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jeudi 25 décembre 2025

Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery de Rian Johnson (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après deux premiers volets signés en 2019 et 2022 (Knives Out et Glass Onion: A Knives Out Mystery), le scénariste et réalisateur américain Rian Johnson revient trois ans plus tard avec les nouvelles aventures du détective privé Benoit Blanc. Alors que le premier eut les honneurs d'une sortie en salle, le second échoua directement sur la plateforme Netflix à l'échelle internationale. Un sort que connaît également depuis le 12 décembre dernier Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery. En parallèle à d'autres films à énigmes repris ces dernières années par le cinéaste britannique Kenneth Branagh (Murder on the Orient Express, Death on the Nile et A Haunting in Venice) et qui reposaient tous sur des écrits de la romancière Agatha Christie, le script des trois volets de la franchise Knives Out reposent tous sur l'imaginaire de Rian Johnson même si s'agissant du dernier en date, il semblerait que le réalisateur ait été plus ou moins inspiré par divers ouvrages policiers dont la nouvelle The Hollow Man écrite par l'américain John Dickson Carr en 1935. Dans le rôle principal du détective privé Benoit Blanc l'on retrouve à nouveau l'acteur britannico-américain Daniel Craig qui cette fois-ci va devoir mener une enquête sans doute parmi les plus ardues de sa carrière. Proche des deux-heures trente, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery démarre par une très longue scène d'exposition qui permettra aux spectateurs de découvrir l'essentiel des personnages évoluant dans cette nouvelle aventure ainsi que le cadre exclusif où se situera l'action. L'intrigue se déroulant dans la paroisse Notre-Dame de la Force Perpétuelle à Chimney Rock (un petit village de l’État de New York), le long-métrage a en réalité été tourné bien loin de là. Et notamment entre l'Essex et le Hertfordshire. L'église gothique Holy Innocents Church ayant servi de décors extérieurs, les intérieurs furent tournés dans les studios Leavesden de la Warner Bros. Des cadres magnifiques qui donc furent parfois reconstitués et d'autres extérieurs comme la zone boisée d'Epping Forest, le domaine historique de Woodhall Manor ou encore Butler’s Retreat situé à Chingford pour les quelques séquences tournées dans un village et dans ses alentours ! C'est donc dans ce contexte qu'intervient tout d'abord le père Jud Duplenticy (Josh O'Connor). Un ancien boxeur qui après avoir physiquement malmené un diacre est nommé vicaire avant d'être prié de se rendre à Chimney Rock où il fera la connaissance de Monseigneur Jefferson Wicks (Josh Brolin). Assistant l'homme d'église dans ses différentes tâches, Jud constate combien certains paroissiens lui sont éminemment fidèles. Pourtant, ceux-ci sont en petit nombre. En effet, lorsqu'un nouveau venu apparaît lors d'un sermon, Wicks se montre si virulent à son égard que celui-ci quitte en général la paroisse pour ne jamais y remettre les pieds...


Les rapports entre Wicks et Jud vont rapidement devenir conflictuels. Le tout nouveau venu va même tenter de se rapprocher des fidèles en organisant une réunion non-officielle. Parmi eux, l'on reconnaîtra notamment l'actrice Glenn Close dans le rôle de Martha Delacroix, Jeremy Renner dans celui du Docteur Nat Sharp ou encore Kerry Washington dans la peau de l'avocate Vera Draven... L'intrigue prend alors une tournure pas tout à fait inattendue puisque le concept du Whodunit étant ce qu'il est, Wicks va mourir lors de l'un de ses sermons. Tandis que le père Jud ainsi qu'une poignée de fidèles paroissiens assistent au dit sermon, Wicks pénètre une alcôve, disparaissant ainsi de la vue de toutes et tous. Mais un bruit sourd suivi d'un second, métallique, interloque Jud qui se précipite et découvre avant tout le monde le cadavre ensanglanté de Wicks... Débarque alors à l'écran Benoit Blanc, accompagné de la commissaire Geraldine Scott (Mila Kunis) aux côtés de laquelle il va donc enquêter sur la mort de Monseigneur Jefferson Wicks. Alors que les deux précédents volets étaient de très bonne tenue, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery augmente encore d'un cran la qualité de la franchise. Si ce tout dernier modèle de Whodunit bénéficie d'un excellent casting, il est aussi et surtout enrichi par un formidable script, bourré d'inventivité et de retournements de situations. Un sujet somme toute banal comme le prétendront sans doute certains mais qui cache parfois un message politique et religieux. De ce dernier l'on retiendra effectivement la force de certaines interventions de la part du détective privé qui au delà d'un athéisme supposé et d'un esprit fondamentalement rationnel (ce qui est, faut-il le dire, un atout dans sa profession) véhicule un message plutôt sain en matière de foi, de spiritualité et de quête de sens... Soit, tout le contraire de ce que véhiculent les fidèles de Monseigneur Jefferson Wicks, qui parfois et tout comme lui-même, semble nous dire que certains fonctionnements de l’Église ne sont au fond rien de plus, rien de moins que ceux d'une Secte. En dehors de ces considérations qui risquent d'en révolter certains, Rian Johnson signe une œuvre touffue, profonde et étonnamment émouvante si l'on considère que le cinéaste s'amuse à sans cesse se jouer du sérieux de la situation pour injecter un humour souvent aussi féroce qu'efficace. Bref, Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery est une merveille et l'on est déjà impatient de découvrir les futures aventures de Benoit Blanc dont la date de sortie est prévue pour 2027...

 

mercredi 20 août 2025

Weapons de Zach Cregger (2025) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Après avoir parcouru plus de neuf-cent kilomètres pour nous installer dans les environs de Saint-Brieuc en Bretagne, voilà que ma compagne et moi essuyons depuis deux jours de fortes pluies. Renvoyant ainsi nos projets de randonnées à des moments beaucoup plus propices. Après avoir sorti le nez ce matin avant qu'il ne se mette une fois de plus à pleuvoir, nous avons précédé notre séance cinéma d'une petite promenade de trois kilomètres autour de la Pointe du Roselier, à Plérin. Retour au bercail vers midi puis direction Trégueux et son multiplex Cinéland un peu avant quatorze heures où était notamment projeté le dernier long-métrage du réalisateur et scénariste américain Zach Cregger. Après un Barbarian qui en 2022 avait su séduire les amateurs de films d'horreur, le voici qui revient cette année avec Weapons. Sorti chez nous sous le titre Évanouis, cette œuvre que d'aucun aurait pu prêter à l'imaginaire de Stephen King repose en fait sur un scénario écrit par Zach Cregger lui-même. Une œuvre dont l'un des principaux atouts est sa construction. Le cinéaste s'intéressant ainsi à une poignée de personnages, il choisit de leur consacrer à chacun un chapitre. À tour de rôle, Justine, Archer, Paul, James, Andrew et Alex vont être au centre d'une intrigue se déroulant en un temps donné relativement court. Car après que dix-sept des dix-huit élèves d'une même classe aient disparu en pleine nuit et à la même heure (à 2h17 pour être très précis), l'intrigue va tourner autour de ces quelques personnages, tous plus ou moins liés aux autres et à cette affaire mystérieuse qui après un mois n'a toujours as été résolue. Mais plutôt que d'étendre le récit autour de ces dernières semaines, Zach Cregger préfère le concentrer sur une durée n'excédant pas quelques jours. Tout commence avec Justine (interprétée par l'actrice Julia Garner), l'institutrice qui était chargée de faire la classe aux élèves disparus. Soupçonnée d'être impliquée dans l'affaire, elle doit notamment faire face aux regards de ses voisins. Ce premier acte n'est certes pas mauvais puisqu'il met en place le sujet du film mais s'avère cependant le moins passionnant. Le film prend davantage d'ampleur lorsque est placé au centre de l'action le personnage d'Archer qu'incarne quant à lui Josh Brolin. Ce sera d'ailleurs l'un des aspects majeurs du long-métrage : chaque arrivée d'un nouveau personnage balayera ainsi le précédant et renforcera l'intrigue en ajoutant quelques éléments supplémentaires venus étoffer le mystère autour des disparus...


Vient donc ensuite Alden Ehrenreich qui dans le rôle du flic Paul Morgan interprète un ancien alcoolique adultère parfois violent. Notamment envers James Anthony, excellemment incarné par Austin Abrams. Un jeune marginal qui à l'occasion vole, mendie et surtout se drogue ! Suivent Andrew Marcus (l'acteur britannique Benedict Wong) et Alex (Cary Christopher). Si la présence du premier semble anodine, celle du jeune acteur sera au contraire d'une importance capitale. Surtout lorsque surgira au sein du récit, une certaine Gladys Lilly dont il est nécessaire ici de taire l'implication... Bien que les conditions de visionnage ne furent pas idéales en raison d'un volume sonore très nettement insuffisant, le spectacle proposé par Évanouis fut total. Entre horreur, thriller et humour, le dernier long-métrage de Zach Cregger est une totale réussite. Et ce, même si l'on peut regretter que la résolution de l'énigme se fasse bien avant la fin du récit. Le film regorge de séquences sinistres magistralement mises en scène. Quelques Jumpscares pourtant très bien pensés tentent de faire sursauter les spectateurs mais, bizarrement, la tentative demeura généralement inefficace ! L'on retiendra l'interprétation générale ainsi que celle d'Amy Madigan, absolument effrayante dans le rôle de la dite Gladys. Le réalisateur ainsi que Ryan et Hays Holladay signent en outre une partition musicale sobre mais efficace qui marque les moments de tension. Zach Cregger semble tout particulièrement apprécier d'ajouter des touches de bizarrerie, voire parfois d'incongruité si bien que l'on ne sait pas toujours s'il faut s'inquiéter de ce qui se déroule devant nos yeux ou s'il faut en rire. Toujours est-il que les cent-vingt huit minutes passent à une vitesse folle. Notons que les amateurs de gore auront la primeur de quelques saillies très graphiques en la matière. Évanouis restera comme l'une des meilleures propositions de cette année 2025 en matière d'horreur et d'épouvante. Une création d'orfèvre que l'on rangera aux côtés de Under the Silver Lake que réalisa en 2018 David Robert Mitchell...

 

vendredi 18 mars 2022

No Country for Old Men de Joel et Ethan Coen (2007) - ★★★★★★★★★★

 


 

Jonglant entre comédies et polars depuis les débuts de leur carrière cinématographique, les frères Joel et Ethan Coen n'ont cessé d'aligner les chefs-d’œuvre (Heu, Coco, qu'est-ce qu'est Intolérable Cruauté sinon une sombre m[BIIIIIP]e ?) depuis leur tout premier long-métrage intitulé Blood Simple en 1984. Parmi l'immense vivier d'interprètes qu'ils ont eu à côtoyer durant leur fascinante filmographie (que l'on espère voire durer longtemps encore), certains ont eu le privilège d'être dirigés à plusieurs reprises par les deux américains. On pense notamment à Steve Buscemi, George Clooney, John Goodman, John Turturro, Holly Hunter ou Tilda Swinson. Et la liste est longue comme le bras d'un singe-araignée, certains apparaissant beaucoup plus régulièrement que d'autres. Pour leur douzième long-métrage intitulé No Country for Old Men, les deux frères qui se chargent autant de l'écriture de leurs films que de leur réalisation s'inspirent désormais du roman éponyme de l'écrivain américain Cormac McCarthy, sorti chez nous sous le titre de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme. L'acteur Josh Brolin apparaît pour la toute première fois dans une œuvre de Joel et Ethan Coen, tout comme d'ailleurs Javier Bardem et Tommy Lee Jones, mais à la différence desquels on le retrouvera plus tard aux génériques de True Grift en 2010 et Ave, César ! six ans plus tard. Entre comédie et thriller sombre, No Country for Old Men choisit très rapidement son camp en optant pour un climat ténébreux, débutant à la lisière du western (les magnifiques paysages du désert du Nouveau-Mexique plantant d'emblée le décor bien que l'essentiel du film ait été tourné au Texas). L'histoire de No Country for Old Men est somme toute fort simple. Mais il faudra le génie de deux grands cinéastes pour créer un tel magnétisme entre le spectateur, le récit et ses personnages...


Le film pourrait presque se résumer ainsi : partir avec l'argent d'un autre peut vous attirer les pires ennuis... Une leçon qu'aurait sans doute dû retenir Llewelyn Moss, ancien soudeur et chasseur de gibier qui un jour tombe en plein désert sur une scène de carnage. Visiblement, une affaire de drogue qui a très mal tourné et a laissé derrière elle plusieurs cadavres. Ainsi qu'une énorme quantité d'héroïne et une mallette remplie de billets verts pour une somme de deux millions de dollars. Un argent que Llewelyn va s'empresser de ramener avec lui attirant ainsi les foudres des commanditaires qui vont alors engager un certain Anton Chigurth. Un tueur à gage psychopathe sans humour pour qui le meurtre est comme un sacerdoce. Commence alors une traque implacable durant laquelle Chigurth sèmera la mort tandis que le vieillissant shérif Ed Tom Bell tentera de retrouver Llewelyn avant que le tueur à gages ne lui fasse la peau. Car ce que ne sait pas le soudeur à la retraite, c'est que la mallette renferme parmi les billets de banque, un traceur qui permet à Chigurth de le suivre à la trace... C'est une habitude ponctuelle chez moi, mais une fois n'est pas coutume, je conseille à celles et ceux qui n'auraient toujours pas découvert ce petit bijou,que dis-je, ce chef-d’œuvre du thriller à la sauce ''Coen'', de le projeter dans sa version originale sous-titrée. Parce que l'une des forces de cette traque hallucinante opposant deux hommes entre le territoire du Texas et celui du Nouveau-Mexique est on ne peut plus remarquable accompagnée des voix originales de ses interprètes. Et quel interprètes, d'ailleurs. Les américains Tommy Lee Jones et Josh Brolin ainsi que l'espagnol Javier Bardem. Un trio d'acteurs pour un film pratiquement cent pour cent masculin. Les actrices féminines y sont effectivement assez peu représentées en dehors de Kelly Macdonald qui interprète l'épouse de Llewelyn, Carla Jean...


Avec un budget de vingt-cinq millions de dollars, le film est un succès mondial puisqu'il rapportera la coquette somme de cent soixante-dix millions de dollars à travers la planète. Sombre et violent, No Country for Old Men remportera en outre de nombreuses récompenses, tels que quatre Oscars en 2008. Meilleur film, meilleur réalisateurs, meilleurs scénario ainsi que celle du meilleur acteur dans un second rôle pour l'espagnol Javier Bardem qui compose un tueur à gages dénué de toute empathie. Implacable et muni d'une arme on ne peut plus originale, il traverse les états à la poursuite d'un Josh Brolin qui dans le rôle de Llewelyn Moss campe une proie absolument remarquable. Un jeu du chat et de la souris ponctué de séquences anxiogènes et lors desquelles la tension ne retombe pratiquement jamais. Interviendra plus tard l'acteur Woody Harrelson dans la peau de Carson Wells. Mise en scène brillante, interprètes au sommet de leur art, No Country for Old Men représente l'un des sommets de la filmographie des frères Coen dans lequel l'humour n'est cependant pas négligé. Des séquences absurdes (dont celle qui oppose notamment le tueur à un gérant de station essence interprété par Gene Jones) mais qui demeurent pourtant elles aussi proprement angoissantes. Javier Bardem y est tout simplement ''monstrueux'' quel que soit le sens que l'on donne au terme. Une chasse à l'homme où Tommy Lee Jones s'éloigne du personnage de Samuel Gerard qu'il interpréta dans le diptyque Le Fugitif/US Marshals en 1993 et 1998 puisque désormais, il incarne un shérif vieillissant assez peu empressé de poursuivre son enquête sur la série de meurtres ayant fait pour victimes, des trafiquants de drogue mexicains. Parfois poisseux et digne du cinéma de Sam Peckinpah, No Country for Old Men oppose certaines séquences relativement languides à des scènes d'action réalisées au cordeau. Drôle mais surtout cauchemardesque (avant tout pour le personnage de Llewelyn Moss), le film bénéficie de dialogues efficaces, d'une mise en scène millimétrée, d'une photographie signée de Roger Deakins remarquable et d'une interprétation sans faille. Un classique...

 

lundi 27 septembre 2021

Dune de Denis Villeneuve (2021) - ★★★★★★★☆☆☆

 


 

Connu pour être l'un des romans de science-fiction les plus célèbres mais sans doute également parmi les plus ardus à lire et à adapter sur grand écran, Dune est à l'origine un roman de l'écrivain américain Frank Herbert. À vrai dire, l’œuvre ne se contente pas d'être un ouvrage unique mais un véritable cycle en six volumes poursuivit ensuite à partir de 1999 par le propre fils de l'écrivain ainsi que par Kevin J. Anderson. Au début des années soixante-dix, le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky, le réalisateur des films cultes El Top, La montagne sacrée ou Santa Sangre envisage d'adapter le roman de Frank Herbert. Un projet si ambitieux qu'il ne parviendra pas à le mener à terme. En résultat quarante ans plus tard, un passionnant documentaire intitulé Jodorowsky's Dune. En 1984 sort sur les écrans la première véritable adaptation du roman. Réalisé par l'immense David Lynch, le film se prend une volée de châtaignes de la part du public et des critiques. Un film de commande dans lequel on retrouve quelques gimmicks de l'auteur de Eraserhead, de Lost Highway ou de Inland Empire mais qui s'éloigne tout de même en grande partie de son style si personnel. Depuis, une partie du public semble ressentir un certain regain d'intérêt pour ce film dont certaines versions occultent volontairement le nom de son réalisateur au ''profit'' de Alan Smithee, pseudonyme bien connu utilisé par les réalisateurs qui ne désirent plus voir leur nom s'afficher au générique d'un projet qu'ils ont mis eux-même en scène. Depuis qu'est sortie en salle la version de Denis Villeneuve il y a quelques semaines, on n'a jamais autant évoqué la version de David Lynch. Si certains évoquent les prouesses de la version 2021, d'autres en revanche assurent que celle de 1984 lui est bien supérieure...


N'ayant pas lu le roman ni ses prolongements et n'ayant conservé qu'un très vague souvenir du long-métrage de David Lynch, c'est l'esprit vierge de toute référence (ou presque) et donc avec toute l'objectivité qui je l'espère me caractérise que j'ai décidé d'évoquer le Dune de Denis Villeneuve. Soit dit en passant, du réalisateur canadien, j'ai pu me forger une solide idée sur son travail puisque je n'ai jamais été déçu par aucun de ses longs-métrages que j'ai vu jusque là. Il y a a quatre ans, je doutais de son Blade Runner 2049 pour au final sortir de la salle totalement conquis. Au point même d'avoir eu envie de redécouvrir l'original de Ridley Scott, film pour lequel je n'avais jusque là conservé que très peu d'intérêt. Alors que la question se pose de savoir si la séquelle de Dune que devrait réaliser lui-même Denis Villeneuve verra bien le jour dans les années à venir, évoquons cette première partie. Nous sommes en l'an 10191. Le Duc Leto Atréides de la maison du même nom reçoit la visite d'un représentant de l’empereur Padishah Shaddam IV qui lui enjoint de prendre en charge l'extraction de l’Épice sur Arrakis en lieu et place du précédent intendant, le Baron Vladimir Harkonnen de la maison Harkonnen. Arrakis est une planète-désert sans eau mais à l'atmosphère respirable. L’Épice y est la seule ressource disponible sur place. D'une valeur inestimable, elle est sécrétée par des vers gigantesques et permet aux humains qui la consomment de prolonger leur existence. Cette précieuse richesse qui a fait la fortune des Harkonnen possède en outre d'autres formidables facultés. Après avoir promis au chef de la tribu Fremen Stilgar de ne pas empiéter sur son territoire du Sietch Tabr, Leto Atréides est victime d'une trahison. Sa concubine Dame Jessica ainsi que leur fils Paul, héritier de la Maison Atréides, partent cependant rejoindre le peuple des Fremens malgré les promesses du Duc...


Avec Dune, c'est forcément tout ou rien. Surtout pour les fans sans doute avides de trouver là une adaptation digne de leur épopée de science-fiction préférée. L'action se situe donc sur une planète balayée par des vents extrêmement violents sous les dunes de laquelle vivent d'immenses vers. Si Kenneth McMillan incarnait en 1984 un Baron Harkonnen adipeux, pustuleux, sadique et aussi effrayant que repoussant, l'acteur suédois Stellan Skarsgård n'a rien à lui envier. Méconnaissable sous son maquillage, par la magie des effets-spéciaux le voilà obèse, dénué de toute pilosité et nanti d'un goitre qui fait le tour entier de son cou et de sa nuque. Un vrai boogeyman de film d'horreur à la tête d'une bande de ''cénobites'' cruels et meurtriers. Le héros Paul Atréides est quant à lui interprété par le jeune acteur franco-américain Timothée Chalamet dont la carrière ne se résume pas qu'à une peau de chagrin puisque sa carrière semble s'être accélérée depuis le milieu des années 2010. Parfois théâtral mais plus généralement sobre, il convainc plutôt bien dans la peau de l'héritier de la Maison Atreides. Dans le rôle de sa mère, nous retrouvons l'actrice Rebecca Ferguson qui deux ans en arrière interpréta le rôle de la méchante Rose O'Hara dans le Doctor Sleep de Mike Flanagan. Production américano-américaine, Dune n'en devient pas moins le berceau d'un casting international puisqu'outre la présence du suédois Stellan Skarsgård, on retrouve l'acteur espagnol Javier Bardem dans le rôle de Stilgar ou l'actrice britannique Charlotte Rampling dans celui de la Révérende mère Gaius Helen Mohiam...


Celles et ceux qui espéraient retrouver la flamboyance visuelle de Blade Runner 2049 pourront être plus ou moins déçus puisqu'ici, tout ou presque est couleur de sable. Des teintes sobrement perturbées par quelques nuances de gris, de vert ou de bleu désaturés. Si cette première partie passe tout d'abord forcément par l'apprentissage de son jeune héros, le film n'en est pas moins doté de séquences épiques sublimées par la dantesque partition musicale de Hans Zimmer. Bien que l'aventure soit de prime abord plutôt complexe, les néophytes auront le plaisir de constater que le récit est parfaitement lisible et que Denis Villeneuve ne perd jamais ses spectateurs dans les limbes d'un récit par trop encombré de personnages primaires et secondaires. Dune est fluide, beau, violent, parfois homérique et pourvu de formidables effets-spéciaux dont une attaque assez remarquable des Harkonnen contre le camp des Atreides où sont stockées les réserves d’Épice. Malgré tout, le long-métrage de Denis Villeneuve semble dénué d'émotion. Un sentiment qui parcours le film de son ouverture jusqu'à son terme. Mais au delà de ce détail qui pourra avoir plus ou moins d'importance, le spectacle est là...

vendredi 26 juillet 2019

Men in Black III (MIB3) de Barry Sonnenfeld (2012) - ★★★★★★★☆☆☆



En une décennie, la technologie a fait un bond de géant. Et l'on parle là non seulement des effets-spéciaux de ce Men In Black III sorti dix ans après le précédent volet mais aussi de celles dont font usages nos deux indécrottables personnages que sont les agents K et J. Aujourd'hui, la Lune sert de site lointain protégeant les honnêtes gens des criminels les plus dangereux puisqu'une prison y a été implantée. Un immense édifice duquel il est presque impossible de s'échapper. Du moins jusqu'à ce jour où Boris l'animal, un extraterrestre particulièrement coriace et belliqueux, parvient à s'en échapper afin de remonter dans le temps et de tuer le 16 juillet 1969, celui à cause duquel il perdit le bras gauche. K avoue à J que Boris l'animal fut sans doute la plus grande erreur de toute sa carrière d'agent travaillant pour l'organisation Men in Black. Mais alors que K disparaît mystérieusement, J comprends que dans le présent alternatif dans lequel il est désormais plongé, son partenaire est mort il y a quarante ans, le jour même où trois astronautes quittaient la Terre à bord de la navette Apollo 11 pour atterrir quatre jours plus tard sur la surface de la Lune. Lancé à la recherche de K et à la poursuite de Boris l'animal, J retourne à son tour dans le passé, un jour avant le lancement de la fusée de Cap Canaveral...

Alors que le précédent volet n'avait permis que d'approximativement engranger les sommes investies (à hauteur de 190 millions de dollars), pour ce troisième et dernier véritable opus de la saga Men in Black, le cinéaste américain Barry Sonnenfeld bénéficie d'un budget encore plus important puisque celui-ci se monte désormais à 225 millions de dollars. Les effets-spéciaux de Men in Black III (MIB3) étant constitués de mille deux-cent plans visuels dont plus de la moitié a été confiée et supervisée par Ken Ralston et Jay Redd de Sony Pictures Imageworks ont en cette année 2013 atteint un degré de réalisme qui faisait parfois défaut jusqu'à présent. Ici, l'intégration des personnages dans des décors en images de synthèse est parfaite contrairement à ce que l'on pouvait constater à quelques égards dans les deux premiers volets de la saga.

Après deux épisodes qui d'un point de vue scénaristique demeuraient un peu trop similaires (ce qui faisait de Men in Black II une œuvre dynamique, amusante, mais surtout, redondante), le scénariste américain originaire d’Israël Etan Cohen (rien à voir avec Ethan Coen, des Frères Coen) prend le relais et propose une idée ingénieuse qui permet à la franchise de prendre un nouveau tournant. Désormais, et alors qu'il devient presque inconcevable de pouvoir imaginer autre chose que le perpétuel combat opposant nos deux héros en noir à de belliqueuses créatures venues de l'espace, Ethan Coen propose de mélanger la science-fiction désormais pépère des agents K et J au principe du voyage dans le temps et du paradoxe temporelle. Grâce à cette pichenette scénaristique intelligente, Men in Black III est l'occasion pour le spectateur d'en découvrir davantage sur le passé de l'agent K toujours incarné par un Tommy Lee Jones ayant cependant pris un sérieux coup de vieux tandis que Will Smith, même dix ans après, semble n'avoir pas pris une ride. Le concept du voyage dans le passé voulant qu'y soient développés des personnages bien connus de la franchises mais avec quarante ans de moins, Tommy Lee Jones disparaît assez rapidement au profit de l'acteur Josh Brolin qui, justement, est plus jeune d'une quarantaine d'années que l'acteur dont il a la lourde responsabilité de prendre la place dans le passé.

Bien que l'absence de Tommy Lee Jones durant les trois quarts du long-métrage se fasse tout d'abord ressentir, le talent et le charisme de Josh Brolin à l'écran lui confèrent une certaine crédibilité et finalement, le duo qu'il incarne temporairement à l'écran aux côtés de Will Smith s'avère satisfaisant. Rip Torn ayant refusé de reprendre le rôle de l'agent Z pour ce troisième épisode, son personnage disparaît au profit de celui interprété par l'actrice britannique Emma Thompson dont l'importance se révélera au fil de l'aventure (on apprend notamment que la relation qu'elle entretenait avec l'agent K n'était pas purement professionnelle). Men in Black III est aussi et surtout l'occasion de révéler une information capitale en fin de parcours, l'histoire de nos deux agents semblant prendre une tournure définitive et pleinement accomplie. Barry Sonnenfeld ajoute un caractère qui jusqu'à maintenant faisait défaut dans ce mélange entre science-fiction, humour et action : l'émotion. Ce troisième long-métrage révèle également un nouveau personnage dont l'aura de sympathie éclaire littéralement chacune des séquences auxquelles il participe : Griffin, merveilleusement incarné par l'acteur américain Michael Stuhlbarg. Barry Sonnenfeld clôturait là de la plus belle des façons, une trilogie de science-fiction familiale PRESQUE parfaite. Aurait-il fallut encore qu'un certain F. Gary Gray ne vienne pas mettre son grain de sel dans l'aventure des Men in Black en proposant en cette année 2019, un quatrième épisode absolument indigeste...

jeudi 25 juillet 2019

Old Boy de Spike Lee (2013) - ★★★★★★★☆☆☆



Gonflé, Spike Lee... Dix ans après que le cinéaste sud-coréen Park Chan-Wook ait asséné à la face du monde son mythique Old Boy, voilà qu'en 2013, les États-Unis s'emparaient encore d'un classique venu d'Asie pour en proposer une version occidentale. Osé si l'on considère que Park Chan-Wook avait signé en 2003 une œuvre parfaite, qui n'avait certainement pas besoin, ni d'être retouchée, ni d'être relue. Un long-métrage monumental qui allait permettre à l'Asie en général et à la Corée du Sud en particulier, de voir s'ouvrir devant elle, les portes du cinéma mondial. Combien de films et de cinéastes venus d'Asie de l'Est doivent à Old Boy ? Impossible à chiffrer, et pourtant, les Bong Joon-Ho, les Kim Jee-Woon, les Na Hong-Jin, les Gareth Evans ou les Pinkaew Prachya lui doivent tout. Certains diront sûrement : et John Woo ? Pas moi, non.

Ceux qui crièrent sans doute à l'infamie dès la première annonce de la mise en chantier du remake en 2007 ont pourtant échappé au pire. Car avant que Futabasha, l'entreprise qui édita le manga original, n'intente un procès auprès des producteurs de la version sud-coréenne pour avoir illégalement vendu les droits aux États-Unis, il était prévu que Steven Spielberg réalise lui-même ce remake !!! Steven Spielberg réalisant le remake de Old Boy !!! et avec dans le rôle principal, pourquoi pas Will Smith puisque celui-ci était particulièrement attaché au projet !!! On a donc échappé au pire même si avant d'avoir pu découvrir la version occidentale du classique de Park Chan-Wook, on aurait eu tendance à s'avérer plutôt méfiants. C'est que l'on ne touche pas à un monument sans s'attirer les foudres des cinéphiles.

Et pourtant, même si le miracle n'a pas réellement eu lieu (surtout dans sa version doublée en français, une catastrophe!) ? Spike Lee sauve les meubles grâce à une approche personnelle qui, si elle aura sans doute fâché les puristes de voir le scénario original si consciencieusement allégé, ménage tout de même de sacrés moments d'anthologie. A commencer par ce combat monumental qui opposait l'incroyable acteur sud-coréen Choi Min-sik à une horde de malfrats constituée d'une cinquantaine d'individus lors d'un plan-séquence MO-NU-MERN-TAL !!! Comment Spike Lee allait-il pouvoir gérer cette séquence ? En l'expurgeant purement et simplement ou en la réactualisant à sa sauce ? C'est cette seconde option que choisissait le cinéaste américain, et après quelques secondes de fébrilité, le spectateur ressortait dix ans plus tard, totalement essoré comme il le fut déjà en 2003. Spike Lee intègre donc bien ce combat d'un seul homme contre cinquante, mais plutôt que de se contenter d'observer la scène sur un seul plan, le cinéaste a l'idée ingénieuse d'un combat en deux actes et sur deux niveaux différents.

Porté par un Josh Brolin (No Country for Old Men de Joel et Ethan Coen) plus que convaincant, Old Boy cuvée 2013 n'est peut-être pas le remake idéal du point de vue du fan de l'original qui de toute manière est insurpassable, mais tout de même, on est loin de l'insipide plagiat qu'il aurait pu devenir dans les mains d'un autre cinéaste beaucoup moins expérimenté. À dire vrai, ceux qui pourraient se satisfaire amplement de ce remake sont ceux-là même qui n'ont pas connaissance de l’œuvre originale. Sans compter sur celle-ci, le Old Boy de Spike Lee demeure un excellent film d'action, porté par un interprète principal charismatique et des seconds rôles de haute volée (Samuel L. Jackson toujours fabuleux)...
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