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mardi 24 octobre 2023

La galette du roi de Jean-Michel Ribes (1986) - ★★★★★★☆☆☆☆

 


 

 

Huitième réalisation de Jean-Michel Ribes, La galette du roi précède de deux ans la série télévisée Palace que les cinquantenaires et plus connaissent forcément. L'une des particularités du cinéma du réalisateur et scénariste français est le foisonnement d'interprètes qui apparaissent généralement dans chacun de ses films. Jean-Michel Ribes aura surtout œuvré pour le petit écran mais les amateurs des salles obscures auront malgré tout eu l'opportunité de découvrir certaines de ses œuvres au cinéma à l'image des sympathiques Musée haut, musée bas en 2005 et de Brèves de comptoir en 2014. La galette du roi est le second véritable long-métrage de Jean-Michel Ribes qui débuta dans la mise en scène sept ans auparavant en tournant son premier film Rien ne va plus qu'il écrivit en compagnie de l'acteur Philippe Khorsand que l'on retrouve justement ici dans le rôle de l'un des trois gardes du corps chargés de protéger le roi du surgelé Victor Harris (Roger Hanin) et du réalisateur Laurent Heynemann auquel on doit notamment d'avoir mis en scène l'excellent Les mois d'avril sont meurtrier en 1987. Sur le ton de la comédie, La galette du roi met en scène une tribu importante de personnages majoritairement installés sur l'île imaginaire de Corsalina où vit principalement le roi Arnold III qu'incarne Jean Rochefort. Sa fille Maria-Helena (l'actrice Pauline Laffont) doit prochainement épouser Jérémie Harris (Christophe Bourseiller), le fils de Victor Harris. Les pères de l'un et l'autre des futurs jeunes époux supposent alors pouvoir bénéficier de la dot qu'apportera leur union. Car si le roi de Corsalina et celui du surgelé se montrent empressés, c'est parce qu'ils ont le couteau sous la gorge. En effet, le premier est redevable d'une très forte somme d'argent qu'il doit rembourser au mafioso Jo Longo (Eddy Mitchell) tandis que le second est pressé par les banques de rembourser ses dettes. Afin de protéger l'arrivée de Victor Harris sur l'île, trois hommes sont engagés : Léo (Pierre-Loup Rajot), Clermont (Philippe Khorsand) et celui que l'on surnomme L'élégant (Jean-Pierre Bacri).


L'arrivée sur l'île du prince Utte de Danemark risque en revanche de remettre en cause les épousailles de Maria-Héléna et Jérémie. En effet, l'homme est très amoureux de la jeune femme qui elle-même ne semble pas indifférente aux ''charmes'' du scandinave. Un danois interprété par Jacques Villeret qui trois ans après avoir incarné le personnage de Reichsminister Ludwig von Apfelstrudel dans Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré est une nouvelle fois grimé en un improbable personnage. On ne croit évidemment pas à cette amourette entre ce petit bonhomme excentrique et légèrement bedonnant et cette Marilyn ''Made in France'' mais cela participe de cet univers totalement bancal que viennent de créer Jean-Michel Ribes, Philippe Khorsand et Laurent Heynemann. Le réalisateur et scénariste en profite pour intégrer au récit quelques interprètes qu'il retrouvera deux ans plus tard dans la série Palace. C'est ainsi que l'on découvre donc Philippe Khorsand qui en 1988 et 1989 et sous le nom de Monsieur Lox aura la tâche ô combien difficile d'assurer la direction du palace tandis que Laurent Spielvogel qui dans La galette du roi incarne le rôle de Chanterelle interprétera celui du maître de Rang Gontran dans la série télévisée. Il demeure difficile d'évaluer très objectivement les qualités artistiques du second long-métrage de Jean-Michel Ribes tant il se fond dans un univers volontairement absurde. Certains bons mots côtoient donc la comédie dans ce qu'elle peut avoir parfois de plus nanardesque. Dans l'ensemble, La galette du roi se regarde avec l'esprit du circonspect qui se demande ce qui lui est passé par la tête de se lancer dans une telle projection. Surtout, le film a bien mal vieilli. Mais si l'on scrute dans le détail, certains passages peuvent, au mieux, s'avérer amusants. À l'image d'Eddy Mitchell et de son personnage de mafieux un brin précieux qui ne se déplace jamais sans son peigne, de Jacques Villeret et de son improbable chevelure ''dorée'' ou encore de Claude Piéplu et sa célébrissime voix. On sent bien que les interprètes ont pris du plaisir à se réunir autour d'un projet totalement délirant. Mais cela suffit-il à faire de La galette du roi une comédie réussie ? Pas vraiment car rire ou sourire y est devenu une denrée si rare que l'occasion de faire travailler ses zygomatiques y sera quasiment absente...

 

samedi 1 avril 2023

Subway de Luc Besson (1985) - ★★★★★★★★☆☆

 


 

Luc Besson fait partie de ces personnalités que les critiques aiment assaisonner de commentaires peu élogieux. Un peu comme un Patrick Sébastien versant dans le septième art et dont les quolibets qui lui sont infligés ne sont pas toujours justifiés. Pour Christophe Lambert, c'est un peu la même chose... Pas de chance, donc, puisque le réalisateur et l'acteur ont fait ce petit bout de chemin ensemble, ce voyage dans les entrailles de la capitale française, entre thriller souterrain et romance ferroviaire. Se battant parfois en duel pour savoir qui de l'un ou de l'autre est le plus ringard (Le Cinquième Élément, Valérian et la Cité des mille planètes pour Luc Besson, Mortal Kombat de Paul W.S. Anderson et Vercingétorix : la légende du druide roi de Jacques Dorfmann pour Christophe Lambert), l'alchimie semble avoir pourtant fonctionné avec ce Subway qui demeure pour l'un comme pour l'autre, une très agréable surprise. Autour du réalisateur et scénariste (accompagné à l'écriture par Pierre Jolivet, Alain Le Henry, Marc Perrier et Sophie Schmit), on retrouve quelques interprètes de son tout premier long-métrage réalisé deux ans auparavant en les personnes de Jean Bouise et surtout de Jean Reno que l'on retrouvera successivement chez Luc Besson dans Le grand bleu en 1988, Nikita en 1990 et Léon en 1994. Côté musique, on retrouve également le compositeur et multi-instrumentiste Eric Serra qui demeurera toujours fidèle au poste en dehors de Valérian et la Cité des mille planètes dont la partition musicale sera confiée à Alexandre Desplat. Et c'est d'ailleurs tant mieux pour lui tant ce film au faramineux budget de presque deux-cent millions d'euros est une purge ! Luc Besson lui offre d'ailleurs un tout petit rôle dans son second long-métrage puisqu'il y interprète le personnage de Erico, un bassiste. Notons d'ailleurs la présence dans le rôle de l'interprète de la chanson It's Only Mystery (composée par Corine Marienneau, Louis Bertignac et Éric Serra) du chanteur et acteur américain Arthur Simms qui décèdera deux ans après la sortie du film à seulement trente-quatre ans. Côté casting, du beau monde se bouscule autour de Christophe Lambert qui interprète le rôle de Fred, jeune homme au costume trois pièces, aux cheveux en pétard et gris péroxydé, un peu paumé, voleur à ses heures et amoureux de la belle et riche Héléna Kerman (Isabelle Adjani). Jean Réno, donc, qui incarne un batteur, Jean Bouise en chef de station de métro, Jean-Hugues Anglade en voleur sur patins à roulettes, Richard Bohringer en fleuriste, Jean-Pierre Bacri en inspecteur Batman sous les ordres du commissaire Gesberg qui de son côté est interprété par Michel Galabru...


Luc Besson s'empare d'un environnement très particulier, souterrain, digne de figurer au tableau de chasse de certains films d'épouvante parmi lesquels certains s'y déroulent presque dans leur intégralité (Death Line de Gary Sherman en 1972, Creep de Christopher Smith en 2004), mais qui dans le cas présent est au centre d'une étrange ''histoire d'amour'' entre deux individus de monde totalement opposés mais qui paraissent tout deux marginaux. Autre particularité de Subway : la plupart des personnages paraissent tous plus barrés les uns que les autres et parmi lesquels Christophe Lambert/Fred et Isabelle Adjani/Héléna trônent en bonne place. L'un des atouts majeurs du long-métrage repose avant tout sur l'atmosphère qui se dégage des lieux. Un monde ''merveilleux'', tantôt blafard (les célèbres murs concaves recouverts de carrelage blanc) tantôt crépusculaire (les tunnels) et dans lequel Luc Besson promène ses caméras et nous convie à partager non seulement la vie de personnages bigarrés mais également celle beaucoup plus courante des usagers du métro et de celles et ceux qui y travaillent de manière officielle (le service de sécurité) ou officieuse (le pick-pocket). L'exploitation d'un univers ''habité'' par les sans domiciles fixes et autres musiciens vivant de la générosité des usagers dans lequel se croisent un type en costard et une femme de milliardaire en robe à froufrous crée un saisissant et authentique décalage qui permet même aujourd'hui à Subway de conserver son originalité. Si à l'époque l'on pouvait considérer le film de Luc Besson comme esthétiquement novateur, le réalisateur savait déja surtout s'offrir les services d'interprètes à la mode comme il le fera avec plus ou moins bon goût tout au long de sa carrière. Adjani avait quelques années en arrière collaboré auprès d'Andrzej Zulawski, Jean-Paul Rappeneau, Claude Miller ou Jean Becker tandis que Christophe Lambert s'était affiché en homme-singe dans le formidable Greystoke, la légende de Tarzan de Hugh Hudson l'année précédente. Fumerolles, éclairages au néon, faune souterraine, bande-son martelée, univers clos, Luc Besson pour qui Subway était un projet antérieur à son premier film Le dernier combat se préparait sans doute (inconsciemment ou pas) à plonger les protagonistes du Grand bleu dans une autre forme d'abysse. Alors, Subway, brouillon du film générationnel qu'il réalisera trois ans plus tard ? Non, certainement pas. Mais assurément, l'une de ses plus brillantes réussites...

 

samedi 28 juillet 2018

Les Saisons du Plaisir de Jean-Pierre Mocky (1988)



Emmanuelle et Charles ont cent ans chacun et sont bien décidés à profiter de la vie. C'est pourquoi ils ont choisi de partir en voyage de noces. La question qui se pose est de savoir qui va prendre en main la Parfumerie Vanbert en leur absence. Charles qui en a assez décide de profiter du séminaire annuel réunissant les cadres de l'entreprise pour élire celui qui prendra la tête de l'entreprise familiale.

Jacques, Gus, Paul, Bernard et Daniel sont les principaux cadre de la Parfumerie Vanbert et espèrent tous devenir le nouveau patron. Il fait beau au château des Vanbert. Le soleil brille, c'est l'été et les désirs charnels explosent de mille envies. Adolescents et adultes se laissent aller à des ébats tandis que d'autres complotent pour obtenir les grâces du patriarche lorsque celui-ci prendra la décision de nommer son héritier à la tête de la parfumerie.

Mais alors que chacun vaque à ses occupations, Jacqueline, la fille des Vanbert disparaît dans la garrigue. Lancés à sa recherche, un groupe d'hommes et de femmes fouilles les lieux. Contre toute attente, c'est Thierry et son épouse Sophie qui retrouvent Jacqueline et lui évitent de faire une bêtise. Afin de remercier ceux qui ont sauvé leur fille, Emmanuelle et Charles demandent à les voir. Ailleurs, le danger guette. En effet, on signale une fuite de gaz radioactif dans la centrale nucléaire d'à coté...

Datant de 1988, Les Saisons du Plaisirs est surtout connu en raison de son affiche des plus équivoque, plus que de ses qualités en terme d’œuvre cinématographique. Tourner, c'est toute sa vie, à Jean-Pierre Mocky. Troisième film à sortir cette année là après le corrosif Miraculé et Agent Trouble, Les Saisons du Plaisirs fait figure de film léger. On s'y fourvoie à volonté avec ses partenaires, hommes et femmes, homme et homme, femme et femme, Jean-Pierre Mocky n'a pas de tabous.

Le casting est exceptionnel : Stephane Audran, Jean-Pierre Bacri, Roland Blanche, Jean-Luc Bideau, Darry Cowl, Rochard Bohringer, Eva Darlan, Jean Poiret, Fanny Cottençon, Sylvie Joly, Bernadette Lafont, Jacqueline Maillan, Bernard Menez, et même la toute jeune Judith Godrèche tournent en orbite autour des « anciens » Charles Vanel et Denise Grey. 
 

Le pouvoir, l'argent et le sexe sont les vices qui touchent tous les personnages du cinéaste. Son film fait parfois penser à la comédie satirique de Denys Granier-Deferre Que les gros salaires lèvent le doigt, sortie six ans plus tôt. Les Saisons du Plaisirs se laisse regarder, sans plus. C'est bien du Mocky : une idée de départ intéressante mais mal négociée par la suite. Heureusement, l'interprétation est quand à elle assez juste...


jeudi 15 février 2018

Le Sens de la Fête de Éric Toledano et Olivier Nakache (2017) - ★★★★★★★☆☆☆




Le Sens de la Fête est la sixième collaboration entre les cinéastes Éric Toledano et Olivier Nakache sur grand écran. Après l'énorme succès de Intouchables en 2011 (le film tient depuis la seconde place au box-office dans l'histoire du cinéma français), les deux auteurs utilisent à nouveau opportunément l'acteur Omar Sy pour Samba en 2014 après son premier passage à Hollywood pour le film X-Men: Days of Future Past. Le Sens de la Fête est la première collaboration entre le duo et l'acteur Jean-Pierre Bacri que l'on avait l'habitude jusque là de voir aux côtés de sa compagne, l'actrice, réalisatrice et scénariste Agnès Jaoui. Les spectateurs ont pu notamment le découvrir dans Subway de Luc Besson en 1985, Escalier C de Jean Charles Tacchella la même année, l'excellent Mort un Dimanche de Pluie Joël Santoni (dont je désespère d'écrire un article à sa hauteur) l'année suivante, Mes Meilleurs Copains de Jean-Marie Poiré en 1989, Un Air de Famille de Cédric Klapisch en 1996, La Vie très Privée de Monsieur Sim de Michel Leclerc en 2015, et donc, Le Sens de la Fête en 2017. Une année qui brillera d'ailleurs par la présence de l'acteur français par trois fois puisqu'Alain Chabat l'engagera sur le tournage de son dernier long-métrage en date Santa et Cie, et on aura également eu l'immense plaisir de le voir dans Grand Froid de Gérard Pautonnier, une comédie noire proche de l'humour scandinave avec un Bacri “Draculéen”...

Si quelques passages du dernier film d'Éric Toledano et Olivier Nakache sont situés dans les environs de Fontainebleau, la majeure partie de l'action se situe à l'intérieur et dans le jardin du Château de Courances dans l'Essonne. Un cadre magnifique pour long-métrage, bien qu'interprété par une foule de seconds rôles, et pratiquement voué à Jean-Pierre Bacri. Lequel ne se départit pas une fois encore de son rôle d'individu passablement désagréable qui ont fait son succès dans bon nombre de longs-métrages (Cuisine et Dépendances, pour ne citer que l'un des plus célèbres). Mais si cette fois-ci, le personnage de Max Angeli qu'il campe dans une unité de temps n'excédant pas les vingt-quatre heures, il y a une raison valable à cela. Car Max organise des mariages depuis trente ans. Fatigué par cette profession éreintante, il a bien envie de raccrocher les gants. Ce qui ne l'empêche pas de tout faire pour que le mariage de son nouveau « client » se déroule sans encombres.
Malheureusement, malgré une belle journée ensoleillée, rien ne va se dérouler comme prévu. Car Max va devoir assurer le service entre un futur marié arrogant et des employés qui parfois, n'en vont faire qu'à leur tête. Le récit s'articule donc autour d'une journée longue et périlleuse pour Max et ses employés. Cuisiniers, serveurs, photographe et animateur auront beau vouloir mettre du cœur à l'ouvrage, chacun voudra y mettre son grain de sel. Le résultat sera, à l'écran, particulièrement détonnant.

Le principe mis en place par Éric Toledano et Olivier Nakache est tel qu'on a parfois l'impression que les deux cinéastes (également responsables du scénario) ont installé une batterie de caméra, les laissant tourner une journée durant, bien que le tournage ait duré neuf semaines. Autour de Jean-Pierre Bacri, le duo impose d'excellents interprètes tels que Jean-Paul Rouve, Gilles Lellouche, mais également Eye Haïdara, Alban Ivanov, ou encore Vincent Macaigne qu'on a pu voir l'année précédente dans l'excellent Des nouvelles de la planète Mars de Dominik Moll aux côtés de François Damiens, et même l'actrice Hélène Vincent que l'on a pu notamment voir dans La Vie est un Long Fleuve Tranquille d’Étienne Chatiliez en 1987 et déjà chez Éric Toledano et Olivier Nakache dans Samba. Outre ces quelques visages bien connus du monde du septième art, les cinéastes ont également fait appel à Benjamin Lavernhe dans le rôle de l'insupportable futur marié ainsi qu'à des interprètes aussi étonnants que l'acteur tamoul Manickam Sritharan.

Le Sens de la Fête est savoureusement drôle, les situations abracadabrantes s'enchaînant les unes après les autres sans que le rythme n'en souffre. Constitué de différents actes, le film est accompagné d'une excellente partition de jazz composée par le contrebassiste israélien Avishai Cohen. Jean-Pierre Bacri est au sommet de son art, encore davantage mis en valeur par de solides partenaires féminins et masculins. C'est bien simple, on ne s'ennuie pas un seul instant. Mieux: Éric Toledano et Olivier Nakache se permettent même une petite touche d'émotion bienvenue vers la fin du film...

lundi 27 novembre 2017

Grand Froid de Gérard Pautonnier (2017) - ★★★★★★☆☆☆☆



Après deux court-métrages datant respectivement de 2004 (Chippendale Barbecue) et 2015 (L'étourdissement), le cinéaste français Gérard Pautonnier signe en 2017 son premier long-métrage. Une comédie noire. Ubuesque, et (presque) digne des meilleurs productions scandinaves si une légère baisse de fatigue ne s'était pas faite ressentir dans la dernière demi-heure. Le titre choisit par le cinéaste, Grand Froid, peut être à loisir mis en relation avec l'ambiance du film (plutôt austère). Le cadre (le décor enneigé d'une petite ville imaginaire (?) située au milieu de nulle part), ou le type d'humour employé ici, largement plus sombre que la plupart des comédies françaises qui nous sont habituellement proposées. Sur un scénario de Gérard Pautonnier et de l'écrivain Joël Egloff, Grand Froid déroule un intrigue absurde. Le sujet s'y prêtant particulièrement bien, on y découvre Edmond Zweck, propriétaire de pompes funèbres à l'agonie, lequel emploie à son compte Georges, qui travaille dans ce domaine depuis quarante ans, ainsi que le jeune Eddy qui débute dans le métier.
Alors que la neige a recouvert de son blanc manteau cette petite bourgade où il ne se passe rien, Edmond annonce à Georges qu'il ne pourra pas le payer ce mois-ci. Pourtant, et alors qu'ils sont aux aboies, un coup de téléphone va leur redonner espoir : Un homme vient de mourir et son frère ainsi que son épouse ont choisi les pompes funèbres d'Edmond afin d'assurer le transport du défunt jusqu'à sa dernière demeure. Mais dans ce décor de fin d'année, rien ne va se dérouler comme prévu...

Au sommet de l'impressionnant casting, Jean-Pierre Bacri, cet immense artiste à la carrière exemplaire. Dramaturge, comédien de théâtre, scénariste, acteur de cinéma, il nous revient en 2017 en pleine forme. Du moins tel est le cas de l'interprète car le personnage qu'il est censé interpréter apparaît fatigué. En fin de route. Affublé d'un postiche et le teint blafard, Bacri nous apparaît à l'écran semblable à un vampire. A ses côtés, l'acteur français Arthur Dupont qui à trente-deux ans a déjà plus de vingt-cinq films à son palmarès et une vingtaine de participations à diverses séries et téléfilms. Autour de ces deux excellents interprètes orbitent Olivier Gourmet (dans le rôle d'Edmond), Marie Berto (dans celui de la veuve), mais également les incontournables Philippe Duquesne, Sam karmann en prêtre, ou encore le génial Féodor Atkine dans un rôle pour le moins, étonnant !

L'ombre du cinéma scandinave plane sur Grand Froid. Le cadre y aidant aisément, ainsi que l'humour pince sans rire employé par Gérard Pautonnier. Le cinéaste semble également convoquer les Frères Coen, et notamment leur superbe Fargo, lequel imprègne l’œuvre du français de cette même étrange aura. Un cadre presque surréaliste, dans lequel les personnages semblent en suspension, du moins, dépassés par les événements auxquels ils sont confrontés. On ne rit jamais vraiment aux éclats. Mais le sourire est de mise, d'autant plus que bon nombre de situations totalement absurdes bénéficient de l'excellente interprétation de ses différents protagonistes.
Malheureusement, on ressent comme une cassure à l'arrivée de la seconde moitié du long-métrage à peine entamée. Gérard Pautonnier tente vainement de maintenir le rythme, mais malgré sa courte durée (1h26m), Grand Froid finit par devenir ennuyeux au point que l'on se désespère qu'il arrive à terme. C'est d'autant plus dommage que le scénario était particulièrement prometteur. Reste que Grand Froid demeure une tentative honnête et un premier long-métrage courageux. Malgré ses défauts, il aura certainement éveillé la curiosité des cinéphiles qui attendront désormais Gérard Pautonnier au tournant...

lundi 18 mars 2013

Cuisine Et Dépendances de Philippe Muyl (1992)


Martine et Jacques invitent leur vieil ami Philippe à venir diner chez eux un samedi soir. Cet écrivain-journaliste à succès vit depuis dix ans avec Charlotte, également une amie de Martine et de Jacques, mais aussi de Georges qui vit depuis un certain chez ces derniers. C'est après avoir rencontré Philippe dans une galerie marchande d'un grand magasin que Martine a eut l'idée de l'inviter diner, eux qui ne se sont pas revus depuis dix ans. Fred, le frère de Martine est lui aussi convié, en compagnie de son amie Marylin.

Malheureusement, tout commence mal. Les invités arrivent avec deux heures de retard, arguant qu'un embouteillage les a empêché d'arriver à l'heure. Georges s'est gavé de pistaches en attendant l'apparition de Charlotte et Philippe, et reste imperturbablement ancré entre la cuisine et le balcon qui donne sur l'immeuble d'en face. Il fume cigarette sur cigarette pendant que Jacques tente désespérément de le convaincre de revenir dans le salon. Martine est surexcitée et ne sait plus où donner de la tête. Charlotte croise Georges dans la cuisine après que celui-ci l'ai copieusement ignorée à son arrivée. Fred est un joueur de poker invétéré qui joue des sommes d'argent folles mais qu'il n'a pas sur lui. Alors, pour rembourser ses dettes, il emprunte chaque fois à sa sœur et son beau-frère au point de leur devoir aujourd'hui 70 000 francs. Marylin est une jeune femme facile qu'il a croisé quatre jours plus tôt dans une boite de nuit. D'après Fred, ils sont devenus inséparables.

Martine et Jacques espèrent que la soirée sera parfaite. Georges s'en fiche et s'enfonce dans un pessimisme désespérant. Fred a le couteau sous la gorge et compte sur la générosité et la compréhension de Jacques pour se faire prêter à nouveau de l''argent. Charlotte, dévouée corps et âme à la carrière de Philippe suit patiemment la superficielle conversation de Martine, et assiste aux lamentations de Georges. Philippe ne décolle pas du salon et se laisse charmer par les formes séduisantes de Marylin...

Cuisine Et Dépendances est l'adaptation de la pièce éponyme écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, et mise en scène par Stephane Meldegg. Signé Philippe Muyl, le film s'articule autour d'une scène pratiquement unique puisque les dépendances du titre ne sont pratiquement pas exploitées. Ce qui n'empêche pas l'œuvre d'être une merveille d'un point de vue de l'interprétation et de l'écriture. La cuisine est donc le théâtre de conversations souvent houleuses entre conjoints et amis. Entre Georges (Jean-Pierre Bacri), écrivain raté qui envahit l'existence de sa sœur Martine (Zabou Breitman) qui, elle, rêve de le voir faire ses valises une bonne fois pour toute. Fred (Jean-Pierre Darroussin), frère immature qui perd son temps entre les de jeunes femmes inconsistantes et les parties de poker. Et Charlotte (Agnès Jaoui) qui sacrifie son existence au profit de celle, professionnelle, de Philippe avec lequel elle a choisi dix ans plus tôt de faire sa vie, laissant Georges sur le carreau. Quand à Jacques (Sam Karmann), il tente avec plus ou moins de bonheur de tempérer les humeurs de son épouse et les tracas de Fred. Une attitude qui cache peut-être davantage de lâcheté qu'un vrai désir d'aider son prochain. Bref, tout ce petit monde dévoile une facette monotone de son existence.
Sans même avoir jamais été mis en présence des personnages de Philippe et de Marylin, les seuls dialogues entre les autre protagonistes nous donnent une image assez précise de la personnalité de ces deux individues occultés visuellement dans le film. Pas à un seul moment nous n'aurons le plaisir (ou le malheur) de les rencontrer. Le personnage de Georges, outre le fait que l'idée de revoir un ancien ami devenu célèbre le révulse, montre très vite une propension au pessimisme. Quand au rejet qu'il cultive envers Philippe, il cache, bien au delà du dégout que lui inspire le succès de cet homme qu'il n'a pas revu depuis des années, une rancœur liée au choix de Charlotte de vivre avec ce dernier plutôt qu'avec Georges.

Sous le vernis des apparences, Martine et Jacques ont bien du mal à cacher la tristesse de leur quotidien. La première avide d'une vie sociale espère sans doute qu'au delà d'une simple soirée de retrouvailles percera l'espoir d'une existence nouvelle. Quand au second, le voilà amorphe devant les situations les plus délicates, au point de ne pas sembler parvenir à combattre ce qui certainement mettra en péril l'avenir de son couple.

Entre agacement (Zabou en maitresse de maison hystérique) et jubilation (Jean-Pierre Bacri en colocataire au tempérament noir et qui dénigre toute chance de parvenir au bonheur), Cuisine Et Dépendance est un catalogue rempli de scènes et de répliques savoureuses servies par des acteurs de talents mis en scène de manière sobre et aux mouvements de caméras savamment orchestrés.
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