 sur Channel 4, passer une soirée tranquille, confortablement installé dans son fauteuil. La même année seront réalisés et diffusés les seconds et troisième volets de la trilogie sous les titres de Red Riding: In the Year of Our Lord 1980 et Red Riding: In the Year of Our Lord 1983. Le second sera réalisé par James Marsh et le troisième par Anand Tucker...

 

lundi 20 août 2018

Séjour à Paris... (première partie) : Under the Silver Lake de David Robert Mitchell




Petit séjour parisien du mercredi 15 au samedi 18 août. Un minuscule passage dans la capitale et à Chelles en région parisienne histoire de se ressourcer un peu, de revoir les parents, et d'aller au cinéma à l'occasion. Après avoir passé la matinée à expérimenter quelques curieuses 'machines' du Palais de la Découverte le lendemain de notre arrivée, Anna et moi avons marché le long de l'avenue des Champs Élysées. Qui n'a jamais foulé l'un des trottoirs de cette célèbre rue menant jusqu'au fameux Arc de Triomphe ne peut concevoir la largeur de cette artère fourmillant d'une population hétéroclite composée de locaux et de touristes. Même les cytlochards qui arpentent les trottoirs n'y ressemblent à aucun autre. Il n'y a guère que ceux croisés en Islande pour parvenir à nous détourner de notre objectif premier. C'est en prenant le chemin de l'Arc de Triomphe que nous sommes tombés nez à nez avec le cinéma UGC NORMANDIE, accolé au célèbre LIDO. Une entrée qui finalement ne payait pas de mine contrairement au prestige qui entoure ce cabaret de renom international. Le LIDO ignoré comme s'il ne s'agissait que d'un vulgaire boui-boui, c'est la présence du dernier long-métrage de David Robert Mitchell, auteur de l'excellent It Follows en 2014 qui retint mon attention. Vu l'excellente réputation que se traînait Under the Silver Lake, il fallait avoir une case en moins pour passer son chemin sans avoir envie de s'enfermer dans une salle obscure climatisée deux heures et quinze minutes durant alors que dehors le mercure annonçait plus de trente degrés. Après une glace vite avalée (pour moi) et un chocolat chaud qu'Anna savoura jusqu'à la dernière goutte, nous avons marché au hasard des rues de la capitale jusqu'à ce que notre montre indique 15h30, soit une demi-heure avant que ne débute la séance. Revenus sur nos pas jusqu'au UGC NORMANDIE, nous avons acheté nos places, pris quelques friandises et boissons, et avons pénétré une salle baignée d'une étrange obscurité. La musique diffusée par les hauts-parleurs et les fauteuils vintage nous ont transporté vers le passé. J'eus presque la sensation de revivre l'étrange spectacle créé par David Lynch, cette drôle de mini-série intitulée Rabbits, tout en y étant cette foi-si, directement impliqués Anna et moi.

Noir

Il paraît que le dernier David Robert Mitchell contient bon nombre de références cinématographiques. J'imagine que dans ce très intéressant jeu qui consiste à dénicher telle ou telle influence, chacun pourra puiser dans ses propres connaissances cinématographiques. De mon point de vue, l'une des références majeures qui semblent avoir marqué le réalisateur et son œuvre, c'est David Lynch. Car comment ne pas voir dans ce récit touffu, parfois alambiqué, et souvent parcouru de séquences fascinantes, le travail de ce génie du septième art qui tarde malheureusement à revenir sur le devant de la scène cinématographique ? 
Il y a du Blue Velvet dans le dernier film labyrinthique de David Robert Mitchell. Sam (Andrew Garfield) mène effectivement une enquête similaire à celle de Jeffrey Beaumont (Kyle MacLachlan). Les personnages qu'il y croise y sont tous des noctambules barrés qui flirtent avec le surréalisme. Le film prend alors à son tour des allures de rêve ou de cauchemar éveillé, son principal personnage s'enfonçant peu à peu dans les sombres couloirs d'un Los Angeles abandonné aux mains d'une jeunesse excentrique et dorée. La différence essentielle entre l’œuvre de David Robert Mitchell et celle de David Lynch se situe au niveau des individus qui croisés chez l'auteur de Eraserhead, ont des allures de rednecks urbains tandis que ceux de l'auteur de It Follows s'enorgueillissent d'une certaine maturité culturelle et intellectuelle à laquelle semble vouloir s'ajouter le personnage de Sam (excellent Andrew Garfield). Outre des plans d'une beauté effarante, et des séquences d'une profonde noirceur, David Robert Mitchell dresse le diagnostique d'une cité en proie aussi bien à la schizophrénie qu'à la paranoïa. Le meilleur exemple demeure dans ce personnage admirablement incarné, reclus dans une demeure à l'anodine apparence si ce ne sont les barreaux derrières lesquels se planque sont propritaire, l'un des points d'orgue d'un récit tournant autour d'une théorie du complot dont les nombreuses ramifications réserveront des surprises de taille aux spectateurs en quête de récits policiers.

Surréaliste et mystique, Under the Silver Lake semble également puiser dans le cinéma du génial Alejandro Jodorowsky. Rappelant aussi bien le cultissime El Topo que le chef-d’œuvre La Montagne Sacrée, tous deux signés du chilien. Le film de David Robert Mitchell brasse donc une... montagne d'influences. C'est ainsi que l'on y croisera notamment l'acteur Don McManus dans la peau de l'un des adeptes d'un culte fort étrange. La musique elle aussi paraît avoir inspiré le cinéaste puisque l'acteur australien Luke Baines y est présent dans la peau du leader du groupe 'Jésus et les fiancées de Dracula', et dont les œuvres font référence au hard-rock sataniste dont certains morceaux ont la réputation de receler des messages sataniques mis à jour lorsque le fan de métal passe le disque à l'envers.

Si ces références, et toutes celle qui me prendraient bien trop de temps à énumérer ont servi avantageusement David Robert Mitchell, malgré l'immense talent de ce cinéaste âgé de 44 ans, Under the Silver Lake atteint ses limites lorsque l'on étudie chaque scène indépendamment les unes des autres. Si au sortir de la salle de cinéma on ne peut qu'être conquis par le résultat d'une œuvre hors norme, les sources d'inspirations cinématographiques du réalisateur lui demeurent infiniment supérieures. Dans la longue liste des œuvres ayant (ou pas) inspiré le cinéaste, sans doute seul David Lynch pourra se satisfaire du résultat obtenu par ce poulain inattendu. Moins tordu, moins complexe, et peut-être moins admirablement 'incarnée', c'est au cinéma de ce génie du septième art que l’œuvre de David Robert Mitchell semble pourtant la plus fidèle. 
Under the Silver Lake permet aussi et surtout grâce à la démarche de son auteur de remonter le fil d'un cinéma de l'étrange dans lequel auraient pu se croiser les auteurs déjà cités au dessus, mais bien d'autres encore : Terry Gilliam et The Fisher King, Les Frères Coen et Barton Fink (si, si), Dario Argento et Profondo Rosso, Pupi Avati et La Casa dalle Finestre che Ridono, et bien évidemment Alfred Hitchcock et Fenêtre sur Cour et son admirable et envoûtant clone réalisé par Brian de Palma en 1984, Body DoubleUnder the Silver Lake est un très bon long-métrage. Peut-être pas la claque à laquelle je m'attendais, mais un fichu frisson m'a parcouru durant de nombreuses séquences. Ce qui m'arrive relativement rarement pour que cela soit évoqué.

A suivre...

mercredi 5 septembre 2012

Never Let Me Go de Mark Romanek (2011)


Il est utopique de penser voir un jour une œuvre faire l'unanimité. Il y aura toujours des hommes ou bien des femmes, dont la sensibilité est pourtant parfois plus exacerbée, conspuer un film, sans même prendre le temps de réfléchir sur les volontés exactes du cinéaste. Dégueuler des termes neutres qui évitent tout développement (du type: ce film est nul à chier !) ne semble curieusement plus l'apanage d'adolescents pré-pubères dévoreurs de blockbusters, mais est un outil très efficace permettant à d'autres de cracher avec virulence sur des œuvres qu'ils n'ont probablement pas pris la peine de suivre jusqu'au bout.
Mais il est vrai que dans le film de Mark Romanek, nous n'assisterons jamais à une course-poursuite entre bolides ni à une invasion d'extraterrestres belliqueux. Tout juste pourra-t-on s'étonner de constater que ce film d'anticipation se situe dans le passé. Ceux qui cherchent des réponses risquent évidemment de rester sur leur faim. Ça n'est visiblement pas le propos du film que d'apporter des solutions à la tragique histoire qui touche Kathy, Tommy et Ruth. Pas de morale à deux balles non plus. Juste la traversée d'une existence courte pour nos trois personnages qui finalement ne profiteront pas vraiment du peu de temps qui leur est alloué avant que le compte à rebours ne commence. 

Une élevage en batterie pour de jeunes enfants conditionnés
 
Le scénario est assez simple en soit. Une école qui éduque de jeunes enfants afin que chacun d'entre eux conserve des organes internes en parfait état. A l'issue de ces années durant lesquelles beaucoup de légendes circulent (disparitions et décès autour de l'enceinte de l'établissement, évitant ainsi toute idée d'école buissonnière), les tout jeunes adultes sont confiés à des accompagnants qui les suivent jusqu'à leur stade terminal. Leur existence et cet acharnement à faire d'eux des être à l'hygiène de vie irréprochable n'a qu'un but: récupérer leurs organes afin d'en faire profiter à d'autres. Sont d'ailleurs considérés Kathy, Tommy et Ruth comme des être non pourvus d'âmes. C'est pour cette unique raison que la Galerie prélève parmi les meilleurs élèves, les meilleures créations artistiques. Afin d'évaluer non pas l'état de leur âme mais pour juger si ou ou non ils en ont seulement une.

Carey Mulligan campe avec pudeur le rôle de Kathy. Une interprétation toute en finesse et émotion. Une émotion qui passe parfois simplement par le regard. Tommy (Andrew Garfield), lui, est un être profondément fragile qui peut parfois se montrer violent envers lui-même. Ruth (Keira Knightley) est tout d'abord la peste du trio. Celle qui par jalousie vole l'amour naissant entre Kathy et Tommy. Un amour qui nous saute aux yeux dès le début mais pour lequel on ne peut rien. Il suffirait d'un mot de la part de Kathy. Ou bien même de Tommy. Mais non, c'est l'éternel désespoir qui prend le dessus. Et plus les années passent, plus les visages murissent, et plus on se dit que tout espoir est vain. 
On aurait imaginé pourtant des êtres pleins de vie, de rêves et d'une envie de tout bousculer sur leur passage. Mais on a l'impression qu'au contraire, ils s'enlisent. Même quand l'expectative d'un sursis de quelques années se profile, ils n'y songent pas dès le départ. Charlotte Rampling campe une directrice d'établissement froide et faussement maternelle mais la dernière vision que l'on a de son personnage est (espérons-le) celle d'une femme qui réalise enfin toute l'effroyable horreur à laquelle elle a participé durant tant d'années. 

Une œuvre bouleversante, interprétée par de jeunes acteurs de talent
 
Le rythme du film est lent, ce qui ajoute au poids déjà très lourd du propos. Et que dire de la musique de Paul Watkins et que certains jugent trop répétitive. Elle est merveilleuse, bouleversante et magnifie les moments forts de Never Let Me Go. Adam Kimmel contribue à la beauté stupéfiante de certains paysages. Certains décors anecdotiques comme les quelques plans vus dans la demeure de Madame Marie-Claude se meuvent comme des peintures vivantes. Tout semble avoir été construit de manière à donner à l'ensemble une remarquable harmonie. 

Never Let Me Go est donc un film à découvrir, mais aussi à partager.


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