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jeudi 18 avril 2024

Run de Aneesh Chaganty (2020) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Run de Aneesh Chaganty, 2020. Bon, le principal soucis avec ce genre de longs-métrages provient du fait que d'en parler au delà du simple engouement qu'il génère a de forte chances de provoquer une fuite d'informations qui seraient préjudiciables au bon déroulement de la projection. Ils se peut d'ailleurs que deux ou trois mots ''grillent'' ici le suspens et alors, peut-être vaudrait-il mieux ne pas aller plus loin. Car l’œuvre de Annesh Chaganty, déjà auteur en 2018 de l'excellent Searching : Portée Disparue, est de ces longs-métrages dont il vaut mieux éviter de discuter avec ceux qui l'auraient déjà vu ainsi que de s'interdire de voir la moindre bande-annonce ou le moindre teaser. Un mécanisme ''d'auto-défense'' qui se révèle essentiel si l'on veut découvrir pas à pas, cette folle histoire qui rappellera aux plus anciens, les doux et nostalgiques frissons qu'ils purent ressentir dans les salles de cinéma au tout début des années quatre-vingt dix. Mais là encore, silence. Un seul mot, et tout s'effondre. Et alors, ne resterait plus qu'à refermer le dossier Run jusqu'à une prochaine fois. Sachez seulement que le long-métrage se déroule dix-sept ans après la naissance de Chloe Sherman (qu'interprète la jeune Kiera Allen), bébé prématuré qui conservera de nombreuses séquelles d'un accouchement difficile. Fille de Diane Sherman (l'actrice Sarah Paulson, surtout connue chez nous pour sa participation à la série American Horror Story), la fille et la mère vivent seule dans une grande et belle maison, synonyme de bonheur si Chloé ne souffrait cependant pas de diabète, d'asthme, d'hémochromatose (accumulation toxique de fer dans divers organes résultant d'une absorption excessive par l'intestin) et surtout d'une paralysie des membres inférieurs...


Le long-métrage de Aneesh Chaganty démarre comme un classique drame familial, avec une adolescente de dix-sept gravement malade et sa ''mère-courage'' sacrifiant son existence pour le bien de son enfant. Rien ne laisse transparaître dans ces premiers instants la tournure que vont prendre les événements. Après une ouverture déchirante lors de laquelle le spectateur assiste à l'impuissance des médecins devant la douleur d'une mère face à la fragilité et la viabilité incertaine de son minuscule bébé, le drame laisse la place à un récit déjà beaucoup plus angoissant. Voire même sinistre. À dire vrai, Run tire tout (ou du moins une grande partie de) son intérêt lors de la première moitié. Soit les quarante-cinq premières minutes. Car si la suite n'est pas mauvaise, elle entre dans un cadre déjà beaucoup plus classique. Une fois le concept mis à jour, le long-métrage de Aneesh Chaganty ne se contente pourtant pas d'énumérer tous les poncifs que le genre égraine habituellement. Et même si certaines évidences se font ressentir ensuite dans l'esprit du spectateur, le confortant dans ses impressions puisque allant même jusqu'à prendre forme à l'écran, son cœur continuera de battre pour cette jeune fille clouée dans un fauteuil roulant. Si Kiera Allen est parfaitement convaincante dans le rôle de Chloe, Sarah Paulson est elle, carrément terrifiante. Run est un excellent thriller...

 

lundi 17 juillet 2023

Bird Box de Susanne Bier (2018) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Bird Box, c'est tout d'abord le souvenir d'une expérience plutôt mitigée. Un concept aussi original que ''crétin'' hypothéquant sur la présence supposée d'un phénomène d'ampleur cataclysmique contraignant hommes, femmes et enfants à garder les yeux fermés, au mieux, ou à porter un bandeau chaque fois qu'ils entreprennent une sortie à l’extérieur, au pire. ''Home Sweet Home'' serait-on tentés de dire mais comme va rapidement le démontrer le long-métrage de Susanne Bier, la chaleur supposée du foyer n'est ici pas compatible avec la présence de certains protagonistes. À l'image desquels l'acteur John Malkovitch a le malheur d'endosser le rôle de Douglas, mâle blanc de plus de cinquante ans et même de soixante et dont le caractère arrogant et l'absence apparente de sensibilité envers ses semblables vont en faire l'antagoniste du récit ! La principale héroïne de cette histoire post-apocalyptique en forme de huis-clos/River Movie se prénomme Malorie et vit désormais seule avec ses deux charmants bambins Olympia (Vivien Lyra Blair) et Tom (Julian Edwards) auxquels elle a donné naissance quelques mois seulement après le débuts des événements qui ont endeuillé la planète dans son ensemble. Botoxée ou non, l'actrice Sandra Bullock incarne cette ''mère courage'' relativement inexpressive et affrontant un monde qui les oblige elle et ses enfants à vivre dans le ''flou''. Alors que quelques mois auparavant sortait sur les écrans Sans un bruit de John Krasinski dont le principe était sensiblement le même (le réalisateur enlevait la parole à ses protagonistes tandis que Susanne Bier ôte à son tour la vue aux siens), drapé d'un concept qui n'a donc de base rien de réellement novateur, on pourrait même reprocher à Bird Box d'emprunter sa notion de créatures indicibles à The Mist de Stephen King. Excellente nouvelle qui fut adaptée à l'écran par Frank Darabont en 2007 puis à la télévision dix ans plus tard par Christian Torpe...


Le passage à l'extérieur étant dans un cas comme dans l'autre signe de mort ! Pourtant, le scénario de Bird Box écrit par Eric Heisserer repose tout d'abord sur l'ouvrage éponyme du romancier Josh Malerman qui fut édité en 2014. Le long-métrage repose sur deux phases interchangeables à tout moment. L'une se situe dans le présent de l'héroïne tandis que la seconde, sous forme de flash-back, remonte cinq ans en arrière lorsque le fléau commença à décimer une grande partie de la population mondiale. Si lors des séquences se déroulant dans le présent l'ambiance y est à une certaine forme de contemplation narrative quoique que relativement anxiogène (merci les fumigènes et l'objectif de la caméra drapé d'un bandeau ne laissant passer que quelques vagues silhouettes), celles se produisant dans le passé sont nettement plus ''vibrantes'' en terme d'émotion même si elle paraissent rapidement éculées. En effet, le principe de l'affrontement entre congénères plus ou moins dotés de ''facultés cognitives'' n'étant pas nouveau, la petite ''communauté'' formée autour de Malorie, de Tom (Trevante Rhodes) ou de Lucy (Rosa Salazar) va connaître quelques difficultés de communication. Entre l'individualisme outrancier de Douglas qui ne voit que sa propre survie et l'humanité assujettie à l'ensemble des autres représentants du groupe, les tensions montent peu à peu. Passant d'une échelle à l'autre (de la demeure où sont enfermés les survivants au grand air et sa rivière que descend Malorie et ses deux enfants), Bird Box n'oublie pas les grands classiques consistant à survivre dans un monde dévasté par un fléau. L'on a donc notamment droit à la visite d'un supermarché totalement vidé de sa clientèle et de ses employés après un passage dans un quartier jonché de carcasses de voitures et de cadavres humains ou l'introduction d'un ''loup dans la bergerie'' ! Quelques menus effets pour un long-métrage qui n'offre que de trop rares sensations ''exotiques''. Il me semble que le film fit beaucoup parler de lui à l'époque de sa sortie. Beaucoup de blabla pour pas grand chose finalement. Dans le genre ''perte de sens'', un seul conseil : ruez vous sur Don't Breath : La Maison des ténèbres de Fede Alvarez si ce n'est déjà fait... Une suite de Bird Box est sortie cette année sur Netflix sous le titre Bird Box Barcelona...

jeudi 17 juin 2021

Glass de M. Night Shyamalan (2019) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Les super-héros/super-vilains existent-ils, veulent-ils être reconnus et plus encore, le méritent-ils ? Quel apport peuvent-il avoir sur notre société ? Incassable, Split et Glass forment un ensemble, un tout, mais cet état des choses est-il immuable ? Glass est peut-être le volet de trop. Celui d'une trilogie qui aurait dû se contenter de n'être qu'un diptyque. Une œuvre qui impose la même posture que Split tout en cherchant à l'améliorer. Rendre le spectacle plus exaltant encore, quitte à démultiplier ad nauseam un même concept. Là où James McAvoy/Kevin Wendell Crumb et ses multiples personnalités étaient parvenus à nous surprendre, nous séduire et nous terrifier, la grandiloquence avec laquelle évolue désormais le personnage en font une caricature qui peine trois ans plus tard à faire sursauter dans son fauteuil un spectateur déjà sevré à ce type d'exercice. Attristé par certaines critiques assassines, M. Night Shyamalan s'est-il remis en question ? La bande-annonce de son prochain long-métrage Old à sortir en juillet sur les écrans de cinéma semble aller dans ce sens. Mais avant cela, Glass n'est qu'une coquille scénaristiquement vide qui se complaît dans des affrontements vains et faussement sophistiqués. Le film dure plus de deux heures. Et durant plus d'une heure trente, le réalisateur américain d'origine indienne balade sa caméra entre les murs d'un institut psychiatrique et ses environs. Tout ça pour quelle raison ? Faire des lieux une arène certes parfois très belle à regarder (la pièce rose où la pourtant très talentueuse Sarah Paulson/le docteur Ellie Staple peine à vouloir élever le débat avec autant de profondeur que Louise Fletcher/l'infirmière en chef Mildred Ratched du formidable Vol au dessus d'un nid de coucou de Miloš Forman) mais dont l'intérêt s'éteint dès lors que l'on a intégré le principe.


Cela peut paraître anodin, mais la seule différence d'intensité entre le personnage du docteur Ellie Staple et celui du docteur Karen Fletcher (un hommage au long-métrage de 1975 et à sa formidable interprète?) qu'interprétait avec force et conviction l'actrice Betty Buckley dans Split suffit à démontrer les carences de Glass en matière d'écriture et de dialogues. M. Night Shyamalan semble à ce point se reposer sur ses lauriers que Glass peut dès lors s'envisager comme ces œuvres qui par leur incompétence à s'aligner sur le meilleur du cinéaste, le contraignent par la suite à mûrir son œuvre à venir. Glass marque alors un cycle. Le début et espérons-le, la fin très rapide d'un second dont la nocivité ne peut finalement lui être que bénéfique. Une étape sans doute essentielle pour M. Night Shyamalan mais qui n'épargnera malheureusement pas celles et ceux qui rêvaient d'un épilogue à la hauteur des deux premiers volets. Le film est d'autant plus rageant que l'on fantasmait la réunion de James McAvoy, de Bruce Willis et de Samuel L. Jackson. Glass souffre d'une écriture trop simpliste. Tellement que l'on en arrive même à se demander si quelque chose ne nous a pas échappé. Si cette simplicité qu'on lui reproche ne cacherait pas une complexité qui nous dépasse. Mais non : une, deux, trois ou quatre visions offriront le même résultat. À vrai dire, tel un virus, il faudrait sans doute isoler Glass de ses aînés. Refuser de s'offrir une soirée ''M. Night Shyamalan'' durant laquelle seraient projetés à la file les trois volets de la saga. Car dès lors, la déperdition en terme de qualité s'en trouverait par trop importante.


Pour en extraire même un infinitésimal intérêt, mieux vaut-il sans doute écarter Incassable et Split, ou mieux les oublier pour pouvoir un tant soit peu profiter du spectacle de Glass comme d'un matériau original dans son concept et dans son élaboration. Mais là encore, faut-il que M. Night Shyamalan ait une histoire à nous raconter. Autre exemple significatif de ''fuite d'inspiration'' qui englue littéralement le récit : ces twists qui habituellement sont la marque de fabrique du réalisateur et qui ici, après cent minutes d'une œuvre poussive, prennent la forme d'un cheveu tombant négligemment dans la soupe. Le genre de twist que l'on aurait attendu de la part d'un débutant mais certainement pas d'un homme comme M. Night Shyamalan ! Une demi-heure ou presque, c'est ce qu'il reste à ce moment très précis de Glass dont les quatre-cinquième viennent de s'écouler, confirmant notre lassitude et au moins une certitude : Glass est trop long d'une heure... au moins ! Bonne interprétation générale malgré la redondance de certains rôles et de leur attitude respective (James McAvoy/Kevin Wendell Crumb, fameux mais tournant en boucle), mise en scène classieuse, expérience trop longue sur la durée et semée d’embûches consécutives à un scénario besogneux, décors de Chris Trujillo voguant entre sinistre et style ''déco arty rose bonbon'', et pour la seconde fois, le compositeur américain West Dylan Thordson aux commandes de la partition et qui nous resserre à peu de chose près la même chose que pour Split. Efficace mais parfois superflu. En bref, Glass est une déception...

 

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