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jeudi 25 juin 2026

Les doigts du Diable (Demonoid) d'Alfredo Zacarías (1981) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Voyage en 1981 à l'époque bénie du cinéma d'horreur où les idées les plus folles faisaient leur chemin dans l'esprit des scénaristes et réalisateurs au beau milieu de longs-métrages au caractère beaucoup plus transgressif. Ici, pas de tueurs en série plus ou moins inspirés par d'authentiques faits-divers se défoulant sur de jeunes et très souvent stupides adolescents mais une main ! Celle d'une jeune femme qui voilà trois-cent ans fut sacrifiée par des satanistes au nom du Diable ! Enfermée alors dans un coffret après avoir été coupée, sa main gauche est découverte de nos jours par Mark et Jennifer Baines alors qu'ils explorent une ancienne mine. Là, le couple découvre un temple, puis l'objet en question. De retour dans leur chambre d'hôtel, Jennifer s'endort dans leur chambre tandis que Mark s'enivre. Curieux de découvrir ce que renferme le coffret, il l'ouvre pour constater qu'à l'intérieur ne subsiste qu'un tas de poussière... Rejoignant son épouse, il s'endort à son tour. Dans le salon, la poussière semble prendre vie, s'amalgame puis prend la forme d'une main. Celle-ci se déplace, mue par une vie propre et s'en va attaquer le couple dans sa chambre. Tandis que Mark semble avoir pris le dessus, celui-ci part s'enfermer dans la salle de bain avec la main. À son retour, celle-ci a disparu. Ou plutôt, elle semble avoir pris la place de celle de Mark dont le comportement se met alors à changer... Sorti sur son territoire d'origine sous le titre Demonoid, le vingtième long-métrage du prolifique réalisateur, scénariste et producteur mexicain Alfredo Zacarías vit le jour chez nous au début des années quatre-vingt sous le titre Les doigts du Diable. Pourquoi les doigts et non pas la main ? Sans doute parce que par le plus grand des hasards vit le jour la même année le film The Hand d'Oliver Stone qui en France sortit au cinéma sous le titre La main du cauchemar ! Mais sans doute plus sûrement parce qu'en 1943, le réalisateur français Maurice Tourneur réalisa le film fantastique La main du Diable... Tout ne s'est donc peut-être joué que sur la peur de confondre un film avec un autre... L'actrice américaine Samantha Eggar fait partie de ces interprètes féminines qui jouèrent à peu près tout mais aussi dans un certain nombre de film d'horreur. Interprète principale de The Brood (Chromosome 3) de David Cronenberg en 1979 et présente aux génériques de The Uncanny de Denis Héroux, Curtains de Richard Ciupka en 1983 ou de l'excellent The Collector de William Wyler bien avant cela, elle est donc ici l'héroïne de cette petite production dont le budget ne permis pas à son auteur de faire des miracles...


Car sans être un mauvais film, Demonoid montre rapidement ses limites en terme d'horreur puisque le récit n'est qu'une succession de séquences lors desquelles la Main du récit possède celles et ceux qui entrent à son contact. Étrangement, le long-métrage d'Alfredo Zacarías évoque une œuvre qui rapidement deviendra un petit classique d'action et de science-fiction en remportant notamment sept ans plus tard le grand prix du Festival international du film fantastique d'Avoriaz. On parle là bien évidemment de The Hidden de Jack Sholder. Un film d'apparence simpliste mais qui est rapidement devenu culte pour les amateurs du genre. L'un et l'autre des longs-métrages cultivent effectivement une relation relativement ténue lorsque l'on explore les scripts respectifs. Certains détails sautent aux yeux. Car si The Hidden mettra donc en scène quelques années plus tard une entité extraterrestre voyageant de corps en corps, dans Demonoid une main allait quant à elle prendre la place de celle de différents protagonistes. L'un des points communs entre les deux films se situe ensuite dans le changement de comportement des victimes et dans la course-poursuite permanente des différents héros. Ici, le personnage interprété par Samantha Eggar est épaulé par le Père Cunninghan qu'incarne de son côté l'acteur Stuart Whitman. Lui aussi tourna dans un certain nombre de films d'horreur durant sa carrière, parmi lesquels nous noterons Les Rongeurs de l'Apocalypse (Night of the Lepus) de William F. Claxton en 1972, Le Crocodile de la mort (Eaten Alive) de Tobe Hooper en 1976 ou bien Ruby de Curtis Harrington l'année suivante. Pas exceptionnel mais pas réellement mauvais non plus, Demonoid reste malgré tout dans la tranche inférieure de ce que pouvait proposer le cinéma d'horreur et fantastique américain de l'époque. Quelques passages sanglants mais des moyens financiers tels qu'ils n'ont pas permis au réalisateur d'aller plus en avant au cœur de ce thème pourtant fascinant de la main maudite...

 

lundi 19 août 2024

L'obsédé (The Collector) de William Wyler (1965) - ★★★★★★★★★★

 


 

L'obsédé (The Collector) de William Wyler, c'est d'abord deux magnifiques interprètes, dont les carrières respectives débutèrent sensiblement à la même période. Deux comédiens d'origine britannique qui forment ici un duo inoubliable. Un ''couple'' dont la bizarrerie n'a d'égal que la puissance des échanges verbaux et comportementaux qu'ils n'auront de cesse de multiplier l'un envers l'autre. Samantha Eggar incarne Miranda Grey, une jeune et très séduisante étudiante en art, entourée de très nombreux amis et qui un jour est la victime d'un enlèvement. Séquestrée dans la demeure isolée d'un certain Freddie Clegg, celui-ci est interprété par Terence Stamp. Avant de devenir l'une des thématiques préférées des genres Torture-Porn et Rape and Revenge, le film de séquestration coula de très beaux jours dans des œuvre sensiblement moins portées sur l'horreur ou l'épouvante et donc nettement plus ''raffinées''. S'exportant jusque sur le territoire français, le réalisateur Pierre Granier-Deferre s'empara notamment du sujet en 1975 avec l'excellent La cage dans lequel le personnage de Julien interprété par l'acteur Lino Ventura fut la victime de son ex-épouse Hélène (l'actrice suédoise Ingrid Thulin) qui l'enferma dans la cave de sa demeure où elle avait préalablement installé une cage... Dans un contexte ornemental nettement moins sordide, William Wyler convie le public à suivre les mésaventures d'une jeune femme tombée entre les griffes d'un déséquilibré mental qui, incapable de l'aborder comme le ferait n'importe quel autre homme psychiquement structuré, a choisi de l'enlever et de la séquestrer dans un caveau attenant à la propriété qu'il vient fraîchement d'acquérir. Reposant sur l'ouvrage éponyme du romancier lui aussi britannique John Fowles, l'écrivain quitte son poste d'enseignant pour se consacrer désormais à sa carrière d'auteur. The Collector est son premier ouvrage et rencontre un franc succès lors de sa sortie en 1963. Deux ans plus tard, le réalisateur William Wyler s'approprie donc les droits du roman dont il confie alors l'adaptation sous forme de scénario à son auteur lui-même ainsi qu'à John Kohn et Stanley Mann.


Tout en étant d'une remarquable limpidité dans son exécution, le récit développe en contrepartie la relation trouble entre un homme et sa proie. Chacun figurant l'archétype même d'un milieu social censé ne jamais croiser le regard de l'autre. Et pourtant, sans cette affreuse machination fomentée par l'un au préjudice de l'autre, les deux protagonistes de L'obsédé auraient pu passer pour un couple charmant, voire même très glamour. Partant d'un postulat on ne peut plus embryonnaire (il l'aime, il l'enlève. Elle veut fuir, elle le caresse dans le sens du poil), le long-métrage de William Wyler développe tout au long du récit la personnalité de Freddie et de Miranda. Laissant à la pensée du spectateur le choix de faire personnellement son petit bout de chemin à l'issue duquel les rapports, sans qu'ils ne s'inversent jamais vraiment, permettent de temporiser le comportement asocial de l'un et la détresse de l'autre. Au delà de la perversité que véhicule le sujet de l'enlèvement et de l'obsession maladive d'un homme pour une femme, il en est une autre que cultive le scénario et à laquelle le réalisateur tarde véritablement d'apporter une réponse définitive. Là où Freddie expose très clairement ses sentiments l'on se demande dans quelles mesures Miranda se joue de la fragilité de son ravisseur pour le manipuler et ainsi pouvoir quitter sa prison dorée. D'une ampleur dramatique et émotionnelle extraordinaire, L'obsédé jouit en outre d'une écriture remarquable à laquelle rendent formidablement hommage Samantha Eggar et Terence Stamp qui de leur toute jeune carrière d'interprètes se hissent déjà au somment de leur art. Beau et cruel, parfois glaçant mais aussi souvent (et étonnamment) chaleureux, la beauté des sentiments, qu'ils demeurent ou non en totale contradiction avec le statut des deux personnage, tout permet à L'obsédé d'afficher un caractère très particulier où le kidnappeur demeure finalement attachant ou en tout cas, très difficilement haïssable... Bref, en cette année 1965, William Wyler signait un authentique chef-d’œuvre. Aussi considérable d'un point de vue cinématographique que purent l'être quelques années auparavant Psychose d'Alfred Hitchcock, Le voyeur de Michael Powell ou plus tard, Les Tueurs de la lune de miel de Leonard Castle...

 

dimanche 19 mars 2023

Le droit de tuer (The Exterminator) de James Glickenhaus (1980) - ★★★★★☆☆☆☆☆

 


 

Je me souviens encore très bien de cette époque où le seul moyen de pouvoir découvrir un film qui n'était plus à l'affiche des cinémas était de patienter jusqu'à sa diffusion à la télévision. Une autre solution s'imposait pour les plus impatients : les vidéoclubs. Ces cavernes remplies de cassettes vidéos au format VHS dont les jaquettes promettaient monts et merveilles. Surtout le rayon pornographique que l'on n'osait pas trop approcher de peur d'être aperçu en train de lorgner vers les images plus qu'explicites de femmes dénudées dans des postures équivoques. Et puis, celui du cinéma d'horreur, avec ses jaquettes promettant des hectolitres de sang, des déluges de violence, bref, de quoi contenter la passion du cinéphage pour l'hémoglobine et la tripaille. Parmi tout un tas d’œuvres plus ou moins recommandables, The Exterminator de James Glickenhaus fit partie de cette horde de cassettes qui attisaient l'appétit. L'image iconique de ce type au visage planqué sous un casque de moto, vêtu d'un débardeur ainsi que d'un pantalon de cuir noir et armé d'un lance-flammes avait de quoi donner envie de se délester de sa monnaie pour découvrir son contenu. Il y a malheureusement des films dont l'enrobage est en tous points différents du dit contenu. Comme précisément, The Exterminator qui, plutôt que d'assouvir notre passion pour l'horreur s'avère en fait beaucoup moins graphique que nous ne l'espérions. Il faut tout d'abord savoir que le film est avant tout un Vigilante. Un type de long-métrage mettant en scène un individu outrepassant ses droits en se plaçant au dessus des lois et des autorités policières en se faisant justice lui-même. Charles Branson et la série des Death Wish demeurant l'éternelle référence en la matière (n'oublions tout de même pas l'excellent Vigilante que réalisa William ''Maniac'' Lustig en 1983), l’œuvre de James Glickenhaus fait pâle figure en comparaison. En effet, l'idée du bonhomme se prenant pour un justicier défouraillant parmi la population de voyous et de criminels sévissant en ville étant généralement un concept relativement jouissif, celui de The Exterminator n'a de véritable intérêt que sa prédisposition à user d'armes diverses et variées...


Flingue, lance-flamme, essence, hachoir à viande géant, la panoplie est assez large pour qu'en théorie le spectateur n'aie pas le temps de s'ennuyer. Sauf que le film, en lui-même, se montre assez pompeux, bavard et au final rachitique en terme d'impact visuel. À dire vrai, ce qui fait regretter que le long-métrage du réalisateur américain n'atteigne pas les objectifs qu'il prétend vouloir viser, c'est sa vision d'un New York crapoteux visible en quelques rares occasions. Même les séquences amenées à devenir anthologiques de par leur côté glauque sont mal menées et demeurent donc superficielles. Le problème est que The Exterminator transpire le film fauché. Bénéficiant d'un budget pourtant six fois supérieur à celui du Maniac de William Lustig dont l'efficacité n'a jamais été remise en question, le film de James Glickenhaus repose sur un concept en trois actes se répétant à l'envi : visite du héros/exterminateur à son ancien compagnon d'arme qui survit paralysé dans une chambre d’hôpital, meurtres commis sur des individus responsables d'actes criminels et rencontre avec le flic chargé de l'enquête. Estampillé ''Unrated'', on se dit en outre que cette version risque d'être gratinée... Tu pense... Toutes les scènes de meurtres sont filmées hors-champ et ne contenteront donc pas grand monde. Quant à l'enquête policière confiée à l'inspecteur James Dalton qu'incarne l'acteur Christopher George (lequel jouera la même année dans le chef-d’œuvre de Lucio Fulci, Frayeurs), elle n'a absolument aucun intérêt et sert de subterfuge à un film assez creux en terme d'écriture. Outre les exactions commises par l'ancien vétéran du Vietnam John Eastland (interprété par Robert ''Les Têtes brûlées'' Ginty), on aurait sans doute aimé que le réalisateur appuie sur le retour à la vie civile pour cet ancien soldat de l'armée américaine et des difficultés de réintégration. Mais non, tout ce qu'entreprend James Glickenhaus sur la base de son propre scénario tombe à plat. Un comble pour un film de ce type qui devrait principalement reposer sur l'action mais qui avec ses longues plages de dialogues se montre soporifique. Bref, de la légende qui entourait les diverses cassettes vidéos du film qui trônaient dans les vidéoclubs de notre enfance, que reste-t-il ? Pas grand chose, malheureusement...

 

jeudi 1 décembre 2022

!!! Spéciale Amicus Productions !!!

 



  • Je suis un monstre (I, Monster) de Stephen Weeks


Et si les actes monstrueux perpétrés par Jack l'éventreur n'étaient que la conséquence des expériences menées par le Docteur Jekyll ou comme ici son homologue le Docteur Psychiatre Marlowe ? Car comme nous le savons tous, chaque homme cache en lui une part sombre que seule une infime quantité de l'humanité a choisi de laisser s'exprimer. Première chose à savoir. Si le héros de Je suis un monstre (I, Monster) a changé de nom, ça n'est pas tant pour des questions de droits que par précaution de la part de ses concepteurs qui craignent alors de faire douter les investisseurs. En effet, le sujet reposant sur l'ouvrage The Strange case of Dr Jekyll and Mister Hyde de Robert Louis Stevenson qui fut déjà maintes fois transposé sur grand écran, une certaine lassitude aurait pu faire craindre que le public ne se lasse. Il n'en demeure pas moins que le long-métrage de Stephen Weeks qui signait là son premier film en 1971 s’attelle à retranscrire le plus fidèlement possible cette étrange histoire dans laquelle intervient notamment la théorie du Surmoi chère à Freud, là où s'inscrivent des valeurs morales interdisant les actes immoraux, criminels ou plus simplement répréhensibles. Produit par la société Amicus Productions connue pour être la rivale de la célèbre Hammer Films tout en étant considérée inférieure d'un point de vue créatif, Je suis un monstre n'en est pourtant sans doute pas moins l'une des meilleures adaptations du classique littéraire de l'épouvante britannique. Un joyau, à vrai dire, dans lequel l'on retrouve deux des plus grandes icônes du cinéma fantastique des années 50, 60 et 70 en Angleterre. Christopher Lee et Peter Cushing. Les deux hommes se rencontreront à de nombreuses reprises et notamment sur les tournages du Cauchemar de Dracula, Dracula 73 ou sur celui de Dracula vit toujours à Londres dans lesquels le premier interprétera le plus célèbre des vampires et face auquel le second incarnera le rôle du non moins célèbre chasseur de vampire, le Docteur Abraham Van Helsing. Baignant dans une atmosphère délétère qui ne lâchera pas son emprise avant que le générique de fin n'intervienne, Je suis un monstre décrit l'éprouvante expérience menée par le Docteur Marlowe, lequel étudie la possibilité de soigner ses patients à partir d'un sérum qui permettrait de modifier leur personnalité ainsi que leur comportement.
Testant diverses substances sur des animaux de laboratoire avant de les expérimenter sur plusieurs patients, le Docteur Marlowe décide un jour de s'injecter lui-même le fameux sérum qui le transformera en Monsieur Blake. Un être cynique, violent et physiquement repoussant que le Docteur Marlowe va autoriser à prendre sa place à de nombreuses reprises, jusqu'à ce que le drame survienne : en effet, à force de s'injecter le sérum dans les veines, le psychiatre finit par ne plus arriver à contrôler son alter ego obscure. Malgré l'emploi d'un antidote qui lui permettait jusque là de revenir à sa forme normale, Blake semble devoir prendre de plus en plus régulièrement les contrôles physique et mental de son hôte. Au delà de son approche fantastique,
Je suis un monstre aborde la thématique des drogues, de leur dépendance et des ravages qui déterminent les modifications physiologiques et comportementales des individus qui les consomment. D'où une approche relativement dramatique du personnage du Docteur Marlowe se muant en un être mesquin, agressif et se dé-sociabilisant, qu'aucun de ses proches ne reconnaît derrière le visage effrayant de Blake, ce ''maître-chanteur'' supposé qui apparaît authentiquement avoir pris le dessus sur son hôte. Christopher Lee campe alors une créature repoussante, pourtant dénué de tout maquillage et que seul son macabre sourire et une apparence physique volontairement délabrée parvient à rendre crédible. On appréciera également cette ville de Londres de la fin du dix-neuvième siècle reconstituée, avec ses ruelles sombres, insalubres et embrumées, ses recoins et ses bars sordides, ses prostituées et ses grands amateurs de mauvais alcools. Sa courte durée (à peine plus de soixante-quinze minutes) oblige le réalisateur et le scénario de Milton Subotsky à écourter certains passages du récit en multipliant les ellipses. Un inconfort minime pour une œuvre parfois glaçante et se positionnant comme l'une des meilleures adaptations de l’œuvre de Robert Louis Stevenson...


  • Le mystère de la bête humaine (The Beast must die)


Changement radical de décor avec Le mystère de la bête humaine de Paul Annett. De décor mais aussi de qualité puisque malgré le contexte dans lequel se déroule le récit (la luxueuse demeure d'un riche propriétaire), le film semble avoir l'air fauché comme les blés. Partant cependant d'une idée on ne peut plus originale, ce long-métrage dont on reconnaîtra parmi les interprètes l'acteur Peter Cushing est probablement l'un des plus improbables qu'ait pu produire la Amicus. Dire que le film est une purge est un euphémisme. Surfant sur la vague des Whodunit chers à Agatha Christie, Le mystère de la bête humaine semble également vouloir s'offrir une place bien au chaud parmi les légendes de la Blaxploitation en offrant le rôle principal à l'acteur américano-bahaméen Calvin Lockhart bien que le personnage de Tom Newcliffe devait à l'origine être interprété par Robert Quarry. Un choix qui plus que de donner l'impression que les personnages naviguent effectivement au cœur de ce formidable courant ayant revalorisé l'image des afro-américains dans le cinéma des années soixante-dix, offre un ton vraiment étrange. Surtout pour l'époque. Un black au milieu d'une troupe de personnages tous plus blancs les uns que les autres et parmi lesquels le bonhomme soupçonne l'existence d'un loup-garou ! Le concept du Whodunit étant ce qu'il est, on devine alors que le principe sera autant pour le spectateur que pour Tom Newcliffe de découvrir qui parmi ses convives est celui qui se cache derrière la bête humaine du titre. Malheureusement pour lui, le scénariste Michael Winder n'étant pas Agatha Christie, le résultat à l'écran est désastreux.
Une piteuse version des Chasses du comte Zaroff et de tous ses succédanés dans laquelle l'on s'éloigne donc de l'époque et de l'ambiance fiévreuse de Je suis un monstre pour des années soixante-dix où l'on reconnaît bien là quelques symboles de cette période notamment à travers les rouflaquettes, les coiffures afro, les pattes d'éléphant ou encore les pulls en acryliques et à cols roulés très près du corps ! On comprend très rapidement que l'expérience va s'avérer rude à contempler jusqu'au bout. D'emblée l'on assiste à la chasse d'un homme noir par des soldats commandés à distance par un certain Pavel (l'acteur Anton Diffring) avant de comprendre que tout n'était qu'une épreuve visant à démontrer les moyens mis en jeu pour une future chasse au loup-garou. C'est lourd, long et si peu passionnant que l'envie, déjà, de mettre fin au calvaire se fait ressentir. Mais bon, comme on est un brave gars et que l'on veut bien donner sa chance à Paul Annett, on va aller jusqu'au bout... Mauvais mais aussi parfois touchant de naïveté dans sa manière de vouloir proposer une alternative fantastique des Dix petits nègres ou de tout autre Whodunit du genre, Le mystère de la bête humaine souffre d'être redondant. Des séquences de chasse nocturnes sans grand intérêt. Des soupçons qui reposent un peu trop aisément sur le plus crédible des suspects. Une révélation qui n'étonnera pas grand monde et des effets-spéciaux inexistants puisqu'en lieu et place d'un loup-garou nous avons droit à un authentique loup... tout court ! Post-synchronisation désastreuse, jeux d'acteurs pathétique, scénario et mise en scène bâclés, il n'y a vraiment rien à sauver dans ce naufrage artistique. Pas même les personnages eux-mêmes et dont la caractérisation est simplement inexistante...


  • The Uncanny de Denis Héroux


Pour conclure, évoquons The Uncanny de Denis Héroux. Sous ce patronyme francophone se cache un réalisateur, scénariste et producteur montréalais,, auteur d'une quinzaine de longs-métrages en autant d'années dont une majorité de drames. Il terminera sa carrière de réalisateur avec cette production Amicus parfois traduite sous le titre Les chats du diable ou plus simplement sous celui de Brrr... Comme le titre (français) le précise, ce film à sketchs met en scène nos petites boules à poils. Oui, celles qui font des ravages auprès des amateurs de chats sur la toile. Sauf qu'ici, le concept est moins de s'attendrir en les regardant jouer ou en les écoutant ronronner que d'assister à quelques massacres au grès de péripéties mettant en avant de vils êtres humains. En préambule, le film s'ouvre sur la rencontre entre l'éditeur Frank Richards (Ray Milland) et l'auteur d'un ouvrage relatant des récits fantastiques au centre desquels s'inscrivent nombre de chats (Peter Cushing dans le rôle de Wilbur). Afin de convaincre l'éditeur de publier son roman, le vieil homme (qui craint lui-même les chats) conte à son ôte les récits que l'ouvrage renferme. Au nombre de trois, ceux-ci font donc l'objet d'autant de courts métrages. Dans le premier intitulé London 1912, une vieille dame un brin acariâtre (Joan Greenwood) demande à son notaire de remplacer son testament par un second. Alors qu'elle avait jusque là prévu de tout léguer à son neveu Michael (Simon William), voilà que désormais celle-ci compte bien laisser le tout à ses amours de chats. Sauf que la chose n'est pas tombée dans l'oreille d'une sourde et que la soubrette (Susan Penhaligon dans le rôle de Janet) s'empresse de tout révéler à l'opportuniste neveu. Le second, intitulé Quebec Province 1975, met en scène une gamine prénommée Lucy (Katrina Holden Bronson), martyrisée par sa cousine Angela (Chloe Franks) depuis qu'elle s'est installée chez sa tante et son oncle. Ne supportant pas la présence du chat de sa nièce, Mrs. Blake (Alexandra Steward) mettra tout en œuvre pour s'en débarrasser tandis que sa propre fille fera des misères à sa cousine.
Le troisième segment met quant à lui en scène un certain Valentine De'Ath (Donald Pleasence). Acteur dont l'épouse vient de décéder des suites d'un accident lors du tournage d'un film d'horreur. Un accident ? Pas vraiment. Plutôt un homicide commis pat l'époux infidèle qui s'empresse ensuite de rejoindre sa maîtresse Edina Hamilton (Samantha Eggar). Mais c'était sans compter sur le chat de la morte qui fera payer à son mari et sa maîtresse leurs odieuses manigances... Sachons rester objectifs et reconnaissons que malgré la présence d'une poignée d'interprètes prestigieux, The Uncanny est nettement moins passionnant pour son approche horrifique que pour ses portraits d'une humanité veule, intéressée et criminelle. L'on retiendra du premier sketch la longue attaque de dizaines de chats s'acharnant sur la personne de Janet. Du second, le caractère psychopathique de la cousine et une séquence assez mal fagotée renvoyant à L'homme qui rétrécit de Jack Arnold. Et du troisième... ben en fait, pas grand chose. La réalisation et la direction d'acteurs de Denis Héroux sont franchement piteuses. Les interprètes manquent de naturel et quelle que soit l'époque invoquée, on a toujours l'impression que l'intrigue se déroule à la même période. De plus, il demeure difficile de s'effrayer devant les assauts des chats. Surtout lorsque l'on en est un fervent admirateur et que l'on a appris à maîtriser ou du moins comprendre leur attitude. C'en est même parfois amusant, à nous imaginer des techniciens jeter à bouts de bras ces pauvres félins sur les acteurs qu'ils sont censés agresser...

mercredi 25 septembre 2013

Le Cycle de la Chair et de L'esprit: Chromosome 3 de David Cronenberg (1979)



Le docteur psychiatre Hal Raglan est l'inventeur d'un nouveau type de psychanalyse, la pychoprotoplasmie. Un procédé qui permet à ses patients d'évacuer leurs troubles mentaux en les exprimant de manière physique. Certains voient leur corps se couvrir de pustules et de bubons tandis que d'autres, moins chanceux, vont même jusqu'à développer des tumeurs cancéreuses.
Le cas le plus intéressant auquel il a à faire est celui de Nola Carveth, jeune femme tombée dans un grande dépression, sujet sur lequel le docteur Hal Raglan est des plus attentif. La jeune femme est mariée à Franck et mère d'une petite Candice.

Alors qu'un soir Franck aide Candice à prendre on bain, il remarque sur le dos de la petite des marques de coups et de morsures. Soupçonnant sa femme à laquelle est confiée leur fille chaque week-end dans l'institut où Raglan la soigne, Franck s'y rend et demande à voir Nola mais le psychiatre refuse d'accéder à sa demande. Le père de la gamine menace Raglan de lui faire un procès et part confier le soir même Candice à sa belle-mère Juliana Kelly. Mais alors que la petite joue avec sa grand-mère dans le salon, des bruits venant de la cuisine retentissent. Bouteilles de lait et assiettes volent en éclat. Juliana se précipite alors dans la pièce afin de constater ce qu'il se passe et tombe nez à nez avec un étrange personnage pas plus grand qu'un enfant. La chose se précipite sur la vieille femme et lui assène des coups de maillet.

Lorsque Candice arrive à son tour, c'est pour constater que sa grand-mère est morte. Elle tombe elle aussi nez à nez devant la créature qui prend la fuite devant la gamine. Franck est sur un chantier lorsqu'il reçoit un coup de téléphone de la police. Candice est au commissariat et le sergent Markles aimerait que Franck vienne l'y rejoindre...

Lorsque l'on découvre aujourd'hui pour la toute première fois Chromosome 3, on ne peut que constater que l'épreuve du temps à fait son œuvre. Pourtant, le film demeure encore actuellement comme l'une des œuvres les plus marquantes de son auteur. Si quelques idées apparaissent farfelues (la naissance spontanée d'enfants monstrueux, résultats d'un travail sur la psyché d'un individu et sa représentation physique), il ne faut pas se leurrer. Nous avons tous conscience que l'esprit est capable d'engendrer bien des maux, ce que David Cronenberg parvient à nous faire accepter avec tout le brio qu'on lui connaît.

Le postulat de départ est simple. Les difficiles relations d'un couple dont la première personne à faire les frais est l'enfant. Une instance de divorce ainsi qu'une "garde alternée" imposée malgré le père par un psychiatre-gourou qui se donne en spectacle sur la scène d'un théâtre morbide. David Cronenberg s'inspire d'un fait réel qui le toucha personnellement il y a de nombreuses années.

En effet, le cinéaste a vécu une difficile séparation avec une femme qui fut la victime d'une secte antipsychiatrique. Parents tous deux d'une petite fille, la mère tenta d'entraîner cette dernière dans sa folie mais le cinéaste parvint finalement à éviter le drame en enlevant sa propre fille. Chromosome 3 est bien sûr une extrapolation exagérée de ce qu'à vécu David Cronenberg. L’œuvre est sans doute l'une des plus représentatives en matière de contrôle mental et de transformation organique dans la filmographie du cinéaste. Chromosome 3 offre son lot de scènes violentes et de duels remarquables principalement interprétées par l'immense Oliver Reed. Samantha Eggar est absolument effrayante dans la toute fin du film et quand aux autres intervenants, ils amènent un complément essentiel permettant à la sauce de prendre. Chromosome 3 est donc un excellent film. Pas le meilleur, mais pas non plus le plus faible.

Nous ne sommes pas près d'oublier ces enfants-monstres qui affectionnent les placards de nos cuisines...
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