Safari
d'Ulrich Seidl est de ces œuvres dont il est souvent difficile de
parler en toute objectivité. Objet de fascination pour les uns et de
dégoût pour les autres, la chasse prend ici pour cadre les
magnifiques et arides paysages de Namibie au sein desquels
fourmillent nombre d'espèces sauvages. Et parmi elles, des touristes
venus ''donner la mort'' et non pas ''tuer''. La plupart se donnant
bonne conscience en laissant supposer qu'en abattant un gnou qui n'en
avait de toute manière plus pour longtemps, ses bourreaux n'ont fait
que lui rendre service en le libérant. Tuer les plus faibles et les
plus âgés, cela permet de réguler leur population. Finalement, ce
n'est que rendre service à ces population d'animaux qui pourtant
n'en demandaient pas tant. Et puis, tant que la chasse est
réglementée, pourquoi avoir le moindre scrupule puisque la pratique
y est légale ? D'autant plus qu'elle permet à la Namibie et à
ses habitants de se développer. Aucune raison pour que ces derniers
se plaignent, donc ! Enfin, il y a ceux qui ne cherchent même
pas à se justifier. Qui assument totalement, au mépris de la morale
et des lois. Comme cette vieille merde tranquillement assise dans un
très confortable fauteuil à côté de sa pouffe devant un mur orné
de trophées de chasse... Dans le plus pur style du cinéaste
autrichien, les plans sont fixes, presque glaçants face à ce décor
magiquement mis en scène par Ulrich Seidl. C'est dans la
contemplation et le calme qu'il convie les spectateurs à assister à
ce jeu de massacre d'où aucune émotion ne transpire, même pas dans
cet hypocrite témoignage du chasseur qui après avoir abattu une
bête sauvage lui montre un respect factice en arguant qu'elle s'est
bien battue. En clair, surprise, elle n'eut pas le temps de se
défendre ou de fuir, tirée au fusil à lunette à plusieurs
centaine de mètres de distance. En général, le cinéma d'Ulrich
Seidl a ce pouvoir de séduction ou de fascination propre à
l'exposition de ce qui nous est étranger et par extension, parfois
farfelu. Sachant ici aussi demeurer maître du cadre, le réalisateur
oppose une fin de non recevoir auprès des amoureux de la nature,
quelle que soit son approche des événements. Difficile en effet
d'éprouver la moindre sympathie pour cet allemand bedonnant
demandant à sa dinde d'énumérer le prix de telle ou telle proie
sauvage qu'il pourrait éventuellement projeter de traquer et de
tuer. Voir ces hommes et ces femmes de tous âges se satisfaire
d'avoir tué telle ou telle créature dérange.
Le
réalisateur filme des individus réjouis d'un tir bien placé, se
congratulant, se sautant dans les bras, une étrange émotion se
dessinant sur leur visage. Des êtres assez stupides pour ne voir
dans la participation à ce projet que le moment de gloire qu'ils
pourront en tirer, immortalisés à jamais par Ulrich Seidl. On se
demande alors ce que fiche le Comte Zaroff, que l'on aimerait voir
débarquer le fusil à la main, prêt à en découdre avec ces
individus... Que peut-on tirer de salvateur après avoir vu Safari ?
J'en suis encore à me poser la question. Sans doute faudrait-il
connaître la position du réalisateur vis à vis de cette funeste
pratique car si l'on compte uniquement sur le témoignage des
participants à ce massacre, nous ne sommes pas près d'obtenir la
moindre réponse. Quoiqu'elle semble poindre durant la seconde moitié
du documentaire lorsque certains donnent leur point de vue sur les
indigènes. Véhiculant des propos racistes comme le firent leurs
ancêtres au temps de la colonisation, il semblerait fort
heureusement qu'Urilch Seidl n'ait pas perdu de son mordant et de son
cynisme. Sans avoir frontalement envie de juger ceux qui l'ont
autorisé à les filmer, le cinéaste autrichien paraît pourtant se
payer une barre de rire à l'encontre de ces hommes et de ces femmes
qu'il semblerait alors devoir mépriser. Ulrich Seidl a beau vouloir
traiter de cette pratique en consacrant quatre-vingt dix-neuf
pourcents des images à celles et ceux qu'il filme, on peut s'étonner
de la distance qu'il prend avec la faune namibienne qu'il ne filme
généralement qu'une fois abattue et couchée au sol !
D'ailleurs, si Safari
se montre presque totalement incapable de nous instruire sur de
quelconques motivations valables de ces chasseurs et s'avère donc
majoritairement insignifiant en terme d'émotion, il sera bon d'être
averti quant à certaines visions particulièrement abominables.
Telle cette girafe, gisant au sol et agonisante ou ces quelques
scènes de dépeçage post-mortem. Au final, le contenu de Safari
est aussi abjecte et sans fondement que ces individus qu'il met à
l'honneur. Pas sûr qu'Ulrich Seidl ait ici réussi son meilleur
coup. Si par contre son intention était de choquer, le pari est
gagné haut la main...
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