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samedi 26 août 2023

Cycle - la peur du nucléaire - Quand souffle le vent (When the Wind Blows) de Jimmy T. Murakami (1986) - ★★★★★★★★☆☆




Sur les conseils de Carter69, j'ai ajouté pour terminer ce cycle consacré à La Peur du Nucléaire, le film d'animation britannique Quand souffle le vent (When the Wind Blows) de Jimmy T. Murakami. À l'image des œuvres précédentes et notamment de The War Game que Peter Watkins réalisa en 1965, ce dessin animé qui mêle diverses techniques dans l'art de l'animation possède une grande valeur pédagogique. L'on y apprend notamment les préparatifs permettant de survivre une fois que l'attaque a eu lieu. Dans cet édifiant long-métrage d'animation, le réalisateur britannico-japonais Jimmy T. Murakami nous présente pour commencer un couple de personnes âgées à l'aube de la catastrophe. Elle, vit dans l’insouciance quand lui, se prépare déjà à exploiter les ressources de leur maison de campagne isolée. Jim Bloggs (John Mills) démonte plusieurs portes afin de construire un abri de fortune contre le mur de leur salon. L'homme bénéficie d'un précieux fascicule distribué par le gouvernement britannique à ses habitants relatant toutes les phases leur permettant de se protéger des éventuelles retombées radioactives. Quand souffle le vent démarre tout d'abord de manière nonchalante. Le réalisateur bâtit pour ses personnages, une relation solide qui perdure depuis la seconde guerre mondiale et même, bien avant. Jim et son épouse Hilda (Peggy Ashcroft) entretiennent d'ailleurs une étrange relation avec cette période trouble de l'histoire de l'humanité. Comme un sentiment de nostalgie. Une authentique et belle histoire d'amour qui survivra d'ailleurs au drame à venir. Bien évidemment, l'on retrouve le thème du conflit qui oppose l'Union Soviétique à l'Occident. Comme un cauchemar qui se répète inlassablement chaque fois qu'un réalisateur évoque le sujet de la guerre nucléaire. Le récit repose sur une série de duels qui opposent l'homme et son épouse. Duels, oui. Mais point de rivalité. Elle conservera presque jusqu'au bout, du moins jusqu'à ce que le cataclysme promis par les informations radiophoniques ne se déclenche, l'attitude de la femme d'intérieur, soucieuse du maintien de son domicile comme de son mari. Lui, représente la sécurité. Tandis qu'elle vaque à ses occupations ménagères, lui intègre scrupuleusement les conseils édictés par le fascicule.



Une œuvre tragique et belle notamment sublimée par les compositions de David Bowie ou de Roger Waters...



D'ailleurs, sans jamais se poser la moindre question quant à la réelle valeur de ceux-ci. Dessins enfantins, imagerie fantasmagorique, plans en trois dimensions, incrustation de stock-shots. Jimmy T. Murakami passe à la moulinette l'art du dessin, de manière souvent naïve, certainement pour mieux happer le spectateur au moment où la catastrophe a lieu. Plus qu'une œuvre catastrophiste, le dessin animé est un hymne à l'amour, éternel, plus fort que tout, que la guerre (dont ils gardent un souvenir ému) ou que la mort. Ce qui émeut dans Quand souffle le vent, c'est moins le drame qui va frapper ce couple isolé du reste du monde et qui croira jusqu'au bout pouvoir survivre aux retombées radioactives que cette force qui unit Hilda et Jim. Le long-métrage témoigne avant tout d'une vie passée, d'un bonheur au delà de tout et d'une confiance inaltérable l'un pour l'autre. Avec ses petits travers qui font partie de la vie et qui nous touchent peut-être davantage à travers le choix de ces personnages qui d'apparence semblent plus fragiles que n'importe quels autres. C'est donc moins pour ses qualités visuelles que pour son message que Quand souffle le vent persiste dans nos mémoires longtemps après sa projection. Le réalisateur vise juste, et ce, sans faire preuve d'atermoiements car bien sûr, ce beau film est aussi un témoignage terrifiant qui n'épargnera personne. Ni ses héros, ni les spectateurs. L'horreur de la guerre dans toute sa monstruosité. Et ne croyez pas que parce qu'il ne s'agit que d'un dessin animé, Quand souffle le vent ne peut avoir la force d'une œuvre tournée dans de véritables décors avec d'authentiques interprètes. Bien au contraire. D'un point de vue technique, l'aspect vieillot de l’œuvre est rapidement contrebalancé par l'alliance entre dessins bruts et décors reconstitués en trois dimensions, faisant ainsi de la demeure des Bloggs, un personnage à part entière. Bref, tout comme The War Game ou Threads de Mick Jackson, Quand souffle le vent est un indispensable. Merci à Carter69 pour cette très belle découverte...

mercredi 22 septembre 2021

Night of the Animated Dead de Jason Axinn (2021) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

Tous les fans de cinéma d'horreur et d'épouvante connaissent par cœur le récit de La nuit des morts-vivants que George Romero réalisa en 1968. Barbara et son frère Johnny viennent déposer des fleurs sur la tombe de leur père sur demande de leur mère. Mais alors que Johnny martyrise sa sœur en lui affirmant que les morts vont venir la chercher, un drôle de type déambulant entre les tombes du cimetière comme s'il avait trois grammes dans le sang s'en prend à elle. En s'interposant, Johnny est tué par l'individu qui se lance alors à la poursuite de la jeune femme, laquelle finit par se réfugier dans une petite maison de campagne où va se dérouler le gros de l'intrigue. Rencontre avec le héros de l'histoire, Ben, un afro américain qui va devoir non seulement se frotter à une Barbara prostrée et silencieuse, une horde de zombies sans cesse grandissante qui entoure la demeure et ses environs, ainsi qu'une poignée de survivants dont un certain Harry Cooper, prototype même du mâle blanc raciste, marié à Helen et père d'une gamine qui allongée dans la cave, mordue par un zombie, attend la mort avant de revenir à la vie. Culte, classique, nommez le comme vous le voulez, mais La nuit des morts-vivants a posé les bases du film de zombies cannibales véhiculant un virus dont les futurs infectés retiendront l'incroyable pouvoir de transmission. Cinquante-quatre ans plus tard, un petit ''génie'' du nom de Jason Axinn trouve le moyen après quatorze ans de carrière vouée aux séries télévisées d'en proposer une alternative entièrement animée. Si le long-métrage de George Romero est à l'origine de plusieurs œuvres bâtardes, le maquilleur et acteur américain Tom Savini eut déjà la bonne idée de réaliser un remake au chef-d’œuvre de 1968 en proposant une version colorisée beaucoup moins graphique que celle à laquelle nous pouvions nous attendre en 1990 (Tom Savini reste et restera l'un des plus grands artisans des maquillages gore)...


Night of the Animated Dead reprend dans les grandes lignes le film de George Romero en modifiant certaines séquences (Ben est tout d'abord agressé à l'extérieur de la maison et non plus à l'intérieur) tout en augmentant le récit de quelques péripéties à travers, notamment, le flash-back mettant en scène le héros de couleur dans une situation périlleuse précédant son arrivée sur le lieu principal de l'action. Si Night of the Animated Dead est rallongé de quelques séquences, sa durée demeure par contre étonnamment courte puisqu'en comparaison de l’œuvre originale, le film de Jason Axinn avoisine davantage l'heure que la petite centaine de minutes de La nuit des morts-vivants. Même si Night of the Animated Dead est visuellement très loin d'un Pixar en terme graphique, le fan de l'original sera tenté d'y jeter un œil. Le concept de dessin animé désamorçant toute sensation de frayeur, on privilégiera alors le jeune public qui voudrait tout en douceur être intégré à l'univers mortifère et désespéré de George Romero. Mais là encore, pas sûr que le film emporte l'adhésion d'un public d'adolescents ou même d'enfants qui depuis des décennies maintenant font fi des règles qui entourent certaines restrictions. Une œuvre a beau être interdite à une certaine catégorie d'âge, on se rend compte désormais qu'un gamin en pleine croissance est capable de nous résumer les pires atrocités commises sur grand écran. Si Night of the Animated Dead est au fond parfaitement inutile, il conserve néanmoins l'avantage d'être nettement plus sanglant que son illustre prédécesseur. Et qui sait, peut-être que le plaisir de retrouver ce zombie errant entre les tombes du cimetière, une Barbara muette, un Harry Cooper détestable ou bien ce final plein d'ironie contentera-t-il certains d'entre nous. Pour les autres, Night of the Animated Dead demeurera comme une curiosité vite vue, vite oubliée...

 

samedi 28 août 2021

Tintin et le lac aux requins de Raymond Leblanc (1972) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Outre différentes séries télévisées s'étalant de 1957 à 1991, le célèbre reporter Tintin créé par le dessinateur belge Georges Remi connu sous le nom de Hergé fut adapté à un certain nombre d'occasions sur grands écrans. Qu'il s'agisse de films interprétés par de véritables acteurs (Tintin et le Mystère de La Toison d'or de Jean-Jacques Vierne en 1961 et Tintin et les Oranges bleues de Philippe Condroyer en 1964) ou de films d'animation faisant appel au meilleur des images de synthèse (Les Aventures de Tintin : Le Secret de La Licorne de Steven Spielberg en 2011), tous sont l'adaptation de divers ouvrages originaux de Hergé dessinés et édités entre 1931 et 1976. Seule exception à cette règle, le film d'animation Tintin et le lac aux requins qui aux côtés des deux longs-métrages ''live'' fut tout d'abord conçu comme une œuvre cinématographique avant d'être exploité sous la forme d'une bande-dessinée. On y retrouve les personnages emblématiques de la série conçue par le dessinateur belge. À commencer par Tintin et Milou, bien entendu, accompagné du Capitaine Haddock et des détectives Dupont et Dupond qui contrairement à leur apparence mais comme leur nom l'indique, ne sont pas des frères jumeaux mais des sosies. Le récit se déroule dans une région hostile de la Syldavie, pays imaginaire qui servait déjà de cadre au Sceptre d'Ottokar, Objectif Lune et On a marché sur la Lune...


C'est là-bas, dans une zone sauvage et perdue, à proximité d'un lac réputé maudit, que le professeur Tournesol leur donne rendez-vous. Alors qu'une vague de vols a lieu dans les musées du monde entier, des brigands cherchent à mettre la main sur l'une des dernières inventions du célèbre scientifique, toujours sourd comme un pot. Le voyage vers la demeure où est installé le professeur Tournesol n'est pas de tout repos : Tintin, le capitaine Haddock et les Dupont et Dupond sont en proie à une avarie qui touche l'avion de tourisme qui les transporte jusqu'à la villa Sprock où les attend Tournesol. Parvenant à maîtriser les commandes de l'avion et réussissant à le faire atterrir d'urgence au bord d'une falaise, le jeune reporter et ses compagnons ne doivent leur survie que grâce à l'aide de Niko et Nouchka, deux très jeunes habitants du coin qui leur viennent en aide. Arrivés à bon port malgré les désagréments, Tintin et les autres découvrent que Tournesol a mis au point un appareil capable de reproduire n'importe quel objet. Une machine qui ne peut fort logiquement qu'attirer les malfrats en tous genre et notamment le pire ennemi de notre jeune héros : Rastapopoulos ! L'un des personnages récurrents que l'on découvre pour la première fois dans l'album Les cigares du pharaon puis dans Le lotus bleu. Le personnage disparaît durant un temps avant de réapparaître en 1958, soit vingt-deux ans plus tard, dans Coke en stock. Enfin, avant de le revoir beaucoup plus tard dans Tintin et le lac aux requins, il reviendra pour les besoins de l'antépénultième bande-dessinée de Hergé, Vol 714 pour Sydney...


Dans une ambiance parfois austère, Tintin et le lac aux requins emprunte un peu de l'esprit d'une autre série de dessins animés fort célèbres. À tel point que l'on pourrait s'attendre à voir débarquer sous forme de caméo, Fred, Véra, Daphné, Sammy et leur fidèle ami Scooby-doo qui donne son nom au titre du dessin animé humoristique, teinté d'épouvante et faussement fantastique. Avec Tintin et le lac aux requins, on est très loin des meilleures œuvre adaptées de l'univers de Hergé. Visuellement, le long-métrage a relativement mal vieilli et l'intrigue s'avère bien moins passionnante que la plupart des bandes-dessinées originales et leur adaptation cinématographique ou télévisée. Le plaisir de retrouver les personnages de Tintin, de Haddock ou de Tournesol reste tout de même presque intact. Entre un Haddock ronchon, des Dupond/Dupont gaffeurs, un Tintin donc la capacité à résoudre les énigmes est digne de celle d'un Sherlock Holmes ou un Professeur Tournesol toujours aussi fascinant, le réalisateur Raymond Leblanc et le scénariste Greg multiplient les situations et intègrent même deux jeunes personnages attachants. Claude Bertrand double le personnage du capitaine Haddock, Jacques Careuil celui de Tintin, quant à Guy Piérauld, son timbre de voix est reconnaissable entre mille (Bugs Bunny et Max la Menace ou Woody Woodpecker, c'est lui). Un bon divertissement, sans plus...

 

mardi 16 octobre 2018

TROMA : Toxic Crusaders : The Movie de Bill Hutton et Tony Love (1991)



Après les quatre volets de ce qui forme actuellement la tétralogie The Toxic Avenger dont chacun est respectivement sorti sous le titre The Toxic Avenger, The Toxic Avenger, Part II, The Toxic Avenger, Part III : The Last Temptation of Toxie, Citizen Toxie : The Toxic Avenger IV, et avant un cinquième volet intitulé Toxic Twins : The Toxic Avenger V qui tarde à se manifester, il fallait bien que je me mette quelque chose sous la dent. Pourtant, le choix ne s'arrêtait pas là, puisque la très glorieuse société de production américaine Troma Entertainment créée dans les années 70 par l'acteur, réalisateur et producteur Lloyd Kaufman a produit depuis sa création, bon nombre de longs-métrages pouvant satisfaire le fan du super-héros radioactif Toxie que je suis. Grâce à l'excellent blog TromaFrench, je découvrais il y a quelques temps, l'existence de Terror Firmer, réalisé justement par Lloyd Kaufman en 1999 et tournant autour de la réalisation fictive d'un nouvel opus des aventures de Toxie. Et puis, beaucoup plus récemment, celle de Toxic Crusaders qui semblait plus proche de mes attentes. Mais dans un contexte fort différent puisque Toxie y déambule sous la forme d'un héros de dessin-animé. Une création de Lloyd Kaufman et de son complice de toujours Michael Herz, et réalisée par Bill Hutton et Tony Love. L'oeuvre présentée par TromaFrench dure un peu moins d'une heure et quart et condense les trois premiers épisodes d'une série de dessins-animés qui en contera treize au total.

Dessin-animé oblige, les enfants demeurant forcément l'une des cibles tandis que les plus âgés auront forcément la curiosité de jeter une œil sur la chose, Toxic Crusaders a très largement allégé le propos des longs-métrages en ôtant toute forme de sexualité et en bannissant ce qui faisait l'un des intérêts du film culte et de ses suites : le gore. Si Toxie continue à combattre les méchants et à défendre les opprimés, il le fait de manière beaucoup moins graphique. Toujours affublé de son fameux balais de nettoyage, le dessins-animé débute par un résumé assez succinct des événements qui ont transformé un simple employé au ménage en super-héros monstrueux. Une fois encore, la production (les auteurs?) semblent quelque peu frileux et décrivent la fiancée du héros non plus comme une jeune aveugle, mais une séduisante jeune femme atteinte de simples troubles de la vision. C'est qu'il ne faut surtout pas froisser la sensibilité handicapés !

L'une des grandes différences entre les films dits « live » et le dessin-animé de Bill Hutton et Tony Love provient du fait que Toxie est désormais accompagné de deux autres super-héros aux facultés pour le moins étonnantes. Le premier se nomme No-Zone et à l'étrange faculté de provoquer des tornade en éternuant et possède une roue à la place du pied droit !!! Le second, lui, se nomme Major Disaster et se révèle capable de prendre le contrôle des plantes. Toxic Crusaders n'est ici plus l'occasion pour notre héros de chasser les voyous de bas étage mais d'éradiquer la présence d'un cafard venu de l'espace, Bughead, dont le projet est de polluer la terre tout entière. Il a à ses côtés, pour lui venir en aide, la présence d'un certain Headbanger, fusion accidentelle de deux individus, ou de Bonehead, un homme qui lors d'un combat avec Toxie, connaîtra le même sort que notre héros en tombant directement dans un fût de produits toxiques...

Ne rêvons pas... si le principe est au départ amusant, Toxic Crusaders est au final assez médiocre. Graphiquement, l'oeuvre du duo ne fait pas le poids face aux grands pontes du dessin-animé. Mais comme l'intérêt ne repose bien évidemment pas là dessus, c'est sur le scénario que se concentrera le spectateur. Mais là encore, c'est la désillusion. Si voir tout un tas de créatures décérébrées et malveillantes affronter Toxie est d'abord amusant, on se lasse finalement assez vite. Toxic Crusaders pourra donc surtout s'envisager comme une entrée en matière dans l'univers Troma pour le jeune public. Quant aux autres, il ne leur reste plus qu'à espérer pouvoir découvrir très bientôt le cinquième chapitre des aventures du super-héro radioactif de Tromaville...

samedi 9 septembre 2017

Nos Amies les Bêtes : Fritz the Cat de Ralph Bakshi (1972) - ★★★★★★★☆☆☆



Imaginez un monde dans lequel vivent en une seule fratrie, des individus de toutes espèces. Chats, chiens, corbeaux, chevaux, lapins, rats, avec, cependant, quelques coutumes les différenciant. Un univers marginal, dans un quartier new-yorkais où la consommation d'herbe et de sexe sont la norme et où la colère commence à se faire sentir chez les noirs, opprimés par une police. Grondant, enflant comme un ballon de baudruche prêt à exploser, il ne manque plus qu'un leader pour que la guerre soit déclarée. Et ce leader, cet agitateur ivre de découvertes, d'expériences inédites, c'est Fritz. Non, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'un chat. De gouttière s'il vous plaît. Pas vraiment blanc, ni tout à fait noir. En fait, juste la couleur qu'il faut pour n'avoir pas à se confondre avec telle ou telle communauté et pourtant, il choisira son camp. Celui des oppressés. De cette communauté que les flics, des porcs aux yeux et aux dents jaunes chassant les consommateurs de sexe et d'herbe dans les rues d'un New-York bientôt en proie aux flammes et à la violence.
Fritz the Cat est une œuvre anticonformiste écrite et réalisée par Ralph Bakshi surtout connu dans le domaine de l'animation. Il s'inspire ici du personnage créé par l'auteur de bande dessinée Robert Crumb au tout début des années soixante-dix. Pauvre, le réalisateur veut marquer le coup et transgresser le genre en s'opposant à l’œuvre d'un Walt Disney ayant envahi les chaumières. Ennuyeux, ce dernier ? En tout cas, Ralph Bakshi veut goutter à autre chose. Oser comme le personnage qu'il va mettre en scène, des expériences inédites, quitte à se mettre un paquet de monde sur le dos. Il choisit donc d'adapter Fritz the Cat de Robert Crumb. Mais pour cela, il faut l'autorisation de son auteur. C'est donc en compagnie du producteur Steve Krantz et de l'auteur de la bande dessinée que Ralph Bakshi fait la tournée des bars de New-York. Contrairement à toute attente, Crumb accepte que le réalisateur adapte son œuvre au cinéma mais refuse cependant de signer le moindre contrat. Bakshi s'en mordra les doigts, clamant alors que Crumb est un vrai pourri. Un escroc. Qui gueule contre le réalisateur de Fritz the Cat pour avoir fait le film. Cependant, l'épouse de Crumb ayant des droits sur les contrats de son époux et ayant signé celui concernant le projet d'adaptation, Ralph Bashki est autorisé à tourner Fritz the Cat à son compte.

Un monument de contre-culture dans lequel les juifs, les noirs, les blancs, les flics, la religion, l'autorité et les politiques en prennent pour leur grade. S'inscrivant dans un contexte brûlant. Celui des nombreuses émeutes qui se sont déroulées dans les années soixante et notamment celle qui est survenue à partir du 2 juillet 1964 après qu'un jeune noir ait été tué par un flic qui n'était pas en service dans le quartier de Harlem. Ralph Bakshi s'amuse ensuite de cette trop grande hypocrisie dégénérant déjà à l'époque, ces jeunes donzelles invoquant leur ouverture d'esprits, faussement éprises par la cause des noirs mais qui devant l'accès à certains interdits traqués par la police vont exploser leurs valeurs et se fourvoyer dans le stupre et la consommation d'alcool. Une partie fine à quatre, organisée par un Fritz en rut, dans la salle de bain d'un tripot, propriété d'un ami rat (d'où l'idyllique vision d'un univers ou même les pires ennemis au monde peuvent vivre ensemble dans une certaine quiétude), se transformant en une orgie interraciale incontrôlée et enfumée où planer se vit au sens propre. Reproduisant à l'identique certains pâtés de maisons de Harlem, Ralph Bashki propose un spectacle foisonnant d'idées, tours à tours psychédéliques, funky, irrévérencieuses, survoltées, et toujours sur un ton familier. Un langage ordurier à ne pas mettre devant toutes les oreilles pour une œuvre qui s'adressait d'ailleurs davantage aux adultes qu'aux enfants. Immature, Fritz, l'obsédé sexuel, le consommateur d'herbe néophyte, l poète urbain, ce révolutionnaire s'amuse et se joue des événements, prenant la fuite dès que cela se gâte. C'est lourd, vulgaire, pas toujours très sain pour l'esprit, mais bon dieux, que cela fait du bien. D'autant plus que Fritz the Cat est parfois parcouru de visions franchement remarquables et excellemment doublé en français. Notamment par Rogel Carel dont la responsabilité fut de donner vie au personnage principal. A noter également la présence de Jacques Balutin dans le doublage du policier Sammy. A voir, pour ne pas mourir bête !

vendredi 13 janvier 2017

Seoul Station de Yeon Sang-ho (2016)



En 2016, le cinéaste sud-coréen Yeon Sang-ho signe une préquelle à son premier long-métrage tourné en « live », Dernier Train pour Busan. Diplômé en peinture occidentale de la Sangmyung University, il fonde son propre studio d'animation, le studio Dadashow et réalise ensuite deux longs-métrages d'animation. C'est donc après avoir réalisé son premier film en prises de vue réelles et avec de véritables interprètes qu'il revient la même année avec Seoul Station, œuvre narrant les prémices d'une invasion de zombies.
Au cœur de l'intrigue, les destins croisés de Hye-Sun, jeune fille perdue après avoir fugué, ensuite recueillie par un certain Gi-Woong, un individu qui fera d'elle sa fiancée mais qui, pour pouvoir payer son loyer lui demandera à l'occasion de se prostituer. A la recherche de Hye-Sun, son père croisera la route de Gi-Woong qui devant le refus de sa fiancée de se prostituer une fois de plus, l'aura chassée de chez lui.

Seoul Station n'est pas qu'un simple film de zombies mais permet avant toute chose à Yeon Sang-ho d'installer son œuvre au cœur d'une critique sociale et politique engagée. Séoul sert de cadre aux laissés pour compte. En gangrenant une cité qui évite avant tout de mettre au grand jour ses désœuvrés, ceux-ci vont être directement assimilés à la vague grandissante des morts qui reviennent à la vie, bien qu'une partie des victimes soit fort logiquement issue de milieux beaucoup plus aisés que ceux qui vivent adossés aux murs de la capitale sud-coréenne. C'est d'ailleurs l'un de ces sans domicile fixe qui sera la première victime.
Le film retrace donc le destin de deux individus séparés quelques heures plus tôt dans des conditions pas très... catholiques. Deux duos, l'un formé par Hye-Sun et un « misérable », l'autre par Gi-Woong et par celui qui affirme être le père de la jeune femme. La ville entière est assiégée et même les plus grandes structures n'assurent plus leurs fonctions. Les gares sont infestées de zombies, tout comme les hôpitaux.

Yeon Sang-ho décrit une armée inflexible ne faisant aucune différence entre les survivants et ceux qui sont à leurs trousses. Quant aux rapports entre Hye-Sun et Gi-Woong, si l'intrigue passe une couche de fard sur leur condition réelle lorsque les deux personnages tentent de communiquer à travers leur cellulaire, il ne faut pas oublier qu'au départ, la première est une prostituée et le second un individu peu scrupuleux qui voit en elle un moyen de payer son loyer. Comme pour nettoyer sa ville des rébuts de la société, le cinéaste fait de son invasion de zombies, le moyen le plus efficace. Car d'un pessimisme poussé à l'extrême, Seoul Station va même jusqu'à se clore sur un événement tragique fort intense ne laissant aucun de ses personnages indemne.

Outre la charge insufflée à son œuvre, Yeon Sang-ho se permet une relecture du film de zombies qui n'a pas à rougir de la concurrence « live ». Sans même exagérer, on peut l'affirmer bien haut, Seoul Station demeure l'une des plus belles surprises en la matière. Aura-t-il fallut attendre les incartades sérielles (The Walking Dead) ou animées (le film présenté ici) pour que le genre connaisse un sursaut glorifiant un genre qui en plus de quarante-cinq ans (si l'on décide de se servir de La Nuit des Morts-Vivants de George Romero comme référence d'origine) n'a en réalité donné naissance qu'à de très rares chefs-d’œuvre en la matière ? La réponse est sans doute oui. En tout cas, dans le genre très encombré, Seoul Station est du meilleur cru...

mercredi 14 décembre 2016

Kanashimi no Beradona (Belladonna) de Eiichi Yamamoto (1973)



Attention: ne m'y connaissant absolument pas du tout en matière d'animation japonaise, les spécialistes du genre risquent de trouver ça et là quelques absurdités de ma part. Je m'en excuse par avance...

Belladonna s'ouvre sur une expérience douloureuse, la première d'une longue série, mais peut-être aussi la plus marquante. Celle qui exprime grâce aux dessins du réalisateur et scénariste japonais Eiichi Yamamoto, la souffrance d'un viol. La déchirure qui au sens propre est transfigurée par une entaille partant du pubis de la victime et remonte jusqu'à la base de la tête, tout cela dans un flot immense d'hémoglobine. La victime, c'est Jeanne, plus jolie jeune femme de son village et promise à Jean. Son bourreau ? Le seigneur des lieux. Alors même que leur est refusé le mariage, les deux amants sont chassés du village. Jean délaisse peu à peu Jeanne qui se laisse séduire par le Diable lui-même. Pactisant avec le démon, la jeune femme éprise de vengeance veut faire payer à tous ce qu'elle a subit.
Peu à peu, des rumeurs circulent au village. Jeanne serait devenue Belladonna, une sorcière très puissante...

Belladonna est d'abord le fruit d'un désir. Celui du médecin (???), dessinateur et producteur de mangas Osamu Tezuka qui voulu à la toute fin des années soixante, produire les premiers films d'animation japonais érotiques. L'oeuvre de Eiichi Yamamoto est le dernier volet d'une trilogie qui fut précédé des Milles et une Nuits en 1969 et de Kureopatora en 1970. Tout deux ayant été réalisés par Osamu Tezuka qui laissa donc à un autre la possibilité de clore la trilogie. L'échec commercial au niveau international signa la fin du procédé Animerama que créa lui-même Osamu Tezuka et qui engloba ces seuls trois longs-métrages d'animation réservés aux adultes.

Belladonna est une expérience visuelle unique adaptant l’œuvre de Jules Michelet, La Sorcière. Un spectacle haut en couleur utilisant tout un panel de techniques de dessin telles que l'aquarelle, l'estampe ou encore l'emaki qui permet à Eiichi Yamamoto d'utiliser un système de narration horizontale, l'équivalent des travellings horizontaux chers au cinéma.
Pour trouver un équivalent « live », il faudra sans doute aller chercher du côté de certains esthètes tels que Wong Kar-wai, Tran Anh Hung, ou plus prêt de nous, Ken Russell et sa vision survoltée du satanisme (Les Diables).
Le film de Eiichi Yamamoto est une œuvre poétique, à l'humeur changeante, passant de traits grossiers, à des visages parfois d'une grande beauté (celui de son héroïne). Du noir et blanc aux couleurs pastels ou criardes. Un feu d'artifice qui joue sur la différence des plans. Le cinéaste argumente parfois en juxtaposant des visages immenses au cœur d'une foule peinte en gris.
L'oppression des villageois face à un seigneur impitoyable. Des plans fixes auxquels succèdent des travellings lents et majestueux. D'autres encore exhibent des fumerolles inquiétantes avalant tout sur leur passage en modifiant notre perception des décors présentés. Belladonna offre des plans incroyables de démesure. Telle cette scène ou Jeanne copule avec le Diable. Un phallus aux proportions gargantuesques pulsant sous les coups de boutoir. Des flashs stroboscopiques et une accumulation d'images se superposant démontrant l'incroyable travail de son auteur. Une musique psychédélique accentuant encore davantage le sentiment de vivre un trip hallucinatoire. Et des scènes d'orgie ponctuées de visions cauchemardesques.
Jusqu'à cette fin tragique qui renvoie justement au « futur » chef-d’œuvre de Ken Russell. Belladonna est lui-même un chef-d’œuvre. Malheureusement méconnu du grand public mais qui heureusement, a connu une seconde jeunesse quarante-trois ans après sa naissance grâce à une sortie en version restaurée en juin dernier. Un film inoubliable que ceux qui auront l'occasion de le découvrir ne seront pas prêts d'oublier...

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