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mercredi 23 octobre 2024

Safari d'Ulrich Seidl (2016)

 


 

Safari d'Ulrich Seidl est de ces œuvres dont il est souvent difficile de parler en toute objectivité. Objet de fascination pour les uns et de dégoût pour les autres, la chasse prend ici pour cadre les magnifiques et arides paysages de Namibie au sein desquels fourmillent nombre d'espèces sauvages. Et parmi elles, des touristes venus ''donner la mort'' et non pas ''tuer''. La plupart se donnant bonne conscience en laissant supposer qu'en abattant un gnou qui n'en avait de toute manière plus pour longtemps, ses bourreaux n'ont fait que lui rendre service en le libérant. Tuer les plus faibles et les plus âgés, cela permet de réguler leur population. Finalement, ce n'est que rendre service à ces population d'animaux qui pourtant n'en demandaient pas tant. Et puis, tant que la chasse est réglementée, pourquoi avoir le moindre scrupule puisque la pratique y est légale ? D'autant plus qu'elle permet à la Namibie et à ses habitants de se développer. Aucune raison pour que ces derniers se plaignent, donc ! Enfin, il y a ceux qui ne cherchent même pas à se justifier. Qui assument totalement, au mépris de la morale et des lois. Comme cette vieille merde tranquillement assise dans un très confortable fauteuil à côté de sa pouffe devant un mur orné de trophées de chasse... Dans le plus pur style du cinéaste autrichien, les plans sont fixes, presque glaçants face à ce décor magiquement mis en scène par Ulrich Seidl. C'est dans la contemplation et le calme qu'il convie les spectateurs à assister à ce jeu de massacre d'où aucune émotion ne transpire, même pas dans cet hypocrite témoignage du chasseur qui après avoir abattu une bête sauvage lui montre un respect factice en arguant qu'elle s'est bien battue. En clair, surprise, elle n'eut pas le temps de se défendre ou de fuir, tirée au fusil à lunette à plusieurs centaine de mètres de distance. En général, le cinéma d'Ulrich Seidl a ce pouvoir de séduction ou de fascination propre à l'exposition de ce qui nous est étranger et par extension, parfois farfelu. Sachant ici aussi demeurer maître du cadre, le réalisateur oppose une fin de non recevoir auprès des amoureux de la nature, quelle que soit son approche des événements. Difficile en effet d'éprouver la moindre sympathie pour cet allemand bedonnant demandant à sa dinde d'énumérer le prix de telle ou telle proie sauvage qu'il pourrait éventuellement projeter de traquer et de tuer. Voir ces hommes et ces femmes de tous âges se satisfaire d'avoir tué telle ou telle créature dérange.


Le réalisateur filme des individus réjouis d'un tir bien placé, se congratulant, se sautant dans les bras, une étrange émotion se dessinant sur leur visage. Des êtres assez stupides pour ne voir dans la participation à ce projet que le moment de gloire qu'ils pourront en tirer, immortalisés à jamais par Ulrich Seidl. On se demande alors ce que fiche le Comte Zaroff, que l'on aimerait voir débarquer le fusil à la main, prêt à en découdre avec ces individus... Que peut-on tirer de salvateur après avoir vu Safari ? J'en suis encore à me poser la question. Sans doute faudrait-il connaître la position du réalisateur vis à vis de cette funeste pratique car si l'on compte uniquement sur le témoignage des participants à ce massacre, nous ne sommes pas près d'obtenir la moindre réponse. Quoiqu'elle semble poindre durant la seconde moitié du documentaire lorsque certains donnent leur point de vue sur les indigènes. Véhiculant des propos racistes comme le firent leurs ancêtres au temps de la colonisation, il semblerait fort heureusement qu'Urilch Seidl n'ait pas perdu de son mordant et de son cynisme. Sans avoir frontalement envie de juger ceux qui l'ont autorisé à les filmer, le cinéaste autrichien paraît pourtant se payer une barre de rire à l'encontre de ces hommes et de ces femmes qu'il semblerait alors devoir mépriser. Ulrich Seidl a beau vouloir traiter de cette pratique en consacrant quatre-vingt dix-neuf pourcents des images à celles et ceux qu'il filme, on peut s'étonner de la distance qu'il prend avec la faune namibienne qu'il ne filme généralement qu'une fois abattue et couchée au sol ! D'ailleurs, si Safari se montre presque totalement incapable de nous instruire sur de quelconques motivations valables de ces chasseurs et s'avère donc majoritairement insignifiant en terme d'émotion, il sera bon d'être averti quant à certaines visions particulièrement abominables. Telle cette girafe, gisant au sol et agonisante ou ces quelques scènes de dépeçage post-mortem. Au final, le contenu de Safari est aussi abjecte et sans fondement que ces individus qu'il met à l'honneur. Pas sûr qu'Ulrich Seidl ait ici réussi son meilleur coup. Si par contre son intention était de choquer, le pari est gagné haut la main...

 

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