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jeudi 8 octobre 2026

Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen (1983) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Cher au cinéma outre-atlantique, le Buddy Movie est un genre auquel s'essaie régulièrement le cinéma hexagonal. Un courant que l'on rattache en général à la comédie et au film policier et qui chez nous a parfois donné naissance à quelques classiques. On pense notamment aux trois duos que formèrent Gérard Depardieu et Pierre Richard dans La chèvre (1981), Les compères (1983) et Les fugitifs (1986) tous trois réalisés par Francis Veber, au long-métrage que réalisa Patrice Leconte en 1985 intitulé Les spécialistes dans lequel partageaient la vedette Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin et bien d'autres films dont Ronde de nuit de Jean-Claude Missiaen. Troisième long-métrage après le sympathique Vigilante Tir Groupé déjà incarné par Gérard Lanvin en 1982 et avant La baston en 1985, l'homme met en scène un très inattendu tandem puisque le film regroupe Gérard Lanvin (encore lui) et... Eddy Mitchell. Ancien chanteur du groupe Les chaussettes noires avant de quitter les autres membres pour se consacrer à une carrière solo, interprète de plus de soixante films, téléfilms et épisodes de séries télévisées dont un improbable, nanardesque mais cultissime Frankenstein 90 signé d'Alain Jessua en 1984, Eddy Mitchell est également connu pour sa grande cinéphilie puisqu'il anima entre 1982 et 1998 l'émission La dernière séance sur FR3 puis France 3. Une émission consacrée au cinéma et majoritairement au œuvres dites ''classiques'' du cinéma américain. Incarnant à l'écran l'ironique et flegmatique inspecteur Léo Gorce, le personnages est lui-même un grand amateur de cinéma américain, tendance ''polars'' du milieu du vingtième siècle dont il se sert des références pour s'adresser aux autre protagonistes. Un goût que partage d'ailleurs Jean-Claude Missiaen qui s'affère donc ici à signer un néo-polar comme bon nombre d'autres cinéastes français le firent à la même période. On pense là encore à l'excellent Subway que réalisa Luc Besson en 1985, à La balance de Bob Swan en 1982, à Rue Barbare de Gilles Béha en 1984 ou encore à Tchao Pantin de Claude Berri en 1983...


Aux côtés d'Eddy Mitchell l'on retrouve donc Gérard Lanvin dans le rôle de l'inspecteur Gu Arenas. Un flic beaucoup plus instinctif et impulsif. Les deux acteurs composent donc ce fameux duo au tempérament opposé. Des caractères bien trempés mais insuffisamment distincts l'un de l'autre pour faire de Ronde de nuit un véritable Buddy Movie à l'américaine. Bien que le film ait connu une sortie en salle le 11 janvier 1984, le long-métrage de Jean-Claude Missiaen a davantage l'apparat du téléfilm que du véritable polar moite auquel on pouvait s'attendre. Alors qu'Eddy Mitchell et Gérard Lanvin n'ont rien ou presque à prouver quant à leur talent d'interprètes, la mise en scène mollassonne, les cadrages et le découpage de Ronde de nuit déçoivent et ne le hissent jamais à la hauteur de ses homologues américains. Jean-Claude Missiaen a beau vouloir apporter une touche esthétique façon ''Paris by Night'', l'entreprise ne fonctionne malheureusement pas. Tout comme l'enquête des deux inspecteurs, écrites avec flemme et sans le moindre engouement. Nous sommes loin, très loin des labyrinthiques et ingénieuses investigations du cinéma outre-atlantique et Ronde de nuit ne repose que sur un enfilage de séquences dont la plupart n'ont aucun intérêt. Jean-Claude Missiaen esthétise les meurtres commis par Mara (Lisette Malidor), femme fatale et panthère noire qui ne vaut pas tripette face à Rita Hayworth dans Gilda ou Marilyn Monroe dans Niagara et sans doute encore moins que Sharon Stone dans le très vénéneux Basic Instinct qu'allai signer neuf ans plus tard le cinéaste néerlandais Paul Verhoeven. C'est d'autant plus dommage que le film peut compter la présence de Raymon Pellegrin dans le rôle du bandit Sissia Carpelli, de Françoise Arnoul dans celui de la journaliste Diane Castelain ou encore de Pierre Londiche dans le rôle du promoteur véreux Raoul Favreau... Bref, un film relativement ennuyeux, mineur et donc parfaitement dispensable...

 

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