Bienvenue sur Cinémart. Ici, vous trouverez des articles consacrés au cinéma et rien qu'au cinéma. Il y en a pour tous les goûts. N'hésitez pas à faire des remarques positives ou non car je cherche sans cesse à améliorer le blog pour votre confort visuel. A bientôt...

Labels


mercredi 14 décembre 2016

Kanashimi no Beradona (Belladonna) de Eiichi Yamamoto (1973)



Attention: ne m'y connaissant absolument pas du tout en matière d'animation japonaise, les spécialistes du genre risquent de trouver ça et là quelques absurdités de ma part. Je m'en excuse par avance...

Belladonna s'ouvre sur une expérience douloureuse, la première d'une longue série, mais peut-être aussi la plus marquante. Celle qui exprime grâce aux dessins du réalisateur et scénariste japonais Eiichi Yamamoto, la souffrance d'un viol. La déchirure qui au sens propre est transfigurée par une entaille partant du pubis de la victime et remonte jusqu'à la base de la tête, tout cela dans un flot immense d'hémoglobine. La victime, c'est Jeanne, plus jolie jeune femme de son village et promise à Jean. Son bourreau ? Le seigneur des lieux. Alors même que leur est refusé le mariage, les deux amants sont chassés du village. Jean délaisse peu à peu Jeanne qui se laisse séduire par le Diable lui-même. Pactisant avec le démon, la jeune femme éprise de vengeance veut faire payer à tous ce qu'elle a subit.
Peu à peu, des rumeurs circulent au village. Jeanne serait devenue Belladonna, une sorcière très puissante...

Belladonna est d'abord le fruit d'un désir. Celui du médecin (???), dessinateur et producteur de mangas Osamu Tezuka qui voulu à la toute fin des années soixante, produire les premiers films d'animation japonais érotiques. L'oeuvre de Eiichi Yamamoto est le dernier volet d'une trilogie qui fut précédé des Milles et une Nuits en 1969 et de Kureopatora en 1970. Tout deux ayant été réalisés par Osamu Tezuka qui laissa donc à un autre la possibilité de clore la trilogie. L'échec commercial au niveau international signa la fin du procédé Animerama que créa lui-même Osamu Tezuka et qui engloba ces seuls trois longs-métrages d'animation réservés aux adultes.

Belladonna est une expérience visuelle unique adaptant l’œuvre de Jules Michelet, La Sorcière. Un spectacle haut en couleur utilisant tout un panel de techniques de dessin telles que l'aquarelle, l'estampe ou encore l'emaki qui permet à Eiichi Yamamoto d'utiliser un système de narration horizontale, l'équivalent des travellings horizontaux chers au cinéma.
Pour trouver un équivalent « live », il faudra sans doute aller chercher du côté de certains esthètes tels que Wong Kar-wai, Tran Anh Hung, ou plus prêt de nous, Ken Russell et sa vision survoltée du satanisme (Les Diables).
Le film de Eiichi Yamamoto est une œuvre poétique, à l'humeur changeante, passant de traits grossiers, à des visages parfois d'une grande beauté (celui de son héroïne). Du noir et blanc aux couleurs pastels ou criardes. Un feu d'artifice qui joue sur la différence des plans. Le cinéaste argumente parfois en juxtaposant des visages immenses au cœur d'une foule peinte en gris.
L'oppression des villageois face à un seigneur impitoyable. Des plans fixes auxquels succèdent des travellings lents et majestueux. D'autres encore exhibent des fumerolles inquiétantes avalant tout sur leur passage en modifiant notre perception des décors présentés. Belladonna offre des plans incroyables de démesure. Telle cette scène ou Jeanne copule avec le Diable. Un phallus aux proportions gargantuesques pulsant sous les coups de boutoir. Des flashs stroboscopiques et une accumulation d'images se superposant démontrant l'incroyable travail de son auteur. Une musique psychédélique accentuant encore davantage le sentiment de vivre un trip hallucinatoire. Et des scènes d'orgie ponctuées de visions cauchemardesques.
Jusqu'à cette fin tragique qui renvoie justement au « futur » chef-d’œuvre de Ken Russell. Belladonna est lui-même un chef-d’œuvre. Malheureusement méconnu du grand public mais qui heureusement, a connu une seconde jeunesse quarante-trois ans après sa naissance grâce à une sortie en version restaurée en juin dernier. Un film inoubliable que ceux qui auront l'occasion de le découvrir ne seront pas prêts d'oublier...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...