Cher au cinéma
outre-atlantique, le Buddy Movie est un genre auquel s'essaie
régulièrement le cinéma hexagonal. Un courant que l'on rattache en
général à la comédie et au film policier et qui chez nous a
parfois donné naissance à quelques classiques. On pense notamment
aux trois duos que formèrent Gérard Depardieu et Pierre Richard
dans
La chèvre
(1981), Les compères
(1983) et Les fugitifs
(1986) tous trois réalisés par Francis Veber, au long-métrage que
réalisa Patrice Leconte en 1985 intitulé Les
spécialistes
dans lequel partageaient la vedette Bernard Giraudeau et Gérard
Lanvin et bien d'autres films dont Ronde de nuit
de Jean-Claude Missiaen. Troisième long-métrage après le
sympathique Vigilante
Tir Groupé
déjà incarné par Gérard Lanvin en 1982 et avant La
baston
en 1985, l'homme met en scène un très inattendu tandem puisque le
film regroupe Gérard Lanvin (encore lui) et... Eddy Mitchell. Ancien
chanteur du groupe Les
chaussettes noires
avant de quitter les autres membres pour se consacrer à une carrière
solo, interprète de plus de soixante films, téléfilms et épisodes
de séries télévisées dont un improbable, nanardesque mais
cultissime Frankenstein 90
signé d'Alain Jessua en 1984, Eddy Mitchell est également connu
pour sa grande cinéphilie puisqu'il anima entre 1982 et 1998
l'émission La
dernière séance
sur FR3
puis France 3.
Une émission consacrée au cinéma et majoritairement au œuvres
dites ''classiques'' du cinéma américain. Incarnant à l'écran
l'ironique et flegmatique inspecteur Léo Gorce, le personnages est
lui-même un grand amateur de cinéma américain, tendance ''polars''
du milieu du vingtième siècle dont il se sert des références pour
s'adresser aux autre protagonistes. Un goût que partage d'ailleurs
Jean-Claude Missiaen qui s'affère donc ici à signer un néo-polar
comme bon nombre d'autres cinéastes français le firent à la même
période. On pense là encore à l'excellent Subway
que
réalisa Luc Besson en 1985, à La balance
de Bob Swan en 1982, à Rue Barbare
de Gilles Béha en 1984 ou encore à Tchao Pantin
de Claude Berri en 1983...
Aux
côtés d'Eddy Mitchell l'on retrouve donc Gérard Lanvin dans le
rôle de l'inspecteur Gu Arenas. Un flic beaucoup plus instinctif et
impulsif. Les deux acteurs composent donc ce fameux duo au
tempérament opposé. Des caractères bien trempés mais
insuffisamment distincts l'un de l'autre pour faire de Ronde
de nuit
un véritable Buddy Movie à l'américaine. Bien que le film ait
connu une sortie en salle le 11 janvier 1984, le long-métrage de
Jean-Claude Missiaen a davantage l'apparat du téléfilm que du
véritable polar moite auquel on pouvait s'attendre. Alors qu'Eddy
Mitchell et Gérard Lanvin n'ont rien ou presque à prouver quant à
leur talent d'interprètes, la mise en scène mollassonne, les
cadrages et le découpage de Ronde de nuit
déçoivent et ne le hissent jamais à la hauteur de ses homologues
américains. Jean-Claude Missiaen a beau vouloir apporter une touche
esthétique façon ''Paris
by Night'',
l'entreprise ne fonctionne malheureusement pas. Tout comme l'enquête
des deux inspecteurs, écrites avec flemme et sans le moindre
engouement. Nous sommes loin, très loin des labyrinthiques et
ingénieuses investigations du cinéma outre-atlantique et Ronde
de nuit
ne repose que sur un enfilage de séquences dont la plupart n'ont
aucun intérêt. Jean-Claude Missiaen esthétise les meurtres commis
par Mara (Lisette Malidor), femme fatale et panthère noire qui ne
vaut pas tripette face à Rita Hayworth dans Gilda
ou Marilyn Monroe dans Niagara et
sans doute encore moins que Sharon Stone dans le très vénéneux
Basic Instinct
qu'allai signer neuf ans plus tard le cinéaste néerlandais Paul
Verhoeven. C'est d'autant plus dommage que le film peut compter la
présence de Raymon Pellegrin dans le rôle du bandit Sissia
Carpelli, de Françoise Arnoul dans celui de la journaliste Diane
Castelain ou encore de Pierre Londiche dans le rôle du promoteur véreux Raoul Favreau... Bref, un film relativement ennuyeux, mineur
et donc parfaitement dispensable...


