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mardi 14 juin 2022

Spécial Lycanthropie : The Curse of the Werewolf de Terence Fisher, As Boas Maneiras de Juliana Rojas et Marco Dutra, Skyggenes Dal de Jonas Matzow Gulbrandsen

 


 

Article un peu particulier aujourd'hui puisqu'il ne s'agira pas d'évoquer un, ni deux, mais trois longs-métrages dont la thématique est par contre commune à tous : la lycanthropie. Et je vous promets un voyage à travers le temps et la planète puisque nous allons tout d'abord faire un tour par le Royaume-Unis, en 1961, avec The Curse of the Werewolf de Terence Fisher. Puis, direction le Brésil et la Norvège avec As Boas Maneiras de Juliana Rojas et Marco Dutra ainsi que Skyggenes Dal de Jonas Matzow Gulbrandsen qui tout deux ont été réalisés en 2017. Aujourd'hui, nous sommes le 14 juin et ce soir, c'est pleine Lune. Alors, avant toute chose, armez vous de balles et de poignards en argent, d'un peu d'eau bénite et empruntez à votre grand-mère un crucifix si à tout hasard elle en possède un accroché au dessus de son lit... On débute donc avec The Curse of the Werewolf de Terence Fisher qui de mémoire, semble être le seul long-métrage de la célèbre Hammer Films mettant en scène l'une de ces fameuses créatures atteintes de lycanthropie, du grec ''lúkos'' qui signifie Loup et ''ánthrôpos'' qui désigne l'homme. Si le film est d'origine britannique, son action se déroule par contre sur le territoire espagnol, au dix-septième siècle, dans un petit village au dessus duquel règne sans partage l'impitoyable Marquis Siniestro (l'acteur originaire d’Édimbourg, Anthony Dawson). C'est là qu'arrive un jour un mendiant (Richard Wordsworth) qui s'étonne de n'y voir personne déambuler sur la place principale. Et pour cause, les villageois n'ont pas le cœur à faire la fête puisque les voici désormais sans le sou. À leur charge d'avoir payé les festivités, le mariage et le victuaille du Marquis, ils conseillent au mendiant d'aller faire l’aumône auprès du tyran ! Frappant à la porte de celui qu'il croit être son futur bienfaiteur, le mendiant est humilié puis jeté au cachot. Rejoint des années plus tard par une servante muette qui repoussait les avances du Marquis, le pauvre ère rendu fou par l'isolement viole la jeune femme qui parviendra à prendre la fuite, errera dans la forêt durant des mois, sera sauvée de la mort par un saint protecteur (Clifford Evans dans le rôle de don Alfredo Carido) et donnera naissance à un fils. Le fruit de l'outrage dont fut victime la servante qui, comble de l'horreur, mourra en donnant la vie... C'est ainsi donc que débute le récit, sous la forme d'un préambule romanesque que n'aurait sans doute pas renié le réalisateur français Bernard Borderie qui trois ans plus tard allait donner naissance au classique Angélique, marquise des anges... Terence Fisher, dont la réputation n'est plus à faire puisqu'il fut l'un des réalisateurs les plus importants de la Hammer Films avec plusieurs chefs-d’œuvre à son actif (tels, Le cauchemar de Dracula, Dracula - Prince des ténèbres, Frankenstein s'est échappé, Le chien des Baskerville ou encore Le fantôme de l'opéra), ouvre le bal avec cynisme en invoquant une bourgeoisie désinvolte, voire méprisante envers les petites gens...


The Curse of the Werewolf est intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord parce que sa créature est incarnée par un Oliver Reed qui n'a véritablement démarré sa carrière d'acteur que très récemment à cette époque puisque longtemps il demeura dans l'ombre de ses personnages sans être crédité au générique. Ensuite, le récit conforte l'idée selon laquelle la lycanthropie trouve sa source dans l'hérédité et l'héritage émotionnel laissé par les géniteurs du dit loup-garou. L'on apprend en outre de la part d'un ecclésiastique les origines du phénomène de Rigor Mortis qui intervient chez les morts et qui expliquerait en partie pourquoi le jeune Leon est atteint de cette tare. Une idée qui peut paraître absolument farfelue mais qui d'un point de vue théologique s'avère particulièrement intéressante. Et puis, il y a ces décors et cette ambiance qui n'appartiennent qu'à cette époque et qui se renouvelaient sans cesse dès lors qu'une œuvre était marquée du sceau ''Hammer Film Productions''... Les visages se dessinent, marbrés, creusés par la hantise, la peur, la bestialité ou la barbarie. Lors de sa première sortie sur grand écran en Angleterre, le film est proposé en double programme aux côtés de The Shadow of the Cat, autre production Hammer cette fois-ci réalisée par un autre grand nom du cinéma d'épouvante et fantastique de l'époque, John Gilling. The Curse of the Werewolf est alors victime de la censure et tandis que trois décennies plus tard, en octobre 1992, la version intégrale devait enfin être diffusée lors d'une soirée intitulée ''Vault of horror'' sur la chaîne BBC2, les programmateurs se sont emmêlés les pinceaux et c'est la version expurgée qui fut projetée ! Comme de coutume, la musique est très présente. Envahissante pourront même lui reprocher certains d'entre nous. Afin de n'avoir pas à dépenser d'argent plus que nécessaire dans la construction de décors, le film qui à l'origine devait situer son action à Paris verra finalement le tournage se déployer en Espagne. Si visuellement, le film n'a rien à envier à ce qu'a majoritairement produit la Hammer jusque là et après cela, les spectateurs ne furent sans doute pas conquis au même titre que les Dracula et autres Frankenstein par cette étrange créature velue se nourrissant de brebis puisque le film ne rencontra pas un grand succès. Il faut dire que le mythe n'est sans doute pas encore rentré dans les mœurs des amateurs de cinéma fantastique britanniques puisque la lycanthropie semble à l'époque être un apanage sur lequel les États-Unis règnent en maîtres ! Il n'empêche que parmi les films mettant en scène des loups-garous, historiquement, The Curse of the Werewolf demeure le second long-métrage le plus important du genre après I Was a Teenage Werewolf qui lui, fut projeté pour la première fois sur les écrans de cinéma quatre ans auparavant en 1957. The Curse of the Werewolf propose un vrai bon scénario conçu par Anthony Hinds et inspiré par la nouvelle écrite par Guy Endore, The Werewolf of Paris. Un script découpé en plusieurs partie qui nous font voir du pays et rencontrer de nouveaux personnages au fil du récit. Bref, que du bon. De superbes décors, des costumes qui ne le sont pas moins, une musique tantôt guillerette, tantôt cacophonique et un Oliver Reed déjà hyper charismatique...


Autre temps, autre lieu pour un changement radical d’atmosphère. Et pourtant, si l'on y regarde bien, le précédent long-métrage et As Boas Maneiras de Juliana Rojas et Marco Dutra entretiennent de troublants rapports. Nous quittons l'Espagne du dix-septième siècle pour le Brésil contemporain. Tout comme The Curse of the Werewolf, celui-ci se divise en actes qui par contre ne sont cette fois-ci qu'au nombre de deux. Chacun y verra son intérêt, les uns préférant la première partie pourtant beaucoup moins fantasmagorique dans l'esprit que la seconde. Car si certains détails remarquables laissent tout d'abord présager d'une œuvre fantastique et horrifique, le sujet de la lycanthropie est surtout développé lors du second acte. Pour commencer, nous faisons la connaissance d'Ana et Clara. La première attend un bébé et la seconde postule pour un emploi d'aide-ménagère et de future nounou. Incarnées par les brillantes Isabél Zuaa et Marjorie Estiano, les deux jeunes femmes vont lier une amitié qui dépassera la simple entente cordiale. Le duo de réalisateur ajoute au mystère qui entoure la future maman et celle qui désormais l'accompagne dans son quotidien, une relation homosexuelle qui donnera lieu à quelques séquences relativement chaudes. Pourtant, il ne demeure dans cette imagerie d'une relation intime homosexuelle, aucune connotation LGBT. La nature des rapports entre les deux femmes semble naturellement découler d'une attirance réciproque parfaitement légitime et n'y transparaît aucun message de propagande. La première incarne une Clara remarquable, austère, peu souriante, dans le besoin (financier) et qui malgré son caractère froid va très vite se révéler indispensable pour Ana, cette jeune et jolie femme, élégante, voire sexy, le ventre rond, mais qui laisse cependant transparaître une certaine superficialité qui causa peut-être, qui sait, quelques drames par le passé (on pense notamment à cette séquence située dans une boutique lors de laquelle une ancienne connaissance d'Ana feint de l'ignorer). Si l'on pouvait craindre que As Boas Maneiras ne ressemble à rien de plus qu'à l'une de ces célèbres Telenovelas dont le public brésilien est friand (ce que le film paraît d'ailleurs être à certaines occasions), on est parfois bluffés par le visuel de certaines séquences nocturnes qui n'ont pas à rougir face à la beauté des univers décrits par le réalisateur Hongkongais Wong Kar-Wai ou par ceux du franco-vietnamien Trần Anh Hùng...


Juliana Rojas et Marco Dutra cultivent une certaine fascination pour le duo d'interprètes féminines et parviennent sans mal à la transmettre au spectateur. Au beau milieu du long-métrage et de son aspect cent pour cent féminin, les deux réalisateurs brésiliens rompent avec la relation entre les deux femmes lors d'une séquence véritablement ''déchirante'' et passent à la vitesse supérieure en invoquant la présence de l'enfant qui désormais est ''sorti du ventre'' de sa mère. Tout ou presque dans ces mots est ici à prendre au sens propre et les guillemets ne sont pas là par hasard. En effet, si jusqu'à maintenant le sang n'apparaissait que chichement, la transition va se dérouler dans la douleur et le sang. Naît alors une relation entre Clara et Joel (le jeune acteur Miguel Lobo), fils désormais orphelin d'Ana qui au fil des années va se découvrir une malédiction puisque le loup qui sommeil en lui depuis sa naissance va bientôt se réveiller. L'évocation d'une relation plus ou moins ténue entre The Curse of the Werewol et As Boas Maneiras n'étant pas gratuite, les deux films cultivent en effet ce rapport à l'amour, rempart presque futile aux atrocités commises et seul éventuel remède à la malédiction. On rapprochera donc l'histoire de Joel et Clara de celle que vécurent Leon et la servante au beau milieu du récit qu'il vécurent à travers le film de Terence Fisher. Doté d'un certain exotisme, c'est peut-être aussi grâce à cet élément que le film de Juliana Rojas et Marco Dutra tient tout ou partie de son intérêt. La culture et les modes de vie de cette frange de la population brésilienne vivant dans un quartier pauvre mais où le mal ne semble jamais avoir de prise sur la gentillesse et la coopération des uns envers les autres. Visuellement attractif et interprété dans sa première partie par deux talentueuses actrices, As Boas Maneiras souffre peut-être de sa trop longue durée. En effet, le film n'avait nul besoin de s'éteindre jusqu'à atteindre les cent-trente minutes. Certains auraient peut-être même préféré que le long-métrage se clôt à l'issue de la grossesse d'Ana, ce qui n'aurait sans doute pas été une mauvaise chose. On remettra moins en question les qualités de la seconde partie que les effets-spéciaux quelque peu risibles (touchant de naïveté pourrons-nous avoir la courtoisie de les juger) lors desquels est mis en images un jeune loup-garou de synthèse qui ressemble davantage à un gros rongeur extrait d'un film d'animation qu'à l'un de ces effrayants prédateurs qui ont parcouru jusqu'à maintenant, nombre de longs-métrage horrifico-fantastiques. Mais pour le reste, As Boas Maneiras demeure une expérience cinématographique réellement enrichissante...


Pour le troisième et dernier film consacré aux loups-garou, nous restons en 2017 mais nous nous dirigeons cette fois-ci vers la Norvège. Skyggenes Dal s'inscrit dans un contexte rural propice à l'apparition d'une bête qui s'attaque aux troupeaux des bergers. Alors que les adultes évoquent une raison cartésienne, Lasse (Lennard Salamon) pense en priorité à une créature du bestiaire fantastique et révèle très rapidement ses soupçons à son ami Aslak (Adam Ekeli). S'ensuit un récit plus ou moins convainquant. Surtout, en la matière, et pour son tout premier long-métrage, le réalisateur norvégien Jonas Matzow Gulbrandsen semble tout d'abord beaucoup plus préoccupé par le drame qui touche cette famille ''décimée'' par la disparition du père et la mort toute récente du fils aîné par overdose que par la créature qui dans la région laisse derrière elle les carcasses fumantes et sanguinolentes de bêtes d'élevage. On l'aura très rapidement compris, le film sera d'abord vécu dans la douleur et l'impatience par toutes celles et ceux qui attendaient autre chose que ce spectacle languissant aux lignes de dialogues parfois si rares que le moindre mot prononcé semble d'abord mûrement réfléchi. C'est un fait indéniable, mais le film est beau. Le septième art rejoint ici le troisième ainsi que le quatrième. Jonas Matzow Gulbrands hésite, tout d'abord, entre des décors qui éveillent la passion pour les couleurs ternes et les formes imprécises et le récit qui, lui, continue son petit bout de chemin sans que rien ne vienne vraiment bouleverser le calme qui règne dans cette région vallonnée ni secouer la léthargie des interprètes. On se laisserait presque tomber dans les bras de Morphée tant Skyggenes Dal apaise comme une longue plage d'Ambient... Et ce, dans le meilleur des cas, en tout état de cause, car pour les réfractaires, la décision de réduire l'expérience à la seule moitié du long-métrage sera tout à fait compréhensible...


Et dire que c'est la disparition d'un chien qui viendra définitivement bouleverser ceux qui auront eu le courage de tenir jusqu'au bout.Car du récit filiforme qui jusque là ne nous avait offert que de jolies et ponctuelles séquences planantes va aller encore plus loin dans le concept et nous régaler grâce à un visuel qui jusqu'à la fin, ne cessera de nous émerveiller. Poétique et d'une effarante beauté, Skyggenes Dal est un conte pour adultes sur l'enfance et la solitude. Et le voyage que va entreprendre le jeune Aslak pour retrouver son animal de compagnie ne devrait laisser personne indifférent. Le directeur de la photographie Marius Matzow Gulbrandsen accomplit ici des prouesses et chaque séquence, chaque plan agit sur les rétines comme autant de saveurs sur les pupilles gustatives. Skyggenes Dal est une œuvre d'art où s'accouplent les images, le son, la lumière et les couleurs. Surtout, Jonas Matzow Gulbrands semble vouloir partager sa passion pour son pays. Sauvage. Beau mais angoissant. Froid et humide. Calme mais recelant d'inquiétant secrets. Film audacieux dans son approche lente et monotone, Skyggenes Dal est typique d'un certain cinéma scandinave devant lequel certains se courberont d'admiration. Magnifié par la sublime partition du compositeur polonais Zbigniew Preisner, l’œuvre du cinéaste norvégien est un émerveillement de tous les instants. Une belle manière de terminer cette soirée consacrée aux loups-garous avant de fermer les yeux et de s'endormir...

 

jeudi 15 novembre 2018

The Shuttered Room de David Greene (1969) - ★★★★★★★☆☆☆



The Shuttered Room (bizarrement traduit chez nous sous le titre La Malédiction des Whateley) est intéressant à plus d'un titre. Tout d'abord parce que ce long-métrage réalisé par le cinéaste britannique David Greene semble avoir été son premier film à sortir sur grand écran, parce qu'il s'inspire d'une œuvre du célèbre écrivain H.P.Lovecraftt, et parce qu'il mêle les genres avec un certain brio. Le récit tourne autour de Susannah, héritière d'un vieux moulin sur lequel règne une légende entretenue par Agatha, la propre tante de la jeune femme. Mariée à Mike Kelton, Susannah revient sur les terres de son enfance afin de prendre possession du moulin, une bâtisse délabrée qui intéresse pourtant Ethan, son cousin. Rustre et arriéré, Ethan est le chef d'une bande de petites frappes ignorantes qui passent leur temps à gentiment se chamailler. Lorsque Susannah et Mike arrivent à Dunwich, ils sont froidement accueillis par les habitants. Malgré les conseils de ses proches qui lui conseillent de repartir très vite pour New York, Susannah insiste pour rester sur l'île afin d'y restaurer le vieux moulin, faisant ainsi fi de la malédiction qui rôde en ce lieu...

Incarné par Gig Young et Carol Lynley, The Shuttered Room à de faux airs de Straw Dogs que le cinéaste Sam Peckinpah réalisera pourtant deux ans plus tard en 1971. En effet, bien qu'il baigne dans une ambiance fantastique, le long-métrage de David Greene évoque également les milieux ruraux, évoquant les rednecks, ces ploucs de la campagne confrontés à ceux de la ville. Mais alors que Dustin Hoffman « acceptera » de subir très longtemps son sort, le personnage qu'incarne Gig Young fait preuve d'un courage et d'une habilité qui contraste avec la rudesse des habitants de Dunwich, au sommet desquels on retrouve l'acteur Oliver Redd dans la peau d'Ethan. Inquiétant, vif, sanguin, et particulièrement dangereux, pour un individu de cette classe sociale au bas de l'échelle, le lien parental n'a aucun effet et on le découvre attiré par une cousine qu'il ne cessera de harceler. Plus encore que la "créature" que l'on devine très vite enfermée derrière l'une des portes du vieux moulin, c'est bien Ethan qui inquiète. Fiévreux et arborant l'imposante carcasse du principal interprète de The Devils de Ken Russell ou de Burnt Offerings de Dan Curtis, Oliver Reed est réellement flippant.

Alors que les décors rappellent fort logiquement le Norfolk et le Kent où le film fut tourné, le récit se base cependant aux États-Unis. David Greene accentue la différence entre ceux de la ville et les gens de la campagne à travers tout ce qui peut les distinguer. De leur manière de s'exprimer, jusqu'à leur façon de se comporter. On ressent une très forte hostilité dès lors que Susannah et Mike débarquent sur l'île. De ce point de vue là, David Greene a parfaitement rempli son contrat. A tel point d'ailleurs que le reste n'est plus alors que partie congrue. A trop vouloir caractériser ses personnages de rednecks, David Greene en aurait presque oublié le récit tournant autour de la créature présente dans le moulin. On ne lui en voudra cependant pas un seul instant puisqu'en matière d'ambiance, il parvient à installer un véritable climat de peur. Alors, qu'elle naisse d'une présence hostile immédiatement identifiée comme humaine, ou d'une bête que l'on devine immonde (à tort ou à raison), le résultat est là :The Shuttered Room est une très bonne surprise...

samedi 25 août 2018

The Thing de Damon Santostefano (1992) - ★★☆☆☆☆☆☆☆☆



En 1990, le célèbre magazine américain Fangoria consacré au cinéma fantastique, d'horreur et d'exploitation créait la branche Fangoria Films afin de financer et de produire des projets cinématographiques. Cette nouvelle activité ne durera malheureusement (?) que le temps de trois longs-métrages, chacun réalisé à un an d'intervalle. Le premier d'entre eux vit le jour cette même année. Il s'agissait de Mindwarp (qui sortit en dehors de son propre territoire sous le titre Brain Slasher), et fut notamment interprété par Bruce Campbell et Angus Scrimm. Le second fut Children of the Night de Tony Randel et interprété par Karen Black, et le dernier, celui qui nous intéresse à présent, fut The Thing (qui à l'origine était connu sur le territoire américain sous le tire Severed Ties). Connu pour avoir participé en tant que réalisateur à l'adaptation télévisuelle du film de Joe Johnston Chérie, j'ai Rétréci les Gosses, le cinéaste Damon Santostefano tournait en cette année 1992 une minuscule production au budget étriqué sous un nom qui aurait pu généré nombre d'amalgames puisque son The Thing aurait pu alors être confondu avec son homonyme de grande classe réalisé dix ans auparavant par John Carpenter. Pas grand chose en commun donc entre les deux longs-métrages si ce ne sont les membres mutants qui apparaissent à diverses occasions durant le récit. Des effets-spéciaux qui sont l’œuvre du groupe KNB EFX créé quatre ans plus tôt par le maquilleur Greg Nicotero (futur réalisateur de plusieurs épisodes des séries estampillées 'The Walking Dead'.

Lorsque débute The Thing, durant un très court instant, le spectateur pourra avoir l'étrange impression d'y retrouver le personnage créé à l'origine par l'écrivain Howard Phillips Lovecraft et mis en image par le cinéaste Stuart Gordon en 1985 sous le titre Re-Animator. En effet, grâce à la blouse blanche qu'il endosse et la paire de lunettes qu'il porte sur le nez, Harrison Harrison rappelle (in)volontairement le docteur Herbert West. Et la comparaison ne s'arrête pas là puisque ce jeune homme très proche de sa maman (on devine très rapidement qu'ils entretiennent une relation incestueuse), est un scientifique développe un plasmide devant permettre la repousse des membres amputés. Et devinez de quelle couleur est la substance ainsi produite ? Jaune fluorescent. Oui, tout comme le classique gore de Stuart Gordon. On pourra même pousser le vice à comparer le Dr Hans Vaughan au Dr Carl Hill dans sa volonté de vouloir s'approprier les travaux du jeune scientifique.

Mais que le public se rassure, la comparaison s'arrête là. Car en tout autre point, le film de Damon Santostefano est infiniment inférieur à celui de Stuart Gordon. KNB EFX a beau être connu des plus anciens des fans de cinéma fantastique et d'horreur, le résultat à l'écran est grandement indigeste. Les effets-spéciaux se résument à quelques bras mus par une existence qui leur est propre, le cinéaste usant de subterfuges (cadrages et coupes) pour cacher la médiocrité du travail effectué par KNB EFX . Ce qui peut attirer le spectateur au premier abord , c'est la présence au générique de l'acteur Oliver Reed dont les amateurs de frissons et de cinéma en général se rappelleront de ses saisissantes incarnations dansThe Devils de Ken Russell, >Chromosome 3 de David Cronenberg, ou encore dans Burnt Offerings de Dan Curtis. Au vu du résultat obtenu par Damon Santostefano, son équipe technique, et ses interprètes, on peut objectivement se demander ce qu'est venu faire l'acteur dans cette galère si ce n'est engranger quelques billets verts. 
On comprend mieux par contre, pourquoi Fangoria Films n'a pas perduré dans la fonction de productions et de financement. Le résultat obtenu par Damon Santostefano. En effet, à tous les niveaux, The Thing ressemble à ce qui se fait de pire en matière de film d'horreur. Cette comédie mélangeant humour et horreur ne fait ni sourire, ni peur. Le sujet, bien qu'à la base plutôt intriguant se révèle en réalité extrêmement poussif. Déjà mal joué et mal réalisé, le doublage en français pousse le bouchon un peu plus loin en offrant le pire. Les doubleurs sont d'un amateurisme qui plombe le peu d'intérêt qu'aurai pu encore revêtir le film de Damon Santostefano. Le plus triste dans toute cette histoire, c'est d'y voir un Oliver Reed se noyant dans un rôle insipide et grotesque tandis qu'il avait pu briller dans tant d'autres longs-métrages. Même bourré, même défoncé, même entre potes, je ne vois pas comment The Thing pourrait divertir quiconque. En fait, si ! Le film de Damon Santostefano remplit son cahier des charges : c'est en effet, UNE HORREUR !!!

vendredi 8 décembre 2017

Zéro Population Ground de Michael Campus (1972) - ★★★★★★★☆☆☆



Zéro Population Ground est sans doute l'un des longs-métrages dont l'intrigue a lieu dans un univers dystopique les moins connus. Du moins a-t-il été réalisé avant les classiques que sont devenus par la suite L'Age de Cristal (dans lequel la vie de chacun est limitée à trente ans), Soleil Vert ( du nom d'une plaquette alimentaire dont les origines vont se révéler effarantes), ou plus récemment Les Fils de L'Homme (dans lequel les êtres humains ne sont carrément plus en mesure de se reproduire. Proche de ces œuvres qui décrivent l'absence ou l'interdiction totale du moindre sentiment humain, le film de Michael Campus est loin d'être aussi divertissant que ses congénères. Dans un climat dont l'austérité n'a nul égal, il promène ses personnages dans un décor futuriste dont le minimalisme architectural est renforcé encore davantage par la pollution. Un épais brouillard empêchant d'y voir à plus de quelques mètres, forçant ainsi les habitants d'une métropole à se déplacés affublés d'un masque de protection.
Nous sommes dans un futur proche, au début du vingt et unième siècle (le film date de 1972). Après que l'homme ait surpeuplé la planète, il est décidé que durant les vingt-deux prochaines années sera interdite toute naissance. Pour pallier à ce manque, une entreprise propose à des couples d'adopter de faux enfants mécaniques. Des robots doués de la parole. Mais pour Carol McNeil, cette situation étant intolérable, elle décide sans l'accord de son mari Russ de mettre au monde leur enfant alors qu'un protocole visant à systématiquement avorter est mis en place dans chaque foyer. L'époux accepte finalement cette situation mais très vite, leurs plus proches voisins et amis Edna et George Borden apprennent la présence du bébé. Alors que la délation est généralement de mise dans ce genre de cas, les Borden préfèrent ne rien révéler et proposent à leurs amis de partager l'enfant avec eux. Craignant que leurs amis ne finissent par décider de prévenir les autorités, Carol et Russ acceptent de confier leur enfant un jour sur deux aux Borden. Mais ces derniers vont peu à peu s'accaparer de plus en plus l'objet de leur convoitise. Jusqu'à ce que les McNeil décident finalement de leur refuser cette alternative...

Glaçante est l'ambiance de ce long-métrage très particulier. Une œuvre qui semble au premier abord cacher ses faiblesses financières derrière un épais brouillard. De quoi faire l'impasse sur des décors qui se seraient montrés fort gourmands en matière de financement. Si cet aspect peut paraître assez gênant au départ, l'intrigue est suffisamment prenante pour que l'on passe outre ce défaut. Zéro Population Ground développe donc l'hypothèse d'un futur pessimiste. La vie d'avant y est décrite à travers des tableaux vivant auxquels participent nos quatre personnages. En permanence, un haut-parleur diffuse les règles imposées par le gouvernement tandis qu'une autre revient sur les faits qui ont failli mener l'espèce humaine à sa perte. L'instinct maternel est au cœur de cette intrigue dont le moindre écart est condamné et dont le pire d'entre eux se révèle être la naissance d'un enfant (considéré ici comme crime contre l'humanité). La sentence est la même pour tous : la mort par suffocation. Les couples bravant l'interdiction se voient enfermés en compagnie de leur enfant sous une cloche transparente, forcés à méditer durant des heures sur leur acte avant de mourir étouffés.

Oliver Reed et Geraldine Chaplin forment à l'écran un couple uni, refusant de se conformer à cette terrible loi leur refusant le droit d'avoir un enfant, fruit de leurs entrailles. Don Gordon et Diane Cilento incarnent quant à eux les Borden. Un couple déjà beaucoup plus inquiétant formant cette épée de Damoclès qui menace à tout instant de tomber sur la tête des McNeil. Inspiré par le roman écrit à quatre mains par l'écrivain Paul R. Ehrlich et son épouse Anne en 1968 The Population Bomb, lequel décrit la surpopulation de l'espèce humaine, Zéro Population Ground est vraiment une excellente surprise malgré son avarice en matière de décors. Les personnages semblent en effet se promener dans des décors de carton-pâte dignes des pires plagiats italiens des années soixante-dix et quatre-vingt. C'est bien grâce à l'interprétation des quatre principaux acteurs et à la mise en scène du cinéaste que le film fait mouche. Tout est question d'adaptation car après quelques minutes éprouvantes, on finit par adhérer à ce récit à l'ambiance toute particulière, ancêtre des dystopies devenues depuis quelques années à la mode au cinéma. A voir...

mercredi 7 décembre 2016

L'inquisition au cinéma: Les Diables de Ken Russell (1971) - ★★★★★★★★★★



Pour la six-centième édition de Cinémart, j'avais décidé à l'avance de consacrer l'article à Viva la Muerte de Fernando Arrabal sans même l'avoir jamais vu auparavant et donc, sans savoir si j'allais l'aimer ou pas. Aujourd'hui, pour le sept-centième article, j'ai décidé de parler d'un film auquel je suis profondément attaché bien que contrairement à beaucoup d'autres, je ne l'ai vu qu'une fois, il y a un certain nombre d'années sur la chaîne Arte. Deuxième film de Ken Russell que j'aborde depuis la création de Cinémart après Altered States en juillet 2015, The Devils demeure pour moi son meilleur long-métrage. Du moins, mon préféré parmi la petite dizaine que j'ai pu voir depuis en plus de quarante ans. Une œuvre librement inspirée par l'Affaire des Possédées de Loudun que plusieurs ouvrages littéraires ont abordé, dont celui d'Aldous Huxley, Les Diables de Loudin, Ken Russell s'inspirant également de la pièce de l'auteur John Whiting, Les Diables.

Lorsque l'on connaît l’œuvre de Ken Russell, on peut s'attendre au pire. Et le pire, parfois, veut dire le meilleur. Tout comme il peut conserver tout le sens péjoratif de sa fonction originelle. J'en veux pour preuve son Repaire du Vers Blanc qui, quoi qu'on en dise, quoi qu'on en pense, est un désastre cinématographique total. Pour fêter ce sept-centième article, il fallait donc une œuvre d'exception. Et je ne crois pas me tromper en affirmant que The Devils est un authentique chef-d’œuvre. Une œuvre aussi folle que certains Peter Greenaway (Baby of Macon). Et aussi majestueusement baroques que certains de ses propres opéras-rock.

Une œuvre outrageusement décadente qui au fond, ne fait qu'appliquer à la lettre certains préceptes érigés par une Histoire du Catholicisme du seizième et du dix-septième siècle : La chasse au sorcières. Selon les desiderata du Cardinal de Richelieu, et sous le couvert du Roi Louis XIII, l’Église et l’État ne doivent faire plus qu'un, les protestants devant dans un proche avenir, être chassés de France. The Devils n'est pas tant le récit d'une possession mais davantage celui d'un mensonge dont le principal but est de défaire l'autorité d'un homme, le très influent Prêtre Urbain Grandier, dont la faute est sans doute d'avoir désiré au sein de la cité de Loudun, que puissent s'épanouir toutes formes de religions, y compris justement, celle du protestantisme. Chargé de détruire les remparts de la ville dès son arrivée à Loudin, le Baron de Laubardemont se voit contraint d'y mettre un terme, Urbain Grandier brandissant dans sa main droite des documents écrits par l'ancien gouverneur de la ville, et donnant les pleins pouvoirs au prêtre. L'ancien gouverneur, ami de Louis XIII, ayant encore de l'influence auprès du roi même après sa mort, il va falloir trouver un subterfuge pour faire plier Grandier...

Lorsque l'on a enfin compris cela, tout devient d'une clarté évidente. Et malgré l'hystérie générale, malgré la confusion, malgré l'extraordinaire désordre qui règne durant une bonne partie de ce « film-monstre », Ken Russell diffuse un message pernicieux qui va lentement mais assurément s'insinuer dans l'esprit de tout un peuple. Intimidations, mensonges, faiblesses, manipulations et lavages de cerveaux sont au centre d'un The Devils proprement hallucinant. Bien que l'on ait saisit le fonctionnement de chaque individu, le cinéaste britannique force certains traits, histoire d'ajouter une symbolique démoniaque qui n'en avait pourtant pas besoin pour que l'on se forge soit-même sa propre opinion. S'il est un démon dans The Devils, il arbore le visage de la Peur. Celle qui inflige, et celle qui reçoit. Il apparaît également sous des traits avilis par les grimaces et par le maquillage outranciers de certaines actrices (on pense notamment à l'amante éconduite au début du film). Car ce qui va trahir Urbain Grandier, ce sont ses faiblesses, les seules qui vont, fort malheureusement, le conduire sur le bûcher. Grandier, c'est l'immense acteur londonien Oliver Reed, mort le 2 mai 1999 sur le tournage de Gladiator de Ridley Scott. Un charisme digne du personnage qu'il interprète. Une gueule qui fait chavirer toutes les femmes, surtout celles qui se sont offertes à Dieu. Et parmi elles, la sœur Jeanne, interprétée (habitée même dirais-je) par l'actrice elle aussi britannique Vanessa Redgrave. Un duo extraordinaire qui, sur le papier, ne se croisera finalement pas avant le procès.
Une parodie inquiétante qui condamne bien avant que ne soient divulguées des preuves fabriquées, des témoignages soumis par la Peur. Toujours cette même peur qui délie même les langues des plus fidèles adorateurs du prêtre Urbain Grandier. The Devils est une expérience cinématographique éblouissante. Une violence outrée. Un contexte religieux d'un poids immense. D'ailleurs, à ce sujet, il ne faudrait pas oublier l'incroyable performance de l'acteur londonien Michael Gothard, dans le rôle du père exorciseur Barre, sorte de gourou rock survitaminé. Lui mais aussi beaucoup d'autres dont la liste serait trop longue à énumérer. The Devils est une œuvre extraordinaire relatant des faits authentiques s'étant déroulés il y a de cela plusieurs siècles. Déconcertant, mais au combien fascinant...

mercredi 25 septembre 2013

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Chromosome 3 de David Cronenberg (1979)



Le docteur psychiatre Hal Raglan est l'inventeur d'un nouveau type de psychanalyse, la pychoprotoplasmie. Un procédé qui permet à ses patients d'évacuer leurs troubles mentaux en les exprimant de manière physique. Certains voient leur corps se couvrir de pustules et de bubons tandis que d'autres, moins chanceux, vont même jusqu'à développer des tumeurs cancéreuses.
Le cas le plus intéressant auquel il a à faire est celui de Nola Carveth, jeune femme tombée dans un grande dépression, sujet sur lequel le docteur Hal Raglan est des plus attentif. La jeune femme est mariée à Franck et mère d'une petite Candice.

Alors qu'un soir Franck aide Candice à prendre on bain, il remarque sur le dos de la petite des marques de coups et de morsures. Soupçonnant sa femme à laquelle est confiée leur fille chaque week-end dans l'institut où Raglan la soigne, Franck s'y rend et demande à voir Nola mais le psychiatre refuse d'accéder à sa demande. Le père de la gamine menace Raglan de lui faire un procès et part confier le soir même Candice à sa belle-mère Juliana Kelly. Mais alors que la petite joue avec sa grand-mère dans le salon, des bruits venant de la cuisine retentissent. Bouteilles de lait et assiettes volent en éclat. Juliana se précipite alors dans la pièce afin de constater ce qu'il se passe et tombe nez à nez avec un étrange personnage pas plus grand qu'un enfant. La chose se précipite sur la vieille femme et lui assène des coups de maillet.

Lorsque Candice arrive à son tour, c'est pour constater que sa grand-mère est morte. Elle tombe elle aussi nez à nez devant la créature qui prend la fuite devant la gamine. Franck est sur un chantier lorsqu'il reçoit un coup de téléphone de la police. Candice est au commissariat et le sergent Markles aimerait que Franck vienne l'y rejoindre...

Lorsque l'on découvre aujourd'hui pour la toute première fois Chromosome 3, on ne peut que constater que l'épreuve du temps à fait son œuvre. Pourtant, le film demeure encore actuellement comme l'une des œuvres les plus marquantes de son auteur. Si quelques idées apparaissent farfelues (la naissance spontanée d'enfants monstrueux, résultats d'un travail sur la psyché d'un individu et sa représentation physique), il ne faut pas se leurrer. Nous avons tous conscience que l'esprit est capable d'engendrer bien des maux, ce que David Cronenberg parvient à nous faire accepter avec tout le brio qu'on lui connaît.

Le postulat de départ est simple. Les difficiles relations d'un couple dont la première personne à faire les frais est l'enfant. Une instance de divorce ainsi qu'une "garde alternée" imposée malgré le père par un psychiatre-gourou qui se donne en spectacle sur la scène d'un théâtre morbide. David Cronenberg s'inspire d'un fait réel qui le toucha personnellement il y a de nombreuses années.

En effet, le cinéaste a vécu une difficile séparation avec une femme qui fut la victime d'une secte antipsychiatrique. Parents tous deux d'une petite fille, la mère tenta d'entraîner cette dernière dans sa folie mais le cinéaste parvint finalement à éviter le drame en enlevant sa propre fille. Chromosome 3 est bien sûr une extrapolation exagérée de ce qu'à vécu David Cronenberg. L’œuvre est sans doute l'une des plus représentatives en matière de contrôle mental et de transformation organique dans la filmographie du cinéaste. Chromosome 3 offre son lot de scènes violentes et de duels remarquables principalement interprétées par l'immense Oliver Reed. Samantha Eggar est absolument effrayante dans la toute fin du film et quand aux autres intervenants, ils amènent un complément essentiel permettant à la sauce de prendre. Chromosome 3 est donc un excellent film. Pas le meilleur, mais pas non plus le plus faible.

Nous ne sommes pas près d'oublier ces enfants-monstres qui affectionnent les placards de nos cuisines...

mercredi 9 mai 2012

Maisons hantées troisième partie: Burnt Offerings (1976)


En matière de fantastique, les scénaristes nous ont habitué à tout types d'intrusions imaginaires comptant ensuite sur notre propension à accepter ce que nos esprits voyageurs et gourmands en sensations fortes sont prêts à ingérer.Qu'ils cherchent du coté des faits divers en nous proposant moult productions horrifiques dans lesquelles tueurs en séries ou échappés de l'asile trucident à tours de bras de jeunes écervelés déversant d'ineptes conversations servies par autant d'improbables dialogues, ou qu'ils imaginent les corps se muer en des créatures tout droit sorties de bestiaires fantastiques comme par exemple les loups-garous ou les vampires, l'aspect graphique représenté dans chacune de ces productions ne joue en aucun car sur la subjectivité mais plutôt sur l'étalage direct et sans détours de meurtres toujours plus sanglants.

Le cas des maisons hantées est à ce titre assez exceptionnel puisqu'il joue sur une peur qui n'a finalement pas vraiment, du moins au point de vue cinématographique, de réalité propre puisque les seuls éléments qui poussent le spectateur à s'effrayer d'une situation donnée ne découlent que très rarement de l'apparition d'une entité faite de chair et de sang mais plutôt d'une sensation vécue à travers un son, un mouvement ou même simplement à travers une partition musicale.


Si le personnage principal de "The Changeling" réalisait le tangible de ce à quoi il était confronté à travers les visions cauchemardesques dont il était victime, ceux de "Burnt Offerings" tardent à se douter que les déchirures vécues au sein de leur couple sont liées à la manifestation d'événements effroyables dont ils sont sournoisement victimes.Le film de Dan Curtis joue dans un registre qui a vu tant de films défiler, allant du meilleur au pire, mais apporte à l'édifice une vision différente puisque dans cette maison où l'homme et sa femme vont passer deux mois entiers accompagnés de leur fils et de leur tante, ne vit ni le moindre esprit ni le moindre fantôme.

Attirés par l'alléchant loyer de neuf cents dollars pour ce séjour de deux mois en contrepartie duquel ils devront s'occuper de la mère des propriétaires qui ne quitte jamais la demeure, ils devront vivre avec ce qui semble être au premier abord une situation de crise au sein du couple mais qui en réalité dépassera le cadre sympathique d'un séjour prolongé dans un lieu de villégiature pour devenir leur pire cauchemar.


Ce qui impressionne évidemment dans ce film, c'est la simplicité du jeu des acteurs qui finissent par convaincre le spectateur que les événements qui se déroulent tout au long de leur séjour va au delà de ce que l'on rencontre habituellement dans la vie de tous les jours.On comprends assez vite que les changements d'humeur de chacun d'entre eux (et notamment celles du père et de la mère, l'enfant gardant lui, toute son innocence jusqu'à la fin) est une extrapolation de ce que vivent sûrement beaucoup de couples brisés mais que les protagonistes couvent en eux et qui à travers l'expérience qu'ils vont vivre va exploser.

La mère abandonne presque ses proches pour ne plus se consacrer qu'à la vieille femme qui vit recluse dans sa chambre à l'étage, refusant même que son mari ou bien sa tante fassent sa connaissance.Le père lui, devient violent envers son fils allant même jusqu'à tenter de le noyer dans la piscine fraîchement nettoyée.La tante elle semble perdre la tête et derrière tout ça reste le fils qui semble être la seule vraie victime du drame qui se noue...


Oliver Reed et Karen Black sont simplement magnifiques et prouvent que leur statut de stars n'est pas galvaudé.D'un simple regard ils partagent avec nous leurs tourments et évitent ainsi la nécessité d'effets visuels qui de toute manière n'auraient pas leur place dans ce véritable chef-d’œuvre du septième art qui par certains aspects rappelle le superbe roman de G.J. Arnaud, "Le Festin Séculaire".

Mais le véritable "héros" de cette histoire, le personnage emblématique sur lequel toute l'intrigue repose, c'est cette immense bâtisse qu semble cacher en son sein un bien étrange mystère.

Magnifique et troublant...
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